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Full text of "Tableaux de la nature, tr. par C. Galusky"

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TABLEAUX 

DE LA NATURE 



ht l'imprimerie de crapeust 

aVB BB TAVOIBABD, 9 



TABLEAUX 

DE LA NATURE 

ÉDITION NOUVELLE 

AVEC CHANGBHKNTS BT ADDITIONS IMPORTANTES 

■T AMoarâsaii si cairi 
PAR A. DE HIMBOLDT 

TRADUITE 

PAR GH. GALUSKY 

TOME SECOND 



De la Physlonomte de* Fiantes. 

De la Stmotare et du Mode d'action 
des Volcan*. 

La Force Tltale ou le Ckénle rhodien. 

Flateau de Oaxantarea et première vne 
de la Mer da Sud. 



PARIS 

GIDE ET J. BAUDRY, LIBRAIRES-ÉDITEURS 

RUE DES PETITS-AUGUSTINS, 5 
1851 



2û^. où. /3^ 




.?.\ .:y> .«.'it 



TABLEAUX 

DE LA NATURE. 



DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

Lorsque l'homine interroge la nature avec sa curio- 
sité pénétrante, ou mesure dans son imagination les 
vastes espaces de la création organique , de toutes les 
émotions qull éprouve,.. là plii^ puissante et la plus 
profonde est le sentiment que lui inspire la plé- 
nitude de la vie universellement répandue. Partout 
et jusqu'auprès des pôles glacés , l'air retentit du 
chant des oiseaux et du bourdonnement des insectes. 
La vie respire non- seulement dans les couches infé- 
rieures de l'air où flottent des vapeurs épaisses , mais 
dans les régions sereines et éthérées. Toutes les fois 
que Ton a gravi le dos des Cordillères du Pérou ou , 

sur la rive méridionale du lac de Genève , la cime du 
11. 1 



2 DE LA PHTSIONOMIB 

Mont-Blanc, on a trouvé dans ces solitudes des êtres 
animés. Nous avons vu sur le Chimborazo , à des hau- 
teurs qui dépassent de près de huit mille pieds le 
sommet de TEtna , des papillons et d'autres insectes 
ailés^ Ën^p|;)d6aât même qu'ils«ussent été entraînés 
par des courants d^air ascendants , et qu'ils errassent 
en étrangers dans ces lieux où Tardeur de connaître 
conduit les pas timides de l'homme , leur présence 
prouve néanmoins que l'organisation animale , plus 
flexible , résiste bien au delà des limites où expire la 
végétation. Nous avons vu souvent le géant des Vau- 
tours, le Condor, planer àu-dessus de nos tètes, plus 
haut que la croupe neigeuse des Pyrénées surmontée 
du pic de TënérifTe , plus haut que toutes les cimes 
des Andes*. Ce puissant oiseau était attire par sa ra- 
pacité à la poursuite des Vicunas au lainage soyeux , 
()ui, réunis en troupeaux, errent, comme les Chamois, 
dans les pâturages couverts de neiges. 

Si Tœil nu nous montre la vie répandue dans toute 
l'atmosphère , armé du microscope , il découvre en- 
core de plus grandes merveilles. Les vents enlèvent à 
la surface des eaux desséchées des Rotifères , des Bra- 
chiotis et une multitude d'animalcules invisibles. 
Immobiles et offrant toutes les apparences de la mort, 
CCS êtres flottent suspendus dans les airs, juscju'h ce 
que la rosée les ramène à la terre nourrissante, dis- 



eus PUNTS9. s 

Bolve Tenvalopiie q\A enferme leurs carpi tourlnHaii* 
nants et diaphanes , et , grice sans, doute h roj^ygène 
que Teau eantient toujours, souffle aux organes une 
nouvelle Irritabilité'. Les météores de V Atlantique» for» 
mes de vapeurs jaunes et poudreuses, qui, des Ues du 
cap Vert, s'avancent de temps à autre vers Test» dans 
le nord de l'Afrique, en Italie et dans l'Eure^ centrale, 
sont,d'après la brillante découverte d'Ëhrenberg, des 
amas d'organismes microscopiques, enfermés dans 
desenveloppes siliceuses. Beaucoup peut-être ont erré 
durant de longues imnées, à travers les couches les 
plus élevées de l'atmosphère , jusqu'à ce que des cou^ 
rants d'air verticsmx ou les venta alûiés qui soufflent 
dans les hautes régions les ramènent , capables en* 
core de vie et tout prêts à se multipUejf par la division 
spontanée* 

Outre les créatures déjà en possession de l'eiListence, 
l'atmosphère contient encore des germes innombra«- 
bles de vie future , des œufs d'insectes et des orafe de 
plantes, qui, soutenus par des couronnes de poils ou 
de plumes , partent pour les longues péré^nations 
de l'automne. La poussière fécondante que sèmenV 
les fleurs mâles, dans les espèces où les sexes sont sé- 
parés , est portée elle-même par les vents et par des 
inseetes ailés à travers la terre et les mers , jusqu'aux 
plantes femelles qui vivent dans la solitude \ Partout 



4 DE LA PBTSIONOMIE 

OÙ l'observateur de la nature plonge ses regards, il 
rencontre la vie ou un germe prêt à la recevoir. 

L'atmosphère agitée dans laquelle nous sommes 
submergés , sans pouvoir jamais en atteindre la sur- 
face , fournit à un grand nombre de créatures orga- 
niques la nourriture la plus nécessaire à leur exis- 
tence ; mais ces êtres ont besoin encore d'un aliment 
plus grossier, que peut seul leur offrir le sol qui sert 
de lit à cet océan gazeux. Ce sol est de deux espèces. 
La terre ferme , en contact immédiat avec l'air, n'en 
est que la moindre partie. La plus grande partie se 
compose de Teau , formée peut-être , il y a des miUiers 
d'années, de substances aériformes, liquéfiées par un 
feu électrique, et aujourd'hui incessamment décom- 
posées dans le laboratoire des nuages, comme dans les 
vaisseaux qui donnent l'impulsion vitale aux animaux 
et aux plantes. Les formes organiques pénètrent dans 
le sein de la terre à de grandes profondeurs, partout 
où les eaux répandues sur la surface s'infiltrent à tra- 
vers les cavités formées par la nature ou creusées par 
le travail des hommes. Le domaine de la Flore souter- 
raine a été de bonne heure le sujet de mes recherches 
scientifiques. Des sources d'eau chaude nourrissent 
de petits Hydropores, des Conferves et des Oscillaires, 
qui bravent les plus hautes températures. Au bord du 
lac de rOurs, près du cercle polaire , Richardson a vu 



DES PLANTES. 5 

des plantes en fleur sur un sol qui, dans Tété, ne dé- 
gèle pas à plus de vingt pouces d'épaisseur. 

On ne peut dire d'une manière certaine quel est le 
milieu où la vie est répandue avec le plus de profu- 
sion. Grâce aux admirables travaux d'Ehrenberg sur 
les conditions de la vie microscopique dans les mers 
tropicales et dans les glaces iSxes ou flottantes du pôle 
antarctique, Thorizon de la vie s'est agrandi à nos yeux. 
On a trouvé à douze degrés du pôle des Polygastres re- 
vêtus d'une enveloppe siliceuse et des Coscinosdiskes 
avec leurs ovaires de couleur verdâtre, qui vivent 
enfermés dans des quartiers de glace. La petite Puce 
noire des glaciers (Desoria glacialis) et les Podurelles 
habitent les étroits tubes de glace examinés en Suisse 
par Âgassiz. Ehrenberg a montré que des animalcules 
vivent en parasites sur plusieurs espèces dlnfusoires 
microscopiques, sur le Synedra , le Cocconeis , et que 
telle est la faculté de développement et de division dont 
sont douées les Gaillionelles, que ces petites bêtes invi- 
sibles peuvent en quatre jours formerdeux pieds cubes 
de tripoli de Bilin. Dans TOcéan existent des vers gé- 
latineux qui, vivants ou morts, brillent comme des 
étoiles et» par leur éclat phosphorescent, changent en 
une mer de feu la surface verdâtre des eaux^ Rien ja- 
mais n'effacera Fémotion que m'ont fait éprouver les 
nuits calmes des tropiques, sur les bords de la mer du 



DB U FBTSIOJfOMIK 

Sud , lorsque de Tazur vaporeux du ciel , la haute 
constellation du Navire Argo et la Croix inclinée ft 
rhoriîon versaient leur lumière douce et planétaire, 
tandis que les Dauphins traçaient leurs sillons bril*^ 
lants dans les flots de la mer écumante. 

Les eaux marécageuses, aussi bien que TOcéan, 
cachent un nombre infini de vers aux formes bizarres. 
A peine notre œil peut-il reconnaître les Cyclidées, les 
Euglènes et la légion innombrable des NaiSi qui tous se 
divisent en plusieurs branches comme les Lemna ou 
lenticules dont ils cherchent Tombre. Les Ascaris ta- 
chetés qui habitent la tète du Ver de terre,lesLeucophra 
qui brillent d'un éclat argenté et vivent dans riutérieur 
des Nais de rivages , une espèce de Pentastoma h la-» 
quelle ont été assignées pour demeure les larges cel-^ 
Iules pulmonaires du Serpent à sonnettes des tropi^ 
ques : tous ces animaux entourés de milieux différents 
sont étraiigers à la lumière du jour'. 11 existe des ani- 
malcules dans le sang des Grenouilles et des Sauihons; 
il en existe, d'après Nordmcum , dans les substanctts 
aqueuses dont sont formés les yeu^ des Poissons , 
comme dans les branchies de la Brème. Ainsi la vie 
remplit les espaces les mieux cachés de la création. 
Nous nous proposons ici d'insister sur lesdifférentes es* 
pèces de végétaux, car c'est sur elles que repose Fexis^ 
tenoe du règne animal. Les végétaux tendent inces- 



osa PUKII». 7 

saounmt à disposer dan» des combiiiaiaoïia taiuniio«* 
pieusee la matière brute de la terre; il» ont pour of^ 
flce de préparer et de mélanger, en vertu de leur 
force vitale, les sul)stancet qui, après d'innombrables 
modifications, seront élevées h l'état de fibres ner<r 
veuses. Le même regardi en embrassant la couehe 
yegétale qui recouvre la terre, nous dévoile la pléni«- 
tude de la vie aninlala , nourrie et conservée par les 
plantes. 

Le tapis que Flore a ét«ndu sur le oorps nu de la 
tarre est inégalement tissu. Plus épais aux Udux où 
le soleil s*élève plus haut dans un del sansnuag«s, il 
est plus clair**semé vers les pôles, où la nature semble 
engourdie, où le retour précipité des frimas ne laisse 
pas aux bourgeoils lé temps d'édore, tt surprend les 
fruits avant leur maturité. Partout cependant rhomme 
a la consolation de trouver des plantes qui le nour-» 
rissent. Que du fond de la mer, comme cela s'est vu 
dans l'archipel de la Grèce , un volcan soulève au 
milieu des flots bouillonnants un rocher couvert de 
scories ; que des Lithopby tes agrégés , pour rappe^ 
1er un phénomène moins terrible , b&tissent leurs 
cellules sur le dos de montagnes sous ^marines, et 
plusieurs siècles après > lorsque l'édifice a dépassé 
la surface de la mer, laissent en mourant une Ue 
de coraux , les forces organiques de la pâture sf 



8 DE Là PHTSIONOMIB 

tiennent prêtes à animer ce rocher mort\ Comment 
la semence y est-elle subitement déposée? Sont-ce 
des oiseaux voyageurs , les vents ou les flots qui Ty 
apportent ; la distance qui sépare ces parages des 
côtes rend le fait difficile à éclaircir. On sait cepen- 
dant que, dans les contrées du Nord , il se forme sur 
la pierre nue, aussitôt qu'elle est en contact avec l'air, 
un tissu de filaments semblables à des trames de ve« 
lours, qui ont à Tœil nu l'apparence de taches colorées. 
Quelques-unes de ces taches sont entourées de lignes 
en saillie qui forment un bord tantôt simple et tantôt 
double ; d'autres sont coupées par des sillons ou divi- 
sées en compartiments. Leur couleur, pâle d'abord, de- 
vient plus foncéeavec l'âge ; le jaune qui brillait auloin 
prend une teinte brune, et le gris bleuâtre des Lepra- 
ria se change insensiblement en un noir poudreux. 
I ics limites des couches qui ont vieilli se fondent l'une 
dans l'autre, et sur ce fond obscur naissent de 
nouveaux lichens de forme circulaire et d'une blan- 
cheur éclatante. Ainsi se superposent les tissus orga- 
niques. De même en effet que les sociétés hiimaines 
doivent passer par difTérents degrés de civilisation, la 
propagation graduelle des végétaux ne peut s'accomplir 
qu'en vertu de lois déterminées. Là où les arbres des 
forêts élèvent au milieu des airs leur cime imposante, 
quelques pâles lichens recouvraient autrefois la roche 



DES PLANTES. 9 

dépouillée de terre. Les Mousses, les Graminées, les 
plantes herbacées et les arbrisseaux sont autant d'in* 
termédiaires qui remplissent cette longue période 
dont on ne saurait déterminer la durée. La lacune 
comblée dans les pays du Nord par les Lichens et les 
Housses l'est sous les tropiques par les Portulaca, 
les Gomphrena ou d'autres plantes grasses et peu éle- 
vées qui croissent au bord des eaux. L'histoire de 
la couche végétale et de sa propagation successive sur 
récorce déserte de la terré a ses époques , aussi bien 
que rhistoire des migrations qui ont disséminé dans 
les difiërentes contrées les animaux et les hommes. 
Mais si la force vitale est pariout prodiguée , si 
l'organisme s'efforce incessament de rattacher à des 
formes nouvelles les éléments dissous par la mort, 
cette profusion et ce renouvellement de la vie va* 
rient cependant suivant les zones et les climats. La 
nature s'engourdit périodiquement sous la zone gla- 
ciale ; car la fluidité est la condition de la vie. Les 
animaux et les plantes, à l'exception des Mousses et 
d'autres cryptogames, demeurent, durant l'espace de 
plusieurs mois , ensevelis dans le sommeil d'hiver. 
Aussi, sur une grande partie de la terre, les êtres orga- 
nisés susceptibles de résister à une déperdition consi- 
dérable de chaleur , et qui , dépourvus de feuilles, 
peuvent laisser suspendues pendant longtemps les 



10 DE hk PITSIONOMIS 

fefictiûQd vitales , sont les seuls qui se développent 
librement. Plus Ton apfurocbe des troi»({ue$ et pins 
Ton Toit augmenter la variété des formes, la grftee 
des contours et les combinaisons des couleurs, plus 
on sent la force et Téternelle jeunesse de la vie ot"* 
ganique. 

Cette vigueur croîssMite de la végétation peut être 
facil^aaent mise en doute par ceux qui n'ont jamais 
quitté notre continent » ou qui ont négligé Tétude de 

la géographie générale. Si , laissant derrière soi les 
sombres forêts de chônes qui couvrent lesocMitréesdtt 
Nord» on traverse lesAlpes et les Pyrénées, pour redes- 
cendre enitalie ouenEspagnOyetques'avançantdansla 
Méditerranée , on découvre quelque partie des rivages 
africains, on est facilement conduit à cette conclusion 
erronée que Tabsence des arbres est le caractère des 
pays chauds. Mais il faut pour cela oublier que TEu* 
rope méridionale avait un autre aspect, lorsque des 
coloniespélasgesoucarthaginoisess'y établirent ; il faut 
ne pas savoir que Tun des effets d'une civilisation pré* 
cOce est de resserrer les forêts; que l'activité indus-» 
trieuse des nations dépouille peu à peu la terre de 
Tomement qui fait la jouissance des races septen- 
trionales et qui , plus que tous les monuments histori* 
ques, atteste la jeunesse de notre culture intellectuelle 
et morale. La grande catastrophe à la suite de la* 



DX8 rtANTES. 11 

quelle un lac immense, en rompant les digues des 
Dardaitelles et des cok^nes d'Hercule, est devenu la 
mer Méditerranée, parait avoir «ûlevé à toutes ies 
contrées eiiTJroniiaiilesun*^ gra&dè partie de leur terre 
végétale. D'après les détails que nous ont transmis les 
historiens grecs sur les traditions de la SamothraoeS il 
est permis de conjecturer que œ bouleversement de 
la nature n'était pas alors ImI ancien dans tons les 
piivs que baigne la mer Méditerranée et que caradé» 
risent le cateaire tertiaire et la craie inférieure» c'est^ 
à^dins les teirains à Nnmmulites et à Néocomies. La 
superiicie du sol n'est en grande partie qu'un rocher 
dénndév L'aspect pittoresque de l'Itadie vient surtout 
du contraste que présentent aux regards les groupes 
de végétaux qui se détachent comme des îles au mi- 
lieu dè$ rodters inanimés. Aux adroits où ces ro- 
cbers moins «cre^^assés retiennent l'eau à la surface du 
sol et où le sol est recouvert de terre, comme sur les 
bords enchantés du lac Âlbano, l'Italie a ses forêts de 
chênes^ aussi vertes et aussi sombres que les peut 
désirer l'habitant dn Nord. 

Les déserts qui s'étendent au sud de l' Alias et les 
plaines sans fin de l'Amérique méridionale ne doivent 
être considérés aussi que comme des phénomètaes 
locaux. Les steppes de l'Amérique sont , du moins 
dans la saison des pluies, couvea-tesd'heÂes et de pe- 



12 DE LA PHYSIONOMIE 

iites Mimoses presque herbacées ; les déserts africains 
sont de vastes espaces sans végétation, des mers de 
sable enfermées à l'intérieur de l'ancien continent , 
et qui ont pour rivages Tétemelle verdure des fo- 
rêts. Quelques palmiers en éventail, épars çà et là, 
rappellent seuls au voyageur que ces solitudes font 
partie d'une création animée. Le jeu trompeur du 
mirage, causé par le rayonnement de la chaleur, tantôt 
fait voir les pieds de ces palmiers flottant librement 
dans les airs, tantôt montre leur image reversée qui 
se reflète dans les vagues onduleuses de Tocéan at- 
mosphérique. Â Touest de la chaîne péruvienne des 
Andes , sur les côtes de la mer du Sud , nous avons 
passé des semaines entières à traverser aussi des dé- 
serts sans eau. 

L'existence de ces déserts, l'aridité de cei^ vastes es- 
paces entourés de toute part d'une végétation luxu- 
riante est un phénomène géologique peu observé 
jusqu'à ce jour, et produit incontestablement par les 
inondations ou les révolutions volcaniques qui ont 
bouleversé jadis la nature. Lorsqu'une contrée a per- 
du la couche végétale qui la recouvrait, lorsque 
toutes les sources se sont taries , que le sable est de- 
venu mouvant et que les courants ascendants d'air 
chaud font obstacle à la précipitation des nuages', 
des milliers d'années s'écoulent avant que la vie or- 



DES PLANTES. 13 

ganique , refoulée vers les bords verdoyants des dé- 
serts , pénètre de nouveau à Tintérieur de ces soli- 
tudes. 

L'homme qui sait embrasser la nature d'un regard 
et faire abstraction des phénomènes particuliers re- 
connaît comment, à mesure qu'augmente la chaleur 
vivifiante , la force organique et la puissance vitale 
se développent graduellement des pôles à Téquateur. 
Mais cet accroissement progressif n'empêche pas qu'à 
chaque contrée soient réservées des beautés particu- 
lières. Aux tropiques appartiennent la grandeur et la 
variété des formes végétales ; au Nord la vaste étendue 
des prairies et le réveil de la nature, dès que viennent 
à souffler les premières brises du printemps. Outre les 
avantages particuUers qui lui sont propres , chaque zone 
a aussi un cariaictère déterminé. Tout en laissant une 
certaine liberté au développement anormal des par- 
ties, l'organisme, en vertu de sa puissance originelle, 
soumet tous les êtres animés et tous les végétaux à 
des types certains, qui se reproduisent éternellement. 
De même que l'on reconnaît dans les individus isolés 
une physionomie distincte , ou comme la botani* 
que et la zoologie descriptives , prises dans leur 
acception la plus étroite, s'appliquent à partager 
en groupes les animaux et les plantes, d'après l'ana- 
logie de leurs formes, de même il existe une phy- 

11. 2 



14 DE LA PHYSIONOMIE 

sionomie naturdte qui ap{>artiieiit eidusiv^iiirat à 
chaaiB$ de& contrées de la terre. 

Les expressions de nature suisse ou de ciel de tlUh 
lie, en vs«fe paraU kg peintres» ont ^s naissance dans 
le sentiment confus de <e% oaractères propres à (elte 
ou telle région. L'azur du ciel, les jeux 4e l'ombre et 
de la lumière , les vapeurs qui s'accuiaulent dans le 
lointain^ les fom^s des animaux^ la vigueur de la vé* 
gâtatioa:, l'édat de la verdure» le<MHitaur ^es monta» 
gnes » sQut autant d'éléments qui déternufient XïsBf 
pression <iue produit sur nous une contrée. 11 est vrû 
que sous toutes les isones on rencontre les méOMs 
roebes, que le tracbyte, lel)asdlte» les j^orphyre-scfais*- 
taux et la dolome^ iommA partout des ^groupes 
d'une physionomie uniforme. Les crêtes de dioiite 
de r^^ioénque méridionale et du Meûque reasem* 
\A&ai à eeUes des monts Fidutel en dermanie, de 
mènw ^pie la lonsae de T Alice eu chien primitif dm 
nouveau continent s'accorde pariaiiement avec cdie 
des races européennes. L'éc(M*ce inorganique de kt 
terre paraît en effet indépendante des inâuenoes cli<- 
matologiqaes, soiAqueladiJOTéreiioe desdinia4s»8nbor<- 
donnée à la différence des latitudes» sedt plus récente 
que les roches» en que la masse de la terre en dégar 
géant» lorsqu'elle se solidifia» une f^rande quantité 
de calorique» se soit donné à dOe^mème sa tempé^ 



DES FLâNTES. 15 

rature» au Heu de la recevoir du dehors ^. Toutes les 
formations sont ccunraunes à toutes les contrées et par- 
tout elles oSftent la mèoie structure. Partout le basalte 
tourne des montagues jumelles et des cènes tronqués; 
partout le porphyre trappéen se présente sous la 
forme de masses bizarres» et le granit en dômes ar*» 
rendis. De même » les Pins et les Chênes couronnent 
également les flancs des montagnes» dan s la Suède et 
dans la paHie la f^lus méridionale du Mexique ^ ; mais 
malgré la ressemblance des formes » bden qu'isolé- 
ment chaque arbre présente les mêmes contours, 
pris en masse, ils offrent néanmoins un caractère 
tout différent 

Autant la miner alogiediffère de la géognosie , autant 
les analyses individuelles diffèrent des descriptions 
générales qui retracent la physionomie de la nature. 
Georges Forster dans les Relations de ses voyages et 
dans ses CEuvres diverses, Goethe dans les esquisses 
de la nature qu'il a si souvent mêlées à ses immortels 
ouvrages, Buffon , Bernardin de Saint-Pierre et Cha* 
teaubriand , ont décrit avec une vérité inimitable le 
caractère de régions diverses. De pareilles descrip-^ 
tiens n'ont pas seulement pour but de procurer à Tes* 
prit une jouissance de Tordre le plus élevé ; la con<- 
naissance du caractère propre à certaines contrées se 
rattache par un lien très« intime à Thistoire de la 



16 DE Là physionomie 

race humaine et de la civilisation. Si les premiers 
progrès de la civilisation ne sont pas miiquement 
déterminés par des influences physiques, la route 
qu'elle prend plus tard, le caractère national, les dis- 
positions plus sombres ou plus sereines des* esprits, 
dépendent en grande partie des circonstances clima- 
tologiques. Quelle puissance n'a pas exercée le ciel de 
la Grèce sur le génie de ses habitants ! Conunent les 
peuples qui s'établirent dans cette belle et heureuse 
contrée , entre TEuphrate, THalys et la mer Egée , ne 
se seraient-ils pas éveillés de bonne heure aux mœurs 
élégantes et aux sentiments délicats? Nos ancêtres 
eux-mêmes, à une époque où l'Europe était retombée 
dans la barbarie, lorsque l'enthousiasme religieux ou- 
vrait les régions saintes de l'Orient, ne rapportèrent- 
ils pas des mœurs plus douces de ces délicieuses val- 
lées? La poésie des Grecs et les chants grossiers des 
peuples du Nord doivent en grande partie leur ca- 
ractère distinclif à la forme des plantes et des ani- 
maux, aux montagnes et aux vallées qui entouraient 
le poète, à l'air qui se jouait autour de lui ; et pour ne 
rappeler que des choses qui nous soient familières, qui 
ne se sent différemment affecté à l'ombre épaisse des 
Hêtres, sur des collines couronnées de Sapins solitaires, 
et dans les prairies où le vent murmure à travers le 
feuiUage tremblant des Bouleaux. Ces formes végétales 



DBS PLANTIS. 17 

de nos climats éveillent tour à tour dans notre es- 
prit des images mélancoliques , sévères ou joyeuses. 
L'influence du physique sur le moral, cette action ré- 
ciproque et mystérieuse du monde sensible et du 
monde immatériel donne à l'étude de la nature, lors 
qu'on Fembrasse d'un point de vue assez élevé, un at- 
trait singulier, trop méconnu jusqu'à nos jours. 

Si le caractère des diverses régions dépend à la fois 
de toutes ces apparences extérieures, si le contour des 
montagnes , la physionomie des plantes et des ani- 
maux , si l'azur du ciel, la forme des nuages et la 
transparence de l'atmosphère concourent à l'impres- 
sion générale, on ne peut nier cependant que les vé- 
gétaux qui couvrent la terre ne soient la cause déter- 
minante de cette impression. Au monde animal il 
manque l'ensemble et la masse; la mobilité des in- 
dividus et souvent leur petitesse les dérobe à nos re- 
gards. Le monde végétal au contraire agit sur notre 
imagination par son immobilité et sa grandeur. Les 
dimensions des végétaux soutTindice de leurflge; en 
eux seuls la vieillesse s'allie avec l'expression d'une 
force qui se renouvelle incessanunent. Le dragonier 
gigantesque que j'ai vu dans les lies Canaries, et qui 
n'a pas moms de seize pieds de diamètre produit en- 
core, comme s'il jouissait d'une étemelle jeunesse, des 
fleurs et des fruits^*. Lorsque des aventuriers français» 



18 DE Là PHYSIONOMIE 

les Béthencourt, firent, au tomi&ênâement du XYi^siè* 
cie» la conquàte des îles Fortunées, le dragonier d'O* 
rotaya, non moins sacré pour les indigènes quB Tes- 
tait chez les Grecs l'olivier de Minerve ou le palmier 
de Délos , avait déjà les dimensions colossales qu'il a 
aujourd'hui. Il existe sous les tropiques telles forêts 
d'Hymenaeà et de Cœsalpinia qui peut»étre Ont vu 
passet* devant elles plus de dix sièdes; 

Si l'on embrasse d'un coup d'œil les différente» es* 
pèces de plantes phanérogames qui sont entrées dé^k 
dans les herbiers et dont le namtoe dépasse quatre* 
vingt mille ^ y on reconnu au milieu de cette infime 
variété quelques formes essentielles auxquelles on 
peut en ramener beaucoup d'autres» Pour détermi- 
ner ces types, dont la beauté individuelle, la distribu- 
tion et l'agroupement décident du caractère propre 
à la végétation d'un pays, on ne doit pas, comme on 
le fût par d'autres motifs dans les classifications bota- 
niques, se guider d'après les organes à peine viaiblel 
de la reproduction, lés enveloppes florales ou fes 
fruits, mais d'après les thiits saillants qui déter^ 
minent l'impression générale, pi^oduitepar les grandei 
masses de végétaux. On retrouve à la vériltr parmi 
ces formes essentielleb des familles entières cm* 
pruntées aux systèmes dits naturels. Les Bananiers 
et Içs Palmiers, les Casuarinées et les Conifères figu* 



i>l8 PiANTB& 19 

rent dans l'une 0t l'autre clesùfleation* Mais le bota- 
niste divise en groupes séparés une quantité de végé^ 
taux que Ton est forcé de réunir, si l'on s'attache sur-^ 
tout à la physionomie des plantes. Là où les végétaux se 
présentent par masses, la distribution des feuilles, la 
forme des troncs et des branches apparaissent oonfU'» 
sèment. Le peintre, car ici c'est le sentiment délicat de 
l'artiste qui est en jeu, peut bien distinguer dans le fond 
d'un paysage les Pins ou les buissons de Palmiers des 
fd^ts de Hêtres ; mais il ne peut dire si une forêt est 
composée de Hêtres ou d'autres arbres feuillus. 

Seize formes végétales servent surtout à détermi<=» 
ner la physionomie de la nature* Je ne compte que 
celles que j'ai pu observer dans mes voyages h tra-* 
vers les deux hémisphères ^ où pendant plusieurs an-» 
nées j'ai étudié attentivement la végétation des diffé*" 
rentes contrées comprises entre le 60" degré de lati^ 
tude boréale et le 12'' degré de latitude australe, Quel^ 
que jour sans doute, quand on pénétrera h une plus 
grande profondeur dans le centre des continents , le 
nombre de ces types sera considérablement accru par la 
découverte d'espèces nouvelles. La végétation qui cou* 
vre la partie sud«<est de VÀsie, l'intérieur de l'Afrique et 
de la Nouvelle-Hollande, ainsi que les contrées de l'A* 
mérique méridionale comprises entre le fleuve des 
Atnaxoûes et la province de Gbiquitosi nous est encore 



20 DE LA PHYSIONOMIE 

inconnue. Que dirait-on si Ton découvrait jamais 
un pays dans lequel les Champignons ligneux, le 
Cenomyce rangiferina et les Mousses s'élèveraient 
à la hauteur des arbres? Il existe en Europe une 
espèce de mousse, le Neckera dendroides, qui est 
réellement arborescente, et les Bambusées ou Gra- 
minées en arbre, sont aujourd'hui encore aux yeux 
de FEuropéen, ainsi que les Fougères tropicales, 
qui dépassent souvent nos Tilleuls et nos Aunes, 
un aussi grand sujet d'étonnement que pourrait 
Tètre pour quiconque la découvrirait le premier une ^ 
forêt de mousses arborescentes. La grandeur absolue et 
le degré de développement auquel peuvent af teindre 
les espèces d'animaux ou de plantes qui composent 
une même famille sont régis par des lois encore 
Ignorées. Dans chacune des divisions importantes du 
règne animal , dans les Insectes, les Crustacés , les 
Reptiles, les Oiseaux, les Poissons, ou les Mammifères, 
les dimensions oscillent entre certaines limites ex- 
trêmes ; mais ces limites peuvent être reculées : la 
mesure adoptée en vertu d'observations antérieures 
peut être rectifiée à l'aide d'observations nouvelles et 
parla découverte d'espècesanimalesdont on ne soup- 
çonne pas encore l'existence. 

L'élévation de la température, subordonnée à la la- 
titude, est l'influence qui originairement parait avoir 



DBS PLANTES. 21 

le plus favorisé le développement organique des ani- 
maux terrestres. La forme courte et grêle de nos Lézards 
atteint, dans les contrées méridionales, les lourdes et 
colossales dimensions du formidable Crocodile au 
corps cuirassé. Les Chats énormes de l'Afrique et de 
rAmérique, les Tigres, les Lions et les Jaguars, ne sont 
que la répétition sur une échelle plus vaste de l'un de 
nos plus petits animaux domestiques. Si , pénétrant 
dans rintérieur de la terre , nous fouillons le tom- 
beau des animaux et des plantes, leurs débris fos- 
siles non-seulement nous révèlent une distribution 
des espèces qui n'est plus en harmonie avec nos cli- 
mats, mais ils nous montrent encore des propor- 
tions gigantesques , qui contrastent avec celles dont 
nous sommes actuellement entourés, autant que le 
noble et simple héroïsme des Grecs contraste avec 
les misères décorées aujourd'hui du nom de gran- 
deur. Si l'on admet que la température de la terre a 
éprouvé des modifications considérables et peut-être 
périodiques, que le rapport entre Teau et la terre, 
la hauteur et la pression de l'océan atmosphérique 
n'ont pas toujours été les mêmes ^* , il ne faut pas 
s'étonner que la physionomie de la nature , la gran- 
deur et la force des êtres organisés aient dû subir 
aussi de nombreux changements. Les puissants Pa- 
chydermes, les Mastodontes semblables aux Élé- 



22 DE LA PHTSIOMOMIB 

phants^leMylodon robustosd'Oweti etleGolosiftochelys, 
tortue de terre hftttte de six pieds^ habitaient autrefois 
des forêts remplies de Lepidodendra gigantesques, de 
Stigmaries semblables aux Cactus et de nombreuses 
espèces de Cicadées. Dans Fimpossibité de décrire 
complètement les traits qui caractérisent aujourd'hui 
la vieillesse de notre planète y je me bornerai à faire 
ressortir ceux qui dififéreneient le mieux chaque 
groupe de végétaux. Quelles que soient la richesse et 
la flexibilité d'une langue, ce n'est pas moins une en- 
treprise difficile de décrire avec des mots ce que Fart 
du peintre est seul apte à représenter; sans compter 
qu'il faut être aussi en garde contre l'impression mo*- 
notone que doit nécessairement produire une énu- 
mération trop prolongée. 

Nous commencerons par les Palnkier$ ^' » la plus 
élevée et la plus noble de toutes les formes végétales. 
C'est en Asie, dans le monde des palmiers et dans les 
contrées adjacentes , que s'est épanouie la première 
civilisation, et de tout temps les peuples ont donné à 
ces arbres le prix de la beauté. Leur tige haute, 
élancée, annelée et quelquefois garnie d'épines se 
termine par un feuillage brillant, tantôt pinné, tantôt 
déployé en éventail. Souvent les feuilles sont frisées 
comme celles de quelques graminées. Je me suis as*- 
suré par des mesures exactes que la partie lisse du 



DIS PLATmiS. 23 

tronc atteint à la hauteuriie cent quatre^-nogis pieds. 
Les Pahniers perdent quelque cbose de leur grandeur 
et de leur magnificence, à mesure qu'ils s'avancent 
de réquateur Ters les zones tempérées. La FJore ind>- 
gèae de TEurope ne comprend qu'un s^ r^résen* 
tant de cette famille : c'est un palmier nain, leCfaam»* 
rops, qui croit le long des oMes en Espagne et ea itaiie, 
jHsipi'uii Af degréde latitude boréale . La moyenne an- 
noeile du Térilabledkiiat des palmiers miie dn fiû^et 
denû à 22^ Réaumur . Cependant les Dattiers importés 
d'Afrique, quieratà la Térité beaucoup moins beaux 
que d'autres espèces du même groupe, (»*oiaBent dans 
les contrées de l'&mape mâridionide, où la tempéra- 
tinre mofenne est comprise entre IS^ et 13^ et demi* 
Au fltord même de notre eontinent, des troncs de pal* 
mâm^et desiMpielaltesd'éiéplmnte sont ensevelis dans 
rifl^FÎeur de h, tenre; d'après leur position on peut 
ocmjediirer <|u'tls n'ont pas été portés des tropiques 
Bux pôles par des courants, mais que dans les grandes 
révolutions de noire planète, les dtmats cnt sàbî des 
changements s uccessîfis qui ont iieaouvelé la pfayno- 
nomtede la nature. 

Lalorme des jtomtiûrï^/qnî comprend les Scitaon- 
nées'Ct les Musaisées des bofamstes, IdQes que rHdEeo- 
ma, l'Amidmnm , le Strditzia, est associée partout à 
cdle des iPatmâers. Lew* tige basse, mais gonflée de 



24 DE LÀ PHYSIONOMIE 

séve et presque herbacée est couronnée de feuilles 
minces, d*un tissu peu épais, luisantes comme la soie 
et finement nervées. Les buissons de Bananiers font 
Fomement des contrées humides. Leurs fruits four- 
nissent à la nourriture de presque tous les peuples qui 
vivent sous la zone tropicale. De même que les céréales 
farineuses ont été une ressource constante pour les ha* 
bitants du Nord, le Bananier n'a jamais fait défaut aux 
populations voisines de l'équateur, depuis Tenfance 
de leur civilisation. D'après les traditions sémitiques, 
cette plante nourrissante se développa originairement 
sur les bords de TEuphrate ; suivant d'autres, elle na- 
quit dans l'Inde, au pied de l'Himalaya. Les légendes 
grecques désignent les champs d'Enna en Sicile 
comme l'heureuse patrie des céréales. Mais les fruits 
de Cérès, répandus par la culture dans toutes les con- 
trées septentrionales, n'offrent que des prairies mo- 
notones qui ajoutent peu aux charmes de la nature ; 
l'habitant des tropiques qui multiplie les plantations 
de Bananiers propage au contraire l'une des formes les 
plus belles et les plus majestueuses du règne végétal. 
La forme des Malvacées " et des Bombacées est repré- 
sentée par le Ceiba, le Gavanillesia et l'arbol de Manitas 
des Mexicains, Cheirostemon. Les troncs de ces arbres, 
d'une grosseur colossale, portent de grandes feuilles 
cotonneuses, échancrées ou dessinées en cœur et d'ad- 



DES PLANTES. 25 

mirables fleurs qui souvent sont d'un rouge pourpré. 
A ce groupe végétal appartient le Baobab , Âdansonia 
digitata, qui bien que d'une médiocre hauteur, a quel- 
quefois trente pieds de diamètre, et peut être regardé 
vraisemblablement comme le plus vaste et le plus an- 
cien monument organique qui existe sur la terre. En 
Italie, la forme des Malvacées donne déjà à la végéta- 
tion un caractère méridional. 

La zone tempérée est dépourvue, sur toute la sur- 
face de l'ancien continent , des feuilles délicates et 
pinnées propres à la forme des Mimosa ^% dont les 
espèces dominantes sont les Acacia, les Desmanthus, 
les Gleditschia, les Porleria, les Tamarindus. Il n'en 
est pas de même dans les États-Unis d'Amérique, où, 
sous les mêmes latitudes, la végétation est plus variée 
et plus vigoureuse qu'en Europe. Les branches des 
Mimosa sont habituellement déployées en parasol , à 
peu près comme celles des Pins d'Italie. L'azur pro- 
fond du ciel des tropiques entrevu à travers les folioles 
délicates des Mimosa est d'un effet extrêmement pit- 
toresque. 

LesBruyères^^soni surtout des plantes africaines. En 
s'attachant de préférence à la physionomie et à l'aspect 
général des plantes, on peut joindre à ce groupe les 
Epacridées et les Diosmées, un grand nombre de Pro- 
teacées et ces Acacia de l'Australie qui n'ont pour 



H. 



26 DE LA PHYSIONOMIB 

feuilles que des pétioles ou phyllodes. Les Bruyères 
ont quelque ressemblanoe aTee les Conifères; mais 
elles en <Ufl(k«nt par Tabcfiidance de lecurs fleurs 
campanulées ; et les analogies que les deux groupes 
oifrent d'ailleurs rendent «e contraste plus attrayant. 
Les Bruyères en arlH^ , comoae quelques autres yé- 
gétaux parficidiers au sol «fricain , s'étendent jus- 
qu'aux côtes septentrionales de la mer lUditerranée. 
Elles ajoBteirt au channe de Pltdie et se mêlait 
aux buissons de Cistes de TEspagne méridionalo. 
C'est dans Ttie de Ténériffe, sur la pente du pk 
de Teyde, que je les ai nies aUteindre leur ^us vaste 
déTcloppement. Près des ritages de la mer Baltique 
et plus loin encore Ters le nord, on redoute ees plantes, 
comme l'annonce de la sécheresse et de la stériKé. 
Les Bruyères d'Europe, l'Eriea ou Calhina vulgaris, les 
Eriea tetralix, camea et cinerea, sont des plantes so- 
ciales contre les enrdiissements desquelles les peu- 
ples agriculteurs ont lutté sans beaucoup de succès 
depuis des siècles. Il est remarquable que le principal 
représentant de celte famille n'habite qu'un seul côté 
de notre planète. Des trois cents espèces d'Erica au- 
jourd'hui connues , une seule se rencontre dans le 
nouveau oontinent, depuis la Pensyhanie et le La- 
brador jusqu'à Noutka et Âlashka. 
En reyanche^ au nouveau monde appartient exclu- 



DBS PLANTES. 37 

sivanent la foraiedes CwHus^ tantôt articulés, tantôt 
sphériques, et quelquefims se dressant camme des 
tuyaux d'orgues eu colonnes cannelées* Ge groupe 
forme le contraste le plus frappant avec celui des Li- 
liacées et des Bananiers. Il appartient aux plantes que 
Bernardin deSaint^Pierre nomme si heureusement les 
sources végétales du désert. Dans les plaines arides de 
l'Amérique méridionale^ les animaux tourmentés par 
la soif, cherchent à déterrer sous le sable, où ils sont 
à moitié enfouis, des Melocadus dont la moelle 
aqueuse est détendue par de redoutables épines. Les 
Cactus qui affectent la forme de colonnes atteignit 
jusqu'à trente pieds de haut. Divisés comme des ean*^ 
délabres et souvent recouverts de Uchens, ils offrent 
une physionomie analogue à celle de quelques Eu- 
phorbes d'Afrique. 

Ces plantes forment de vastes oasis au milieu des 
déserts dépourvus de végétation ; de même les Orchid 
dée$^^ sous les tropiques, animent les troncs d'arbres 
noircis par les rayons brûlants du soleil et les fentes 
des rochers sauvages. Parmi ces plantes, les Vanilliers 
se distinguent par leurs feuilles charnues et d'un vert 
clair, par la couleur variée et la structure singulière 
de leurs fleurs. Les fleurs des Orchidées ressemblent 
tantôt à des insectes ailés, tantôt aux oiseaux qu'attire 
le parfum des nectaires. La vie d'un peintre ne suffi- 



28 DE LA PHYSIONOMIE 

rait pas pour reproduire, en se bornant même à un 
étroit espace de terre , les magnifiques Orchidées qui 
ornent les vallées profondes des Andes du Pérou . 

Les CamariiMk^, sont dépounrues de feuilles comme 
presque tous les Cactus. Leurs rameaux ressemblent 
à ceux des Prèles. Bien qu'elles n'appartiennent réel- 
lement qu'aux Indes orientales et aux iles de la mer du 
Sud, on rencontre dans d'autres régions les traces de 
ce type plus singulier que beau. L'Equisetum altissi- 
mum de Plumier, TEphedra aphylla de Forskal, qui 
croit dans les régions septentrionales de l'Afrique, 
les CoUetia du Pérou et le Calligonum Pallasia de la 
Sibérie se rapprochent beaucoup des Casuarina. 

Autant dans les Bananiers le feuillage s'épanouit et 
se développe, autant il se contracte et se resserre dans 
les Casuarina et dans les Coniftres ". Communs dans 
les pays du nord , les Sapins , les Thuya et les Cyprès 
dont se compose la famille des Conifères sont plus 
rares sous les tropiques , et offrent dans quelques es- 
pèces, telles que le Dammara et le Salisburia, l'exem- 
ple de feuilles larges bien qu'aciculaires. L'éternelle 
verdure de leur feuillage égayé les tristes paysages 
de l'hiver, et témoigne aux peuples voisins des pôles 
que , malgré la neige et les frimas qui recouvrent le 
sol, la vie intérieure des plantes, non plus que le feu 
de Prométhée, ne peut périr sur notre planète. 



DBS PLANTES. 29 

Sous les tropiques, les Pothos^, aussi bien que les 
Orchidées, recouvrent les vieux troncs d'arbres de 
leurs rameaux parasites , comme font chez nous les 
Mousses et les Lichens. Les tiges charnues et herbacées 
des Pothos sont surmontées de grandes feuilles tantôt 
sâgittées, tantôt digitées, quelquefois aussi allongées, 
mais toujours divisées par d'épaisses nervures. Les 
fleurs des Aroîdées, douées de la propriété vitale de 
développer une chaleur propre , sont enveloppées 
dans des spathes. Ces plantes sans troncs poussent des 
racines aériennes. Le Pothos, le Dracontium, le Cala- 
dium, l'Âriim, sont des geni*es voisins Tun de Tautre. 
L'ArUm s'avadce jusque sur les côtes dé la mer Mé- 
diterranée et annonce déjà , ainsi que le succulent 
Tussilage , les hauts Chardons et FAcanthe , la végé- 
tation luxuriante propre aux contrées méridionales. 

A FArum est associée dans lés contrées brûlantes de 
TAmérique du Sud, au milieu du plus grand épanouis- 
sement de la végétation, la forme des Lianes^ ^ c'est-à- 
dire les PauUinia, les Banisteria, les Bignonia et lès 
Passiflores, dont peuvent donner une idée notre Hou- 
blon grimpant et nos Vignes. Sur les bords de l'Oré- 
noque, les rameaux sans feuilles des Bauhinia ont 
souvent quarante pieds de long. Les uns tombent 
perpendiculaires de la cime élevée des Swietenia ou 
Acajoux, d'autres sont tendus obliquement comme les 



•• 



30 DE LA PHYSIONOMIE 

cordages d'un navire. Les Cbat&-tigres ont une mer- 
Teilleuse habileté à monter on à descendre le long de 
ces rameaux. 

La forme roide et consistante des Jloèê^ bleuâtres 
contraste avec la souplesse et le feuills^e frais et ten-* 
dre des Lianes grimpantest Les tiges des Aloès, lorsque 
les Âloès ont des tiges, n'offrent presque jamais de diTi-* 
sion ; elles sont marquées d'anneaux étroitement rap- 
prochés et enroulés comme des ëer)[)ents. A Textrémitë 
supérieure, des feuilles succulentes^ charnues eftermî^ 
nées par de longues pointes, sont disposées en rayons. 
Les Aloès à hautes tiges ne forment pas de buissons 
cotnme les plantes qui vivent en société ; ils croissent 
Isolément dans des plaines arides, et donnent & là ré- 
gion des ti'opiques un aspect mélancolique , j'oserais 
presque dire un caractère africam. PlUsieurB végétaux 
peuvent être rattachés à cette forine deâ Aloès, en rai- 
son de la phjsionoitaie analogue qu'ils communiquent 
au paysage, ce sontipatmi les Broméliacées, les 
Pitcaimia, qui dans la chaîne des Andes sortent des 
crevasses des rochers , le gi'aiid PoUrhetia pyratùi^ 
data , nommé Atschupalla sur léS plateaux de la 
Nouvelle-Grenade, TAloès amérlèaiti ou Agave, le 
Bromelia Ananas et le Bromelia Katatàs ; {larmi les 
Euphorbiacées, quelques rares espèces dont les tiges 
courtes et épaisses sont divisées en candélabres ; dah^ 



DIS PUMTBS. 31 

la famille des Asphodèles l'Aloès afticain et le Dra- 
gonier, DFacœna Draco ; enfin daûs celle des Lilia-* 
cées, le Yuoca dont les fleurs s'élèvent à ime hauteur 
considérable. 

Si le repos constant et la fixité des Aloès produisent 
une impression sévère, les Graminées'^ 6u contraire et 
surtout les Graminées herbacées se distinguent pér 
leur légèreté riante et la souplesse deleurdUgêS élan*^ 
cées. Dans lôs deux Indes, les buissons de Bambous 
forment des allées Sombres et couvertes. Le chaukne 
lisse et souvwt incliné des Graminées troiâcaks sui^ 
passe en hauteur nos Aunes et nos Ghénés. Déjà eii 
Italie cette forme eonmience à s'élever de terre dahs 
l'espèce nommée Arundo Donax , et par ses dimen** 
sionS communique à la végétation du pays un ca-^ 
ractère particulier. 

La forme des tcmgèré^^ comme celle des Grami»- 
nées s'ennoblit sous les tropiques. Les Fougères arbO'* 
rescentes , hautes de quarante pieds , ont quelque 
chose de là physionomie des t^almiers ; mais leur tige 
eist moins élancée, phis courte et plus écâilléUse; leur 
.feuillage légèrement dentelé sur les bords est plus 
délicat, d'une texture moins serrée et plus transpa- 
rente. Ces Fougères gigantesques appartiennent pres- 
que exclusivement aux tropiques. Pourtant elles pré- 
fèrent, danà le$ (îontrée$ équinotiales, un dim&t rela-^ 



32 DE LA PHYSIONOMIE 

tiTement tempéré ; et puisque rabaissement de la tem- 
pérature ne peut être que la conséquence de Téléva- 
tion du sol, on doit considérer comme le séjour prin- 
cipal des Fougères en arbre les montagnes qui domi- 
nent de deux ou trois mille pieds le niveau de la mer. 
Les Fougères à haute tige accompagnent dansTÂmé* 
rique méridionale Tarbre bienfaisant dont Fécorce 
guérit la fièvre. Tous deux caractérisent l'heureuse 
région où règne un printemps perpétuel. 

Je nommerai aussi la forme des Liliacées ^ ornée 
de fleurs magnifiques et dont lès feuilles ressemblent 
à celles des roseaux. Cette famille qui comprend 
TÂmarjUis, Tlxia, leGladiolus» le Pancratium, se 
plaît surtout dans les contrées méridionales de l'Afri- 
que. Puis viennent encore : la forme des Saules^ ^ in- 
digène dans toutes les parties du globe, et que le 
Schinus Molle rappelle, sur les hautes plaines de 
Quito, sinon par le contour de ses feuilles, du moins 
par la disposition de ses branches; enfin les ifyr- 
tacées^, c'est-à-dire le Metrosyderos, TEucalyptus et 
l'Escallonia myrtilloïdes, les Mélastomes ^ et les Xoif- 
rinées ". 

Ce serait une entreprise digne d'un grand artiste 
d'étudier le caractère de toutes ces formes végétales, 
non dans des serres ou dans les descriptions des bo- 
tanistes, mais en face même de la grande nature des 



DES PLANTBS. 33 

tropiques. Combien serait intéressant et instructif 
pour le peintre de paysage un ouvrage qui préseivte- 
rait aux regards les seize groupes que nous ayons 
énumérés, et les retracerait d'abord isolément, puis 
réunis, de manière à en faire ressortir les contrastes*^. 
Quoi de plus pittoresque que ces Fougères arbores- 
centes qui déploient leurs feuilles délicates au-dessus 
des Chênes-lauriers du Mexique ; quoi de plus attrayant 
que ces buissons de Bananiers ombragés par des Gra- 
minées en arbre, telles que les Guadua et les Bam- 
bous? AFartiste il est permis de diviser les groupes. 
Sous son pinceau, le grand enchantement de la na- 
ture se décompose en traits plus simples et en pages 
détachées, comme les ouvrages écrits de la main des 
hommes. 

lia végétation déploie ses formes les plus ma- 
jestueuses sous les feux brûlants qui rayonnent du 
ciel des tropiques. Dans le pays des Palmiers , à la 
place des tristes Lichens ou des Mousses qui , vers les 
régions glacées, recouvrent l'écorce des arbres, le 
Cymbidium et la Vanille odoriférante se suspendent 
aux troncs des Anacardes et des Figuiers gigantesques. 
La fraîche verdure du Dracontium et les feuilles pro* 
fondement découpées du Pothos contrastent avec 
les couleurs dont brillent les fleurs des Orchidées. 
Les Bauhinia grimpants, les Passiflores, les Banistères 



36 DE LA PHYSIONOMIE 

dans la fantaisie brillante, du poète, dans Taii imita- 
teur du peintre, est une source abondante de dédom- 
mag?nients où notre imagination peut puiser les vi- 
vantes images de la nature exotique. Sous les climats 
glacés du Nord, au milieu des landes stériles, Tbomme 
peut s'approprier tout ce que le voyageur va demander 
aux zones les plus lointaines , et se créer au dedans de 
lui-même un monde , ouvrage de son intelligence , 
libre et impérissable comme elle. 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 

Note 4 , page 2. 

INSECTES AILÉS ENTRAÎNÉS DANS LES HAUTES RÉGIONS PAR 
DES COURANTS D*AIR ASCENDANTS. 

On rencontre en mer, à une grande distance des 
côteS|. ainsi que je Tai plusieurs fois observé sur la mer 
du Sud, de petits oiseaux et même des papillons chas- 
sés au loin par les vents orageux qui soufflent de la terre. 
Ilarriveaussi que des insectess*élèvent involontairement 
dans les plus hautes régions de l'atmosphère, à 15000 et 
mêmeà 18000 pieds au-dessus des plaines. Cela tient à ce 
que la chaleur de la croûte terrestre produit un courant 
d'air vertical qui entraîne avec lui les corps légers. Lors- 
qu'un chimiste éminent, M. Boussingault, qui à cette 
époque professait encore dans l'École des Mines nouvelle- 
ment établie à Santa-Fé de Bogota, gravit les montagnes 
de Caracas, il fut témoin, vers le milieu du jour, dans 
une excursion au sommet de la Silla, d'un phénomène 
qui constate d'une manière frappante l'existence de ces 
courants d'air ascendants. Il vit, ainsi que son compa- 
gnon de voyage, don Mariano de Rivero, des corps 
blanchâtres et luisants monter de la vallée de Caracas, 
atteindre la cime de la Silla, haute de 5400 pieds, et de 
là retomber sur la côte voisine. Ce jeu dura pendant 



n 



38 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

une heure entière sans interruption. D'abord M. Bous- 
singault avait cru voir un essaim de petits oiseaux ; mais 
il ne tarda pas à se convaincre que c'étaient des brins 
d'herbes réunis en pelotons. M. Boussingault m'a en- 
voyé un échantillon de cette graminée, que M. Kunth 
a aussitôt reconnue pour une espèce de Vilfa, plante 
qu'on trouve souvent mêlée à TAgrostis dans les pro- 
vinces de Caracas et de Gumana. C'était le Vilfa tena- 
cissimade noire Synopsis plantarun^ xquinoctialium or- 
bis novi (t. I, p. 205}. De Saussure ^ trouvé des papillons 
sur le Mont-Blanc. Eamon4 ea a rencontra dans les stifir 
tudes qui entourent la cûne du Mont-Perdu. J^orsque, 
le 23 juin 1802, MM. Bonplaad, G^los JAofkUxiasei mai 
nous parvînmes à la hauteur de 3016 toises ou 5882 oièr 
très, sur le revers oriental du Chimborazo, hauteur oà 
le baromètre descendit à 13 pouces 11 lig&es 2/10, 
nous vîmes voltiger autour de qou$ des insectes ailés. 
Nous reconnûmes que c'étaient des diptères ressemblaipt 
à des mouches; mais nous marchions sur une arête 
(cuchilla), large i peine de dix pouces, entre deux pentes 
rapides couvertes de neiges, et il nous fiit impossible 
de les saisir. La hauteur à laquelle nous aperçûmes œs 
insectes était à peu près la mécœ que celle où des lo- 
chers de tracliyte dénudés, perçant l'^ntelope des 
neiges éternelles, nous offraient, dans le Lecidea geogra- 
phica, la dernière trace de végétation. Ces petits animaux 
voltigeaient à 2850 toises au-dessus du niveau de la mer, 
24)0 toises plus haut ^ue la cime dn Mont-Bianc. Ua 

.r 



ÉGLÂIRClâSSMJNTS B¥ ADDITIONS. 39 

peu plus bas, mais toujours au-dessus de la région des 
neiges, à 2600 toises environ, Bonpland avait ob* 
serve des papillons d'un jaune clair qui rasaient le sol. 
Les manunifères qui, dans les Alpes helvétiques, 
vivent le plus près des neiges éternelles , sont la Mar- 
motte durant son engourdissement hivernal, et une 
très-petite espèce de Campagnol décrite par Martins sous 
le nom de Hypudœus nivalis. Cet animal se creuse sur 
le Faulhorn , presque immédiatement au-dessous des 
neiges , des magasins dans lesquels il dépose ses provi- 
sions consistant en racines de plantes phanérogames 
(Actes de la Société helvétique^ 1843, p. 824). On a cru 
généralement en Europe que le joli rongeur connu sous 
le nom de Chinchilla, dont la fourrure soyeuse et bril- 
lante est si recherchée, habite aussi les plus hautes 
montagnes du Chili ; c'est une erreur. Le Chinchilla la- 
niger de Gray ne vit que sous la zone tempérée de Thé- 
misphère austral, sans jamais franchir le 85* parallèle au 
delà de l'équateur (Claudio Gay, Historia flsica y poli* 
tica de Chile, Zoologia, 1844, p. 91). 

Tandis que , dans nos Alpes européennes , les Lécf- 
dées , les Parmélies, les Ombilicaires revêtent d'une vé- 
gétation colorée mais chétive les rochers que la neige 
n'a pas complètement envahis , nous avons trouvé dans 
les Andes, à une hauteur de 13 à 14 000 pieds, des pha- 
nérogames couvertes de belles fleurs , et qui n'avaient 
pas été décrites avant nous. Ce sont : le Culcitium nivale, 
le Culcitium rufescens, le Culcitium reflexum, TEspe- 



40 DE hk PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

letia grandiflora, TEspeletia argentea, le Sida pichin- 
chensis, le Ranunculus nubigenus, le Ranunculus Gus- 
manni.à fleurs touges ou orangées, enfin de petites 
Ombellifères semblables à des Mousses et désignées sous 
le nom de Myrrhis andicola et de Fragosa arctioides. 
Sur la pente du Chimborazo, le SaxifragaBoussingaulti, 
décrit par Adolphe Brongniart, revêt des blocs de ro- 
chers épars, au-dessus môme de la limite des neiges 
éternelles, c'est-à-dire à 4796 pieds ou 4801 mètres, 
mais non pas, comme l'ont dit deux journaux anglais 
d'ailleurs fort estimables, à 17 000 pieds ou 5178 mètres 
au-dessus du niveau de la mer (comp. Humboldt, Asie 
centrale^ t. ill, p. 262, avec un Mémoire de Hooker, dans 
le Journal ofBotany, 1. 1, 1834, p. 327, et Edinhurgh 
new philosophicalJoumal, t. XVil, 1834, p. 380). La 
Saxifrage découverte par Boussingault est assurément, 
de toutes les plantes phanérogames connues jusqu'à ce 
jour sur la surface de la terre, celle qui croit dans les 
plus hautes régions^ 

La hauteur verticale du Chimborazo est, d'après 
mes mesures trigonométriques , de 3350 toises ( Re- 
cueil d'observations ctëtronomiques , t. I , p. Lxxit ). 
C'est un résultat intermédiaire entre ceux qu'ont obte- 
nus les académiciens français et les académiciens espa- 
gnols. La cause principale de ce désaccord ne tient pas 
à ce que les effets de la réfraction terrestre ont été di- 
versement appréciés ; elle vient plutôt de ce qu'on n'a 
pas appliqué la môme méthode pour ramener les bases 



ÉCLAIRCISSBUBNTS ET ADDITIONS. 41 

trigoDométriques au niveau de la mer. Cette réduc- 
tion n'a été exécutée, dans les Andes, qu'au moyen du 
baromètre. Il s'ensuit que les mesures dites trigono- 
métriques sont en môme temps barométriques, et que 
les résultats diffèrent suivant les formules employées. 
Si, dans des montagnes qui offrent une masse énorme 
comme la chaîne des Andes, on veut mesurer trigo- 
nométriquement la plus grande partie de la hauteur 
totale, et si l'on se place dans un lieu bas et éloigné, 
près de la plaine ou du rivage de la mer, on n'obtient 
que de très-petits angles de hauteiu*. D'autre part, dans 
les hautes montagnes, non-seulement il est difficile de 
trouver une bonne base trigonométrique, mais la partie 
qui reste à mesurer barométriquement grandit à chaque 
pas que l'on fait pour s'approcher de la montagne. Tels 
sont les obstacles que rencontrent tous les voyageurs 
qui choisissent dans les hautes plaines dominées de 
tout côté par les sommets des Andes, le point central 
de leurs opérations géodésiques. J'ai mesuré le Chim- 
borazo à l'ouest du Rio Chambo, dans la plaine de Ta- 
pia, couverte de pierre ponce et haute de 1482 toises, 
d'après les indications du baromètre. Les Llanos de 
Louisa et surtout la plaine de Sisgoun, élevée de 1900 toi- 
ses, fourniraient des angles de hauteur plus considé- 
rables. J'avais tout préparé pour prendre mes mesures 
dans la plaine de Sisgoun, lorsque la cime du Cbimbo- 
razo se voila subitement de nuages épais. 
Les linguistes ne seront peut-être pas fâchés de trou- 



42 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

ver ici quelques conjectures sur l'étymologie du nom 
si célèbre du Ghimborazo. Le district ou corregimiento, 
dans lequel est située cette montagne, s'appelle Chimbo, 
La Condamine fait dériver Chimbo de chimpani^ qui 
signifie passer une rivière {Voyage à Véquateur, 1751, 
p. 184). Selon lui, Chimbo-raeo veut dire la neige de 
l'autre bord, parce que, près du village de Chimbo, on 
traverse le ruisseau en face de cette énorme montagne. 
De même dans la langue Qquichua, ehimpa désigne 
Vautre rive, le côté opposé, et chimpani exprime l'idée 
de traverser, traverser une rivière on un pont. Plusieurs 
indigènes de la province de Quito m'ont assuré que 
Chimborazo signifie simplement la neige de Chimbo. La 
même terminaison se retrouve dans Carguai^razo; mais 
razo paraît être une expression provinciale. Le jésuite 
Holguin ne Ta pas admise dans son excellent Vocabulario 
de la lengua gênerai de todo el Peru , Itamada lengua 
Qquichua à del Inca, imprimé à Lima en 1608. Le véri- 
table nom de la neige est ritti. Mon savant ami le 
professeur Buschmann a remarqué que, dans le dia- 
lecte Chinchaysuyo en usage au nord de Cuzco jusqu'à 
Quito et à Pasto, la neige est nommée raju , apparem- 
ment avec un j guttural. On peut voir ce mot dans le 
Glossaire du dialecte Chinchaysuyo , composé par don 
Juan de Figueredo, et joint sous forme d'appendice à 
l'ouvrage de Torres Rubio, intitulé : Arte y vœabulario 
de la lengua Quichua, reimpr. en Lima, 1764, fol. 223. 
Gomme en raison de la lettre a, il ne parait pas probable 



ÉGLAllICISSKMIim ET iUOBITIOMS. 43 

que le nom du Ghimborazo et celui du village près 
duquel est située cette montagne soient formés des pri- 
mitifs Chimpa et Chimpanif il ne serait pas impossible 
de les dériver du mot chimpu, qui sert à désigner, dans 
le dialecte Qquichuat un fil de couleur, une frange (seûal 
de lana, hilo 6 borlilla de colores), par suite la couleur 
rouge du ciel (arreboles), et enfin l'aréole du soleil et 
de la lune. On peut, à ce qu'il semble, tirer directe- 
ment le nom du Ghimborazo de cette racine , sans avoir 
recours au village de Chimbo. Dans tous les cas» il fau- 
drait écrire Chimpotaw avec un p, la lettre b étant , 
comme on sait, inconnue aux Péruviens. 

Mais est-il donc prouvé, après tout^ que le nom de 
cette montagne colossale appartienne à la langue des 
Incas, et ne pourrait ^il pas remonter beaucoup plus 
loin? D'après une tradition généralement adoptée, il n'y 
avait pas longtemps que la langue Qquichua était pariée 
dans le pays de Quito, quand les Espagnols en firent la 
conquête» Elle avait succédé à la langue Puruay, dont 
il ne reste plus de traces aujourd'hui. Il existe plusieurs 
autres noms de montagnes, tels que le Pichincha, rili* 
nissa, le Gotopaxi, qui n'ont aucune signification dans 
la langue des Incas, et* qui, par conséquent, dat^t 
d'une époque antérieure à l'introduction du culte du 
soleil et de la langue ofBdeUe en usage à la cour des 
maltresde Guzoo. Les noms des montagnes etdes rivières 
appartiennent, dans toutes les Contrées, aux monuments 
les plus anciens et les plus authentiques de l'histoire 



44 DE LA PHTSIONOMIB DBS PLANTES. 

des langues; et mon frère, Guillaume de Humboldt, en 
a tiré parti d'une manière très-ingénieuse, dans ses 
recherches sur Tancienne diffusion des races ibéri- 
ques. Cependant une conjecture imprévue s'est pro- 
duite récemment : Yelasco, dans son Histaria de 
Quito (t. I, p. 185), prétend que c leslncas Tupac Tu- 
panqui et Huayna Capac , lorsqu'ils firent la conquête 
de Quito, furent fort étonnés d'entendre les indigènes 
parler un dialecte dérivé de leur langue Qquichua. « 
Prescott toutefois regarde cette assertion comme dé- 
nuée de fondement (History of the conquest of Peru , 
1. 1, p. 126). ' 

Il faudrait superposer le Saint-Gothard , l'Athos ou 
le Righi au Chimborazo pour obtenir la hauteur assi- 
gnée actuellement au Dhawalagiri, dans la chatne de 
l'Himalaya. L'élévation relative des masses rocheuses 
que nous appelons chaînes de montagnes est, aux yeux 
du géognoste qui s'élève à des considérations générales 
sur la structure intérieure du globe, un phénomène si 
peu considérable , qu'il apprendrait sans étonnement 
qu'on a découvert entre l'Himalaya et l'Àltaî d'autres 
sommités, élevées au-dessus du Dhawalagiri et du 
Djavahir autant que ces deux cimes elles-mêmes dé- 
passent le Chimborazo (Humboldt, Vues des Cordil- 
lères et Monuments des peuples indigènes de VAméri^ 
qucy 1. 1, p. 106. Voyez aussi un Mémoire intitulé : Ue- 
ber zwei Versucheden Chimborazo zu besteigeny 1802 
und 1831 , dans le recueil intitulé : Schuhmacher's Jahr- 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 45 

buchfûr 1837, p. 176). La hauteur considérable à la- 
quelle la réverbération de la chaleur élève dans les 
montagnes de l'Asie centrale la limite supérieure des 
neiges, sur la pente septentrionale de THimalaya, rend 
ces montagnes, situées entre 29^ et 30^ 30' de latitude, 
aussi accessibles que le sont les Andes sous les tropiques. 
Tout récemment, le capitaine Gérard a gravi le Tar- 
higang, jusqu'à la hauteur que j'ai atteinte sur le Chim- 
borazo, et a peut*étre même dépassé cette limite de 
110 pieds 9 comme cela est affirmé dans le Critical Re- 
searches on Philology and Geography (1824, p. 144). 
Malheureusement, malgré la curiosité qu'elles excitent 
dans le public, ces ascensions au-dessus de la ligne des 
neiges n'ont, au point de vue scientifique, ainsi que je l'ai 
démontré ailleurs avec plus de détails, qu'une très-faibla 
utilité. 

Note 2 , page 2. 

LE CONDOR, GÉANT DES VAUTOURS. 

J'ai donné, dans mon Recueil d! observations de 
Zoologie et d'Anatomie comparée (t. I, p. 26-45), This- 
toire naturelle du Condor qui, avant mon voyage, a été 
défigurée de plusieurs manières. Le Condor est appelé 
Cuntur dans la langue Inca, Manque chez les Ârauca- 
niens du Chili ; Duméril le nomme Sarcoramphus Con- 
dor. J'ai dessiné et fait graver la tôte du Condor, de 
grandeur naturelle, d'après un individu vivant. Le 
Lsemmergeier de la Suisse et le Falco destructor de 



1 



46 DB LA PHYSIONOMIE DBS PLÀNTBS. 

Daudin, le même probablement que le Falco Harpyia 
de Linné, sont les plus grands oiseaux volants après le 
Condor. 

La région que Ton peut considérer comme le séjour 
habituel du Condor commence à la hauteur de TEtna. 
Elle comprend des couches d'air élevées de dix à dix- 
huit mille pieds au-dessus du niveau de la mer. M. de 
Tschudi raconte dans sa Fauna Peruana (Ornitho- 
logie, p. 12), qu'il a vu, dans Tlle de Puna, voltiger à 
13 700 pieds de hauteur des essaims de Colibris, qui pro- 
longent leurs voyages d'été, d'une part, jusqu'à 61* de 
latitude sur les côtes occidentales de l'Amérique du 
Nord , de l'autre, jusqu'à l'archipel de la Terre de feu. 
On aime à comparer, parmi les habitants de Tair, les 
extrêmes de grandeur et de petitesse. Les plus grands 
Condors que l'on trouve dans la chaîne des Andes, près 
de Quito, ont 14 pieds d'envergure, les plus petits 
8 pieds. D'après les dimensions de leurs ailes et l'angle 
sous lequel nous vîmes souvent ces oiseaux planer ver- 
ticalement au-dessus de nous, on peut juger de l'im- 
mense hauteur à laquelle on les voit s'élever par un ciel se- 
rein. Un angle optique de 4 minutes, par exemple, donne 
une distance verticale de 6876 pieds. Or, la grotte (Ma- 
chay) d'Antisana, si tuée vis-à-vis du mont Chussulongo, 
et près de laquelle nous mesurâmes le vol du Condor, 
dans les Andes de Quito, est à 14 958 pieds au-dessus 
de la surface de l'Océan Pacifique. La hauteur ab- 
solue à laquelle s'était élevé le Condor était donc de 



iaAiacisssMB^s £t additions. 47 

31 834 pifiids, point oi^ le bAFOSaëtra se soutient à peine 
à )2 pogfiesi inais qui n'est pas eependant supérieure 
aux somm^ts culminants de TBiinalaya. C'est un 
ptiénooiènQ physiologique très-saisissant de voir le 
pdéoie oi$eau, après qu'il a tournoyé des heures en- 
tières d^ns des régions où Tair est aussi raréfié, s'pi- 
bsttre tout d'un eoup sur le rirage de la mer, en rasant, 
par exemple, la pente occidentale du volcan de Pichi^- 
jpba, et dans l'espace de quelques heures traverser tous 
les climats. Ce passage rapide des coudies supérioires 
9UX eauches Inférieures de l'air est une preuve de 
plus dp te facilité avec laquelle se vident et se gonflent 
1^ (^lulifs aériennes des oiseaux. 

Il y a plas de cent ans qu'UUoa exprimsit déjà son 
étonnem^ de ce que le ¥autour des Andes peut pla- 
ner à des hauteurs où le baromètre tombe au-4essDqs 
de 14 pouces ( Voyage de l'Amérique méridionale, 
t. XII, 9' part., 1752; Observations astronomisues et 
phffsiques, p. 110). On croydt alors, en raisonnant par 
analogue d'après les expériences laites avec la machine 
pnainpialique, qu'aucun animd ne pouvait vivre sous 
upe pression atmosphérique aussi &iUe. Hoi-mteae, 
ainsi que je i'ai rapporté plus haut, j'ai vu sur leChim- 
borazo le baromètre descendre à 13 pouces 11 lignes 
2/10. Mon ami, M. Gay-Lussag, a respiré pendant un 
quut d'heure sous une pression de 12 pouces 1 ligne 
7/10. Sans doute Thomme éprouve, à une telle hau- 
iBur, un état d'angoisse et d'épuisement t^ès-pénible, 



48 DS LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

surtout lorsqu'il est fatigué par des efforts muscu- 
laires. Le Condor, au contraire, parait accomplir aussi 
facilement ses fonctions respiratoires sous une pres- 
sion de 12 pouces que sous une pression de 28. Cet 
oiseau est probablement, de tous les êtres créés, celui 
qui peut, à son gré, s'éloigner le plus de la surface 
terrestre ; je dis à son gré, car ainsi que je Tai observé 
plusieurs fois, les insectes et les ^animalcules infu- 
soires à enveloppe siliceuse sont entraînés encore plus 
haut par les courants d*air ascendants. Vraisemblable- 
ment le vol du Condor dépasse la limite que nous 
avons trouvée par le calcul. Je me souviens qu'étant 
sur le Cotopaxi, dans la plaine de pierre ponc^ ap- 
pelée Suniguaicu, à 13578 pieds au-dessus de la mer, 
je vis un Condor voler à une telle hauteur, qu'il n'ap- 
paraissait plus que comme un point noir. Mais quel 
est le plus petit angle sous lequel on peut distinguer 
les objets faiblement éclairés? Leur forme, c'est-à- 
dire surtout leur étendue en longueur , a une grande 
influence sur le minimum de cet angle. La transpar 
rence de l'air des montagnes est d'ailleurs si grande 
sous l'équateur, que dans la province de Quito j'ai pu 
distinguer sans longue-vue le manteau blanc (poncho) 
d'un cavalier à une distance horizontale de 84 132 pieds, 
c'est-à-dire sous un angle de 13 secondes. C'était mon 
ami M. Bonpiand qui venait de quitter la charmante 
villa du marquis de Selvalegre, et qui s'avançait le 
long des flancs noirâtres du volcan de Pichincha. 



ÉCLAIRCISSBIIKNTS ET ADDITIONS. 49 

Les paratonnerres, en raison de leur forme mince 
et allongée, sont visibles à une très-grande distance et 
sous de très* petits angles, ainsi que Ta déjà remarqué 
M. Arago. 

Ce que j*ai raconté des mœurs du Condor, dans 
les montagnes de Quito et du Pérou (Observ. de Zoo* 
logie, p. 26-45), a été confirmé par un voyageur, M. Gay, 
qui a parcouru récemment tout le Chili et a donné 
la description de ce puissant oiseau, dans son Historia 
fisica y politica de Chik. Le Condor qui, par une sin- 
gulière analogie avec les Lamas, les Vigognes, les Al- 
pacas et les Guanacos, ne dépasse pas dans la Nouvelle- 
Grenade la limite de Téquateur, s'avanee de Tautre 
côté de la ligne jusqu'au détroit de Magellan. Les 
Condors vivent généralement par couples ou tout à 
fait solitaires; cependant ils se réunissent en troupes 
dans le Chili et dans les hautes plaines de Quito, pour 
attaquer les moutons et les veaux ou pour enlever de 
jeunes guanacos (guanacillos). Les ravages qu'ils font 
chaque année dans les troupeaux de brebis, de chèvres 
et de bœufs, parmi les vigognes, les alpacas et les gua- 
nacos sauvages de la chaîne des Andes, sont très-con- 
sidérables. Les habitants du Chili prétendent que ce 
Vautour peut, en état de captivité, endurer un jeûne 
de quarante jours. Mais quand il est libre, sa vo- 
racité est prodigieuse, et il Tassouvit de préférence 
sur la chair morte, selon l'usage de tous les Vau- 
tours. 

H. 5 



50 DB tA PHTSIONOMIS DBS PLAlfTBS. 

La chasse au Condor par le moyen des palissades, 
telle que je Tai décrite ailleurs, est employée avec succès 
au Chili comme au Pérou. Avant de prendre son vol, le 
Condor, alourdi par la chair dont il s'est repu, est obligé 
de parcourir une certaine distance, les ailes à moitié 
déployées. On entoure de pieux solides un quartier de 
bœuf déjà en voie de putréfaction ; les Condors se pres- 
sent en foule dans cette étroite enceinte, et conune 
l'excès de la nourriture et l'obstacle opposé par les pa* 
lissades rend leur essor très*difficile, les paysans les 
tuent à coups de bâton ou s'en emparent en leur je- 
tant des nœuds coulants (lazos). Lorsque fut déclarée 
pour la première fois l'indépendance politique du 
Chili, l'image du Condor fut gravée sur la monnaie 
comme un symbole de force (Claudio Gay, Historia 
fîsicaypolitieade Chile, Zoologia, p. 194-198). 

Les Gallinazos, beaucoup plus nombreux que les Con- 
dors , sont aussi plus utiles dans la grande économie de 
la nature, pour l'enlèvement ou la destruction des sub- 
stances animales corrompues et par conséquent pour 
la purification de l'air auprès des habitations hu- 
maines. J'ai vu parfois, dans l'Amérique tropicale, 
70 ou 80 Gallinazos amassés autour d'un bœuf mort, 
et je puis confirmer, comme témoin - oculaire, un fait 
que les ornithologistes ont eu tort de révoquer en doute, 
à savoir que l'apparition d'un seul vautour royal , 
quoique cet oiseau ne soit pas plus gros que les Gallinfr* 
zos , suffit pour mettre toute la bande en fuite . Jamais 



iCUIBGISSXlISNTS KT ADDITIONS. 51 

il ne s'engage de comimt ; les Gallinazos , dont une 
nomenclature malheureusement incertaine a souvent 
fait confondre deux espèces distinctes, le Gathartes 
Urubu et le Gathartes Aura, sont frappés d'effi^oi par 
l'apparition soudaine et les fières allures du Sarcoram- 
phus Papa au brillant plumage. De même que les £gyp*- 
tiens protégeaient les Percnoptères, si nécessaires 
pour purger Tair de leur pays, on punit au Pérou 
le meurtre volontaire des Gallinazos d'une amende 
qui, selon Gay, monte dans quelques villes jusqu'à 
300 piastres. Une singularité remarquable, déjà signa* 
lée par don Félix d'Âzara , c'est que le Vautour royal , 
lorsqu'on l'élève tout jeune, s'attache tellement à son 
maître , qu'en voyage il suit sa voiture et vole à travers 
les prairies durant l'espace de plusieurs lieues. 

Note 8 , page 8. 

SUSPENSION DSS FONCTIONS VITALES DANS UN GEAND 

NOMBRE d'animaux. 

Fontana raconte dans son excellent ouvrage sur le 
venin des Vipères (1781, 1. 1, p. 87), qu'au moyen d'une 
goutte d'eau il parvint à ranimer en deux heures un 
Rotifère qui depuis deux ans et demi était immobile et 
desséché. (Voyez sur l'action de l'eau, Humboldt, 
Versuchê mber die gereiste Mmhel-und Nervenfaser 
(t. II,p.2S0.) 

Depuis que les d>servations sont devenues plus atten- 



52 DE LA PHTSIONOBOS DES PLimTES. 

tives, et qu'on en soumet le résultat à une critique plus 
sévère, ce que Ton appelle la réviviflcation des Rotifères 
a été l'objet de discussions animées. Baker dit avoir ré- 
veillé, en 1771 ,des anguillules du blé niellé que Needham 
lui avait remises en 1744. François Bauer a vu remuer, 
après l'avoir humecté , son Vibrio tritici qui était des- 
séché depuis quatre ans. Un observateur très-exact et 
très-expérimenté, Doyère, tire de ses belles expériences 
les conclusions suivantes dans son Mémoire sur les 
Tardigrades, inséré aux Annales des Sciences naturelles, 
t. XIV, XVII et XVIII : lesRotifères peuvent revivre, c'est- 
à-dire revenir de l'état d'inertie à l'état de mouvement, 
même après avoir été préalablement refroidis jusqu'à 
19^,2 Réaumur, ou chauffés à 36'' .Ils conservent la pro- 
priété d'étre^ranimés, après avoir passé dans du sable sec 
par une température de 56'',4 de chaleur; mais ils perdent 
cette propriété et demeurent immobiles pour toujours , 
lorsqu'ils ont été exposés à une chaleur de 44'' seulement 
dans du sable humide (t. XVIII, p. 12). Une dessiccation 
de vingt-huit jours dans l'espace vide du baromètre, 
même avec l'adjonction du chlorure de chaux ou de 
l'acide sulfurique, n'empêche pas ces animalcules de 
revenir à la vie (p. 26). 

Doyère a vu se ranimer lentement des Rotifères des* 
séchés à nu, c'est-à-dire sans l'emploi du sable, ce dont 
Spallanzani avait nié la possibilité ( /M(f. p. 10 et 24). 
« Toute dessiccation faite à te température ordinaire 
pourrait souffrir des objections auxquelles l'emploi du 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 53 

vide sec n'eût peut-être pas complètement répondu. 
Mais en voyant les Tardigrades périr irrévocablement k 
une température de 44*', si leurs tissus sont pénétrés 
d'eau , tandis que , desséchés , ils supportent sans périr 
une chaleur qu'on peut évaluer à 9^ Réaum. on 
doit être disposé à admettre que la révivification n'a 
dans l'animal d'autre condition que l'intégrité dé com- 
position et de connexion organiques. » Les spores, 
germes ou cellules reproductrices des plantes cryptoga- 
mes, comparées par Kunth aux bulbilles, espèces de 
bourgeons qui servent à propager certaines plantes pha- 
nérogames, conservent aussi leur force végétative sous la 
plus haute température. D'après les dernières recher- 
ches de M. Payen, les sporules d'un petit champignon, 
l'Oïdium aurantiacum, qui revêt la mie de pain d'une 
espèce de duvet rougefttre , ne perdent pas leur 
vertu fécondante même, quand avant de le semer 
sur de la mie fraîche, on l'expose, dans des tuyaux 
fermés, k une température de 67° à TS"", pendant la durée 
d'une demi-heure. Le Monas prodigiosa , nouvellement 
découvert , et qui produit des taches couleur de sang 
dans les substances farineuses, ne peut^il pas avoir été 
mêlé à ces champignons ? 

Ehrenberg a exposé dans son grand ouvrage sur les 
Infusoires l'histoire la plus complète des travaux aux- 
quels a donné lieu la prétendue révivification des Rôti* 
fères(p. 4d2r406). Il croit que malgré tous les moyens 
de dessiccation, il subsiste encore dans l'animalcule qui 



54 DI LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

a l'apparence de la mort quelque reste d'humidité of* 
ganique. Il oombat l'hypothèse de la Vie latente : « La 
mort I dit«-il , n'est pas la suspension ^ o'est Tabsenoe 
même de la vie. >» 

Le sommeil hivernal de certains animaux à sang 
chaud ou ii sang froidi c'est'^à-Kiire, d'une part, des LoiM 
et des Marmottes, auxquelles il faut joindre les Hiron- 
delles de rivage (Hirundo riparia), d'après le témoignage 
de Guvier (Règne anitmU, 1829, t. I, p. 396), d% 
l'autre, des Grenouilles et des Crapauds, est un exemple 
de la diminution , sinon de l'entière suspension des 
fonctions vitales. Les Grenouilles, tirées de leur engour* 
dissement par l'effet de la chaleur, peuvent restât* sous 
l'eau , sans être asphyxiées, un temps huit fois plus consi*» 
dérable qu'à Tépoque de l'accouplement. Lorsque la s^i*^ 
sibilité est restée longtemps engourdie, les fonctions res* 
piratoires des poumons paraissent pendant quelque temps 
encore avoir moins besoin d'être exercées* La submor* 
sion des Hirondelles de rivage dans les marais durant 
la saison d'hiver, phénomène qui semble hors de doute, 
est d'autant plus surprenante que^ dans la classe des 
oiseaux, les fonctions respiratoires sont singulièrement 
énergiques. Lavoisier a constaté (Mémoires de Chimie, 
t. I, p. 119) que deux moineaux, en l'état ordinaire , 
consomment, durant le même espace de temps, autant 
d'air pur qu'un Cochon d'Inde. Il parait, au reste, 
que l'engourdissement hivernal des Hirondelles de 
rivage n'a été observé que dans quelques individus 



ÉaimcissiMiNTs et additions. 55 

et non dans l'espèce tout entière. (Aiilne Edwards, Été- 
ments de Zoologie, 1834, p. 643.) 

De même que rabaissement de la température dans 
la zone glaciale détermine ohez quelques animaux ce 
qu'on appelle le sommeil d'hiver, les contrées brûlantes 
des tropiques présentent un phénomène analogue dont 
on n'a pas tenu assez de compte, et que j'ai appelé 
sommeil d'été. {Relation historique, t. II, p. 192 
et 6i6. ) La sécheresse et l'élévation constante de la 
température contribuent aussi bien que le froid de l'hi- 
ver à engourdir l'activité vitale. L'île de Madagascar, si 
l'on excepte une très-^petite partie de la pointe méri- 
dionale, est située tout entière sous la zone torride ; et 
ainsi que l'a déjà observé Bruguière, les Tenrecs échî- 
niformes (Centenes Illiger), dont une espèce, le Cen- 
tenes ecaudatus, a été introduite dans l'tle de france, 
par 30" V de latitude , passent les grandes chaleurs à 
dormir. Desjardins prétend , il est vrai , que l'époque 
de leur sommeil est, dans l'hémisphère austral, la saison 
d'hiver; mais sous des latitudes où la température 
moyenne du mois le plus froid de l'année est de trois 
degrés plus élevée que celle du mois le plus chaud à 
Paris, on ne peut appeler sommeil d'hiver l'engourdis*- 
sèment trimestriel dans lequel le Tenrec est plongé. 

C'est de la même manière que le Crocodile dans les 
Llanos de Venezuela, les Tortues d'eau ou de terre sur 
les bords de l'Orénoque, le gigantesque Boa et plusieurs 
petites espèces d'Ophidiens demeurent immobiles et 



56 DE LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

engourdis sous la terre desséchée, pendant la saison des 
chaleurs. Le missionnaire Gilij rapporte que lorsque 
les naturels vont à la recherche des Tortues de terre 
nommée Terekai, qui s'enfoncent à 15 ou 16 pouces de 
profondeur dans la vase durcie des marais, ils sont sou- 
vent mordus par des serpents blottis sous la terre 
avec les tortues. Un excellent observateur, le docteur 
Peters, qui est depuis peu de retour de son voyage aux 
côtes de l'Afrique orientale, m'écrit ce qui suit : « Je n'ai 
pu, pendant mon court séjour à Madagascar, recueillir 
aucun détail certain sur les Tenrecs ; en revanche, je 
sais positivement que dans la partie de l'Afrique orien- 
tale, où j'ai passé plusieurs années, il y a plusieurs es- 
pèces de tortues , les Pentonyx et les Trionychidies , qui 
demeurent sans nourriture et ensevelies dans la terre 
desséchée durant toute la saison des chaleurs. LeLépido- 
siren se tient aussi, depuis le mois de mai jusqu'au mois 
de décembre, immobile et roulé sur lui-même dans la 
terre pétrifiée des marais. » 

Ainsi nous voyons que l'affaiblissement de certiûnes 
fonctions vitales se produit chez plusieurs classes d'ani- 
maux très-différentes, sans que, chose étonnante, des 
espèces analogues et appartenant à la même famille 
soient soumises au même engourdissement. Le Glouton 
du nord (Gulo), quoique voisin du Blaireau (Mêles), 
ne dort pas comme lui dans l'hiver ; tandis que, selon la 
remarque de Cuvier, un loir du Sénégal (Myoxus Cou* 
peii), animal qui sous les tropiques n'était jamais 



ÉCLAIRaSSEMENTS ET ADDITIONS. 57 

tombé en léthargie, s'endormit dès l'entrée de l'hi- 
ver, la première année de son arrivée en Europe. 
L'affaiblissement des fonctions organiques et de l'acti- 
vité vitale passe par différentes gradations, selon qu'il 
s'étend au phénomène de la nutrition, à celui de la res- 
piration et au mouvement des muscles, ou qu'il atteint le 
cerveau et l'ensemble du système nerveux. Le sommeil 
solitaire de l'Ours et celui du Blaireau ne sont accom- 
pagnés d'aucun engourdissement ; c'est pour cela que 
leur réveil est si facile, et, ainsi qu'on me l'a souvent 
raconté en Sibérie, si dangereux pour les chasseurs et 
pour les paysans. L'étude des diverses gradations et 
l'enchaînement des phénomènes nous font remonter 
à ce qu'on appelle la vita minima des organismes 
microscopiques qui tombent quelquefois des brouil- 
lards météoriques de l'Atlantique avec des ovaires de cou- 
leur verdàtre, et tout prêts à se diviser spontanément. La 
révivification apparente des Rotifères et des Infusoires à 
enveloppe siliceuse n'est que le renouvellement des 
fonctions vitales longtemps paralysées; c'est le réveil 
d'une existence qui n'a jamais été complètement 
éteinte. Les phénomènes physiologiques ne peuvent 
être bien compris qu'à la condition de les suivre par 
toute la série des modifications qui offirent entre elles 
quelque analogie. 



58 Dl U PHYSIONOMIE DSS PUKTS8. 

Note 4, page 3. 

RÔLE DES INSECTES AILES DANS LA FÉCONDATION DES 

PLANTES. 

Autrefois on attribuait principalement au vent la fé- 
condation des fleurs unisexuelles. Kôlreuter, et sur- 
tout Sprengel, ont démontré que les Abeilles, les Guêpes 
et une foule d'insectes ailés jouent dans cette opération 
le rôle principal. Je dis seulement le rôle principal, car 
Topinion qu'aucune plante unisexuelle ne peut être 
fécondée sans Tintervention de ces petits animaux me 
parait contraire aux lois de la nature , comme Ta très* 
bien démontré Willdenow(Grtf»dmf derKràuterkunde, 
4« édit^ Berlin, 1805, p. 405*412). Il n'est pas moins 
vrai que la dichogamie, les taches colorées qui 
marquent la présence des nectaires (maoui» indi** 
cantes), et la fécondation par les insectes, sont 
des phénomènes généralement inséparables (Auguste 
de Saint-Hilaire , Levons de Botanique, 1840, p. 565* 
671). 

La croyance souvent exprimée depuis Spallanzani que 
le Chanvre commun (Cannabis sativa), plante dioïque 
importée de Perse en Europe, produit des graines 
parfaites sans le voisinage des étamines, a été victo- 
rieusement réfutée par des observations plus récentes. 
On a reconnu auprès de Tovaire, après que les graines 
sont poussées , des anthères à l'état de rudiment , qui 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 59 

peuvent donner quelques grains de poussière fécon-* 
dante. Cet hermaphroditisme se rencontre fréquem- 
ment dans toute la famille des Urticées ; mais un petit 
arbuste de la Nouvelle -Hollande, le Goelebogyne de 
Smith, présente dans les serres de Kew un phénomène 
inexpliqué jusqu'ici. Cette plante phanérogame produit 
en Angleterre des graines parfaites, sans oflrir aucune 
trace d'organes mâles, et sans Tintroduction bâtarde 
d'un pollen étranger. Un genre d'Euphorbiacées, 
« assez nouvellement décrit, mais cultivé cependant 
depuis plusieurs années dans les serres d'Angleterre, 
le Goelebogyne, y a plusieurs fois fructifié, et ses graines 
étaient évidemment parfaites , puisque non-seulement 
on y a observé un embryon bien constitué, mais qu'en 
le semant, cet embryon s'est développé en une plante 
semblable. Or, les fleurs sont dioiques. On ne connaît 
et ne possède pas, en Angleterre, de pieds mâles, et 
les recherches les plus minutieuses faites par les 
meilleurs observateurs n*ont pu jusqu'ici faire décou- 
vrir la moindre trace d'anthères ou seulement de pol- 
len. L'embryon ne venait donc pas de ce pollen , qui 
manque entièrement ; il a dû se former de toute pièce 
dans l'ovule. » Ainsi s'exprime un botaniste éminent, 
M. Adrien de Jussieu, dans son Cours élémentaire de 
Botanique (1840, p. 463). 

Afin d'obtenir de nouveaux éclaircissements sur un 
phénomène physiologique aussi important et tout à 
fait isolé , je m'adressai , il y a quelque temps , à mon 



60 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

jeune ami, M. Joseph Hooker, qui, de retour du 
voyage qu'il a fait avec M. James Ross au pôle antarc- 
tique, vient de se joindre à la grande expédition qui a 
pour but d'explorer l'Himalaya tibétain. M. Hooker 
m'a écrit en arrivant à Alexandrie, vers la fin de dé* 
cembre 1847, avant de s'embarquer pour Suez : « Notre 
Coelebogyne fleurit toujours à Kew, chez mon père , 
comme dans les jardins de l'Horticultural Society. Ses 
graines viennent régulièrement à maturité. Je l'ai sou- 
vent examiné avec attention ; mais je n'ai jamais pu 
trouver de traces de l'introduction de boyaux polii- 
niques dans les stigmates, ni de la présence de ces tubes 
dans le style ou dans le micropyle. Dans mon herbier, 
les fleurs mâles sont enveloppées de petits chatons. » 

Note 5, page 6. 

DE LA PHOSPHORESCENCE DE LA MER. 

La phosphorescence de l'Océan est un admirable 
spectacle qui excite toujours l'étonnement , bien que 
pendant des mois entiers on puisse le voir se repro- 
duire toutes les nuits. Sous toutes les zones, la mer 
jette une lueur phosphorescente ; mais qui n'a pas ob- 
servé ce phénomène sous les régions tropicales, et par- 
ticulièrement dans la mer du Sud, n'a qu'une idée 
très-imparfaite de sa magnificence. Lorsqu'un vaisseau 
de ligne , poussé par un vent frais , fend la vague écu- 
maate, le voyageur ne peut se rassasier du spectacle que 



ÉCLÀIRaSSEMENTS ET ADDITIONS. 61 

présente le choc des flots. Chaque fois que le flanc 
nu du navire s'élève hors de Teau, des flammes rouges 
ou bleues jaillissent de la quille comme des éclairs. On 
ne saurait retracer non plus l'admirable aspect qu'of- 
firent les mers des tropiques, lorsque des troupes 
de dauphins s*y ébattent par une nuit obscure. Partout 
où , rangés en longues files , ces Cétacés brisent dans 
leurs évolutions Técume des flots , leur passage est 
marqué par des étincelles et par une lumière intense. 
J'ai joui de ce coup d'œil pendant des heures entières 
dans le golfe de Cariaco, entre Cumana et la presqu'île 
de Maniquarez. 

Le Gentil et J. R. Forster ont considéré ces flammes 
comme produites par le frottement électrique de l'eau 
contre les parois des navires. Mais dans l'état actuel de 
la physique, une pareille explication ne peut plus être 
admise (J. R. Forster, Bemerkungen auf seiner Reise um 
die Weltj 1783, p. 67; Le Gentil , Voyage dans les mers 
de l'Inde, 1779, 1. 1, p. 685-698). 

Il y a peut-être dans le domaine de l'observation na- 
turelle peu de questions qui aient été plus débattues 
que la phosphorescence de la mer. Tout ce qu'actuelle- 
ment on sait deposiUf sur ce point se réduit aux simples 
faits qui suivent : 11 existe plusieurs espèces de Mol- 
lusques phosphorescents, tels que le Nereis noctiluca , 
le Médusa pelagica, var. p, et le Monophora nocti- 
luca, animal semblable à une outre et découvert dans 
l'expédition de Baudin. Tous ces Mollusques répandent 

II. 6 



6â DS Là t»HTSIOKOMIB DES PLANTES. 

à volonté pendant leur vie une lueur pâle tirant sur le 
bleu (Forskal, Fauna jEgyptiaeo-Arabiea, s, deseripfith 
nés Animalium qnœin itinere Orientait observavit, 1775 y 
p. 109; Bory de Saint-Vincent, Voyage dans les lies 
des mers d'Afrique, 1804, 1. 1, p. 107, pi. VI). La phos- 
phorescence de la mer est produite en partie par ces es- 
pèces de flambeaux vivants, en partie par des fibres et 
membranes organiques que laisse subsister la décom- 
position de ces animaux. La première cause est incon- 
testablement la plus ordinaire et la plus générale. A 
mesure que les voyageurs appliqués à l'observation de 
la nature ont été mieux secondés par leurs instruments, 
et ont apporté à leurs expériences en même temps 
plus d* ardeur et plus de sûreté, on a vu s'accroître dans 
nos systèmes zoologiques le nombre des Mollusques et 
des Infusoires auxquels on a reconnu la faculté de dé» 
gager une lumière phosphorescente , soit par Y effet de 
leur simple volonté, soit à la suite de sollicitations exté- 
rieures. 

La phosphorescence de la mer, en tant qu'elle est 
due à des êtres vivants, est produite par les Acalèphes 
qui comprennent, dans la classe des Zoophytes, les 
familles des Méduses et des Cyanées, par quelques Mol- 
lusques et une quantité innombrable d'Infusoires. Parmi 
les petits Acalèphes, (Orties de mer) le Mammaria scintil- 
lans offre, pour ainsidire , le magnifique spectacle d'un 
ciel étoile, qui se réfléchit dans la mer. Cet animalcule 
égale tout au plus, à Tépoque de son entière croissance, 



ÉCUiaCIS5IMSIITS IT ADDITIONS. 63 

la grosseur d'une tête d'épingle. Michaelis, professeur 
à Kiel , a le premier constaté Texistence d'Infusoires 
luisants à enveloppe siliceuse. 11 a observé la lumière 
étincelante que jettent le Peridinium , animalcule cilié, 
le Prorocentrum micans ou Monade cuirassée, et le 
Rotifère qu'il a nommé Synchata baltica ( Michaelis, 
veber dos Leuehim der Osisee bei Kiel, 1830, p. 17). 
Depuis, Focke a retrouvé le même Synchata baltica 
dans les lagunes de Venise. Mon célèbre ami et 
mon compagnon de voyage en Sibérie, M. Ehren-^ 
berg , est parvenu à conserver vivants à Berlin , 
pendant près de deux mois , des Infasoires phospho-^ 
rescents de la Baltique. Je les ai vus à l'aide du ml*- 
croscope, en 183S, étinceler dans un lieu sombre, au 
milieu d'une goutte d'eau de mer. Quand ces Infu-> 
toires, dont les plus gros avaient ^, les plus petits 
^ ou même ^ de ligne , étaient épuisés et ne jetaient 
plus de lumière, il suffisait, pour leur rendre leur fa* 
culte phosphorescente, de les exciter au moyen de 
quelque acide ou de mêler un peu d'alcool à l'eau de 
mer. 

En filtrant à plusieurs reprises de l'eau de mer frat-^ 
chement puisée , Ehrenberg a obtenu un liquide dans 
lequel se trouvaient concentrés un plus grand nombre 
d'animalcules lumineux ( Abhandlungen der Akademie 
dér Wissenschaften zu Berlin ans dem Jahr 1833, p. 307; 
1834, p. 537-575; 1838, p. 45 et 258). Cet observateur 
pénétrant a trouvé que les organes à l'aide desquels 



64 DR LÀ PHYSIONOMIE BBS PLANTES. 

le Photocharis fait jaillir des éclairs^ soit spontanément, 
soit à la suite de sollicitations étrangères, offrent une 
structure cellulaire, et se composent à l'intérieur d'une 
substance gélatineuse qui les fait ressembler aux organes 
électriques des Gymnotes et des Torpilles. Lorsqu'on ir- 
rite les Photocharis, on voit poindre à chaque cil des étin- 
celles qui grandissent peu à peu et qui illuminent le cil 
tout entier. Ce feu vivant finit même par envahir aussi le 
dos de ces animalcules, semblables aux Néréides, de telle 
sorte qu'on les prendrait, à travers un microscope, pour 
des fils de soufre enflammés et jetant une lumière d'un 
jaune verdàtre. Dans TOceania (Thaumanthias) hemis- 
pbaerica, et c'est là un fait digne de remarque, les étin- 
celles, par leur nombre et leur position, répondent 
exactement aux organes ou aux cirres plus développés 
qui alternent avec eux. L'apparition de cette couronne 
ignée est un acte vital , et pour parler d'une manière 
plus générale , le développement de la lumière est un 
phénomène organique qui se produit chez les animal- 
cules infusoires comme une étincelle passagère et iso- 
lée, mais qui se renouvelle après un court intervalle de 
repos (Ehrenberg, ueber dos Leuchten des Meeres^ 1836, 
p. no, 158, 160 et 163). 

D'après ces conjectures, les animaux lumineux de 
l'Océan révèlent chez d'autres classes d'animaux, tels 
que les Poissons, les Insectes, les Mollusques et les Àca- 
lèphes, l'existence d'un phénomène vital électro-ma- 
gnétique d'où naît la lumière. La sécrétion du fluide 



BCXAIIICISSBMBNTS BT ÀDPmONS. 65 

luimneux que quelques animaux répandent et qui con- 
tinue à briller alors même que l'organisme vital a 
cessé d'agir, par exemple chez les Lampyrides, les 
Élatérides, les Vers luisants d'Allemagne et d'Italie 
et dans l'Amérique méridionale , chez le Cucuyo de la 
canne à sucre, est-elle la conséquence de la pre- 
mière décharge électrique, ou bien ne dépend-elle 
que d'une combinaison chimique? La phosphorescence 
des insectes entourés d'air a sans doute une autre cause 
physiologique que celle des animaux aquatiques, des 
Poissons, des Méduses et des Infusoires. Il faut que les 
petits Infusoires qui vivent dans l'eau salée, douée d'une 
grande puissance conductrice, possèdent une faculté 
extraordinaire de tension électrique, pour éclairer l'eau 
d'une lumière aussi intense. Ils traversent , comme la 
Torpille, les Gymnotes et le Silure électrique du Nil, les 
couches d'eau qui les enveloppent , tandis que les pois- 
sons électriques qui décomposent l'eau, et peuvent, à 
Taidede la chaîne galvanique, communiquer leur pui&- 
sance magnétique à des aiguilles d'acier, ainsi que je 
Tai démontré, il y a un demi-siècle, et que John Davy 
Ta confirmé depuis, ne peuvent faire passer de lu- 
mière à travers la couche d'eau la plus mince ( Hum- 
boldt. Expériences sur le Galvanisme, 1. 1, p. 438-441 
de la traduct. franc. ; Observations de Zoologie et 
d'Anatomie comparée, 1. 1, p. 84; Davy, Philosophical 
Transactions for the y car 1834, 2* part., p. 515-517). 
Les considérations qui précèdent nous portent à 



ti 



66 0X LA PBTSIONOIIIB DK8 PLANTES. 

croire que o'edt partout le même principe qui agit : dans 
Ie$ plus petits êtres organisés que l'œil nu ne peut aper- 
cevoir, dans les Infusoires qui font resplendir la mer 
d'une phosphorescence lumineuse» dans les Gymnotes 
qui livrent à leurs ennemis des combats acharnés, de 
même que dans le nuage d'où s'échappe la foudre et dans 
la lumière terrestre ou polaire, o'est'à-^dire dans les 
éclaira magnétiques qui sillonnent un ciel serein^ ph^ 
nomène qui résulte d'une tension extraordinaire à l'in- 
térieur de notre planète, et que la déviation subite de 
Taiguille aimantée annonce plusieurs heures d'avance. 
(Yoyet ma Lettre à Téditeur des AnnaUn der Physik 
mnd Chmie, t. IXXYII, 1836, p. 242^^44.) 

Quelquefois, même avec le secours des instruments 
les plus énergiques, on n'aperçoit aucun animal dans 
l'eau phosphorescente, et cependant, partout où les flots 
heurtent contre un corps dur et se brisent en écumant, 
partout où l'eau est seulement agitée, on en voit sortir 
une lueur semblable à un éclair. Ce phénomène est 
sans doute occasionné par les détritus des Mollusques 
morts qui sont disséminés dans la mer en quantité 
innombrable. Si on fait filtrer del'eau phosphorescente à 
travers un tissu très^-serré , ces filaments et ces mem- 
branes forment un dépôt, et apparaissent comme autant 
de points lumineux. Quand nous nous baignions à Cu- 
mana , dans le golfe de Cariaco, et que nous nous pro- 
menions, par une belle soirée, sur le rivage scditaire, 
quelques parties de notre corps brillaient encore d'une 



ÉCLlIltaSSBMlNTS IT iPDITIONS. 67 

lueur pbo&phorescente. Das fibres luiaantos et des mem- 
branes organiques s'étaient attachées à notre peau , et 
leur éclat ne s'éteignait qu'au bout de quelques mi- 
nutes. Telle est l'énorme multitude des Mollusques 
qui peuplent toutes les mers tropicales , qu'il ne faut 
pas s'étonner peut-être si l'eau de mer reluit même 
dans les endroits où l'on ne distingue aucun filament. 
La décomposition infinie que subit la masse morte 
des Dagyses et des Méduses, peut faire regarder la mer 
conome un fluide gélatineux , qui répugne à rhomme, 
mais qui sert d'aliment à un grand nombre de poissons. 
Lorsqu'on fh>tte une planche avec quelque partie d'une 
Méduse hysocelie, éi que l'eûdroit frotté a déjà cessé de 
luire, on n'a pour faire reparaître la phosphorescence 
qu'à passer la main sèche sur le bois. En naviguant vers 
l'Amérique méridionale, il m'arriva plusieurs fois de 
poser des Méduses sur un plat d'étain ; quand je frap*- 
pais ce plat avec un autre métal, les moindres vibrations 
de rétain suffisaient pour &ire reluire ces Acalèphes. 
Quel est dans ce cas l'efFet du choc et des vibrations? 
La température en est-elle momentanément augmentée? 
De nouvelles surfaces se présentent-elles à la suite de ce 
dérangement; ou bien le choc donne-t-il passage à quel*^ 
que fluide, tel que du gaz hydrogène phosphore, qui 
s'enflamme dès qu'il entre en contact avec Foxygène de 
l'atmosphère ou de l'air contenu en solution dans l'eau 
de mer et qui entretient la respiration des Mollusques ? 
Ce dégagement de la lumière par l'eflist du choc est 



68 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

surtout sensible dans une mer clapoteuse, lorsque les 
vagues se heurtent en sens contraire. 

J'ai vu la mer reluire sous les tropiques par les temps 
les plus différents, mais surtout à rapproche des orages 
ou quand Fair était étouffant et le ciel chaîné de nuages 
épais. La chaleur et le froid paraissent n'avoir que peu 
d'influence sur ce phénomène, car il se produit parfois 
avec une grande intensité sur le banc de Terre-Neuve, 
par les hivers les plus rigoureux. Souvent il arrive que, 
dans des circonstances extérieures en apparence iden- 
tiques, la mer est très-brillante une nuit et ne l'est pas du 
tout la nuit suivante. Ces différences tiennent-elles à l'état 
de l'atmosphère, ousont-elles l'effet du hasard,qui fiûtque 
l'on navigue sur des mers plus ou moins imprégnées de 
substances gélatineuses ? Peut*étre les animalcules lui- 
sants ne montentrils en grand nombre à la surface de 
la mer que dans de certaines conditions atmosphé- 
riques. On s'est demandé pourquoi l'on ne voit jamais 
resplendir l'eau douce de nos marais, quoiqu'dle soit 
remplie de Polypes. Il paraît que chez les animaux 
et chez les plantes, un mélange particulier de sub- 
stances organiques est nécessaire pour que la lumière 
se produise. On a reconnu que le bois de saule reluit 
plus souvent que le bois de chêne. En Angleterre, on 
est parvenu à faire reluire de l'eau de mer, en y ver- 
sant de la saumure de hareng. On peut d'ailleurs se 
convaincre facilement par des expériences galvaniques 
que la phosphorescence des animaux vivants est due 



iCLÀIRClSSSMENTS BT ADDITIONS. 60 

à rimtabilité des nerfs. J*ai tiré une lumière très- 
vive d'un Eiater noctilucus qui était mourant, en 
touchant le ganglion d'une de ses pattes antérieures 
avec du zinc et de l'argent. Quelquefois aussi les Mé- 
duses répandent une lueur plus forte au moment où 
l'on ferme la chaîne galvanique (Humboldt, Relation his^ 
torique, 1. 1, p. 79 et 533). 

On peut, pour ajouter à ce qui a été dit dans le texte 
sur le développement énorme que prend la masse des 
animalcules infusoires et sur leur puissance prolifique, 
consulter Ehrenberg (Infusùmsthierchen^ p. xui, xix, 
244, 291 et 512) : « La voie lactée des plus petits orga- 
nismes traverse , dit-il , les genres Menas , Yibrio et 
Bacterium. La Monade n'a souvent que ^^ de ligne. » 

Note 6, page 6. 

L*animal que j'ai nommé autrefois Echinorhynchus ou 
Porocephalus paridt, après plus mûr examen et d'après 
l'opinion mieux fondée de Rudolphi , appartenir à la 
section des Pentastomes (Rudolphi, Entozoorum Sy- 
nopsis^ p., 124 et 434). Il habite la cavité abdominale et 
les larges cellules pulmonaires d'une espèce de Crotale 
que l'on rencontre quelquefois, à Cumana, jusque dans 
l'intérieur des maisons, où il fait la chasse aux souris. 
L'Ascaris lumbrici, la plus petite de toutes les espèces 
d'Ascaris (Gœzens, Eingeweideumrmer, tab. lY, fig. 10), 
se loge sous la peau du Ver de terre commun. Le Leu- 



70 DB LA PHTsioNonn VU fumts. 

cophra nodulata, le petit animal perié de Gieichen, a 
été observé par Otto Friedrich MûUer dans Vintérieur 
du Naïs littoralis à la couleur rougeàtre (MûIIer, Zoch 
hgia Janica^ fasc. II, tab. LXXX). Vraisemblablement 
ces ôtres microscopiques servent à leur tour de demeure 
à d'autres animalcules; tous sont entourés de couches 
d*air très-pauvres en oxygène, et diversement mélan- 
gées d'hydrogène et d'acide carbonique. Il est trè&<lou- 
teux que jamais aucun animal ait pu vivre dans l'azote 
pur. On a pu penser toutefois qu'il en était ainsi pour 
le Cistidicola farionis de Fischer, parce que, d'après les 
expériences de Fouroroy, l'air contenu dans la vessie 
natatoire des poissons paraissait entièrem^t dépouillé 
d'oxygène. Mais les travaux d'Erman et les miens ont 
démontré que les poissons d'eau douce ne renferment 
jamais d'azote pur dans leur vessie (Humboldt et Pro- 
vençal, sur la Respiration des Poissons^ dans le Recueil 
d'Observations de Zoologie^t.U^p. 194*216). On trouve 
dans les poissons de mer, jusqu'à 0,80 d'oxygène, et, 
d'après M. Biot, la pureté de l'air dépend de la profon« 
deur à laquelle vivent les poissons (Ménoireê de Phtfsi^ 
que et de Chimie de la Société d^Ârcueil, 1. 1, 1807, 
p. 252-281). 

Note 7, page 8. 

LITHOPHTTES AGRÉGÉS. 

Selon Linné et EUis, les polypiers de certains Zoo- 
phytes calcaires , parmi lesquels on distingue surtout 



ACLAlRGISSIltBim BT ADDITIONS. 71 

eomme constructeurs de coraux les Madrépores , les 
Méandrines, les Àstrées et les Pocillopores, sont habi- 
tés intérieurement et extérieurement par des animal* 
cules qu'on a crus longtemps voisins des Néréides, genre 
appartenant aux Ànnélides de Guvier. Les vastes et 
ingénieux travaux de Cavolinî, de Savigny et d'Ehren- 
berg ont jeté un grand jour sur l'anatomie de ces ani- 
malcules gélatineux. Il est constant aujourd'hui que» 
pour bien connaître rentier organisme des Polypes qui 
bâtissent des rochers de corail , on ne doit pas consi- 
dérer les polypiers qui leur survivent, c'est-à-dire 
les couches calcaires composées de petites lames dis- 
tinctes, qu'ils ont produites en vertu de fonctions vita- 
les comme formant quelque chose d'étranger aux 
membranes molles de l'animal, développées par la 
nourriture. 

A mesure que l'on a mieux connu la merveilleuse 
structure des bancs de coraux animés, on s'est fait aussi 
une idée plus juste de la part immense qu'ont eue ces 
insectes à l'apparition d'Iles sous-marines au-dessus de 
la surface de la mer, aux migrations des plantes terres- 
tres, à l'extension successive de flores particulières et 
même, dans quelques bassins maritimes, à la propaga« 
tion des races et des langues humaines. Eu tant qu'ils 
forment des amas vivants d'animalcules agrégés, les co- 
raux jouent un rôle considérable dans l'économie gé- 
nérale de la nature. S'il est téméraire d'affirmer qu'ils 
font surgir des îles des profondeurs inconnues de la 



72 DB LA PHTSlONOMiB DBS PILANTES. 

mer ou qu'ils agrandissent les continents, ainsi que Ton 
a commencé à le soupçonner depuis Texpédition de 
Cook, ils n'excitent pas moins le plus vif intérêt, soit 
au point de vue physiologique et comme occupant un 
degré distinct sur l'échelle des êtres , soit relativement 
à la géographie des plantes et aux conditions géognos- 
tiques de Téoorce terrestre. Toute la formation juras- 
sique se compose , suivant les grandes vues de Léopold 
de Buch, d'énormes bancs de coraux, restes du monde 
primitif 9 qui mtourent à une certaine distance les an- 
ciennes chaînes de montagnes. 

Dans la classification qu'a donnée Ehrenberg, des 
animalcules des coraux, souvent appelés improprement 
coral-insects dans les ouvrages anglais , les Antbozoaires 
pourvus d'une seule ouverture se divisent en Zooco- 
rallia, qui demeurent libres et conservent la possibilité de 
se séparer, et en Phytocorallia, qui offrent par leur 
cohésion l'apparence de végétaux. De ces deux sections, 
la première renferme les Hydres ou Polypes à bras 
de Trembley, les Actinies, qui brillent des couleurs 
les plus éclatantes, et les Fungies; la seconde com^ 
prend les Madrépores , les Astréides et les Oculines 
(Ehrenberg, dans les Abhandlungen der Akademie der 
Wissenschaften zu Berlin aus dem Jahr 1832, p. 393- 
432). Les Polypes de la seconde section sont, en raison 
des murs cellulaires qu'ils bâtissent à l'épreuve des 
vagues, l'objet principal de cette note. Leurs construc- 
tions forment un agrégat de polypiers qui , comme les 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 73 

vieux arbres des forêts, ne perdent pas subitement leur 
vie collective. 

Chaque polypier offre un tout produit par une gé- 
nération gemmipare et se développant d'après des 
lois déterminées, dont les diverses parties iorment un 
grand nombre d'animalcules qui possèdent tous une 
organisation distincte. Dans le groupe des Phytoco- 
rallia, les individus ne peuvent se séparer à volonté 
les uns des autres; ils sont unis ensemble par de pe- 
tites lames formées de carbonate de chaux. II n'y a 
donc pas pour chaque polypier un point central d'où 
parte la vie commune (Ehrenberg, Ibid., p. 419). La 
reproduction s'opère, suivant les différents ordres, par 
des œufs, par la division spontanée ou par des genunes. 
Ce dernier mode est celui qui donne naissance aux 
formes les plus variées. 

Les récifs de coraux que Dioscoride a appelés plantes 
marines, ou arbres de pierre (Lithodendra), sont de trois 
sortes : il y a d'abord les récifs des côtes {shore reefs, 
fringing reefs) qui tiennent immédiatement aux rives 
des continents ou des îles, comme on le voit sur les 
côtes nord-est de la Nouvelle-Hollande, entre Sandy-Cap 
et le détroit de Torres , redouté des navigateurs ; tels 
sont aussi presque tous les polypiers de la mer Rouge, 
explorés pendant dix-huit mois par Ehrenberg et Hem* 
prich. On distingue ensuite les rochers qui entourent 
les lies à quelque distance {barrier reefs, encircling 
reefs) ; une enceinte de ce genre défend l'île de Va- 

II. 7 



74 DE LÀ PHTSIONOMIB DES PLANTES. 

nicoro dans le petit archipel de Santa*Gruz, au nord 
des nouvelles Hébrides, et celle de Puynipète, Tune 
des Carolines. 11 y a enfin les rochers de coraux qui 
enferment des lagunes (Atolls ou lagoon islandê). 
Ces divisions et cette nomenclature si naturelles sont 
Tœuvre de Charles Darwin ; elles correspondent par- 
faitement à l'explication ingénieuse par laquelle ce 
spirituel naturaliste a débrouillé le développement suc^ 
cessif de ces formations singulières. Ainsi , à Cavolini , 
à Ehrenberg et à Savigny, revient l'honneur de nous 
avoir dévoilé l'organisation des coraux ; mais pour les 
problèmes relatifs aux conditions géographiques et géo- 
logiques des îles formées par ces animalcules, traités 
d'abord par Reinhold et George Forster, pendant le 
second voyage de Cook , ils ont été repris , après une 
longue interruption, par Chamisso, Péron, Quoy et 
Gaimard, par Flinders, Lutke, Beechey, Darwin, d'Ur- 
ville et Lottin. 

Les polypes des coraux et leurs constructions cellu- 
laires sont particulièrement propres aux mers chaudes 
des tropiques ; on a reconnu aussi qu'ils se rencon- 
trent surtout au delà de l'équateur. Des Atolls ou bancs 
à lagunes, sont réunis en grand nombre dans la mer ap- 
pelée mer des Coraux, entre la côte nord-est de la Nou- 
velle-Hollande, la Nouvelle-Calédonie, les îles de Salo- 
mon et l'archipel de la Louisiade, dans le groupe des 
îles Basses (Low archipelago), qui sont au nombre de 
quatre-vingts, et dans les archipels de Fidji^ d'Bilice et de 



ÉcxÂiiassnium it additionb. 75 

Gilbert. Il existe aussi dans l'océan Indien, au nord-*est 
de Madagascar, un groupe d'Atolls connu sous le nom 
de Saya de Malha. 

Le grand banc de Chagos , polypier abandonné de 
ses habitants, dont le capitaine Moresby et le capitaine 
Powell ont étudié à fond la structure, est d'autant plus 
digne d'intérêt qu'il paraît être un prolongement des 
Lakedives et des Maldives septentrionales. J'ai déjà 
fait remarquer ailleurs (Asie centrale, t. I, p. 218) 
combien importe à la connaissance générale des chaînes 
de montagnes et de la configuration du sol dans le 
centre de TÀsie, cette série d'Atolls qui se prolonge 
parallèlement au méridien, jusqu'au 7"* de latitude 
méridionale. A la chaîne des Ghates et à celle du Bo- 
lor, qui se dressent toutes deux comme des murs, 
répondent, dans l'Inde transgangétique, les chaînes 
également méridiennes que traversent, près de la 
grande courbure du Tarou-Dzangbo-tchou , plusieurs 
systèmes de montagnes dirigés de l'est à l'ouest. 
Dans la presqu'île au delà du Gange, s'élèvent les 
chaînes de la Cochinchine, deSiam et deMalacca, celles 
d'Ava et d'Arracan qui , après avoir parcouru des 
distances inégales, vont toutes aboutir aux golfes de 
Siam, de Martaban et du Bengale. On est tenté de voir 
dans le golfe du Bengale un effort avorté de la nature 
pour former une mer intérieure. En pénétrant profon- 
dément entre le système très-simple des Ghates à 
l'ouest, et le système beaucoup plus compliqué des 



76 DE LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

chaînes transgangétiques, les eaux ont envahi à Test 
une partie considérable des basses terres; mais elles 
ont trouvé des obstacles plus difficiles à vaincre dans le 
vaste et antique plateau de Mysore. 

Une semblable irruption de l'Océan a produit deux 
péninsules de forme presque pyramidale et de dimen- 
sions très-différentes. Ce prolongement de deux sys- 
tèmes méridiens opposés Tun à l'autre , le système de 
Malacca à l'est, et celui des Ghates du Malabar à l'ouest, 
se retrouve dans des îles sous-marines, rangées sy- 
métriquement par séries. De ces îles, les unes, dans 
lesquelles les coraux sont fort rares, sont connues 
sous les noms d'Andamans et de Nicobar; les autres, 
qui forment trois longs archipels d'Atolls, portent les 
noms de Lakedives, de Maldives et de Chagos. Ce 
dernier groupe , appelé banc de Chagos par les na* 
vigateurs, forme une lagune entourée d'une étroite 
enceinte de coraux, rompue déjà dans plusieurs en- 
droits. Son diamètre est de 36 lieues en longueur et de 
30 lieues en largeur. Tandis que la lagune intérieure 
n'a que de 17 à 40 pieds de profondeur, extérieure- 
ment, près du mur madréporique qui paraît s'affaisser 
peu à peu, on trouve à peine le fond en mesurant 
210 brasses (Darwin, Structure ofCoral Reefs, p. 39, 
111 et 183). Le capitaine Fitz-Roy rapporte que dans 
la lagune nommée Keeling- Atoll, au sud de Sumatra, 
à 2000 yards ou verges seulement du récif, la sonde 
descend jusqu'à 7200 pieds sans rencontrer le fond. 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 77 

On Ut dans des notes manuscrites qu'a bien voulu 
me communiquer M. Ehrenberg : « Les coraux qui , 
dans la mer Rouge, forment d'épaisses murailles, sont 
les Méandrines, les Àstrées, les Favia, les Madrépores 
(Porites), les Pocillopora Hemprichii, les Millépores et 
les Hétéropores. Les polypiers des Hétéropores peuvent 
être rangés parmi les plus massifs, bien que déjà ce- 
pendant ils commencent à pousser des branches. Les 
polypiers les plus profonds sont ici, autant qu'on en 
peut juger, les Méandrines et les Astrées. Grossis par 
la réfraction des rayons lumineux , ils se présentent à 
Tœil sous la forme de coupoles. » Il ne faut pas con- 
fondre les polypiers isolés et, pour ainsi dire, libres, 
avec ceux qui, par leur juxtaposition, semblent former 
des chaînes de rochers. 

Tandis que quelques régions étonnent par Tamas de 
polypiers que Ton y rencontre , dans d'autres , situées 
souvent à peu de distance, on n'est pas moins surpris 
de leur absence complète. Cela dépend de circon- 
stances particulières et encore ignorées, qui tiennent 
sans doute aux courants, à la température partielle de la 
mer, à l'abondance ou au défaut de nourriture. On ne 
peut nier que certaines espèces de Polypes, dont les 
branches sont plus délicates,. et qui n'ont sur leur dos, 
c'est-à-dire sur la partie de leur corps opposée à l'ou- 
verture de la bouche, qu'un très-faible sédiment cal- 
caire, ne préfèrent le calme que leur assure l'inté- 
rieur des lagunes; mais il ne faut pas, ainsi qu'on l'a 



78 DE LÀ PHYSIONOMIE DBS PLANTES. 

fait trop souvent, considérer cette prédilection pour les 
eaux tranquilles comme un trait caractéristique de la 
classe entière (Annales des Sciences naturelles, t. VI , 
1825, p. 277). Les expériences d'Ehrenberg dans la mer 
Rouge, celles de Chamisso dans les nombreux Atolls 
des iles Marschall, situées à Test des Carolines, les ob- 
servations du capitaine Bird-Âllen et de Moresby, dans 
les Indes occidentales et dans les Maldives, nous ont 
appris que les Madrépores, les Millépores, les Àstrées, 
les Méandrines peuvent, durant leur vie, braver le 
choc des flots les plus violents ( a iremendaus surf) ; 
ils paraissent même préférer les expositions orageuses 
(Dànvin, Coral Reefs, p. 63-65). Les forces organisées 
capables d'élever et d'ordonner des édifices oellulaires 
qui avec l'âge acquièrent la dureté des rochers, peuvent 
aussi résister victorieusement aux forces mécaniques et 
à l'agitation des flots. 

On ne trouve aucune trace de coraux dans l'archipel 
de Mendana ou des Marquises, dans les lies Galapagos, 
ni sur la côte occidentale du nouveau continent, malgré 
le voisinage des lies Basses où les Atolls existent en si 
grand nombre. À la vérité , la température du courant 
marin qui traverse la mer du Sud, et après avoir baigné 
les côtes du Chili et du Pérou se dirige vers l'ouest, à 
partir de la Puntsi Parima, n'est, ainsi que je l'ai constaté 
en 1802, que de 12<' ^ Réaumur, lorsque les eaux 
tranquilles placées en dehors du courant ont une cha» 
leur de 22 à 23''. La température des petits courants 



ÉCLÀIBCI8SIM1NTS ET ADDITIONS. 79 

qui circulent entre les lies Galapagos n'est aussi que de 
1P,7. Mais cette basse température ne se prolonge pas 
plus loin vers le nord ; elle n'atteint pas les côtes de la 
mer du Sud qui s'étendent de Guayaquil h Guatimala^ 
et à Mexico, toute la côte occidentale de TÂfrique 
échappe h cette influence aussi bien que le groupe du 
cap Vert et les petites lies de Saint-Paul, de Sainte- 
Hélène , de TÀscension et de San Fernando Noronha , 
sur les bords desquelles il n'existe pas cependant de 
rochers madréporiques. 

Cette absence de coraux est un trait qui distingue 
les côtes occidentales de l'Amérique, de l'Afrique et de 
la Nouvelle-Hollande. En revanche , les bancs sont très- 
abondants sur le rivage oriental de l'Amérique tropi- 
cale, sur la côte de Zanzibar en Afrique, et sur celle de 
la Nouvelle-Galles dans la partie méridionale de l'Aus- 
tralie. J'ai eu très-souvent occasion d'examiner des 
rochers de coraux dans l'intérieur du golfe du Mexique 
et au sud de l'île de Cuba , dans le groupe d'Iles appelé 
Jardins du Roi et de la Reine {Jardines y Jardinillosdel 
Bey y de la Reina), C'est Christophe Colomb lui-même 
qui, dans son second voyage, au mois de mai 1404, 
nomma ainsi ces îles ; et, en effet, le mélange gracieux 
des Tournefortia gnaphalioides arborescents à feuilles 
argentées, des Dolichos en fleur, des Avicennia ni- 
tida et des buissons de Rhizophora ou Mangle, semble 
changer des lies de coraux en un archipel de jardins 
flottants. (« Son Cayos verdes y graciosos , Uenos de 



1 



80 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

« arboledas, » dit Tainiral. Pendant une traversée de 
Batabano à Trinidad de Cuba , j*ai fait relâche quelques 
jours dans ces jardins, à l'ouest de la grande lie de 
Pinos où abondent les Acajoux , afin de déterminer la 
longitude des différents Cayos. 

Les Cayos Flamenco, Bonito, de Diego Perez et de 
Piedras sont des lies de coraux élevées à peine de huit à 
quatorze pouces au-dessus du niveau de la mer. Le bord 
supérieur de ces récifs n'est pas uniquement composé 
de coraux morts ; c'est plutôt un véritable conglomérat 
dans lequel des quartiers de coraux angulaires sont ci- 
mentés avec des grains de quarz. J'ai trouvé dans le 
Cayo de Piedras de ces quartiers qui avaient jusqu'à 
trois pieds cubes. Il existe dans les Indes occidentales 
plusieurs lies madréporiques contenant des sources d'eau 
douce, phénomène qui, partout où il se présente, aux îles 
Radak, par exemple, dans la mer du Sud, mérite d'être 
examiné avec la plus grande attention. On a voulu l'ex- 
pliquer en effet, tantôt par une pression hydrostatique 
qui se ferait sentir d'une côte éloignée, comme à Venise 
et dans la baie de Xagua à Test de Batabano, tantôt par 
la filtration des eaux pluviales (voy. Chamisso , dans 
Kotzebue's Entdeckungsreise, t. III, p. 108 ; Humboldt, 
Essai politiqtie sur Vile de Cuba, t. Il , p. 137). 

L'enveloppe vivante et gélatineuse qui recouvre la 
charpente calcaire des polypiers, attire les poissons 
qui cherchent leur nourriture, et même les tortues 
marines. Du temps de Colomb, ces parages, aujour- 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 81 

d'hui si déserts, ces Jardins du Roi étaient animés par 
une singulière industrie qu'y venaient exercer les ha- 
bitants des côtes de Cuba. Ils se servaient, pour pécher 
des tortues, d'un petit poisson pécheur, le Rémora, 
probablement TEcheneis naucrates , auquel on attri- 
buait jadis la puissance d'arrêter la marche des navires 
(Pline, 1. IX, c. xxv et XXXI, i ; Lucain, I. VI, v. 674). On 
attachait à la queue de ce poisson , que les Espagnols 
appellent Rêvés (Reversus), parce que, au premier abord, 
on prend son dos pour son abdomen , une longue et 
forte corde, tressée avec Técorce du palmier. Le Rémora 
s'attache étroitement aux tortues, en les suçant à tra- 
vers les lames cartilagineuses, dentelées et mobiles dont 
leur tête est recouverte. « Le Rêves, dit Colomb, se lais- 
serait plutôt mettre en pièces que de lâcher prise. » Les 
pécheurs tiraient à la fois hors de l'eau les poissons et les 
tortues auxquelles ils adhéraient. On lit dans un récit de 
Martin Ânghiera, le savant secrétaire de Charles-Quint : 
<« Nostrates piscem Reversum appellant quod versus 
« venatur. Non aliter ac nos canibus gallicis per œquora 
• campi lepores insectamur, illi (incolœ Cubœ insulœ) 
« venatorio pisce pisces alios capiebant. » (Petr. Martyr., 
Oceanica, 1532 , dec. 1 , p. 9 ; Gomara , Historia de las 
Indias, 1563, fol., XIV.) Nous savons par Dampier et 
Gommerson que ce stratagème d'un poisson pécheur est 
généralement pratiqué sur la côte orientale d'Afrique , 
près du cap Natal, le long du canal de Mozambique et 
dans* 'tle de Madagascar (Lacépède, Histoire naturelle 



82 DB LÀ PHYSIONOMIE DBS PUNTBS. 

des Poissons, 1. 1, p. 65). La connaissance des mœurs 
des animaux et les besoins de la vie, qui se retrouvent 
partout les mêmes, font nattre chez des races sans au* 
cune relation entre elles Tidée des mêmes artifices. 

Bien que le véritable séjour des lithophytes qui bâ* 
tissent des murs calcaires soit, ainsi que je Tai remarqué 
déjà, la zone située entre 22^ et 24^ au nord et au sud de 
réquateur , cependant, grâce sans doute à la température 
du Gulf-stream , il existe aussi autour des Bermudes y 
sous 32'' 23' de latitude boréale, des polypiers très-exac* 
tement décrits par le lieutenant Nelson {Transactions 
of the geological Society^ 2* sér., t. V» r« part., 1837, 
p. 103.) Dans l'hémisphère austral, on a rencontré 
des coraux épars de Millépores et de Cellépores jus- 
qu'à Chiioe, jusqu'à Tarchipel de Chonos et à la terre 
de Feu, sous ôS"" ; on a même trouvé des Rétépores par 
72<» 30'. 

Depuis le second voyage du capitaine Cook, Thypothèse 
qu'il avait émise d'accord avec ses compagnons Reinbold 
et George Forster , d'après laquelle les îles madrëporiques 
àfleurd'eau qui parsèment la mer du Sud auraient été éle- 
vées du fond de la mer par des forces vivantes, a trouvé 
beaucoup de dérenseurs. Cependant deux naturalistes 
éminents, Quoy et Gaimard, qui ont accompagné le 
capitaine Freycinet dans son voyage de circumnaviga<- 
tion sur la frégate VUranie^ se sont prononcés avec 
beaucoup d'énergie contre l'opinion des deux Forster, 
de Flinders et de Pérou {Annales des Sciences naturelles. 



ÉCUIRGISSBHBim BT ADDITIONS. 83 

i. VI, 1825, p. 273}. <« En appelant l'attention des na- 
turalistes sur les animalcules des coraux, nous espérons 
démontrer que tout ce qu'on a dit ou cru observer jus- 
qu'à ce jour relativement aux immenses travaux qu'ils 
sont susceptibles d'exécuter, est le plus souvent inexact 
et toujours excessivement exagéré. Nous pensons que 
les coraux, loin d'élever des profondeurs de l'Océan 
des murs perpendiculaires, ne forment que des cou- 
ches ou des encroûtements de quelques toises d'épais- 
seur. » Quoy et Gaimard ont encore exprimé la sup- 
position (p. 289) que les Atolls , c'est-à-dire les murs 
de coraux qui enferment des lagunes, doivent leur 
existence à des cratères de volcans sous-marins. Ces 
savants, en n'évaluant pas au delà de 25 ou 30 pieds la 
profondeur à laquelle les animalcules des coraux , les 
Astrées, par exemple, peuvent vivre dans le sein de la 
mer, spnt restés assurément au-dessous de la vérité. Un 
naturaliste qui pouvait enrichir le trésor de ses propres 
observations, en les comparant à celles que d'autres 
voyageurs avaient recueillies dans un grand nombre de 
contrées, Charles Darwin, place, avec plus de raison, à 
20 ou 30 brasses au-dessous de la surface de la mer la 
région des coraux vivants (Darwin, Journal, 1845, 
p. 467 ; et Structure of Coral Reefs, p. 84-87 ; Sir Robert 
Schomburg, History ofBarbados, 1848, p, 636). C'est 
aussi la profondeur à laquelle le professeur Edouard 
Forbes a le plus souvent trouvé des coraux dans la 
mer Ëgée^ et qu'il appelle la quatrième région des 



84 DE LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

animaux marins , dans son ingénieux ouvrage sur les 
Provinces of Depth et sur la distribution géographique 
des Mollusques dans les différentes couches de la mer 
{Report on, Aegean Invertebrata dans le Report of 
the 13'^ meeting of the British Association held at 
Cork in 1843, p. lôl et 161). Il parait, au reste, que le 
degré de profondeur auquel peuvent descendre les 
coraux varie selon les espèces. Ces différences sont 
surtout sensibles pour les espèces les plus délicates, 
qui bâtissent des bancs moins considérables. 

Sir James Ross, dans son expédition au pôle Sud , a 
souvent, en jetant la sonde, trouvé à une grande pro- 
fondeur et ramené des coraux qu'il a soumis à l'examen 
de MM. Stokes et Forbes. A l'ouest de la terre Victoria, 
à peu de distance de l'île Coulman, par 72^ 31' de lati- 
tude boréale et à 270 brasses de profondeur, le capi- 
taine Ross a trouvé, dans toute la fraîcheur de la vie, le 
Retepora cellulosa, un Bornera et un Prymnoa Rossii , 
très-analogue à l'espèce que l'on rencontre sur les 
côtes de Norvège ( Ross , Voyage of discovery in the 
Southern and Antarctic Régions, 1. 1, p. 334 et 337). 
Près du pôle arctique, des baleiniers ont retiré vivant 
d'une profondeur de 236 brasses l'Umbellaria groen- 
landica ( Ehrenberg , dans les Abhandlungen der Ber- 
linischen Akademie aus dem Jahr 1832 , p. 430). 
Les diverses espèces d'épongés qui, à la vérité, sont 
rangées aujourd'hui parmi les plantes plutôt que parmi 
les zoophytes, sont aussi réparties dans des couches 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 85 

différentes. Le long des côtes de TAsie Mineure on 
pêche réponge commune à une profondeur de 5 à 
30 brasses ; mais il existe une très-petite espèce du 
même genre qu'on ne trouve qu'à 180 brasses (Forbes 
et Sprutt, Travels in Lycia, 1847, t. II, p 124). Il est 
difficile de deviner ce qui empêche les Astrées, les Ma- 
drépores , les Méandrines et tous les Phytocorallia des 
tropiques, qui construisent de grands murs calcaires à 
cellules, de vivre dans des couches d'eau très-profondes. 
L'abaissement de la température se produit lentement, 
lorsqu'on s'éloigne de la surface de la mer ; le défaut 
de lumière est presque le même, et l'existence de nom- 
breux Infusoires à de grandes profondeurs pi'ouve que 
les Polypes ne manqueraient pas de nourriture dans ces 
basses régions. 

Contrairement à l'opinion généralement admise jus- 
qu'ici , que toute espèce de vie organique est absente 
de la mer Morte, je dois remarquer que mon ami et 
mon collaborateur, M. Valencîennes , a reçu du mar- 
quis Charles de l'Ëscalopier et du consul français 
M. Botta, de très-beaux exemplaires du Porites elon- 
gata de Lamarck, recueillis dans la mer Morte. Le fait 
est d'autant plus digne d'intérêt que cette espèce 
n'existe pas dans la mer Méditerranée et qu'elle se 
rencontre, au contraire, dans le golfe arabique qui, 
d'après une remarque de M. Valencîennes, renferme 
rarement les mêmes formes organiques que la mer Mé- 
diterranée. De même qu'en France on a pu amener fort 

II. s 



86 DE LA PHYSIONOMIE DBS PLANTES. 

avant dans Tintérieur des terres un poisson de mer du 
genre Pleuronectes, qui a accoutumé sa respiration 
branchiale à l'eau douce, nous trouvons dans le Po- 
rites elongata une telle flexibilité d'organisation que la 
même espèce vit dans les eaux saturées de sel de la mer 
Morte et dans le grand Océan, près des lies Séchelles 
(Humboldt, Asie centrale^ t. Il, p. 517). 

D'après les dernières analyses chimiques de Silliman 
jeune, le genre Porites contient, ainsi que beaucoup 
d'autres polypiers cellulaires, tels que les Madrépores, 
les Astrées, les Méandrines de Ceylan et des Bermudes, 
outre 92 ou 95 pour 100 de carbonate de chaux et de 
magnésie, un peu d'acide fluorique et d'acide phospho* 
rique. On peut consulter sur ce sujet l'ouvrage de 
James Dana, géologue attaché à l'expédition chargée 
d'explorer les États-Unis sous le commandement du 
capitaine Wilkes, qui porte pour titre : Strtwture and 
Classification of Zoophyies (1846, p. 124-131). La 
présence du fluor dans les édifices des polypes me 
rappelle le fluorate de chaux dont l'existence dans les 
os de poissons a été constatée à Rome par MM. More* 
chini et Gay-Lussac. La silice n'est mêlée qu'à très- 
petite dose dans les coraux avec le fluorate et le phos- 
phate de chaux. Mais il existe une espèce de Polype 
très-analogue aux coraux rameux, l'Hyalouema de 
Gray, autrement appelé Fil de verre, qui a un axe formé 
par des filaments de silice et semblable à une tresse 
pendante. Le professeur Forchhammer, qui tout récem- 



iCLAIKCISSBMBNTS BT ADDITIONS. 87 

ment s'est occupé avec tant d'ardeur d'analyser l'eau de 
mer sur les points les plus divers duglobe, a reconnu que 
la chaux est en très-petite quantité dans la mer des An- 
tilles. Cette substance ne s'y trouve que dans la propor- 
tion de 7§^, tandis qu'au Cattegat elle s'élève à tBuïïû- 
H. Forchhammer croit devoir attribuer cette diffé- 
rence aux nombreux polypiers qui entourent les iles 
des Indes orientales et s'assimilent la terre calcaire, 
jusqu'à ce que l'eau de mer en soit complètement dé- 
pouillée (Report ofthe W^ meeting ofthe British Asso- 
dation for the advancement of Science held in 1846, 
p. 91). 

Charles Darwin a très-ingénieusement défendu ses 
conjectures sur la liaison qui doit exister originairement 
entrelesrécifsdescôtes, entre ceux qui entourent lesîles, 
et les Atolls, c'est-à-dire les rochers de coraux qui entou- 
rent les lagunes de leur bordure étroite et arrondie. Se- 
lon lui ces trois différentes formations dépendent des 
oscillations qui exhaussent et abaissent périodiquement 
le lit de la mer. L'étendue des lagunes, dont le diamètre 
est parfois de 13, 16, et même 25 lieues ne permet pas 
d'admettre, bien qu'elle ait été souvent proposée, l'hy- 
pothèse d'après laquelle les Atolls marqueraient, par 
la disposition circulaire de leurs roches, la forme d'un 
cratère sous^marin, dont le bord servirait de base à l'édi- 
fice. Les montagnes ignivomes n'ont point de sembla- 
bles cratères. Si l'on est tenté de comparer les lagunes 
et les rochers madréporiques qui les entourent aux 



88 DE LA PHYSIONOMIE DBS PLANTES. 

montagnes circulaires de la lune, il ne faut pas oublier 
que ces montagnes ne sont pas des volcans, mais des 
remparts naturels qui enferment de vastes espaces. 
Voici, selon Darv^in, la marche que suivent ces forma- 
tions : une montagne serrée étroitement par des récifs de 
coraux et qui apparaît comme une île, s'aflTaisse, entraî- 
nant avec elle le fringing reef; mais, tout en s'affaissant, 
le fringing ree/'gagne en hauteur, par suite des construc- 
tions nouvelles des Polypes qui tendent à s'élever per- 
pendiculairement vers la surface de la mer. Ainsi les 
coraux qui se présentaient d*abord dans le lointain 
comme une ceinture de récifs jetée autour de Tile, de- 
viennent un ÂtoU, à mesure que Tile s'enfonce et dispa- 
rait. D'après cette opinion qui considère les îles comme 
les points culminants d'une contrée sous-marine, la 
position relative des îles de coraux nous révélerait ce que 
nous pouvons à peine conjecturer au moyen de la sonde : 
à savoir la forme première et l'articulation des parties 
solides. Cette intéressante question, que nous avons déjà 
signalée quelques pages plus haut, comme étant intime- 
ment liée avec la migration des plantes et la propagation 
des races humaines, ne deviendra parfaitement claire 
que lorsqu'on connaîtra mieux la nature et la profondeur 
des rochers qui servent de base aux couches inférieures 
des coraux dans lesquels la vie est éteinte. 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 89 

Notes, page 44. 

TRADITIONS DE LA SAMOTHRACB. 

Diodore nous a conservé ces remarquables traditions 
dont la vraisemblance équivaut presque pour le géo- 
logue à une certitude historique. L'Ile de Samothrace, 
siège des mystères des Cabires, que le scholiaste 
d'Apollonius de Rhodes désigne aussi sous le nom d'Jl- 
thiopea, de Dardania, deLeucania ou de Leucosia, était 
habitée par les descendants d'un peuple primitif, dont 
plus tard la langue fournit plusieurs expressions aux 
cérémonies des sacrifices. La situation de Tile vis-à- 
vis de THèbre de Thrace et près des Dardanelles fait 
concevoir comment on avait conservé dans cette con- 
trée une tradition plus circonstanciée que partout ail- 
leurs de la grande catastrophe qui rompit les barrières 
du Pont-Euxin. On y pratiquait certains rites religieux 
sur des autels élevés à la limite même de l'inondation, 
et la croyance à la disparition et au renouvellement pé- 
riodique de l'espèce humaine, croyance qui se retrouve 
chez les Mexicains dans le mythe des quatre boulever- 
sements du monde, avait pour point de départ chez 
les Samothraces, comme chez les Béotiens, le souvenir 
historique d'inondations partielles (Otf. MûUer, Ges- 
chichten Hellenischer Stàmme und Stâdte^ t. 1, p. 65 
et 119). 

Les habitants de la Samothrace racontaient , selon 



90 DB LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

Diodore, que la mer Noire avait été une mer méditer- 
ranée et que, gonflée par les eaux qu'elle recevait dans 
son sein , longtemps avant les inondations qui se pro- 
duisirent chez d'autres peuples , elle força d'abord le 
passage du Bosphore et plus tard celui de THellespont 
(Diodore de Sicile, 1. V, c. xlvh, p. 369, édit. de 
Wesseling). Tous les documents relatifs à cette ancienne 
révolution de la nature dont Dureau de La Malle a fait 
l'objet d'un Mémoire spécial , se trouvent rassemblés 
dans l'important ouvrage de C. de Hoflf : Geschichte der 
naturlichen Verànderungen der Erdoberflàcke{\** part., 
1822, p. 105-162) ; et dans les Religions de l'antiquité de 
Creuzer et Guigniaut (t. II, p. 288 et suiv.). Les tradi- 
tions de la Samothrace se reflètent aussi dans la théorie 
des écluses de Straton de Lampsaque, d'après laquelle 
les eaux grossies du Pont-Euxin auraient d'abord percé 
les Dardanelles et ensuite le détroit de Gadès. Strabon 
nous a conservé dans le premier livre de sa Géographie, 
parmi des extraits critiques de l'ouvrage d'Ératosthènes, 
un curieux fragment de l'ouvrage perdu de Straton. Il 
s'y trouve des aperçus qui intéressent presque tout le 
littoral de la mer Méditerranée. 

On lit dans Strabon (1. 1, p. 49 et 60) : « Straton de 
Lampsaque, approfondissant les causes de ce phéno- 
mène plus encore que Xanthus (Xanthus avait décrit des 
empreintes de coquilles à une grande distance de la mer), 
pense que jadis le Pont-Euxin n'avait point d'issue du 
côté de Byzance ; mais que les fleuves qui se jettent dans 



ÉCLAIRCISSBMINTS BT ADDITIONS. 91 

cette mer ayant forcé l'obstacle et ouvert le passage, ses 
eaux sont tombées dans la Propontide et de là dans 
THellespont ; que de même , la Méditerranée , grossie 
par ses affluents, a rompu Tisthme qui fermait le détroit 
de Gadès , et en s' écoulant par ce nouveau canal a pu 
laisser à sec les bas-fonds. Cet effet, Straton l'explique 
en établissant : d'abord, que le lit de la mer intérieure 
et celui de la mer extérieure sont d'une hauteur diffé- 
rente ; ensuite qu'il existe encore aujourd'hui sous les 
eaux , depuis l'Europe jusqu'à la Libye, une espèce de 
bande de terre, reste de l'ancienne séparation des deux 
mers. Il ajoute que dans le bassin du Pont-Euxin la mer 
est peu profonde, et qu'elle l'est beaucoup vers la 
Crète , la Sicile et la Sardaigne ; ce qui vient de ce 
qu'un grand nombre de fleuves très-considérnbles, ar^ 
rivant de l'orient et du nord dans le Pont-Euxin, rem- 
plissent son lit du limon qu'ils charrient , tandis que 
les autres mers conservent leur profondeur. De là on 
conçoit et comment les eaux du Pont-Euxin sont si 
douces et comment elles ont un courant qui les porte 
vers les lieux où le lit de la mer est plus bas. Si les at- 
terrissements causés par ces fleuves continuent, le Pont- 
Euxin, un jour, sera comblé. Déjà, à gauche, tout est 
bas-fonds sur la côte de Salmydesse, dans le voisinage 
des bouches de l'Ister et près du désert des Scythes, où 
se rencontrent ces bancs que les marins appellent les 
Stèthes. C'est peut-être par l'effet de l'écoulement des 
eaux que le temple d'Ammon , jadis proche du rivage, 



92 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

se trouve maintenant reculé au milieu des terres , et 
en ce cas, il est naturel que Toracle d'Ammon ait pu 
avoir la grande renommée dont il jouit. Si cet oracle 
eût été toujours aussi éloigné de la mer qu'il Test au- 
jourd'hui, il n'eût probablement jamais acquis tant 
de gloire et de célébrité. De même Straton ajoute que 
l'Egypte fut anciennement couverte par la mer jus- 
qu'aux marais voisins de Péluse, du mont Casius et du 
lac Sirbonide ; car encore aujourd'hui en Egypte, quand 
on creuse les mines de sel, on rencontre des bancs de 
sable et des coquilles fossiles , comme si jadis la mer 
eût occupé ce pays et que tous les environs de Casius 
et du lieu nommé les Gerrhes eussent été des bas- 
fonds qui touchaient au golfe de la mer Erythrée. En 
se retirant, la mer aura découvert ce terrain; mais ses 
eaux seront restées dans le lac Sirbonide qui, par l'eflet 
d'un autre écoulement, sera devenu plus tard un ma- 
rais. Pareillement les bords du lac Mœris ressemblent 
plutôt aux rivages d'une mer qu'aux rives d'un fleuve. >» 
On lisait autrefois, au lieu de lac Mœris, le nom du lac 
Halmyris, qui était situé près de l'embouchure méri- 
dionale du Danube. Casaubon a proposé le premier 
cette correction nécessaire, que justifie d'ailleurs un 
autre passage de Strabon (1. XYII, p. 809). 

Ëratosthènes de Cyrène , le plus célèbre de tous les 
bibliothécaires d'Alexandrie, qui fut moins heureux 
cependant qu'Archimède dans son traité des corps 
flottants , fut conduit par la théorie de Straton à exami- 



ÉCLAIRCISSBMENTS BT ADDITIONS. 93 

ner le problème de Tégalité du niveau dans toutes les 
mers extérieures qui enveloppent les continents (Stra- 
bon, 1. 1, p. 51 06; 1. II, p. 104). Les articulations 
des côtes septentrionales de la Méditerranée, ainsi que 
la forme des presqu'îles et des îles, avaient donné nais- 
sance au mythe géognostique de Tancienne Lyctonia. 
On fit entrer Torigine supposée des petites syrtes et 
du lac Triton (Diodore, 1. III, c. liii-lv), ainsi que tout 
TÀtlas occidental (Maxime de Tyr, diss. YIII, c. vu) 
dans une légende composée d'éruptions volcaniques et 
de tremblements de terre (Humboldt, Examen critique 
de l'histoire de la géographie du nouveau continent, 
1. 1 , p. 179 ; t. III, p. 136). Ayant eu Foccasion de traiter 
avec plus de détails, dans le second volume du Cosmos, 
un sujet qui touche de si près au berceau primitif de 
notre civilisation, je prends la liberté de citer ici un 
fragment de cet ouvrage : 

u Le rivage septentrional de la mer Méditerranée a 
Tavantage signalé déjà par Ëratosthènes , ainsi que le 
rapporte Strabon , d'être plus divisé et plus richement 
articulé que la côte d'Afrique. Trois presqu'îles s'en 
détachent : l'Espagne , l'Italie et la Grèce, qui , décou- 
pées par un grand nombre de golfes , forment avec les 
îles et les côtes voisines d'étroites langues de terre et de 
mer. Cette disposition du continent et des îles qui en 
ont été séparées violemment ou qui ont été soulevées 
par la force des volcans, le long des crevasses dont le 
globe est sillonné , ont conduit de bonne heure à des 



n 



94 DB LA PHYSIONOMIE DBS PLANTES. 

considérations géognostiques sur le déchirement des 
terrains , sur les tremblements de terre et le transvase- 
ment des eaux plus hautes de TOcéan dans des bassins 
de niveau inférieur. Le Pont, les Dardanelles, le détroit 
de Gadès et la Méditerranée avec ses îles si nombreu* 
ses, étaient très-propres à appeler Tattention sur ce 
système d'écluses naturelles. Le poète qui , sous le 
nom d'Orphée, a raconté le voyage des Argonautes , et 
qui vraisemblablement est postérieur à Tère chrétienne, 
a recueilli de vieilles légendes : il parle de la division 
de l'ancienne Lyctonie en îles séparées ; il dit comment 
Neptune à la sombre chevelure , irrité contre son père 
Saturne, frappa la Lyctonie de son trident d'or. Les 
imaginations de ce genre, souvent produites, il est vrai, 
par une connaissance imparfaite des rapports géogra- 
phiques, furent repriseset perfectionnées dans cette école 
d'Alexandrie si érudite, qui se tournait si complaisam- 
mentvers les origines des choses. Que le morcellement 
de l'Atlantide ait été en Occident un reflet éloigné du 
mythe de la Lyctonie , opinion que je crois avoir expo- 
sée ailleurs avec quelque vraisemblance, ou que, selon 
Otfried Muller, la disparition de la Lyctonie (Leuconia) 
désigne, dans les fables de la Samothrace, une grande 
inondation qui aurait envahi cette contrée , c'est une 
question qu'il n'est pas nécessaire de résoudre ici. » 
(Cosmos, t. II, p. 143 de la traduction française.) 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 95 

Note 9, page 42. 

» 

DE LA PRÉCIPITATION DES NUAGES. 

Les courants d'air ascendants sont une des principales 
causes qui produisent les grands phénomènes météoro- 
logiques. Lorsqu'un désert, une plaine stérile et sa- 
blonneuse est bordée par une haute chaîne de mon- 
tagnes, il arrive souvent que les vents de la mer chassent 
au-dessus de ce désert des nuages épais qui ne peuvent 
se précipiter qu'après l'avoir traversé, et sur le tlanc 
même des montagnes. On expliquait autrefois ce phé- 
Domène par l'attraction que les montagnes devaient 
exercer sur les nuages. La véritable raison parait être 
dans les colonnes d'air chaud qui s'élèvent des plaines 
et empêchent les globules de vapeurs de se résoudre 
en eau. Plus la plaine est dépourvue de végétation, plus 
le sable est brûlant ; il s'ensuit que les nuages s'élèvent 
plus haut dans les airs et qu'ils retombent plus diffici- 
lement. Ces causes cessent au-dessus des pentes de 
montagnes. Le jeu des courants verticaux y est plus 
faible, les nuages s'abaissent, et la décomposition s'opère 
dans des couches d'air moins échauffées. Ainsi , l'ab- 
sence de pluie et l'absence de végétation exercent l'une 
sur l'autre une influence réciproque : d'une part, il 
ne pleut pas, parce que le sol sablonneux et stérile 
s'échauffe plus facilement et fait rayonner une plus 
grande quantité de chaleur ; de l'autre , le désert ne 



96 DU LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

se change pas en steppe ou en savane, parce que tout 
développement organique est impossible sans eau. 

Note 40, page 45. 

CONJECTURES RELATIVES À LA TEMPERATURE DE LA MASSE 

TERRESTRE. 

Si, selon Thypothèse des Neptuniens, hypothèse qui, 
à la vérité, a vieilli , les roches dites primitives furent 
formées par la précipitation de matières liquides, il dut 
se dégager, au moment où Técorce terrestre passa de Tétat 
liquideàrétatsolide,une quantité énorme dechaleurqui 
eut pour effet de déterminer des évaporations et des pré- 
cipitations nouvelles. Ces précipitations furent plus ra- 
pides, plus tumultueuses et moins cristallines à mesure 
qu'elles se succédèrent. Un semblable dégagement de 
calorique, rayonnant subitement de la croûte terrestre 
au moment où elle se solidifia, pouvait, indépendam- 
ment de la hauteur polaire du lieu et de la position de 
Taxe terrestre, occasionner des accroissements partiels 
de température, capables d'influer sur la distribution 
des végétaux. Il pouvait en même temps produire une 
sorte de porosité dont semblent témoigner certains 
phénomènes énigmatiques que Ton observe dans les 
roches sédimentaires. J'ai développé en détail ces con- 
jectures dans une dissertation sur la porosité originmre, 
qui fait partie de l'ouvrage intitulé : Versuche ûber die 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 97 

chemische Zersetzung des Luftkreises , 1799, p, 177; 
voyez aussi Moll's Jahrbucher der Berg-und Hûtten- 
kunde (1797 p. 234). Depuis, j*en suis venu à penser 
que, dans l'origine, la terre liquéfiée à Tintérieur, 
souvent ébranlée et sillonnée de crevasses, a pu com- 
muniquer longtemps à sa surface oxydée une haute 
température, indépendante des degrés de latitude et de la 
position relative du soleil. Quelle influence n'exer- 
cerait pas encore aujourd'hui sur le climat de l'Alle- 
magne, et cela peut-être pour plusieurs siècles, une 
crevasse béante de mille toises de profondeur qui s'éten- 
drait du golfe Adriatique jusqu'aux côtes de la mer 
du Nord ! Dans l'état actuel du globe, maintenant que 
par suite d'un long rayonnement, l'équilibre stable, 
calculé pour la première fois par Fourier dans sa Théorie 
analytique de la chaleur, est presque entièrement réta- 
bli , l'atmosphère n'entre plus en communication di- 
recte avec la fournaise intérieure que par les ouver- 
tures insignifiantes de quelques volcans ; mais jadis 
l'intérieur de la terre déversait, par les nombreuses cre- 
vasses et les ouvertures que produisaient les continuels 
déplacements des roches, des flots d'air embrasé qui se 
mêlaient à l'atmosphère et étaient tout à fait indépen- 
dants de la latitude. Chaque planète a dû primitive- 
ment, à mesure qu'elle se formait, se donner à elle- 
même une température qui ne fut fixée que plus tard 
par la situation de cette planète relativement au corps 
central, le soleil. La surface de la lune présente égale - 

II. 9 



98 DE LA PËTSIONOMIB DES PLANTES. 

ment des traces de cette réaction de Tintéileur contre 
la croûte extérieure. 

Note 1 1 , page 1 5. 

Les roches coniques de diorite que l'on rencontre 
dans la contrée montagneuse de Guanaxuato ressem- 
blent tout à fait à celle des Fichtelgebirge de la Fran- 
conie. Les unes et les autres offrent des sommets d'as- 
pect bizarre qui percent les terrains de transition, 
formés de schiste argileux, sur lesquels elles reposent. 
De même le perlite, le schiste porphyrique, le tracbyte 
et le porphyre à base de pechstein , se présentent sous 
le même aspect dans les montagnes du Mexique, situées 
près de Cinapecuaro et de Moran, en Hongrie, en Bo- 
hème et dans les contrées septentrionales de TAsie. 

Note 42, pago47. 

LE DRAGONIER d'oROTAVA. 

Ce Dragonier colossal, Dracsena draco, se trouve au mi- 
lieu du jardin de M. Franqui, dans la petite ville d'Oro- 
tava, l'ancien Taoro, l'un des lieux les plus agréables qui 
soient au monde. Lorsque nous gravîmes, en juin 1799, 
le pic de Ténériffe, nous trouvâmes que le périmètre 
de ce Dragonier, mesuré à quelques pieds au-dessus de 
la racine, était de 45 pieds. Plus près du sol, Ledru dit 
avoir trouvé 74 pieds de circonférence. D'après George 



scumasmiBKrs st appitions. 99 

Staunton, à 10 pieds de hauteur, le tronc a encore 
12 pieds de diamètre. La hauteur de Tarbre n*est guère 
que de 65 pieds. La tradition rapporte que ce drago- 
nier était chez les Gouancbes un objet de vénération, 
comme l'olivier d'Athènes, le platane de Lydie, que 
Xerxès chargea d'ornements, et le bananier de Ceylan. 
On raconte aussi que, lors de la première expédition des 
Béthencourty dans Tannée 1402, le Dragonier d'Orotava 
était déjà aussi gros et aussi creux qu'aujourd'hui. On 
peut conjecturer d'après cela à quel époque il remonte, 
si Ton songe surtout que le Dracœna croît trèfr-len tement . 
Berthelot dit, dans sa description de Ténériffe : « En 
comparant les jeunes Dragoniers voisins de l'arbre gi- 
gantesque, les calculs qu'on fait sur l'âge de ce dernier 
effrayent l'imagination.» {Ntyva actaAcad, Leop. CaroL 
Naturse Curiosorum, t. XIII, 1827,p. 781 .) Le Dragonier 
est cultivé depuis les temps les plus reculés dans les 
iles Canaries, à Madère, à Porto-Santo, et un observa- 
teur très-exact, Léopold de Buch, l'a vu à l'état sauvage 
près dlgueste, dans l'tle de Ténériffe. Il n'est donc pas 
originaire, comme on l'a cru pendant longtemps, des 
Indes orientales, et son existence chez les Gouanches 
ne renverse pas l'opinion de ceux qui considèrent 
ce peuple comme une race atlantique, entièrement 
isolée et sans aucun rapport avec les nations de 
l'Afrique et de l'Asie. La forme des Dracœna se re- 
trouve au cap de Bonne-Espérance, à l'Ile Bourbon, 
en Chine et à la Nouvelle-Zélande. On rencontre dans 



1 



100 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

ces contrées lointaines différentes variétés appartenant 
au même genre; mais il n'en existe aucune dans le 
nouveau monde, où elles sont remplacées par le Yucca. 
Le Dracaena borealis d*Aiton n'est autre chose qu'un 
véritable Convallaria, dont il a en effet tous les carac- 
tères (Humboldt, Relation historique, t. I, p. 118 et 
639). Dans la dernière planche de l'Atlas pittoresque 
joint à mon Voyage en Amérique, j'ai fait graver le 
Dragonier d'Orotava d'après un dessin fait par F. d'O- 
zonne en 1776 {Vues des Cordillères et Monuments 
des peuples indigènes de l'Amérique, pi. LXIX). Je 
trouvai ce dessin parmi les papiers du célèbre Borda, 
dans son Journal de voyage, resté jusqu'à ce jour 
inédit, qui me fut confié par le Dépôt de la Marine, 
et auquel j'ai emprunté des observations importantes 
concernant la géographie astronomique, ainsi que des 
mesures barométriques et trigonométriques (Rela- 
tion historique, t. I, p. 282). Borda mesura le dra- 
gonier de la villa Franqui, lors de son premier voyage 
avec Pingre, en 1771, et non dans la seconde expé- 
dition qu'il fit en 1776 avec Varela. On prétend qu'au 
xv« siècle, très-peu de temps après les conquêtes nor- 
mande et espagnole, on célébrait la messe à un petit 
autel élevé dans la cavité du tronc. Malheureusement, 
l'orage du 21 juillet 1819 a enlevé au Dragonier d'Oro- 
tava une partie de sa couronne. Il existe une grande et 
belle gravure anglaise qui représente l'état actuel de 
Tarbre dans toute sa vérité. 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. lOt 

Le caractère monumental de ces végétaux gigantes- 
ques, l'impression de respect qu'ils produisent sur tous 
les peuples, ont fait naître chez les savants de nos jours 
l'idée de déterminer leur âge et de mesurer plus exac- 
tement leur grosseur. D'après les résultats de ces re- 
cherches, de Candolle, l'auteur de l'important traité sur 
la Longévité des arbres, Endlicher, Unger et d'autres 
botanistes distingués , ne sont pas éloignés d'admettre 
que l'origine de plusieurs arbres existant encore au- 
jourd'hui remonte à l'époque des plus anciennes tra- 
ditions historiques sinon de la vallée du Nil, du moins 
de la Grèce et de l'Italie. On lit dans la Bibliothèque 
universelle de Genève (t. XL VII, 1831, p. 60) : «Plu- 
sieurs exemples semblent confirmer l'idée qu'il existe 
encore sur le globe des arbres d'une antiquité pro- 
digieuse et peut-être témoins de ses dernières révolu- 
tions physiques. Lorsqu'on regarde un arbre comme 
un agrégat d'autant d'individus soudés ensemble qu'il 
s'est développé de bourgeons à sa surface, on ne peut 
pas s'étonner si^ de nouveaux bourgeons s'ajoutant aux 
anciens, l'agrégat qui en résulte n'a point de terme 
nécessaire à son existence. » Âgardh s'exprime dans le 
même sens : u Comme chaque nouvelle année solaire 
ajoute aux arbres des rejetons nouveaux, et que les par- 
ties anciennes et durcies sont remplacés par de jeunes 
pousses où la sève circule librement, les arbres nous 
ofirent l'exemple d'une croissance qui ne peut être 
bornée que par des causes extérieures. » Agardh atlri- 



1 



102 DB LA PSTSIONOMIE PES PLANTES. 

bue la brièveté de la vie dans les plantes herbacées à la 
disproportion qui existe entre la production des fleurs 
ou des fruits, d'une part, et la formation des feuilles, de 
l'autre. Le stérilité est pour les plantes une cause de 
longévité. Endlicher cite Texemple d'un Medicago sa** 
tiva, var. p versicolor, qui vécut quatre-vingts ans, 
parce qu'il ne produisit point de fruits {Grundzuge der 
Botanik, 1843, g 1003). 

A côté des Dragoniers qui, malgré le développement 
gigantesque de leurs faisceaux vaseulaires définis doi* 
vent, d'après leurs parties florales, être rangés dans la 
même famille naturelle que TÀspergeet les Oignons des 
jardins, se place l'Adansonia ou arbre à Pain de Singes, 
autrement appelé Baobab, qui appartient sans contredit 
aux plus grands et aux plus anciens habitants de notre 
planète. Dès les premières expéditions des Catalans et 
des Portugais, les navigateurs avaient l'habitude de gra- 
ver leurs noms sur ces deux espèces d'arbres. Ils ne le 
faisaient pas toujours par une vaine recherche de gloire; 
souvent aussi cette inscription était pour eux un fnareo, 
c'est-à-dire une sorte de prise de possession, un moyen 
d'assurer à leur patrie le droit de premier occupant. 
Les navigateurs portugais choisirent souvent à cet 
effet la belle devise française de l'infant don Hen- 
rique duc de Viseo : Talent de bien faire. Voici les pa- 
roles mêmes de Faria y Sousa, dans son Asiaportuguesa 
(t. I, c. 11, p. 14 et 18) : « Era uso de los primeros nave- 
gantes de dexar inscrito el motto del Infante : Talent 



iCLAIRCISSEtfENTS ET ADDITIONS. 103 

de bien faire, en la corteza de los àrboles. » (Voy. aussi 
Barros, Asia, dec. 1, 1. Il, c. ii, 1. 1. Lîsboa, 1778, p. 148.) 
Il est remarquable que cette devise gravée sur deux 
arbres en 1435, c'est-à-dire vingt-huit ans avant la mort 
de rinfant don Henrique, par des navigateurs portu- 
gais, se rattache dans l'histoire des découvertes , aux 
controverses qu'a soulevées la comparaison du qua- 
trième voyage de Vespucci avec celui de Gonzalo Coelho 
(1503). D'après le récit de Vespucci, le vaisseau amiral 
de Coelho échoua contre une lie que l'on a prise tantôt 
pour San Fernando Noronha, tantôt pour le penedo de 
San Pedro , tantôt pour l'Ile problématique de Saint- 
Matthieu , que Garcia Jofre de Loaysa , découvrit le 
15 octobre 1525» par 2^ 30' de latitude australe, sous 
le méridien du cap Palmas , presque dans le golfe de 
Guinée. Coelho resta à l'ancre près de dix-huit jours ; il 
trouva dans l'île des croix , des orangers devenus sau- 
vages et deux troncs d'arbres avec des inscriptions qui 
remontaient à quatre-vingt-dix ans (Navarrete, t. V, p. 8, 
247 et 401). J*ai éclairci ailleurs ce problème, en cher- 
chant à déterminer le degré de confiance que mérite 
Amerigo Vespucci {Examen critique^ etc., t. V, p. 129- 
132). 

La plus ancienne description du Baobab (Adansonia 
digitata) est celle du Vénitien Louis Cadaniosto, dont le 
véritable nom était Alvise da Ca da Mosto, et date de 
•'année 1454. 11 trouva à l'embouchure du Sénégal, où 
il se joignit à Antoniotto Usodimare, des troncs dont il 



104 DE LÀ PHTSIONOinE DES PLANTES. 

évalua le circuit à 17 toises, c'est-à-dire environ 102 pieds 
(Ramusio, t. I, p. 109). Il put les comparer avec les 
dragoniers qu'il avait vus auparavant. Perrottet, dans 
sa Flore de Sénégambie (p. 76), dit avoir trouvé des 
Baobabs qui avaient 30 pieds de diamètre sur 70 à 80 
pieds seulement de hauteur. Adanson avait indiqué les 
mêmes dimensions dans la Relation de son voyage, en 
1748. Les plus gros troncs de Baobab qu'il vit de ses 
propres yeux en 1749, les uns dans une des petites lies 
Madeleines, près du cap Yert, les autres à l'embouchure 
du Sénégal, avaient de 25 à 27 pieds de diamètre sur 
70 pieds de hauteur , avec une couronne large de 
170 pieds. Mais Adanson ajoute que d'autres voyageurs 
ont trouvé des troncs qui avaient jusqu'à 30 pieds 
de diamètre. Des navigateurs hollandais et français 
avaient taillé leur nom dans l'écorce en lettres longues 
de 6 pouces. Une de ces inscriptions était du xv* siècle, 
et non du xiv% comme il est dit par erreur dans 
la Famille des plantes d' Adanson, publiée en 1763 
(r* part., p. ccxv-gcxviiî), les autres ne remontaient pas 
au delà du xvi« siècle. Adanson a calculé l'âge des ar- 
bres, d'après la profondeur des entailles qui ont été 
recouvertes par de nouvelles couches de bois, et en 
comparant leur épaisseur à celle des troncs d'arbres de 
même espèce dont l'âge est connu. 11 a trouvé, pour un 
diamètre de 30 pieds, une durée de 51 50 ans {Voyage 
au Sénégal^ 1757, p. 66; Adrien de Jussieu, Cours de 
botanique , p. 62). Il a d'ailleurs la prudence d'ajou- 



iCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 105 

ter ces mots, dont je reproduis exactement l'orthogra- 
phe : « Le calcul de Taje de chake couche n'a pas d'exac- 
titude géométrike. » Dans le village de Grand-Galarques, 
situé aussi en Sénégambie, les nègres ont orné l'ouver- 
ture d'un Baobab creux avec des sculptures qui ont été 
taillées dans le bois encore vert. L'espace intérieur sert 
aux assemblées générales dans lesquelles ils débattent 
leurs intérêts. Cette salle rappelle la caverne (specus) 
formée dans le tronc d'un platane de Lycie, où un person- 
nage consulaire, Licinius Mucianus fit servir à dîner à dix- 
neuf convives. Pline (l. XII, c. v) accorde trop généreuse- 
ment peut-être à une cavité du même genre une largeur 
de 80 pieds romains. Le Baobab a été vu par René Caillié 
à Jenne, dans la vallée du Nil; par Cailliaud en Nubie; 
par Guillaume Peters sur toute la côte orientale de l'A- 
frique, où cet arbre s'étend jusqu'à Lourenzo Marques, 
c'est-à-dire jusque près du 26"" degré de latitude aus- 
trale. Les habitants de ces contrées l'appellent Mulapa 
(proprement muti-nlapa), c'est-à-dire l'arbre Nlapa, 
Les plus vieux et les plus épais de tous les arbres que 
vit Petersavaient de60 à 70 pieds de circonférence. Bien 
que Cadamosto ait dit au xv siècle : « eminentia non 
« quadrat magnitudini ; » bien que Golberry (Fragments 
d'un voyage en Afrique, t. II , p. 92) ait trouvé dans la 
vallée des deux Gagnacks des troncs d'arbres qui avaient 
à la racine 34 pieds de diamètre , sans avoir plus de 
60 pieds de haut, il ne faut pas admettre néanmoins 
comme une règle générale cette disproportion entre 



106 DI LA PHYSIONOMII DIS PLANTES. 

répaisseur et la hauteur. De très-vieux arbres, dit le 
savant voyageur Peters, perdent de leur hauteur par le 
dépérissement successif de leur couronne, et conti- 
nuent à croître en grosseur. Assez souvent on voit sur 
les côtes orientales de TÂfrique des troncs de 10 pieds 
d'épaisseur atteindre à une hauteur de 65 pieds. 

Si d'après ce qui précède, les évaluations hardies 
d'Adanson et de Perrottet attribuent aux Adansonia 
qu'ils ont mesurés un âge de 5150 à 6000 ans, ce qui 
les ferait contemporains des constructeurs des py- 
ramides ou même de Menés, c'est-à-dire les ferait re- 
monter à une époque où la Croix du Sud était encore 
visible dans le nord de l'Allemagne (Cosmos, t. II, p. 477 
et 578) ; d'autre part, des calculs plus sûrs, fondés sur 
les couches concentriques annuelles et sur la propor- 
tion constatée entre l'âge et l'épaisseur des couches, 
nous donnent pour la durée des arbres appartenant à la 
partie septentrionale de la zone tempérée des périodes 
moins considérables. De CandoUe pense que les Ifs sont, 
de tous les arbres européens, ceux qui atteignent Tftge 
le plus avancé. On attribue au Taxus baccata de Bra- 
burn, dans le comté de Kent, trente siècles d'existence; 
rif de Fotheringall, en Ecosse, a de vingt-cinq à vingt-six 
siècles ; celui de Crow-Hurst, dans le comté de Surrey, ne 
parait pas en avoir plus de quatorze et demi ; celui de Rip- 
pon, dans le comté d'York, pas plus de douze (deCan* 
dolle, de la Longévité des arbres^ p. 65). Endlicher attri- 
bue 1400 ans àun if du cimetière deGrasford, dans le nord 



BCLÀIBOSSBMENTB IT ADDITIONS. 107 

du pays de Galles, qui a 49 pieds de tour à la naissance des 
branches; il donne 2096 ans à un if du comté de Derby. 
On a abattu en Lithuanie des tilleuls de 32 pieds de cir- 
conférence, sur lesquels on a pu compter 815 cercles an- 
nuels (Endlicher, Grundzûge der Botanik, p. 399). Sous 
la zone tempérée de l'hémisphère austral, les Eucalyp- 
tus acquièrent un périmètre extraordinaire , et comme 
ils s'élèvent à plus de 230 pieds, ils offrent un singulier 
contraste avec les Ifs d'Europe (Taxus baccata), qui 
n'ont de colossal que ieur épaisseur. M. Backhouse a 
trouvé dans la baie d'Emu, sur la côte de la terre de 
Diémen , des troncs d'Eucalyptus qui avaient à la base 
66 pieds de circuit , et 47 à 5 pieds du sol (Gould , 
Birds of Australia , 1. 1, introd., p. xv). 

Ce n'est pas Malpighi, comme on le prétend généra-^ 
lement, mais bien Michel Montaigne, qui a le mérite d'a- 
voir le premier remarqué, dans son Voyage en Italie^ en 
1581 , le rapport des cercles annuels avec l'âge des arbres 
(A. de Jussieu, Cours élémentaire de Botanique^ 1840, 
p. 61). Un ouvrier habile, qui travaillait àdes instruments 
de mathématiques , avait appelé l'attention de Montai- 
gne sur la signification de ces anneaux, affirmant qu'ils 
étaient plus pressés du côté où l'arbre était tourné vers 
le nord. Jean-Jacques Rousseau avait la même opinion; 
et son Emile, lorsqu'il s'égarera dans une forêt, devra 
s'orienter d'après la disposition des couches du bois. 
Mais de nouvelles recherches sur l'anatomie des plan- 
tes ont démontré que le retard, aussi bien que l'accélé- 



108 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

ration de la croissance et Tirrégularîté dans la produc- 
tion des coucheg annuelles formées par le tissu cellulaire 
du Cambium, dépendent d'influences tout autres que 
l'exposition de Tarbre aux différents points du ciel 
(Kunth, Lehrbuch der Botanik, i" pari., 1847, p. 146 et 
164; Lindley, Introduction to Botany, 2* éd., p. 75). 

Dans les groupes naturels les plus différents, on 
trouve des arbres dont quelques individus atteignent un 
diamètre de 20 pieds et une durée de plusieurs siècles. 
Nous nommeronsici leBaobab, le Dragonier, diverses es- 
pèces d'Eucalyptus, le Taxodium distichum de Richard, 
le Pinus Lambertiana de Douglas, rHymenseaCourbarii» 
les Csesalpinia, le Bombax, le Swietenia Mahagoni , Tar- 
bre des Banyans (Ficus religiosa), le Liriodendron tuli- 
pifera, le Platanus orientalis, nos tilleuls, nos chênes et 
nos ifs. Le célèbre Taxodium distichon ou Ahuahuete 
des Mexicains (Cupressus disticha Linn., Schuberlia dis- 
ticha Mirbel), qui existe à Santa Maria del Tule, dans 
l'État d'Oaxaca, n*a pas 57 pieds de diamètre, comme le 
prétend de Candolle, mais seulement 38 (Mûhlenpfordt, 
Versuch einer getreuen Schilderung der Bepublik 
Mexico, t. I, p. 153). Les deux beaux Àhuahuete de 
Chapoltepec,que j*ai vus souvent, et qui sans doute sont 
un reste d'un ancien jardin de Montezuma, n'ont, d'a- 
près l'intéressant Voyage de Burkart (t. I, p. 268), que 
34 ou 36 pieds de circonférence, et non pas de diamètre, 
comme on l'a prétendu par erreur. Les Bouddhistes de 
Geylan révèrent le tronc gigantesque du figuier sacré 



ÉGUiaCISSEBlSMTS £T ADDITIONS. 109 

d'Anourahdepoura. Le Ficus religioça, qui repr^od ra« 
cine par ses branches, atteint souTent un diamètre de 
28 pieds, et forme, '^oomme Ta si bien dit Onésicrite, un 
toit de feuillage semblable à une tente soutenue par 
plusieurs colonnes (Lassen, Indische Alterihumskunde, 
1. 1, p. 26C). On peut lire au sujet du Bombax Ceiba les 
détails donnés, dès le temps de Christophe Colomb, par 
Bembo, dans ses Historié venetx (1551, fol. 83). 

De tous les chênes européens qui ont été mesurés 
exactement, le plus puissant est le chêne de Saintes, dans 
le département de la Charente-Inférieure, sur la route de 
Cozes. Cet arbre, élevé de 60 pieds, a, près du sol, 27 pieds 
8 pouces ^ de diamètre ; 5 pieds plus haut, son diamètre 
est encore de 21 pieds | ; il est de 6 pieds à la naissance 
des branches principales. Dans la partie morte du tronc, 
on a construit une petite salle large de 10 à 12 pieds et 
haute de 9, avec un banc en forme d'hémicycle, taillé 
dans le bois encore vert. Une fenêtre éclaire Tintérieur 
de la chambre, qui est fermée par une porte, et grâce 
au jour qui y pénètre, les parois sont couvertes de fou- 
gères et de lichens. A en juger par la dimension d'un 
petit morceau de bois qu'on avait coupé au-dessus de 
la porte, et dans lequel on comptait 200 anneaux con- 
centriques , on a cru devoir évaluer l'âge du chêne de 
Saintes entre 1800 et 2000 ans {Annales de la Société 
d'Agriculture de la Rochelle^ 1843, p. 380). 

En ce qui concerne le Rosa canina, qui existe dans la 
chapelle sépulcrale de la cathédrale d'Hildesheim,et que 

II. 10 



1 tO ' DE -LA *PH<j5!a«01t»Èf' M»f- PLANTEE 

l*on'dftèlrè âgé de nifflé' aWB Jèuifesttîserssum, dîapr^ 
rénsèî^riBm«hté positif; dù^à robJ'gcanœde'M. Romer, 
assôsseui^dtitiHbtoarblVif, qàé'!dtîè^,ô8frinoins ancienne 
qùé W sôO^hë" qui n'a pasJeHéMifiiéttie» p?Ui8idfi 800 ana. 
n exHfetinë légende qti*Tatfàôh^ ce rôS/fi«^^''™'^w»u 
féît parlé pï»ethVér féttdaiiéttt' «6 fégftev Uhxïs \^ D^bon^- 
naire ; etHm dôiduTnéht da xt^feiècle raj^Ftéquek'*'*^® 
révêque^rièzîîi rëbStit la<îWh**ratéV ccmsuïiiée ptor » ««^ 
iricendie, iï'eiitàftfràlèS racines dtfrOsteïtftfttè voûte qui' 
eiîstè etfcore, qu'il éleva sut cette voftte le- rtiup de !*' 
cbap'ôHe ' dryïrtiqùê; dcmft* la^ctosécràtîow^eot lieueni' 
1^61 /et qii'il éfetrdït^au^desàôi' les brancAfes^del^r-- 
bùstfe; L'a* tîgè aiijôriHI'hui vivante; qui n'a'quêr déasc 
pôiifees d*épaiéfeét(r; a26 pieds *dè haut, .elcoùvrè*de*s«' 
bràtièlies ^un eè^feë d'etivlttin- SÙ pièdi' sttr^le rtmr eï- 
térièur^dé latllapWlè, dti côl&dè l'est; Cet'afbU^è; qui 
est'certaîrierflfeift'd'^uri âge très-avancé, eist dlgrife'dfe' là 
vîMlle rêptitàttoii- dbtit il^ jouit dàils toute' l' Allemagne. 
Sî'iiu déVèW{)iJèmeiitléiitlpà5Mltiàipë petit» Ôlt« consl^ 
déré éil géh'éràr cbrtifhë • ùhe preuVé db Ibugévité , le 
Fdbus gigantëus ou'Macrottystîfe'pyrifôfa d-Xgât'dh mé- 
lîte parmi IfeS V%éïail^sOils-ïliftrîns^ une atleiitlen pat- 
ticulièré: Cétfe' jJlatite' àttfeiiit, seloti Cottk et Geoi^es- 
Éôrsleï , uttëlongUeùrde 33^lSîeds; et dépasse plar con- 
séquent rérévalTôri dfes pltis likutis ConîfèVes, ittêVnecelIè 
du Séquoia gigàhte^ d*Éndlicher, lô^Tàxodiûm settiper- 
vireri*s' d'é Hookér éï? d'Ariiotif, quî crôtt éri Galîfbrhie. 
(Dàrvj^ïri, JoUrMt ofrésearcheÉ intàffat. Ètst.,tÉ49, 



*p.'l2S9). L& e^Milaizie Pit:^ Hoy.a cooftrmém BtndidirtioYis 
dans 4a^ileta*km»i»ti^4e : N$^f(dhë&f'Hhé'^y^^es 
ùf îhe Advenêitre mdB^ofle (t.tll,' p, 8ÔS>.1 i^Mabro- 
• êystis ' pywfera ' végète «entre • le ^4«' degré ^§6' latitude 
anstrôle et le'45« degré de-latilUde boiérie ,• jùsqu'à^'Ia 
ftaiedeSMiFraiBCisco, war la côte no«l-o*jést du nbu- 
'Weau continent. Joseph fioofeer croit wiô^ne que cette 
«spècedë Fucus s'élend Jas^-auJIâtoéGhMka.Ori la Voit 
«wwent nager «dans Ies»>e»ux 'du'pdie alitôrtftî^ue,^au 
nriBeu des^ felocs de glace errants 'Ott;P«(?*-tt?e (0emef)h 
Hooker, Botanyof the ^An4aréic^ Voyage tmder ihé corn- 
mand of^Sér/ûntês^nô^s;^ î»44, p.^TH/ 1 èt^ 1?*8; CteîMe 
:M0ntagne , *B&4êmique '- crtff^ogûfne ' du Vùya^e de la 
B«tï<?,tlM6, p. »6).<le»expftiis}0tis't€*W}ârii'és,niba- 
iiées'etMformesdu Macrocystis,' ^i se èrà?ràï)o^hent 
au'feiili' ée^ls^mei^à^ràide d'érgMIés -^^ÊMiblàfifKs'à dès 
griflés; parsiègient Yïé poùvoir'étre arrêtées 'dans léûrtfé- 
velôppémeïkf que par une'déitt1*étîoto*'acfèîttéttteHe. 

1Nète'f3,*page'48. 

PLAIDES DÂCRITES OD G(»NS£&V££S DANS LES HERBIERS; 
MASSE TOTALE DES VÉGÉTAUX. 

11 y a trob questioiis qu- ir importe 'd^ ne <pas Con- 
fondre : 4*>Quél eât le nombre^fle^ plantes dé)à*ttécrites 
dans tos ouvrages imprimés? S"" Quel est le faonibi>e dès 
plantes découvertes, c'est-à-dire 'rangées dans lî^s Tier- 
-biers^t non encore décrites*? 3*»'*. quel rtombre'pëlit-on 



Mi ÙE Lk ^tiYâlONOMIE DBS PLANTES. 

évaluer aV*ec Vraisemblance tous les végétaux répartis 
sur la surfi ice du globe? L'édition du Système de Linné 
qu*a donU'^ée Murray ne contient, y compris les crypto- 
games, que 10042 espèces; Willdenow, dans son édi- 
tion du Sflecies plantarum y publiée de 1797 à 1807, 
décrit déjà 17547 espèces de plantes phanérogames, 
depuis la Itfonandrie jusqu'à la Polygamie diœcîe. Si 
l'on y ajoute 3000 espèces de plantes cryptogames, le 
chiffre adopté par Willdenow s'élève à 20000. De nou- 
velles recherches ont montré combien cette évaluation 
des plantes décrites ou conservées dans les herbiers est 
encore au-dessous de la vérité. Robert Brown , le pre- 
mier, a dépassé le nombre de 37000 phanérogames 
(General remarks on the Botany of Terra Australis, 
p. 4), et depuis j'ai moi-même tenté de déterminer la 
distribution géographique de 44000 plantes phanéro- 
games et cryptogames, dans les différentes parties du 
monde explorées antérieurement ( Humboldt , Pro- 
legomena de distributione geographica Plantarum , 
p. 23). De CandoUe, en comparant pour douze familles 
seulement VEnchiridium de Persoon avec son Sys- 
tème universel, conclut que l'on peut évaluer à 56000 
le nombre des phanérogames décrites par les bota- 
nistes ou conservées dans les herbiers [Essai élémen- 
taire de Géographie botanique, p. 62). Si l'on considère 
combien d'espèces nouvelles ont été découvertes de- 
puis par les voyageurs (et pour me borner à l'expé- 
dition que j'ai dirigée, sur 5800 espèces recueillies 



ÉCXAIRGISSBIfINTS AT ADDITIONS. 113 

SOUS la zone équinoxiale, 3600 sont dans ce cas), si Ton 
réfléchit en outre que le nombre des phanérogames cul- 
tivées dans tous les jardins botaniques dépasse 25000, on 
comprendra facilement combien Testimation de de Can- 
dolle est encore en deçà de la réalité. Nous ne connais- 
sons aucunement l'intérieur de rAmérique méridionale, 
ni Mato-Grosso, ni le Paraguay, ni le revers oriental de 
la chaîne des Andes, ni Santa Cruz de la Sierra, ni les 
pays situés entre rOrénoque, le Rio Negro, le fleuve des 
Amazones et le Puruz ; nous ne sommes pas plus fami- 
liers avec l'intérieur de l'Afrique, de Madagascar, de 
Bornéo, avec les régions centrales ou orientales de l'Asie. 
En songeant à ces vastes contrées, on se prend involon- 
tairement à penser que nous ne connaissons pas le tiers 
ni peut-être même la cinquième partie des plantes qui 
existent sur la terre! Drège a recueilli, dans l'Afrique 
méridionale seulement, 7092 espèces de phanérogames 
(Meyer, Pflanzengeographische Documente, p. 5 et 12). 
Il croit que la flore de ces régions en doit contenir plus 
de 11000, tandis que sur une surface de la même 
étendue , c'est-à-dire environ 33 000 lieues carrées , 
Koch et de Candolle n'en ont trouvé, l'un en Suisse et 
en Allemagne, l'autre en France, que 3300 et 3645. 
Je rappellerai encore que dans les petites Antilles, 
visitées depuis trois cents ans par les Européens, on a 
trouvé des nova gênera même parmi les grands arbres 
et dans le voisinage des grands centres de commerce. 
Ces considérations, que je me réserve de développer 



114 DU <1À ffiTSiOKOfffi tfES '^WÎË& 

plus loAguement 'à la <in ée -ceèè ^otë, seâobtëût tîm - 
Armer rancien mythe du Zénd-AVès?tà d'après l^iel 
tt la force créatrice, et fêôondatft te sang -du tetri*éau 
sacré, en aurait fait naître à Torigine lâOOM formes 
^e plantes. » 

Si par conséquent ^n demandait i^uel efst, dâtis i^^étst 
actuel de la force vitale qui animé ncffreplaftète, le 
tiomrbre des plantes exiistant sur la tèrrë où ati 'sein des 
mers, en y comprenait les cryptogames sans feùSles 
(les Algues, festîSiampignons et tes lichens), de môrfte 
que les Characées, lés Hépatiques, les iMous^s, lés 
Marsiléacées, -tes tycoipodiacées "et tes Fougèrres, cette 
questioti n'admet pas de réponse directe et scientifique. 
Tout ce que nous pouvons faire, c'est li'en chercher 
une approxi^artivé , et dé détertninéfr, en h[%1si>nfi^ant 
à minima, Ime limite inférteure en deçii 'de là^dte 
ne saurait être la vérité. Depuis î'^aïmée 1815, j^ 
cSierchë te preiwter à dftcfrmlner, pafr l'appKcation de 
rariftmétiqùè à là i^éô^àlpfate déh "pis^tàës, là "pro- 
portion des espèces â^Mt se compose chaque fefmiAe 
naturelle à toute la masse tles phanérogames, dans les 
pays où cet ensemble est èwffisatoment t^ntoli. RoliteTt 
Êrown , îe plus grand tiës 'botanii^ès contemporains , 
avait déjà fixé avant ttiôi le rapport mrmériqtre dès 
principales divisions, sàvoii* :tlés acotylédonéè (agattiea, 
crypfogatnes ou plantes celltilaires), aux cotytedonés 
(phanérogames ou i{)lantes vasculàîres), des riionocoty- 
léMùés ou endogèmis ^x dicotylédones ou exogènes. 



'II iroi/vh '4fi^ ^*t^Ê^m^im%imii6bèîfiU(ki^ t^ta dic6- 
iyléâoifés est de !l à «s âkm 4à ^ènè ffdpliCftie ; <fe 1 "à 
2 -^ êms la MMie gtbmte , ^ .^nir dâ ^ degré de lati- 
itide ixftMe ^t 'dn &S*âe|ré4ê 4«feitadé^lii]S«h»a)ë {Rôbei^t 
Sfown-, OeneYal remehkï m ^he 'Bùtctnydf ^l^^a Aiisr- 
tralù , dams le Vâyoffe -de «hadèite , t. H , ï>. 3S»). 
D'après 4a méthode qti1f a développée 'dâMs (^i oa- 
vffâge*, ranteàr à comparé enti<e «cix les ndixif)>re8 
«bsohis des «espèces 4ans trois 'gfanâes 'dîvî^ns ^ti 
règne végétal ; de ces divisions priiiciipalèlB fé suis, le 
in^intèi% fmssé «ux faimMës fMtniOttlièk^ ^ j%i exa- 
miné le nombre des espèces dont chaeaïifè d^elles ^e 
cdmpose, par rayi^port % la ttititsse entier âè^ 'phané- 
rogame^ ^iqïàrtenaht à une teoMe détemvhée ('cdirtif^. 
mm éùtfi Bè ^^Hbmtionè igeagrî^iska Piëfiiarum 
seifundUfH cssN t^npîeriefn et aitituAift^ik Wcutftiufk', 
lS17s 4>- 24-^44, tiveè le» déVeloppemenlë ùftérie^irs é(ue 
i'ai donnée aux reports «âiHéri^ues dàUià le DiMâh- 
n«9re ^êes ^St^ncai mtmrelle^, t. XVIH, l-éSO, p. 428*- 
436, et Aatf^ les Afekêtles de i)hiriféie et tfe Physique, 
t. XVÏ, 1821, ï). 267^«>. 

On peiot dôtosidéfet* *(té dè^l YiiànièArés fôi^ différen- 
^es les fappîorts nMiéric^s des fomes v^gétUes et 
fefe lois 'que Voh ôbsètve dàfts ieàrt diMribulîbft géo- 
^ïqiMqùe. Si l'on étudie tes plantes d'aîpfrèi léAr divî- 
sîoti en ftmitlès ïiatùWHes, sans avoir égard aux Itenlx où 
elles se développent, o*i se dêmattde : Quelles sonl les 
fornaes fe^ldàmevittifleè , ^els ^énl leè tyj[)èà aux^uds 



116 DE U PHYSIONOMIE DBS PLANTES. 

correspond le plus grand nombre des espèces? Y a-t-il 
sur la terre plus de Glumacées que de Composées? Ces 
deux ordres pris ensemble peuvent-ils former environ 
un quart des phanérogames? Quel est le rapport des 
monocotylédones aux dicotylédones ? Telles sont les 
questions essentielles auxquelles donne lieu la phyto- 
logie générale, c'est-à-dire la science qui observe l'or- 
ganisation des végétaux et leurs affinités réciproques, 
qui par conséquent se propose de déterminer l'état ac- 
tuel de la végétation. 

Si au contraire on considère les espèces réunies d'a- 
près l'analogie de leur structure, non plus d'une ma- 
nière abstraite mais selon leurs rapports climatolo- 
giques et leur distribution sur le globe ; alors ces 
questions présentent un tout autre intérêt. On recher- 
che quelles sont les familles de plantes qui, l'emportant 
dans la zone torride sur toutes les autres phanéro- 
games, décroissent à mesure qu'elles s'avancent vers 
les pôles. On se demande : Les Composées sont-elles, 
sous la même latitude ou entre les mêmes lignes iso- 
thermes, plus nombreuses dans le nouveau monde que 
dans l'ancien? Les formes qui cessent de dominer en 
remontant de l'équateur vers les pôles, suivent-elles la 
môme loi de décroissance en s'élevant sur les monta- 
gnes de l'équateur ? Les rapports des familles à l'égard 
de la totalité des phanérogames diffèrent-ils beaucoup 
sous les mêmes lignes isothermes , lorsqu'on les con- 
sidère dans les deux zones tempérées, en deçà et au 



ÉCLAIRCISSEMBNTS £T ADDITIONS. 117 

delà de Téquateur? Ces questions appartiennent à la 
géographie des plantes proprement dite , et se ratta- 
chent aux problèmes les plus importants que puissent 
offrir la météorologie et la physique de la terre. C'est 
de la prédominance de certaines familles végétales que 
dépend le caractère du paysage , Taspect sauvage, 
riant ou majestueux de la nature. La surabondance des 
Graminées dont sont formées les vastes savanes, la 
multitude des Palmiers qui fournissent une nourriture 
abondante, ou des Conifères qui vivent en société, 
ont influé puissamment sur l'existence matérielle des 
peuples, sur leurs mœurs, leur caractère et le dévelop- 
pement plus ou moins rapide de leur prospérité. 

Tout en étudiant la distribution géographique des 
formes végétales , on peut observer séparément les 
espèces , les genres et les familles naturelles. Souvent 
une seule espèce, surtout parmi les plantes sociales, 
couvre une vaste étendue de pays. C'est ainsi que se 
développent, dans le nord, les bruyères (ericeta), les 
forêts de Pins et de Sapins; en Espagne, les buis- 
sons de Cistes ; dans les contrées tropicales de TA- 
mérique, les Cactus, les Crotons et les Bralhys ou 
Bambusa guadua. Il est intéressant d'observer de plus 
près ces relations, d'examiner la propagation indi- 
viduelle et le développement organique des espèces. 
On peut demander quelle est Tespèce qui produit 
le plus d'individus sous telle ou telle zone; on 
peut se borner à nommer les familles auxquelles ap- 



118 DE LÀ TfiYSIONdlffE îfËH PVkmSS. 

partiennent tes espèces dominiintes dfitis clivers cli- 
'iriats. Dans un pays ipès-septentrional , où tes Compo- 
sées forment -^ et les Fougères ^ de *l6trtes les phané- 
rogames, c'est-à-dire où rtin arrive i ces rapports en 
divisant la Somme 'des 'pTianêrOgames -piar le nombre 
des espèces appartenant à dhacunè de ces deux fa- 
milles, une seule espèce de Fougère peut cependiant 
à elle seule cduvrir dix fois plus de teMln que toutes 
îes espèces de Composées prises ensemble. Biuce cas, 
on dît que les Fougères remportent sur les Compo- 
sées par leur masse , par le nohihre des îndhidtils 
xjûi aippartienneritàuùè^inéme ëspècèdePtépîs ou* 
Polypodium ; ^mais le 'résultat «st tout *âifférerft si, èh 
loomparaùt les Fougères^tles'ComposéeS à*la'somthè de 
toutes les «phanérogames, on'iie^compte'que lé liombfe 
'ée leurs différentes formes spécififjuës. *Gdmlme -la pro- 
|>«gation ne suit *pas lès 'niêmes -lois 'dflns ^.dtttes 1« 
espèces , comme toutes les espèces ne prodtrhent ptô 
trti nombre égdl d -îtiÔivillus , il s'ërféùit que lés quo- 
tients que l'on obtient, eti divisant laisomme des pha- 
nérogames par le îiombre'dés espèces dl^iis lesquelles 
se décompose tmefanrtîlle, nepeuvéht'sèulsdéterminer 
ce qu'il y a de carâctérîi^tiijtte daÈPs l'imprësSion d'uft 
paysage, ni décider de la physionomie que prescrite 
la nature sur les différents points de la terre. Si la 
fréquente 'répétition des mômes espèces , la masse 
qu'elles présentent aux rëgstrAs etie ôaractère linîformè 
qn-elles c<]immuniqu€nt à te végétèltlon àtth*enft1-altën- 



ÂiÀliAJliGlSï»BM£m'â ËX ADDITIONS. 119 

tioo. du; bût£HHst6- vogageuF) 1a nai^té de oertaioes 
eq)èee& uIîIôSl à l'homme ne. le pnéQooupepas moina 
viiveii)ent. Dana tes .régkms triopicries, où les Bubiacées^ 
lâsM^ritaoées, les Légumineuses ourles Térébinlhacéesi 
focment^ des forôts, oH] esi étpnné^de.Denconireffsiiiia-- 
cernent des troncs djs Cinchon^, eertaines espèceft 4^. 
Mehagonjt ( Swietenia:), dlBeem^toxylon , de StiyBax. el 
d^M^roiiylon balsaimique* Nous a^vons eu roccasiopi) de 
B^maequer suc Iqs pentes, des^ plateawK. de Bogoti^ et <j^ 
Vopeyai»^ ainsi que^.dans les environs de> Li^BL y en djesn 
oendant vere. la vallée insalubre de GataipEiayo, etyera 
le* iteuve- dee Ainaponess combiea sMt cleir-sein4s< les 
CiBchoDst qui possèdent Theuceuse pj^oprirété de. guéirii^ 
la fièvre. Les. chasseurs de (pinquina. , C9^Qi:es dO: 
Câseariliai, comme on^ af^lte- à. ioxa t^a IttdÂes^ et 
lesiniétie'qui recueillent toua le& aaa àm& les monta-n 
gaes solitaires de C£^cânuma^ d'Urituaki^ et (te fta- 
misitana^, VéeovoQ dti Ginehona eondaliai^e«t, la pkta 
efficace de toutes, grinapen^, non. sans, périt ^ si» les 
eimes des- apbpes les pliu& étevés, sâsB df eaibi>assef un» 
taste- korizoU' et die reconaattre» les CbKchona épa^ra à 
leuv tige élancée et à la teinte rougeàtpe de lewrs 
grandes fenillea. La température loeyenAe de oetia vé*. 
gion boisée,, située par 4^ O!» 4P 3(9^' de latitude aikstralei» 
à une bat^euir absolue de 600Ô è 7500 pieds., est 
entre 12P 30^ et 16P (HnmboMt etBeapland, Su^w^i^ 
PiantoFum Mquino^tiMum^ 1. 1> p. S;3» ta^N X)^ 
^n eonaîdéceftl la diasémin^^tioii i^ espaces, on peut 



120 DE Là physionomie DES PLANTES. 

aussi, sans avoir égard à la multiplicité des individus ni 
à leur masse, comparer, dans diverses régions, le nom- 
bre absolu des espèces qui appartiennent à chaque 
famille. De CandoUe a fait usage de ce mode de com- 
paraison dans son ouvrage intitulé Regni vegetabilis 
Systema naturale (t. I, p. 128, 396, 439, 464, 510). 
Kunth Ta appliqué à plus de 3300 Composées. On 
n'apprend pas ainsi quelles sont les familles qui rem- 
portent sur les autres phanérogames par la masse des 
individus ou le nombre des espèces, mais seulement 
combien d'espèces appartenant à une seule et même 
famille sont indigènes dans tel ou tel pays, dans telle ou 
telle partie du monde. Les résultats de cette méthode 
sont, en général , plus exacts , parce qu'on n'y arrive 
qu'en étudiant attentivement les familles isolées , sans 
qu'il soit nécessaire de connattre la somme totale des 
phanérogames de chaque pays. C'est sous les tropiques, 
par exemple, que les formes des Fougères sont le plus 
diversifiées; c'est dans les lies montagneuses où ia 
chaleur est tempérée par Thumidité et l'ombrage que 
chaque genre offre le plus de variétés différentes. Le 
nombre absolu des espèces de Fougères, moins com- 
munes déjà sous la xone tempérée que sous les régions 
tropicales, diminue encore en approchant des pôles. 
Cependant, comme les espèces de la zone glaciale, de 
la Laponie par exemple, résistent mieux au froid que la 
plupart des autres phanérogames, il s'ensuit, bien que, 
absolument parlant, les espèces de fougères septen- 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 121 

trionales soient beaucoup moins nombreuses , que ces 
plantes ont sur d'autres végétaux une prépondérance 
beaucoup plus marquée en Laponie qu'en France et en 
Allemagne. Dans ces deux pays, la division donne pour 
résultat ^ et /| ; en Laponie , le quotient est ^. J'ai 
divisé ainsi la somme des phanérogames qui compo- 
sent telle ou telle flore par les espèces de chaque fa* 
mille, et fait connaître dans mes Prolegomena de dis- 
tributione geograpkica Plantarum^ les résultats de cette 
opération , résultais que j'ai rendus plus rigoureux dans 
mon traité de la Géographiedes plantes^ d'après les grands 
travaux de R. Brown. A mesure que l'on s'avance de 
l'équateur vers les pôles, les proportions s'^oignent na- 
turellement de celles que l'on obtiendrait en comparant 
d'une manière absolue le nombre total des espèces con- 
tenues dans chaque famille. On voit souvent augmenter 
la valeur des fractions par la diminution du dénomina- 
teur, bien que le nombre absolu des espèces soit moins 
considérable. La méthode des fractions, que j'ai adop- 
tée comme plus propre à représenter la géographie des 
plantes, doit en effet donner deux quantités variables ; 
car si l'on passe d'une ligne isotherme à l'autre, on 
voit la somme totale des phanérogrames changer dans 
une autre proportion que le nombre des espèces dont 
se compose une famille particulière. 

On peut aussi, de la considération des espèces, s'éle- 
ver à celle dès divisions établies par la méthode dite 
naturelle suivant une série idéale d'abstractions, et 
II 11 



çliriger ses vfi(jar4.s WÇ \^ Sl^^'^x \^ ï»wUe?^ <^^ d'av- 
trçs groupe^ d'un ordçe plus è\e\^. Il y a des genre^^ il y 
^ méipe dçs fs^nilles entières qui ^appartiennent excU^^- 
vçn^çnt à, (^s. zoii^ déterouné^ç., nap-^eu}^ment pai^ç^ 
que la réupiQix de cçrtfiines^ conditions clirpptctlagi^vtes^ 
çj^t. n^ceass^rç ^ leu.r ^^veloppen^nt ^ m^i^ ençori^ 
parce qu'elle^ n'exis.tectt. q^e 4^^ 4^ lc|Ç4Uté& tf^-r 
hai^né^ et qM'elle^ opt ét,4 g$iA^e# ^s I^uf migration. 
Joutefoi* U y 9 w ^ouftbre fjm gïW4 WP-Wf^ d^ genre* 
et de filles q\^\ w\ des r^pféçentAAts spua teu^s 
les ij^es et à tou,t^ }e^ h^uteu?». I^e^ pr^n^ièrc^ r^ 
chercj^ s\^r 1^ di^tribuUw 4ea pte»te« n'uvajeftt pow 
citûet qv^e les ge^vec^; elles, se tr^uyent i^^^ w^ préoi^m 
Wvr«içç dç Trevivaw^^ 4^!^ ^ ^tcrfwe ( t. il , p. 47, 
6^ 83 et \%â ), Bdw cette w4tha4?r ^t Wwbs ppopw À 
dç«iA^ de3 ré^ltftts géf^^raux qM^ (^1^ qui ()QQWm 

^ lipwbr^ 4^ wpèçes 4^ chaque Éswill? qh i^ divi-» 
§\Ç{Ç^ pfincipftl^, teUçs que le^ ^çotyléflomç^, le^ ma-, 
A0C()itylç4QHçjs et 1^ diçqtylédowes, ayec 1^ sompo^ \çt^ 
4^ pb^érç8%r]E^es. ^pu$ la ^one gl^cii^e^, 1^ yc^riété 
des fçirçfteç^ qui 4istiuguent \es genr^ n^ di^mue 
P9^ aus^i yit^ que i^ ^^ri^iA des forment qui 4îf%rw- 
çient les ççpèçes; ç'^trà-.dire qu'on y tfouvo ipa^ti- 
yenieut p\us de g^r^ 4i^Un^<^ ^^ 9iH>ii^ d'espèces 

( de Candolle , Théorie éléjjr^r^tqir^ ç^e la, Botan^^^ 

p, ;q9 ; ^uI^bQl4t, iYqva.*^«^fr<» ç,i «n^cfeî j^^wto^w, 
1. 1, trtï^ ^.Y}I et LX U i#pe pbsei^ttw «'«BPPw* 
aux SQi»ii^ ^ pioA^gfief^ où i'm r^m^rfue fp^vmt 



ÉtLillâClâSJÉMEiitS £T IbDlTlONS. 123 

Aèé ^pèc^i isolées, îipparlehant à Une multitude dfe 
genres qu*ott serait teiitë dé i^garder coihttié éitcliisi- 
Vëttieht pt'opres à H végètatîion des plaines. 

J*aî crû devoir signaler les dtffiéi^enls joints dé Vue 
d'où l'oh JîéUt considérer leé lois qui règlent la d!^- 
trtbiitioïi géographique des plantes. Ori arrivé , érl côft- 
fondant ces points de vue , à dés contradictions appa- 
rentes qu'on attribue injustemeiit à rincertitudè de 
l'observation (Jahrbûcher der Gewàchskunde^ t. L, Ber- 
lin, 1818, p. 18, 21, 30). Quand Ton sesert^ par exem- 
ple, des expressions suivantes : « Cette forme ou cette 
famille se perd près de la zone glaciale ; ell'è est réel- 
lement indigène isttus tel ou tel parallèle; &ésX une 
forme méridionale; elle est dominante sous la zone 
tempérée ; » il faut bien spécifier si Ton entend parler 
du nombre absolu des espèces, de leur quantité abso- 
lue, crbiS^âtit ou dimlhtiant selon là latilulié, bli <A fon 
Veut dire IJù'ùne fâihillé , coihpàrée à te totalité di» 
phâhétt>èâmés qui ^bttiposéht Une Ôoi^ parlicUlièiiei 
Tem^jorte sUt» Ites autres fahiillés ; Timpi^esiàlôn Sensible 
éàuséë p^r la prédominance d'une forme VégétJàlé, re- 
pose ptécîsénifent sur cette idée dé Wpporl. 

ta physique générale là Ses élénAentS numétiquèi 
c'ohime Ib systèihe du nlondè, et ce n'eàt que graduelle- 
ttiénl qu'oh arrivera, éh Munissant les trâVâux deS bbt*-^ 
nlstes voyâgéuiré, à la conttaiésàttce des Véril&blTès toi* tipil 
détermihenl la dîèlHbutioh géégràphîqUé él blimatblô-^ 
gîqùe des formes végétales. )'ai dit déjà quie Sbtis là iôtté 



124 DE LA PHYSIONOMIE D£S PLANTES. 

tempérée de rhémisphère septentrional, les Composées 
(Synanthérées) et les Glumacces, dénomination sous la- 
quelle je comprends les trois familles des Graminées, 
des Cypéracées et des Joncacées, forment la quatrième 
partie de toutes les phanérogames. Les chiffires propor- 
tionnels qui suivent sont le résultat de mes recherches 
sur sept grandes familles du règne végétal dans cette 
môme zone tempérée : 

GluDiacées {. (Graminées seules ■^,) 



1 



Composées. , 

Légumineuses -{V. 

Labiées j^, 

Ombellifères . . i^. 

Amcntacées (Cupulifères, Béluliuées 

et Salicinées) ^. 

Crucifères -jL. 

9 

Les formes organiques sont entre elles dans une dé- 
pendance réciproque. Telle est en effet Tunité de la 
nature que ces formes se limitent Tune Tautre d'a- 
près des lois qui vraisemblablement embrassent de 
vastes périodes. Quand on connaît exactement, sur un 
point donné de la terre, le nombre des espèces qui com- 
posent Tune des grandes familles végétales, les Gluma- 
cées, les Légumineuses ou les Synanthérées, on peut en 
inférer avec une certaine probabilité et d'une manière 
approximative la somme totale des phanérogames et 
le nombre des espèces qui représentent les autres fa- 
milles dans la même contrée. Le nombre des Cypé- 



ÉCLAIRGISSBMKNTS ET ADDITIONS. 125 

racées détermine celui des Composées ; le nombre des 
Composées celui des Légumineuses; et ces appréciations 
nous permettent de reconnaître dans quelles classes et 
dans quels ordres les flores de tel ou tel pays présen- 
tent encore des lacunes. Elles nous apprennent, pourvu 
que nous nous gardions de confondre des végétations 
trop dissemblables, quelle moisson on peut espérer en- 
core de recueillir dans les familles particulières. 

En comparant les proportions numériques des fa- 
milles végétales dans plusieurs zones déjà soigneuse- 
ment explorées, j'ai été conduit à reconnaître la loi 
d'après laquelle les plantes qui composent une famille 
naturelle augmentent ou diminuent numériquement , 
de Féquateur aux pôles, par rapport à la totalité des 
phanérogames qui végètent dans chaque contrée. Il ne 
sufiSt pas d'observer la direction dans laquelle le chan- 
gement s'opère; il faut tenir compte aussi de sa rapi- 
dité. On voit ainsi augmenter ou diminuer le dénomi- 
nateur de la fraction qui exprime le rapport. La belle 
famille des Légumineuses, par exemple, décroît à me- 
sure que Ton s'avance de la zone équinoxiale au pôle 
nord. Si le rapport est de -^ pour l'espace compris entre 
l'équateur et le 10« degré de latitude boréale, il sera de ^ 
pour la partie de la zone tempérée, qui s'étend du 46« au 
52» degré, et de ^ seulement pour la zone glaciale du 
67' au 70* parallèle. Les Rubiacées, les Euphorbiacées, et 
surtout les Malvacées suivent la même marche que la 
grande famille des Légumineuses, c'e^st-à-dire qu'elles 



^2f6 BIT ÉX f^siUHem fis #Éiittts. 

• 

îesGraminées, et suftoWt léi Joricacêéè, de mêfifé qtrè lés 
ttiéées et ïesr ArriéWtàiSéeé', votif eh dîtaihtKttff vèfà la 
iôïïè tomde. leë CoWp^ées , ié^ labiées, lèS Ômbelfr- 
fèi^eâ et les Gruteîftrèi^ rféôfoissen! éïif S^éfoîgfïaWt de la 
ioue iétiipétée , iolf dafts fa dtrètetîon dè'è frMeS, sfcrit 
«àïis celle rfe réqVmtètn^. Cette' tfécrôîsstfncé" ésf èurtotit 
sensible pôtfr' îes^ OmbéRiîëM et îés Crricifères éh 
avançant vers ré^uàtéur. lé^ Crucifères offrent de 
ptii's cette pa^tmiifet^ité' ^aé* sotis fa zo*^ teApét-ée 
elles sont trôiS" foi^ pli)^ nombréuSei ôA Eurdpé (Jti'àtfx 
États-ïïnîs db PATîiéri(fùèf septèntfîoti^lè. tès tabîêes 
disi!>àraîi3senl, â une e^tScé pféà, aàtièïè'6fôë<il2(ùd,(ft 
ne subsistent aussi que àèiiH espèces d'Ômbéllîfôf'es. Ce- 
pendant Hômémbhri éàih^j^ié' éh'core d«ris Cette 6otttrée 
3fô és[ièces dîlfei'ehles de^ j^ha'né'rogàhiés. 

B'efef Bori' ixlM de l'eritei^qùet (Jùe W fliàtfîbtxtîttii 
des'fbrinës végétSlfe^ liié déj^fetf pas tfftiqiietoerit dé la 
làtitiidé géographique nî rtiéme delà latitude îsbtherttMî. 
les quotients ne sont ]f)as toujours égaut dans une 
Hlémë bande isotHfei'mé de la zoîié tempérée, J)ati'elem- 
ple danife les plaînèfedè rAméri^ue fet dànS celles de 
Tancieii continent'. Sous les tropiques, on rèniari^ue une 
diffërence trèà-ilotablé entré l' Aftïérîqùë , lèfe Ibdës 
ôriWitàlës et les cÔies 6cddfenl!alés de T Afrique. La dis- 
tribution des êtres organiques à' fa Surface dé là terre 
ne tieôt* pas ' sfiùVement aU^ relation;^ très-complexes 
qui UÉiissent dë/Ta terhï>éi^W#è etdôsf iîlirtiats, elle dé- 



pend aussi d« causes gf^Iogiquess produites par Tétat 
primitif de la terre et par des catastrophes presque 
complètement incomiues, dont tôtitfeS liés parties de 
notre planète n'ont pas ressenti sinlùltanément les 
effets. Les grands Pachydermes manquent complète- 
ment aujourd'hui au nouveau monde , tandis que nous 
les trouvons encore en Asie et en Afrique, sous des 
eSoïàïh irt«aK^éi. Ces dflfféi'éfttè?*, lôiïi 'dé ftotts ftire 
teiidïftîèir % î'ftude iei lôi$ dfe !à îiàture, d<«Vèftt ta 
coîiltâire fe'oùs yoriAér le côtirâîgé it fes ipô'tffèTiivî*e à 
trâVers Wà'tès îeûï^ cJO'mpfièatroiiè. 

Les tois ïiMiérîqtte^ tfès faftiilles, ïà -côTif ôf èallce 
stttiVent si étônïmiite des chiffras qtîii îïtdi(ïùeftl leurs 
rapports èn'tire ^lles , ta mèvttê oh. tes 'espèces ii^tii \es 
èotaïKJsrént isolit ï>6tfr ta pîùpràH ««fârèhtes, nbus feWt 
pétt'èfti'er ààïi^ tés ténèbres ittyïftétîeiiSès don*t "e^K recôti- 
vefrl tett àè q\iî *sè i^àppoï^tb à k iftxâtîôn dès types èiW- 
Vànt lés(ïùeîs se cîôïrfbVmeïit les èsp^ôés 'âWmalèô et Vé- 
gétales, c'eèt-à-'diT'e, tout cfe 'qui èonduit àe là sSfnpte 
exis/tence au dèVfelô^pementorgâûTque . Je citerail^exêm- 
p/Iô de deùk'ccyntrêèsîimîtrdpihés, depuis longtèlib'pfs ex- 
plorées, ïâ f raïice ei rAtlemàgne. ïl nfïàïiq'iYe à ïa îttàtice 
un grand ïiomWe'de Gïàmîriées, A'OMbèllifèrèfe, de Cru- 
cifères, de Composées, dé Légumineuses et tiè Labiées 
extrêmement communes en Allemagne, et pourtant les 
chiffres qui indiquent tes proportions de ces six gran- 
des familles sont à peu près identiques, ainsi qu'on eh 
peut juger par le tableau suivant : 



128 DB LA PHTSIONOmK DES PLAin:ES. 

Familles. Allemagne. France. 

Graminées -fs jj. 

OmbeUifères ^ 



) 



_1_ ' J_ 

ti I»* 

ï i' 

JL J- 

Labiées 



Crucifères -^ — 

Composées * - 

Légumineuses , -^ 



3< 34' 



Cette concordance dans le rapport des espèces qui 
composent chacune de ces familles à la masse entière 
des phanérogames, en Allemagne et en France, ne pour- 
rait évidemment pas exister si les espèces qui manquent 
à la France n'étaient remplacées par d'autres types des 
mêmes familles. Les rêveurs, qui sont tentés de croire 
à la transformation graduelle des espèces, ceux qui con- 
sidèrent par exemple des espèces distinctes de perro- 
quets, respectivement indigènes dans des lies voisines, 
comme des espèces transformées, attribueront cette re- 
marquable concordance à une migration des mêmes es- 
pèces qui, altérées depuis des milliers d'années par l'ac- 
tion continue d'influences climatologiques, ont l'air de 
se suppléer les unes les autres. Mais pourquoi, dans ce 
cas, notre Bruyère commune (Calluna vulgaris) et nos 
Chênes n'ont-ils pas traversé les monts Ourals et passé 
de l'Europe orientale dans le nord de l'Asie? Pourquoi 
n'y a-t-il aucune espèce du genre Rosa dans l'hémi- 
sphère du sud et presque aucune espèce de Calceolaria 
dans l'hémisphère septentrional.^ Le besoin d'une tem- 
pérature déterminée ne saurait rendre raison de cette 



ÉGLÀlRaSSBMENTS ET ÀDDITIOlfS. 129 

bizarrerie. Les circonstances climatologiques, non plus 
que l'hypothèse de la migration des plantes, partant de 
centres divers et rayonnant dans tous les sens, ne peu- 
vent expliquer la distribution actuelle des formes fixes 
de l'organisme. À peine ces influences peuvent-elles faire 
comprendre un phénomène moins général, à savoir 
comment certaines espèces ne peuvent franchir certaines 
limites déterminées par la latitude , dans les plaines , et 
par la hauteur, sur le penchant des montagnes. Dans 
chaque espèce, le cycle de végétation, quelle que doive 
être sa durée, a besoin, pour s'accomplir, d'un certain 
minimum de température ( Playfair, dans les Transac- 
tions of the royal Society of Edinburgh, t. V, 1805, 
p. 202; Humboldt, Des lignes isothermes et de la distri- 
bution de la chcdeur sur le globe, dans les Mémoires de 
la Société d'Arcudl, t. III, 1817, p. 552; Boussingault, 
Économie rurale, t. II, p. 659, 663 et 667; Alphonse 
de Candolle, Sur les causes qui limitent les espèces végé- 
tales, 1847y p. 8). Mais toutes les conditions nécessaires 
à la culture ou à la propagation d'une plante , c'est-à- 
dire la hauteur du lieu et la distance relativement aux 
pôles, sont encore compliquées par la difficulté de dé- 
terminer le commencement du cycle thermique de vé- 
gétation, par l'influence que l'inégale répartition de la 
même quantité de chaleur dans des groupes de jours et 
de nuits consécutifs exerce sur l'irritabilité, sur le 
développement progressif et sur toutes les fonctions 
vitales ; enfin, par les effets accessoires que produisent 



lâO M LA niTSl9Nrail 0BB PliAUtÈS. 

les omditfODs hygrométriques et électriques de Tatind- 
sphère. 

Mes recherche^ 6»r les lois tlURiétiques qtti président 
à la distribu tidh dës fohiiës (yotlhront être nn Joui' ap- 
pliquées avëô siicëès âilx diffiîretites dusses des ani- 
maux vertébrés. Les tiches collëmions dh Muséum 
d'Histoire Naturelle, au jardhi des Plantes de Paris, eein- 
tenaient, dèë 1920, d'après des éraluatliutts approxi- 
matives, plbs de d6 009 espèces de plantes phahéro- 
games et cryptoganies, consen^ées dans les héritiers, 
44000 Insectes ^ ehiffre ôertalnëitiénf trop faible, bien 
qu'il m'ait «té ëomifïiibiqué paf Lâti'ëiHe ; 2â00PbièS0né, 
T'OO Reptiles, 400d Oiseaux et 900 éspèdes de Mainmi- 
iètes. L'Ëifrope possède éiivil^ M Maibonifères , 
400 Oiseaux, 30 Reptiles ;i\yà ftinM, dâtis là zone tëlâ- 
Itérée de Théiiiisphèré sè^ténlribnal, èihq foi^ ittttitnt 
d'espèces d'Oiseaux que de Mâmhiifl^èS , de mêttie 
qûll y a en Europe cirïc} fbrs khlûiii de CicHAposêes que 
d'Ameritacées et de Conifères, ctncf toi^ autant de Légu- 
mineuses que d'Orchidées et d'Euphdrbiacéeèi. Il èslt re- 
marquable tjtie Fa même relation se retroùtedabs la Éonc 
tempérée de rhémîspfaëré mérîdiohal , ott les Maftitbi- 
fères sont amt Oiseaiix coMme 1 est à 4, 3: Les Oisëaui, 
et surtout !es Keptflesr, augmènteiït dallé une proportion 
plus considérable que tes Mamfiiiférëâ, aut approèhes 
de la zone totridé. Oti esi teitfé de érdirë, d'après tes 
recherches der CtHrier, que le rapport fiit àtitrë dèMs les 
tem^ ancièi!» et r^if dut péHr à ^ éuHë deà rdvdbtioils 



saàisflias^iiiîii'r» m a^oitiovs. 131 

A» h nature bflauoMp {dus de M^rnmifères que d'Oi- 
3A8mi, LatFeille a montré queU sont le$ gi^ôupes d'In- 
sectes qui augmenlant ou dunifiueni eu «pproch^nl 
dea pâles. |Uigep a indiqué U patrie de 3800 Ojseau^i, 
d-apràa les parties du monde qu'ils habitent , diviaion 
heauepup mûina Instructive que l'it lea eût rangés par 
zQBea. Si l'on 8*esp]ique eamiment, lur un espace donné, 
les inâiYÎdqa d'une même elasae d'animaux ou de 
plantes n»ettept réeiprnquement obstacle k leur déve- 
loppement numérique, eeniment, m^ ^^ ^m^ f^om- 
hals et de nombreuses ^Hâtions produites par lea 
besoins de la nourriture et les habitudes de la vie, il 
s'établit e»fin un équilibre , il n>n eist pas de même 
pour les oauses qui ont boi^é à \)n certain espace, 
Ren plus le nombr<9 dei ipâiviclui ^pp^rdanant à upe 
foraie d^termifiée, mais lea formas elle^mêmes, et qui 
ont constitué cas formes dans leur e.Qra6tère distinetif. 
Cas oauses sont couvertes du voile impénétrable qui 
Bou| çaehe tout ce q\\\ a trah k Toi^gine des cbosea ^t 
à la première nianifestatton de la vie organique. 

Si, comme }e l'ai àé^k exposé %u commencement de 
cette note, on se propose de axer, d'^ne manière ap- 
proximative, l€) nombre iimii» m^^^m^m duquel il 
e&t inutile de obercber ta somme cle tmi^. l^ phané- 
rogames qui en^tent sur la terrai, le moyeu la plus sjûr 
est de oampurer lea sombra 4^ (H^Pim^ qui indiquent 
tes rjy^wts existent m\V9 If^ #i JÇârentçiBi famille vén 
létales avee \» pqmbr«. 4e^ esjj^çesi (jue ccmtieupent 



132 DE LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

nos herbiers, ou qui sont cultivées dans les grands 
jardins botaniques. Nous venons de rappeler qu'en 
1820 les herbiers du jardin des Plantes de Paris con- 
tenaient environ 56000 espèces. Je ne me permettrai 
aucune conjecture sur la contenance des herbiers 
d'Angleterre; mais le grand herbier que M. Benjamin 
Delessert avait recueilli au prix des plus nobles efforts 
et qu'il mettait généreusement à Itr^ disposition du 
public, contenait, dit-on, lorsque M. Delessert mou- 
rut, 86000 espèces; c'est presque le nombre auquel 
Lindley portait en 1835 les espèces végétales répandues 
dans le monde entier {Introduction ta Botany, 2"* éd., 
p . 504). 11 y a peu d'herbiers qui aient été comptés avec 
soin, après un triage exact et méthodique de toutes les 
variétés. Ajoutez à cela que le nombre des plantes con- 
tenues dans les petits herbiers particuliers, et qui man- 
quent dans les grands herbiers réputés universek, 
ne laisse pas d'être considérable. Le docteur Klctzsch, 
conservateur du grand herbier royal à Schœneberg près 
de Berlin , évalue actuellement à 74 000 le nombre des 
plantes phanérogames qui lui sont confiées. 

L'utile ouvrage de Loudon {Uortus britannicus) 
donne un aperçu approximatif des espèces cultivées 
en ce moment dans tous les jardins d'Angleterre, ou qui 
l'étaient à une époque qui n'est pas encore très-éloignée. 
L'édition de 1832 compte exactement, en comprenant 
les plantes indigènes, 26660 phanérogames. Il ne faut 
pas confondre le chiffre de ces plantes, cultivées à des 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 133 

époques différentes sur toute retendue de la Grande* 
Bretagne, avec Fensemble des plantes vivantes, réunies 
simultanément dans un jardin botanique. Sous ce rap- 
port, le jardin botanique de Berlin est considéré depuis 
longtemps comme Tun des plus riches de TËurope. 
Cette renommée ne reposait autrefois que sur une 
estimation approximative ; et, comme Ta dit très-bien 
mon vieil ami et mon collaborateur^ le professeur Kunth, 
dans une notice manuscrite, lue à la Société d'Horticul- 
ture de Berlin, en décembre 1846, un dénombrement 
exact n'était possible qu'après que l'on aurait dressé un 
catalogue systématique, basé sur l'examen minutieux 
des espèces. « On a constaté ainsi , ajoutait Kunth , 
la présence de plus de 14060 espèces. Si l'on retranche 
de ce chiffire 375 Fougères cultivées, il reste 13 685 pha- 
nérogames, parmi lesquelles se trouvent 1600 Compo- 
sées, 1150 Légumineuses, 428 Labiées, 370 Ombellif ères, 
460 Orchidées, 60 Palmiers et 600 Graminées et Cypé- 
racées. £n comparant à ces nombres celui des plantes 
décrites dans les ouvrages modernes, savoir : 10000 Com- 
posées environ suivant deCandoUe et Walpers, 8070 Lé- 
gumineuses, 2190 Labiées suivant Bentham, 1260 Om- 
bellifères, 3544 Graminées et 2000 Cyperacées (Kunth, 
Enumeratio Plantarum\ on reconnaît que le jardin 
botanique de Berlin possède dans les grandes fa- 
milles, c'est-à-dire, les Composées, les Légumineuses 
et les Graminées , y, | et ^ seulement, dans les petites 
familles, telles que les Labiées et les Ombellifères, ^ ou 
II. n 



134 BB U P0fl»l()|fOHI« PIS Pl^inTES. 

\ das Qspèoes décrite» insqn'k ca jour. Si Tm èffiiw U 
nombpa des diverses pbaoérogames ouUivéei m quéma 
temps d%m tous les japdisji botaniques de VEurope à 
30000, il en réstiltere, puitqae lea pbeoéregenaee cultif- 
vées forment à peu près h buitièaie partie dee plaiitai 
déorites et reeueilUes dans des herbiers, que le nombre 
de œs plantes doit s'élever à près de 160000. Cette 
estimation ne deyra pas paraître exaiiérée; car il y a 
beaucoup de grandes familles, toiles que les Guttifères , 
les Malpighiaoées , Iça Mélastomcwîées , Iqs MyHaoées et 
les Rubiaeées, do«t m c<»ltive à peine la centième partie 
dans nos jai^dins. «» Si au lieu du ebiffra de 30000 on 
prend pour base celui de 80 660 qu'adopte Loudon dans 
acm B^rtus ^rttfenntVni^, la somme totale s'élèvera do 
100000 à 913 000, d'aprèsles eoneluaiona trèfrJcmdéaa 
de Kunth dana le rapport manuaorit que j'ai oité plus 
bMil, et oette appréôiaticm est encore très««nodérée, pui»» 
que Heynbidd, auleur du Ncm&BÊlahp kotBmUm$ Aerlin* 
sif (} a46)v évalue lea phanérogames onltivéee à % 600es« 
péeea. £n résumé, on peut dire^ bien que ee résultat 
semble étonnant i^ première vue, que l'on est arrivé acr 
tueDemeçt à conuiâtre par la euhure des jardina» par 
lea de^riptiq^s et tea betbiera, preaque pHia de plantes 
pbanéi'ogames qu'on ne connut d'inaeetes« D'après la 
moyenne d.çs évaluations que m'ont communiquées 
plusieura 4ea entomologiat^ la$ plu9 distingués , le 
nwibre dea e^)èees d'in^eçi^s décritea jusqu'il oe jour, 
ou existant dans des colleotions , bien que non encore 



décrites, poumil dire érdué entre iMOMet 170000. 
La riobe colteetton d^ Berlin efi contient enriron 9O0OO, 
pftrmi lesfqueHes cm compte à peu près 33 000 Goléo^ 
pfèréâ. On & recueilli ààm d^ fê^k^m lointaine» une 
fetfle de plantes, sanai f appotlér Us^ rnsèeteè qvà vivemt 
s«f ces plantciï on dans lenr toisinage; Si cependant Y oh 
restreint ces appréciations numérique* k une certaine 
partie du tnonde, lé mtmt etplorée en ce qni touche 
lès plantes et les fasecles, à TEurope, la proportlctfi des 
plantes pftfanérogameal et des infecte* e«t à eë point 
changée que , potfr sepi on htf it fnille pfcanéf ogames 
^ai existent dans notre eonihi^i, on y compte un 
nombre d'insectes pitfs que triple. M résulte' des in^ 
téresssntes commnnieallona è^m fe dois h tmfh ami 
M. tMiffiy deSteftm, qmVm k re&ue^Hi dans )e9 enti- 
ntms dep c^ette vUfe plm de a70aiAs€^l«s et qcf'll imnqtàe 
encore à la collection dno grainde quantité de poUfe 
Lépidoptères. Lonoterbfe des phanéfogamea ^'élète tout 
âtf plua à 1600 *ans la méttie contrée* la faotte ento- 
mologiqoe de la Grandei^i'etaglie esft évafnééà îl 60W. 
Cette supériorité nuft^rique de* fewnes anîtatfle* doit 
d'autant rtioina riou* étoimef que des? classes d'inisféctes 
très-nombreuses se tfoorrîssent exchrsîvefûenf do sub- 
stances^ âmmales', d'antres de^ plantes? aigatoeis, feîles 
que les champignons , et môme dé champignons* Sou- 
terrains. Le Bbmbyt Fini, le plus nuisible des fasectés 
qui vivent dan^ les bois, nourrit, selon' Rat^eburg, 3ê éSf- 
pëces-dlchnenmons parafsife^. 



136 DB LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

Les considérations qui précèdent nous ont conduit 
au rapport qui existe entre les espèces cultivées dans 
les jardins et la somme totale des espèces déjà décrites 
ou conservées dans les herbiers ; il nous reste à exami- 
ner dans quelle proportion sont les espèces connues 
relativement à celles dont on peut présumer Texis- 
tence, en d'autres termes , à multiplier le minimum 
des formes connues par les nombres proportionnels qui 
marquent le rapport des différentes familles à la masse 
des phanérogames, c'est-à-dire par des facteurs incer- 
tains. Mais une pareille épreuve donne des résultats si 
insignifiants quant à la limite inférieure, qu'on est amené 
à reconnaître que, même pour les grandes familles qui 
semblent avoir été enrichies de la manière la plus sur- 
prenante dans ces derniers temps par les descriptions 
des botanistes, nous ne connaissons qu'une très-faible 
partie des immenses trésors répandus sur la terre. Le 
Repertorium de Walpers complète le Prodrome de 
de CandoUe depuis l'année 1825 jusqu'en 1846. On y 
compte 8068 espèces de Légumineuses. 11 est permis 
de fixer le nombre proportionnel à ^ ; car il est de 
^ sous les tropiques, de -^ sous la zone tempérée, 
de ^ dans les contrées glacées du nord. Les Légumi- 
neuses déjà décrites nous conduiraient ainsi à n'ad- 
mettre l'existence que de 169400 phanérogames sur 
toute la surface de la terre, tandis que du nombre 
proportionnel des Composées on peut conclure, comme 
je l'ai montré, qu'il y a plus de 160000 phanérogames 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 137 

connues , c'est-à-dire décrites ou conservées dans des 
herbiers. Cette contradiction est instructive, et va être 
encore éclaircie par les considérations suivantes. 

La majeure partie des Composées dont Linné ne 
connaissait que 785 espèces, et dont le nombre s'élève 
aujourd'hui à 12000, parait appartenir à l'ancien con- 
tinent; du moins de Candolle n'a décrit que 3590 Com- 
posées américaines , contre 5093 espèces recueillies en 
Europe, en Asie et en Afrique. Mais cette abondance 
de Composées dans nos systèmes de botanique est illu- 
soire et beaucoup moins considérable qu'elle ne parait. Le 
quotient qui les représente est de ^ entre les tropiques, 
de 4 sous la zone tempérée , de -^ sous la zone gla- 
ciale ; cela prouve qu'il y a encore plus de Composées 
que de Légumineuses qui ont échappé à l'attentioa des 
voyageurs ; car en multipliant par 12 les 12000 Compo- 
sées décrites, on n'obtient pour la somme des phapéro* 
games que le chiflre de Hi 000, évidenunent au-dessous 
de la vérité. Les familles des Graminées et des Cypé- 
racées fournissent des résultats encore moindres, parce 
qu'on a décrit et recueilli, comparativement, un moins 
grand nombre d'espèces. Qu'on jette un coup d'œil sur 
la carte de l'Amérique méridionale et que l'on réfléchisse 
à l'immense étendue des savanes de Venezuela, de 
l'Apure et du Meta , que l'on songe aux prairies qui 
bornent, vers le sud, la région boisée de l'Amazone , 
aux plaines du Chaco et du Tucunian oriental, aux 
Pampas de Buenos-Ayres et de la PaUigonie, contrées si 



j'38 D» ta Pmstmmm dbs^ rtiiOTEs. 

imparfeitementrexpiorées pai* les botanistes. Le nord' et 
le* centre dis T Asie présentent' un espace presque égal-, 
rempli' par des steppesr, (fens lesquelles tbutefoîs Tes 
planOes" dicotylédonées ou' herbacées se tt*oiiyent unies 
en plus^^ grand nombre aux Graminées^. Si' Pan avait des 
vaiBOBB' suffisantes dë> croire que VbtP conniât déjà la 
moitié des plantes phanérogames ré^midae^ à Ik- sur- 
fiicedé la terre, etque'Fbn s'en tînt, pour les espèces 
connues, au cbiffre de Î6Q0OO ou dé 21'3^00\ il faudrait 
conclure qu'il existe^d&ns^te'paiemièrcas 26000^ dans le 
second^ 35000 Gi^minée», puisqu'elles représentent ^ 
des' phanérogames. Suivant' quel-om adopterait Tun ou 
l'autue de cesnombnes; il en'rétolteràii^que l'on^connatt 
■^ ouv^de rensembledès Graminées. 

Ahis voici les raisons qur contredisent Phypothèse 
d'après' laquelle nous oonnaîtribns^^ dëjUia* moitié des 
phanérogames existants. On<déeouvre encore, j'en ai fiit 
moinnéme l'épreuve* en visitant* le nouveau mondes, 
des millier? d'espèces monocotylédbuées ou dicotylédo^ 
nées^ panni lesquelles- de grandsarbres, dkus des pays 
dont' la plus grande partie a<étë déjà explorée par des 
botanistes éminents: Or, dans les grands continent^*, 
les régions qu'aucun observateur n'a encore parcourues 
surpassent' de beaucoup en étendue celles qui ont été 
étudiées, même d'une façon superficielle. C'est entre les 
tropiques ou dans les régions sous-tt'opicales que la vé- 
gétation phanérogame est le plus variée, c'èst-à-dire offre 
lë plus d'espèces différentes sur une égale étendue de 



mûs' sonff étrangères, dïin^ rhémispHère septetitl'ioklkii 
du^Bouveauîcontiftent;, les flores d'Ofexflca', dki Tucatart-, 
de 6tiatimBla>, de Niicaragua , de l'isthme de Fàtiâma , 
des pnmnoes de Gheeo', d'AnHoquia^et de< les Pastolt. 
hi sud^de l'équàteur, nouS'Tie>ceiinaSssb»» pa^davaii'- 
tage itt^ flore desiimnfïetisesforétis comprises etitre VIS- 
cayale, \^ Rio* de' la Madera' et le Tottentînv qoi vont 
tôus' trois glrossin le flbuvede^Àmaeones, non plus* que 
cdle du Paraguay et de la province de las Misiones; En 
Afrique , nous nous- faisenb une- idée de la végétation 
des côtes; nuûs poui^ celle qui couvre tout l'intérieur 
du) continent,, entre tô'' de latitude boréale et 20* de 
latitude australe, nous sommets dkns^ une conaplète 
ignomnce. Nous ne connaissons en M&j^ ni la' flore 
dtt sud' et' du sUd-^sl de l^À^séie, où- existent despla^ 
teaux élevés de 6000 pieds -, ni Ifcflore^de^ pays situés 
entre le Tbian^clianv le^ Kouen^un ev THimalayà, ifi 
celle delà Chine oocidènlàleiet^ de ltt)plus'gr«inde partie 
des terres transgangétiques^ L'intérieur de Bornéo; dé 
la nouvelle Guinée' et d^une- paitië de T Australie est 
encore un mystère pour les botàmstesi Plus loin vers lé 
sud, le nombre des espèces : diminue d'une manière 
surprenante, ainsi que Joseph Hèoker l'a ingéniense- 
lâent dësmmtré, d'aprèsises propres^observations, dans 
sk'Flore antarctique: Les trois4lesqui forment la nou- 
velle Zélande s'étendent depuis 34^ ^jusqu'à 47<'i de 
latitude^ et* prés^tent' une' grande variété de cli*- 



140 DE LÀ PHTSIONOmS DES PLANTES. 

mats, rendue plus sensible encore par des montagnes 
neigeuses de plus de 8300 pieds de hauteur. La plus 
septentrionale des trois îles a seule été explorée d'une 
manière assez complète , tant par les expéditions de 
Banks et de Solander que par celles de Lesson , des 
frères Cuningham et de Colenso; et depuis plus de 
70 ans, le nombre des plantes phanérogames connues 
dans cette contrée ne s'élève pas encore à 700 (Ernest 
Dieflfenbach, Travels in New-Zeeland , 1843, t. 1, 
p. 419). Ce pays parait aussi pauvre en espèces végé- 
tales qu'en espèces animales. Joseph Hooker observe 
que rislande produit cinq fois plus d'espèces phanéro- 
games que les lies de Lord Auckland et de Campbell 
prises ensemble, bien que ces îles soient, dans l'hé- 
misphère méridional , de 8** à lO"" plus rapprochées de 
l'équateur. Il règne à la fois dans cette flore antarcti- 
que, sous l'influence d'un climat continuellement frais 
et humide, une grande uniformité et une grande puis- 
sance de végétation. Dans la partie méridionale du 
Chili, dans la Patagonie et même dans la Terre de Feu, 
entre 45'' et dô"" de latitude, on est frappé de cette uni- 
formité, non-seulement en traversant les plaines, mais 
sur la pente des montagnes où l'on retrouve encore 
les mêmes espèces. Que l'on compare au contraire la 
flore de la France méridionale, sous la même latitude 
que les iles Chonos , voisines du Chili , avec la flore 
écossaise du comté d'Argy le, placé à la même distance de 
réquateur que le cap Horn; quelle différence entre les 



iCLAIRGISSEMBNTS ET ADDITIONS. 14 1 

espèces végétales I Dans rhémisphère méridional , les 
mêmes types se répandent sur plusieurs degrés de la- 
titude. Tandis que, vers le pôle arctique, on a encore re^ 
cueilli dans Tile de Walden, par 80^ | de latitude, dix 
espèces de phanérogames en fleurs, c'est tout au plus 
si Ton peut trouver dans le Schetland austral, sous le 
63' parallèle, uiie seule espèce de Graminée (Joseph 
Hooker, Flora antarctica, p. 73-75). Ces données sur les 
relations numériques des plantes prouvent que la ma- 
jeure partie des phanérogames qui n'ont été jusqu'à 
ce jour ni observées, ni recueillies, ni décrites, appar- 
tiennent à la zone torride et aux latitudes avoisi- 
nantes, jusqu'à 12 ou 15 degrés des tropiques. 

J'ai cru qu'il n'était pas sans intérêt de dévoiler l'état 
imparfait de nos connaissances dans cette branche peu 
cultivée de la science qu'on peut appeler la Botanique 
arithmétique^ et de formuler des questions de nombres 
d'une manière plus précise qu'on ne Ta fait jusqu'ici. 
Dans toute conjecture sur des relations numériques, 
on doit avant tout chercher le moyen de fixer la 
limite inférieure; c'est ainsi que j'ai fait ailleurs pour 
arriver à fixer le rapport de l'or et de l'argent mon- 
nayés avec la quantité des mêmes métaux travaillés 
par les bijoutiers ou les orfèvres; c'est ce que l'on doit 
faire aussi dans la question de savoir combien il y a d'é- 
toiles de 10% de 1 V et de 12' grandeur disséminées dans 
le ciel, et combien il peut y avoir d'étoiles télescopiques 
de dernière grandeur dans la voie lactée (John Herschel, 



142 DB LA parsrmcoMne trïs i^LANttft. 

Eêsults ùf astron. Obierv. at th& Cùpe (if good Bape, 
1M7, p. 381). Il est constant que s'il était possible de 
déterminer complètement par robservalîon le nombre 
des espèces qtri composent t'ane des gi^andes famittes 
phanérogames, on pourrait par là même connâilre 
approximativement la somme totale des phanérogames 
existant à la surfa(« du globe. Ainsi, à mesure que 
Ton épurse, par Texploralion progressive de contrées 
inconnues, les espèces de quelque grande famille, la 
fimfte inférieure s'élève proportionnellement; et puîs^ 
cpB tes formes se limitent réciproquement en vertu de 
loii? encore inexpliquées, on est ainsi plus près de ré- 
soudre un des grands problèmes numériques quî tou- 
<*ent au phénomène de la vie. Mais le nombre dés or- 
gaiîsmes est^l lui-même bien constant? ne surgil-îl pas 
do sera de la terre, aprè^ cfe longues périodes, de nou- 
velles formes végétales , tandis que d^autres deviennent 
toujours phrs rares et disparaissent enfin tout à fait? La 
géofjffosîe répond affirmativemeiït â Ta dernJéTe partie 
de cette question, en montrant les monuments histori- 
ques qui révèlent Tancrenne vîe de la terre, te monde 
primitif, ainsi que Fa dit spirituellement M. Linfi:, rap- 
proche et combine les éléments éloignés Tun de Pautre ; 
et les formes merveiHeuses qui! produit semblent an- 
noncer, pour te mondfe qai dbit suivre, un développe- 
ment plus vaste et une classification plus complète 
{Abhonâtungen der Akademie étêr Wîssensckaften su 
BerKn ms dem Jahr t846, p. 342). 



ÉCLAIRC1SS£M£NTS ET ÀDDITiOIïS. l43 

Note 44, page 24. 

La pression de l'atmoFphère exerce une influence 
décisive sur la forme et la vie des plantes. £n raison du 
nombre et de Vimportance de leurs organes foliacés , 
pourvus de stomates , la vie des plantes est en grande 
partie extérieure. Elles vivent surtout à leur surface et 
par cette surface ; aussi dépendant^Ues du milieu qui 
les environne. Les animaux obéissent plutôt à des 
ressorts intérieurs ; ils se donnent et conservent eux^ 
mêmes leur température ; par le mouvement de leurs 
muscles, ils entretiennent leurs courants électriques 
et les phénomènes chimiques qui, subordonnés à ces 
courants, réagissent sur eux à leur tour. Une sorte 
de respiration cutanée est, chez les végétaux. Tune 
des fonctions vitales les plus actives^ et cette respi- 
ration , en tant qu'elle a pour effet Tévaporation , 
l'absorption et la résorption d*humeurs aqueuses, 
dépend de la pression atxnosphérique. C'est pour cela 
que les plantes «alpestres sont plus aromatiques» plus 
garnies de poils et de vaisseaux respiratoires (Humboldt^ 
Méer dia gerei^te M^tSkel-und Nerpefkfûsoy^ t. H, p. 142- 
145); car il résulte d'expériepees zoonomiques, ainsi que 
je l'ai démontré ailleurs, que plus les organes sont placés 
dans des conditious favorables « plus ils se muUiplieni 
et se perfdctiQimeQt« Les plantes alpestres ont de lu 
peine k vivre dans les plaines, parce que la respiratiou 



144 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

de leur enveloppe extérieure est troublée par Taccrois- 
semeut de la pression atmosphérique. 

On n'a nullement résolu encore la question de savoir 
si l'océan atmosphérique qui baigne le corps de la terre 
a toujours exercé la même pression moyenne. Nous ne 
savons même pas d'une manière positive si, depuis 
cent ans, la hauteur moyenne du baromètre a toujours 
été la même dans les mêmes lieux. D'après les observa- 
tions de Poleni et de Toaldo , on serait tenté de croire 
que la pression atmosphérique est variable. On a long- 
temps, il est vrai, mis en doute l'exactitude de ces ob- 
servations ; mais les recherches récentes de l'astronome 
Carlini rendent très -vraisemblable que la hauteur 
moyenne du baromètre est en décroissance à Milan. 
Peut-être aussi ce phénomène est-il purement local et 
tient-il à des variations périodiques dans les courants 
d'air descendants. 

Note 4b, page 22. 

PALMIERS. 

Il est surprenant qu'à l'époque de la mort de Linné 
on n'eût encore décrit que quinze espèces de cette ma- 
jestueuse famille des Palmiers, dont quelques-uns attei- 
gnent à une hauteur double de celle du château royal 
de Berlin, et que l'Indien Amarasinha caractérisait très- 
heureusement en les appelant les rois des Graminées. 
Ruiz et Pavon, à la suite de leur voyage au Pérou, n'a- 
joutèrent que huit espèces. Après avoir parcouru un 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 145 

espace de pays plus considérable, depuis le 12* degré 
de latitude australe jusqu'au 2V degré de latitude bo- 
réale, nous avons décrit, M. Bonpland et moi, 20 espèces 
nouvelles de palmiers, et nous en avons reconnu 20 au- 
tres espèces , que nous avons désignées sous des noms 
distincts, sans pouvoir nous procurer des spécimens 
complets de leurs fleurs (Humboldt, de Distributione 
geographica Plantaruniy p. 225-233). Actuellement, 
44 ans après mon retour du Mexique, on connaît par 
des descriptions méthodiques, dans Tancien et dans 
le nouveau continent, plus de 440 espèces de palmiers, 
6n y comprenant celles qui ont été apportées par Grif- 
fith. VEnumeratio Plantarum de Kunth, publiée en 
1841, contient déjà à elle seule 356 espèces. 

Il n'y a qu'un petit nombre de palmiers qui, comme 
nos Conifères, nos Quercinées et nos Bétulinées, appar- 
tiennent aux plantes sociales. Ce sont par exemple le Pal- 
mier Moriche (Mauritia flexuosa) et les deux espèces de 
Chamserops, dont l'une, Chamssrops humilis, couvre de 
vastes espaces de terrain, à l'embouchure de l'Ëbre et 
dans le royaume de Valence, et dont l'autre, Chamserops 
Mocini, découverte par nous au Mexique sur les rivages 
de l'océanPacifique, est toutàfâitdépourvuede piquants. 
De même que certains palmiers, entre autres les Cha- 
maerops et les Cocotiers, croissent au bord des eaux, il 
existe aussi sous les tropiques uo groupe particulier de 
palmiers des montagnes, qui, si je ne me trompe, était 
entièrement inconnu avant mon voyage en Amérique. 

11. 13 



146 DE lA PHYSIONOMIE PBS PUNTE5. 

Presque toutes les espèces de la famille des Palmiers 
végètent dans la plaine sous une température moyenne 
de 32*" et de 24^ Il est rare qu'elles s'élèvent sur la 
ûhalne des Andes jusqu'à 1800 pieds ; au contraire , le 
beau Palmier à cire, Ceroxylon ^ndicola, le Palmeto 
de VÀzufral (Oreodoxa frigida), et le Kunthia mon- 
tana de Pasto qui ressemble à un roseau , en espagnol 
Cana de la Yibora , croissent entre 6000 et 900O pieds 
gu-d€ssus du niveau de la mçr, dans des lieux où le 
thermomètre descend souvent, pendant la nuit, h 4%8 
0t6% et où la température moyenne atteint k peine IV. 
Ces palmiers alpestres sont confondus pêle-mêle avec 
des noyers, des espèces de Podocarpus dont les feuilles 
ressemblent à celles des Ifs , et avec des chênes (Quer- 
eus granatensis). J'ai déterminé soigneusement, à 
l'aide de m^sure^ barométriques, la limite supérieure 
et la limite inférieure des Ceroxylon. Nous commen- 
çâmes à les rencontrer h la hauteur de 7440 pieds, 
sur la pente orientale des Andes de Quindiu, où ils 
montent jusqu'à la Garita del Pàramo et à Los Volcan- 
citos, c'est-à-dire, à 9100 pieds au-dessus du niveau de 
la mer. Plusieurs années après mon départ , un bota* 
niste très-distingué, don José Caldas, qui longtemps 
nous accompagna dans les montagnes de la Nouvelle- 
Grenade et a péri depuis, victime des haines de parti qui 
divisaient l'Espagne, a trouvé dans le Pàramo de Guana- 
cos, trois espèces de palmiers très-voisins de la ligne des 
neiges éternelles, probablement à plus de 13000 pieds de 



ÉCLilRdlSSCMElTrS ET ÂDDITtONi. 147 

hauteur (Setnanario dé Santa Fê dt Bogota, 1809, n*» 21 , 
p. 163). Même en dehors de là région tropicftle, pà^ 
28* de latitude, le Chamferops Martiana s'élève dans 
les montagnes intérieures de THimalaya à la hauteur dé 
4690 pieds ou 5000 pieds anglais (Wallich, Plantsè 
asiatieXy t III, tab. 211). 

En considérant les limites extrêmes de latitude et 
par conséquent de température entre lesquelles sont 
compris les Palmiers dans des lieux peu élevés au- 
dessus du niveau de la mer, on voit quelques formes 
telles que le Dattier, le Chamserops humilis, le Chamae- 
rops palmetto et TAreca sapida de la Nouvelle-Zélande, 
pénétrer dans la zone tempérée des deux hémisphères, 
jusqu'à des contrées où la température moyenne de 
Tannée atteint à peine 11°,2 et 12%5. Si l*on range les 
plantes cultivées selon le degré de chaleur qu'elles exi- 
gent, on trouve, en commençant par celles qui en de- 
mandent le plus : le Cacao, Tlndigo, le Pîsang, le Caféier, 
le Cotonnier, le Dattier, le Citronnier, l'Olivier, le Châ- 
taignier et la vigne. Le Dattier s'avance en Europe, ac- 
compagné du Chamserops humilis, jusqu'à 43*,30 et 44* 
de latitude, par exemple sur la Rivera del Ponente, dans 
le golfe de Gênes ; près de Bordighera, entre Monaco et 
SantoStefano, où existe un bois de palmiers composé de 
plus de 4000 tiges, et autour de Spalatro en Dalmatie. 
II est singulier que le Chamserops humilis, qui abonde 
à Nice et dans Ttle de Sardaîgne, manque absolument 
à la Corse, située entre ces deux contrées. Dans le non- 



148 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

veau inonde, le Chamœrops palmetlo, haut de 40 pieds, 
ne pénètre pas vers le nord au delà du 34' degré de 
latitude, ce qui s'explique par la courbure des lignes 
isothermes. De l'autre côté de Téquateur, les Palmiers, 
selon Robert Brown , s'arrêtent aussi dans la Nouvelle- 
Hollande au 34*" parallèle ; ils y sont d'ailleurs fort rares, 
et l'on n'en compte pas plus de six ou sept espèces (Ge- 
neral Remarks on the Botany of Terra AustraliSy p. 46). 
Dans la Nouvelle-Zélande , où Sir Joseph Banks a vu le 
premier Areca, ils s'avancent jusqu'à 38°. L'Afrique, con- 
trairement à un ancien préjugé, répandu encore de nos 
jours, possède très-peu d'espèces de cette famille; une 
seule, l'Hyphaene coriacea, s'étend jusqu'au port Natal, 
sous le 30* degré au delà de l'équateur. Le continent 
de l'Amérique méridionale nous offre à peu près les 
mêmes limites. A l'est de la chaîne des Andes, dans les 
Pampas de Buenos-Aires et dans la province qui s'étend 
au delà de la Plata, les Palmiers pénètrent, selon Au- 
guste de Saint-Hilaire, jusqu'à 34° ou 35° {Voyage au 
Brésil, p. 60). Suivant M. Claude Gay, le Coco de Chile 
probablement notre Jubœa spectabilis, la seule espèce 
de palmier qui croisse au Chili, atteint précisément la 
même limite, à l'ouest des Andes, sur les bords du Rio 
Maule (Ch. Darwin, Journal of ResearcheSj édit. de 
1845, p. 244 et 256). 

J'insère ici quelques remarques aphoristiques que 
j'écrivis en 1801, au moment où je quittais l'embou- 
chure du Rio Sinu, ombragée par un grand nombre de 



ÉCLAIRCISS£M£NTS £T ADDITIONS. 1^9 

palmiers et située à Touest du golfe de Darien, pour 
faire voile vers Cartagena de Indias. 

« Depuis deux ans nous avons vu plus de 27 espèces 
différentes de palmiers dans l'Amérique du Sud. Com- 
bien Commerson, Thunberg, Banks, Solander, les deux 
Forster, Adanson et Sonnerai ne doivent-ils pas en avoir 
observées dans leurs longs voyages! Cependant, au mo- 
ment où j'écris ces lignes, il n'existe pas plus de 14 à 
18 espèces de palmiers dont on possède une descrip- 
tion systématique. Il est réellement plus malaisé qu'on 
ne le supposerait d'atteindre et de se procurer les fleurs 
de ces arbres. Dirigeant de préférence notre attention 
sur les Palmiers, les Graminées, les Cypéracées, les Jon- 
cées, les Cryptogames et d'autres végétaux très-négli- 
gés jusqu'à ce jour, nous avons vivement senti cette 
difficulté. La plupart des Palmiers ne portent de fleurs 
qu'une fois par an, et fleurissent, du moins auprès 
de Féquateur, dans les mois de janvier et de février. 
Quel est le voyageur qui puisse être sûr de passer pré- 
cisément ces deux mois dans les contrées fertiles en 
palmiers? La période de floraison est d'ailleurs, pour 
beaucoup d'espèces, limitée à un si petit nombre de 
jours, qu'on arrive presque toujours trop tard, quand 
l'ovaire est déjà gonflé et que les fleurs mâles ont disparu . 
Souvent, sur une étendue de plus de 10000 lieues car- 
rées, on ne rencontre que 3 ou 4 espèces de palmiers. Qui 
peut se trouver simultanément, pendant un laps de deux 
mois, dans les Missions du Rio Caroni , dans les Morichales 



150 DE LÀ raTSIONOMÎB DES PLANTES. 

qui bordent l'embouchure de rOrénoque, dans la vallée 
de Caura et d'Ere vato, au bord de TAtabapo ou de Rio 
Negro , et sur les pentes du Duidaî Ajoutez à cela la 
difficulté d'atteindre, dans d'épaisses forêts ou sur des 
rives marécageuses , comme au bord du Terni et du 
Tuamini, des fleurs qui pendent à des tiges hautes de 
60 pieds et hérissées de piquants. Les voyageurs qui se 
préparent en Europe à des expéditions scientifiques 
se font d'étranges illusions : ils se figurent des ciseaux 
et des couteaux recourbés qui, attachés à des gaules, 
doivent tout abattre, ou de jeunes garçons qui, à l'aide 
d'une corde fixée à leurs pieds, peuvent grimper sur le 
sommet des plus grands arbres. Ces rêves ne se réali- 
sent presque jamais; telle est la hauteur des Palmiers, 
qu'il est impossible d'atteindre l'enVeloppe florale. Dans 
les Missions établies au milieu du réseau de fleuves de 
la Guyane, on se trouve parmi des Indiens satisfaits 
de leur pauvreté et rendus assez riches par leur stoï- 
cisme et leur sauvagerie. Ni argent ni offres d'aucune 
espèce ne les décideraient à s'écarter de trois pas de 
leur chemin, quand par hasard il y a un chemin. Cette 
apathie insurmontable des indigènes irrite d'autant plus 
le voyageur européen qu'il les voit en même temps 
gravir partout avec une agilité extraordinaire, dès 
qu'il s'agit de satisfaire leurs propres désirs, d'attraper 
un perroquet, un iguane ou un singe qui, frappé 
d'une flèche, se rattrape aux branches avec sa queue. 
Durant le mois de janvier, nous avons vu à la Havane, 



ÉCUIRClSSBMBirrS BT ADBITIONft. 151 

dans la promenade publique dt dana les prairies qui 
avoisinent la villô, tous lés troncs de Palma real, notre 
Oreodoxa régla, couronnés de fleurs blanches comme 
la neige. Plusieurs jours de suite nous offrîmes aux né- 
grillons que nous rencontrions dans les rues étroites de 
Régla ou de Guanavacoa deux piastres pour un seul 
spadice de ces fleurs hermaphrodites; ce fut en vain. 
Sous les tropiques, Thomme n'est capable d'aucun ef* 
fort, sans y être contraint par une nécessité absolue. Les 
botanistes et les peintres de la Commission espagnole, 
instituée sous la direction du comte de Jaruco y Mopot, 
pour le progrès des sciences naturelles, MM. Esteves, 
Boido, Guio et Echeveria, nous ont avoué que, faute 
de pouvoir parvenir à ces fleurs, ils étaient restés plu- 
sieurs années sans les examiner. 

»< Après l'énumération de ces obstacles , on conçoit 
ce qui, en Europe, m'eût paru à moi-mêihe incom- 
préhensible, que, tout en ayant reconnu, dans l'espace 
de deux ans, plus de 20 espèces différentes de palmiers, 
nous n'ayons pu en décrire systématiquement que 12. 
Quel intérêt n'offrirait pas l'ouvrage d'un voyageur qui 
parcourrait TAmérique méridionale en se livrant ex- 
clusivement à cette étude , et représenterait avec leurs 
dimensions naturelles la spathe , le spadice , les parties 
florales et les fruits des Palmiers ! » (J'écrivais ces lignes 
plusieurs années avant le voyage de Martius et de Splx 
au Brésil, par conséquent avant Tapparition de l'excel- 
lent ouvrage que Martius a publié sur les Palmiers.) 



152 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

H il y aune grande uniformité dans les feuilles; elles 
sont ou pinnées (pinnata), ou digitées (palmo-dîgitata); 
tantôt le pétiole est sans piquants, tantôt il est découpé 
de telle façon que chaque dent est terminée par une 
épine (serrato-spinosus). La feuille du Caryota urens 
et du Martinezia caryotifolia que nous avons vus aux 
bords de FOrénoque et de l'Atabapo, et plus tard sur 
les Andes, dans le passage de Quindiu, à une hauteur 
de 3000 pieds, a une forme presque unique parmi les 
Palmiers, comme la feuille du Gingko parmi les arbres 
dicotylédones. Ce qui distingue surtout les Palmiers, 
c'est une physionomie et un port majestueux, qu'il 
est difficile de représenter par des paroles. Le stipe 
(caudex) est très-rarement divisé en branches comme 
Test celui des Dragoniers ; il est simple en particu- 
lier dans le Cucifera thebaïca ou Palmier Doum et dans 
THyphaene coriacea. Tantôt il est d'une épaisseur dis- 
proportionnée, comme dans le Corozo del Sinu, notre 
Alfonsia oleifera; tantôt il a la souplesse d'un roseau, 
comme dans le Piritu, le Kunthia montana et le Cory- 
pha nana du Mexique. Celui du Cocotier est renflé 
vers la base. Quelquefois les stipes sont unis, quelque- 
fois ils sont couverts d*écailles , comme dans le Palma 
de covija y de sombrero des Llanos. £nfin on en voit 
d'épineux, ceux par exemple du Corozo de Cumana 
et du Macanilla de Caripe, dont les longs piquants sont 
très-régulièrement distribués en anneaux concentriques. 

«( On remarque aussi des différences caractéristiques 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 153 

dans les racines des Palmiers qui, bien qu'elles nepren* 
nent pas naissance à plus d'un pied ou d'un pied et demi 
au-dessus du sol exhaussent le tronc sur une sorte d'écha- 
faudage, ou s'enroulent tout autour en forme de bourre- 
lets. J'ai vu des Civettes et de très-petits Singes se glisser 
entre les racines du Caryota. Souvent la tige est renflée 
au milieu et va en s'amincissant au-dessus et au-des- 
sous, comme dans le Palma real de l'île de Cuba. Tantôt 
les feuilles sont d'un vert sombre, comme dans leMau* 
ritia et le Cocotier, tantôt elles présentent sur le revers 
la blancheur de l'argent, comme celles du Corypha Mi- 
raguama, espèce de palmier élancé que nous avons 
trouvée dans l'île de Cuba, près du port de la Trinité. 
Parfois aussi le milieu de la feuille déployée en éventail 
est ornée de raies concentriques, jaunes et bleuâtres, 
comme une queue de paon ; on peut citer en exemple 
le Mauritia épineux que M. Bonpland a découvert sur 
les rives de l'Atabapo. 

« La direction des feuilles n'est pas un caractère 
moins important que leur forme et leur couleur. Les 
folioles sont tantôt pectinées, c'est-à-dire rangées sur 
le même plan les unes contre les autres, et formées 
d'un parenchyme roide et allongé comme dans le Co- 
cotier et le Phœnix. De là les jeux de lumière que 
produit le soleil, lorsqu'il tombe sur la surface supé- 
rieure des feuilles, d'im vert clair dans les Cocotiers, 
d'un vert plus mat et cendré dans les Dattiers. Quelque- 
fois aussi le feuillage composé de vaisseaux pins ténus , et 



154 Di LA t^ttTSIÔNOItlË tu PLANTES. 

plus souples, et frisé Vers rextrémité, ressemble à 
celui des roseaux. Telles sont les feuilles du Jagua, du 
Palma real del Sinu, du Palma real de Cuba, du Ptritu 
del Orinoco. La direction des feuilles est, avec Taxe 
tracé par leur tige, ce qui contribue le mieux à donner 
aux Palmiers cet àir de majesté souveraine qui les dis- 
tingue. Un caractère qui relève encore la physionomie 
de quelques-uns d'entre eux, c'est qu'ils conservent, non- 
seulement dans leur jeunesse, comme la seule espèce 
de dattier qui ait été introduite en Europe , mais du- 
rant toute leur vie , la direction droite et inflexible de 
leurs feuilles. Plus l'angle que forment les palmes avec 
le prolongement supérieur de la tige est aigu , plus la 
forme est noble et grandiose. Quelle difTérence d'aspect 
etitre les feuilles pendantes du Corypha tectôrum ou 
Palma de covija del Orinoco y de los Llanôs de Calabozo, 
les feuilles plus horizontales du Dattier et du Cocotier, 
et enfin les branches du Jagua, du Cucurito et du Piri- 
jao, qui Semblent menacer le ciel. 

« La nature a réuni tous les genres de beauté dans les 
palmiers Jstgua , qui , mêlés aux Cucuritos ou Vadgihai 
hauts de 80 ou 100 pieds, ornent les rochers grani- 
tiques des cataractes d'Atures et de Maypures , et que 
nous avons aperçus aussi çà et là sur les rives solitaires 
du Cassiquiare. Leurs tiges sveltes et unies atteignent 
une élévation de 60 à 70 pieds, de manière à former 
des colonnades au-dessus du feuillage épais des arbres 
dicotylédones^. Leurs cimes aériennes contrastent mer^ 



ÉÇUmCISSIVlSKTS BT iIME>ITIONfl. 155 

veilleusemeut avec les branc))e3 touffues cies Çeiba, avec 
les forêts 4e Laurinées, les Calophyllum et les Amyris 
qui les entourent. Leurs feuilles, au nombre de sept ou 
huit à peine, se dressent presque verticalement dans 
les airs, jusqu'il une hauteuirde quinze à seize pieds. Les 
extrémités des feuilles sont frisées-et ressemblent à des 
panaqhes. Les folioles ont un parenchyme mince comme 
celui des Graminées ; elles Qottent , légères et frémis* 
santés, autour du pétiole qui se balance lentement au 
gré des airs, Cbez tous les Palmiers, l'inflorescence 
sort du tronc au-dessous de la naissance des feuilles; 
mais on distingue les diverses espèces à la manière 
dont s'opère cette éclosion. L'enveloppe florale de 
quelques palmiers, tels q^e le Corpzo del Sinu, se 
dresse verticalement, et les friiits, suivant la inéme di- 
rection, forment une espèce de tbyrse semblable à celui 
du Bromelia. Dans la plupart des espèces, au contraire, 
les spathes, tantôt lisses, tantôt raboteuses et hérissées 
d'épines, sont pendantes; quelques-unes produisent 
des fleurs mâles d'une blancheur éblouissante, Le spa-^ 
dice de ces palmiers brille à une grande distance, lors^ 
qu'il a atteint son entier développement. Ches le plua 
grand nombre, les fleurs mMes sont jaunâtres, pressées 
les unes contre les autres, et déjà presque fanées, lors- 
qu'elles se dégagent de la spatbe. 

u Dans les palmiers à feuillage pinné, tels que le Coco- 
tier , le Pbcanii^ , la Palma real del Sinu, les pétiales sortant 
de la partie sèche, rude et ligneuse du stipe; ou bien, 



158 DS LA PHTSIONOM^V DES PLANTB$. 

Bénio et la côte d'Ajan, et en géaéral, ainsi que je l'ai 
déjà fait observer , nous ne connaissoDS qu'un très* 
petit nombre de palmiers africains. 

Après les Conifères et après les Eucalyptus de la famille 
d^ Myrtacées, ce sont les Palmiers qui offrent l'exemple 
du plus grand développement végétal. Le Cbou-palmiste 
(Areca oleraoea) fournit des tiges de 150 à 160 pieds de 
hauteur (Aug. de Saint-Hilaire, SforjiJkologie végfétule» 
184Q, p. 176). Le Palinier à pire, notre Geroxylon andi** 
cola, que nous découvrîmes dans la Montana de Quin- 
diu , entre Ibague et Càrtago, atteint la taille énorme de 
160 à 1^80 pieds. l'ai pu mesurer tout à mon aise des 
troncs de cet arbre, coupés dans les bois. Après le Ce- 
roxylon, le plus baut de tous les paludiers d'Amérique 
m'a paru être l'Oreodoi^a Sancopa que nous trouvâmes 
en fleur prè$ de Roldapilla, dans la vallée de Cauca, et 
qui fourpit un bois de çonstruotion très-dur et excel* 
lent 4e tout point. Si, malgré la quantité énorme de fruits 
que produit un seul tr<mo, il n'existe pas, dans chaque 
espèce, un grand nombre d'individus sauvages, cela 
tient sans doute à ce que la plupart des fruits avortent, 
et à ce qu'une foule d'animaux de toutes les classes 
leur font une guerre acharnée. Il est vrai de dire aussi 
qu'il existe dans le bassin de l'Orénoque des tribus 
entières qui, durant plusieurs mois , se nourrissent de 
fruits de palmiers. ^ In palmetis Pihiguao consiiis, sin- 
guli trunci quotannis fere 400 fruotus ferunt pomi* 
formes, tritumque e^t verbum inter fratres Sanoti 



ÊÈLÀÎRClSâiMENtS ET ADDITIONS. 159 

Fhiôclscî, ad Wpas OrlAoôl et Gubitiise degenteâ, mire 
pîDguescefe Indorum cofpotti, qùotles ubeirem PalmaÈ 
fructum fundant. » (Humboldt , de Dtstributione geo^ 
graphica PlantarUm, p. 240.) 

Note 16, page 21. 

BANANIEIIS. 

Dans touâ les continents, on retrouve âous la îcne tro- 
picale la trace de la culture du Bananier ou Pisang. 
Aussi loin que remontent Thistoire et la tradition, deujt 
faits sont également certains, c*est que, dans le cours 
des derniers siècles, des esclaves africains ont porté 
en Amérique dés variétés nouvelles de Bananiers, et que 
cet arbre, d'autre part, était cultivé par les indigènes dU 
nouveau monde avant l'arrivée de Colomb. Les Indiens 
Guaikeri dô Cumana nous ont assuré que sur la côte de 
Paria, près du golfe Triste, le Bananier, lorsqu'on laisse 
les fruits mûrir sur la tige, produit parfois des semences 
fécondes. Aussi arrive-t-îl de rencontrer dans les pro- 
fondeurs des forêts des bananiers sauvages provenant 
de graines mûres qu'ont laissées tomber les oiseaux. A 
BordoUes, près de Cumana, on a remarqué aussi çà et là 
dans des bananes, des graines parfaitement formées 
(Humboldt, Essai sur la Géographie des plantes, p. 29, 
et Relation historique, 1. 1, p. 104 et 687 ; t. II , p. 355 
et 367). 

J'ai déjà rappelé ailleurs (Cosmos, t. Il, p. 187), 



160 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

qu'Onésîcrite , non plus que les autres compagnons 
d'Alexandre, ne fait jamais mention des grandes Fou- 
gères arborescentes, mais qu'il cite les Palmiers dont 
les feuilles se déploient en éventai 1, ainsi que le feuillage 
tendre et toujours vert des plantations de Bananiers. 
Parmi les noms sanscrits du Bananier, cités par Amara- 
sinha, on distingue les noms de bhanu-phala (fruit du so- 
leil), de varana-buscha et de moko. Phala signifie fruit 
en général . Voici comment Lassen explique le passage de 
Pline « arbori nomen pâte, pomo arienae » (1. XU , c. vi). 
« Les Romains, dit-il, prirent le moi pala^ fruit, pour 
le nom de la plante, et varana, que les Grecs pronon- 
çaient (marana, devint chez les Latins ariena. De moko 
dérive peut-être le mot arabe mausa et notre dénomi- 
nation scientifique M'usa, Il n'y a pas bien loin de 
hhanu à banane. » ( Comp. Lassen , Indische Alter- 
thumskunde, t. I, p. 262^ avec Humboldt, Essai sur la 
Nouvelle-Espagne, t. II, p. 382, et Eelation historique, 
1. 1 , p. 491 .) 

Note 47, page 24. 

MALVAGÉES. 

On commence, dès qu'on a passé les Alpes, àvoirappa- 
raltre des Malvacées plus grandes que celles auxquelles 
sont habitués nos yeux. Ce sont : près de Nice et en 
Dalmatie, le Lavatera arborea; en Ligurie, le Lavatera 
Olbia. Nous avons déjà indiqué plus haut (t. II, p. 104) 
les dimensions du Baobab ou Arbre à Pain de Singes 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 161 

À la forme des Malvacées se rattachent : les Buttnéria- 
cées, que les botanistes même en rapprochent, et parmi 
lesquelles on peut citer le Sterculia, THermannia et le 
Theobroma Cacao aux larges feuilles, remarquable sur- 
tout par les fleurs qui s'échappent de Técorce du tronc 
et des racines ; les Bombacées ( Adansonia , Helicteres 
et Cheirostemon) ; enfin les Tiliacées (Sparmannia afri- 
cana). Les plus magnifiques représentants des Malva- 
cées sont notre Cavanillesia platanifolia de Turbaco, 
près Carthagène, dans l'Amérique du Sud, et un arbre 
célèbre, qui a de l'affinité avec l'Ochroma, notre Chei- 
rostemon platanoides ( Macpalxochiquahuitl chez les 
Mexicains, de macpalli , le creux de la main , Arbol de 
las Manitas chez les Espagnols), dont les étamines sou- 
dées, sortant d'une belle fleur purpurine, ressemblent à 
une main ou à une grifie. Dans toute la confédération 
du Mexique, il n'existe qu'un seul individu, une seule 
souche antique de cette plante merveilleuse. On croit 
que l'arbre fut planté, il y a environ 500 ans, par un des 
rois de Toluca, comme un échantillon de plantes étran- 
gères. J'ai mesuré la hauteur du lieu où croît l' Arbol de 
las Manitas, et je Fai trouvé élevé de 8280 pieds au- 
dessus du niveau de l'Océan. Pourquoi n'en existe-t-il 
qu'un seul exemplaire? D'où les rois de Toluca tirèrent- 
ils le jeune plant ou la semence? Il est également diffi- 
cile de concevoir pourquoi Montézuma n'en possédait 
pas de pareil dans ses jardins botaniques de Huaxtepec, 
de Chapoltepec et d'Iztapalapan, que Hemandez, le mé- 



n 



162 DE LA PHYSIONOMIE DÈS PLAKTES. 

decin de Philippe ÎI, pût mettre k profit, et dont il f este 
encore quelques tracés. On ne s*explique pas mieux 
comment cet arbre ne trouva pas place parmi les des- 
sins d'objets relatifs à l'hîstoife naturelle que Neza- 
hualcoyotl, roi de Teicuco, avait fait exécuter, un deîni- 
siècle avant Tarrivée des Espagnols. On assure que 
rArbre à Mains existe à l'état sauvage dans les forêts 
de Guatimala (Humbôldt et Bonpland , Plantes équi- 
noxiates, t. I, p. 82, pi. 24; Essai politique sur la 
Nouvelle-Espagne , t. î, p. 98). Dans la zone torrîde, 
nous avons trouvé deux màlvâcées, le Sida Phyllanthos 
de Cavanilles et le Sida Pichinchensis, sûr l'Ântisana 
et sur le volcan Rucu Pichincha , juSqu*à des hauteurs 
de 12 600 et de 14 136 pieds {Plantes équînoxiates, t. II, 
p. 113, pï. 116). Seiil, le Saxifragâ Boussingaultî de 
Brongniart monte encore de 600 ou 700 pieds au delà 
de cette limite, sur la pente du Chimborazo. 

Note 18, page 25. 
MIMOSSS* 

Les feuilles délicatement pinnées des Mimosa, des 
Acacia, des Schrankia et des Desmanthus sont bien 
véritablement des formes tropicales ; cependant elles 
ont aussi quelques représentants en dehors ('es tro- 
piques. Dans l'hémisphère septentrional, Tancien con- 
tinent ne nous présente qu'un petit arbuste appartenant 
à cette famille : c'est une plante d^Asie, VAcacia Stepha- 



ËCLATUCISSEMENTI^ ET ADDITIONS. 163 

niana, décrit par Màrschall de Biebersteiti et qui, d'après 
les nouvelles recherches de KUnth, se trouve être urie 
espèce du genre Prosopis. Cette plante sociale couvre 
les plaines arides de la province de Sfchirvan , qui s'é- 
tend le long du Kour (Cyrus) près du nouveau Scha- 
mach , jusqu^aUx ertvirons de Tanclen Arake. Olivier 
Ta trouvée aussi près de Bagdad. C'est TAcacia folîls 
bipinnatis , déjà signalé par Buxbaum , et qui s'étend 
âli nord jusqu'à 42° de latitude (Tableau dei Provinces 
éitnées sur la côté occidentale de là mer Caspienne entre 
tes fleuves Tërek et Kour, 1798, p. 68 et 120). En 
Afrique, l*Acacia gummifera de WîUdenow s'avance 
jusqu'à Mogador, c'esl«à-dîre jusqu'à 32° de latitude 
boréale. 

Dans le nouveau monde, l'Acacia glandulosa de Mi-^ 
chaux et l'Acacia brachyloba de WîIIdenow ornent les 
rivages du Mississippi et du Tennesee, ainsi que les 
savanes des Illinois. Michaux a reconnu que le Schran- 
kîa uncinata s'étend vers le nord depuis la Floride 
jusqu'à la Virginie, c'est-à-dire jusqu'au 37* degré de 
latitude septentrionale. Le Gleditschîa triacanthos pé- 
nètre, d'après Barton, à Test des monts Alleghanys, jus - 
qu'au 38% et à l'ouest, jusqu'au 4l« degré de latitude. Le 
Gleditschia monosperma s'arrête deux degrés plus au 
sud. Telles sont les limites des Mimosa en deçà de l*équa- 
teur. Dans l'hémisphère méridional , par delà le tro- 
pique du Capricorne, on rencontre des Acacias à feuilles 
simples jusqu^à la Terre de Diémen. L'Acacia cave- 



n 



164 DE LA PHYSIONOMIE D^S PLANTES. 

nia, décrit par M. Claude Gay, croît aussi au Chili entre le 
30'' et le 37' degré de latitude australe (Molina, Storia 
naturale del Chili, 1782, p. 174). Le Chili ne pos- 
sède pas de véritable Mimosa; mais on y trouve trois 
espèces d'Acacia. L'Acacia cavenia, même dans le 
nord du Chili , ne dépasse pas 12 pieds de hauteur, 
et dans la partie méridionale, près des côtes de la 
mer, il ne s'élève jamais à plus d'un pied au-dessus du 
sol. Les Mimosa les plus sensibles que nous ayons vus 
dans l'hémisphère boréal de l'Amérique du Sud sont, 
après le Mimosa pudica : le Mimosa dormiens, le Mimosa 
somnians et le Mimosa somniculosa. L'irritabilité des 
Sensitives d'Afrique avait été remarquée déjà par Théo- 
phraste (1. IV, c. m) et par Pline (1. XIU, c. x); mais la 
première description des Sensitives (Dormideras) de 
l'Amérique méridionale se trouve dans Herrera (De- 
cad. II, 1. III, c. IV). Ces plantes attirèrent pour la pre- 
mière fois l'attention des Espagnols en 1518, dans les 
savanes qui entourent Nombre de Dios. » Parecen como 
cosa sensible, » dit Herrera. On croyait que les feuilles 
(C de echura de una pluma de pdjaros » se contractaient 
lorsqu'on les effleurait avec la main, mais non lorsqu'on 
les touchait avec un morceau de bois. Nous avons dé- 
couvert, dans les petits marais qui entourent la ville de 
Mompox, sur le Rio Magdalena, une jolie espèce de 
Mimosée flottante que nous avons nommée Desman- 
thus lacustris; elle est représentée dans nos Plantes 
équinoxiales (t. I, p. 55, pi. 16). Sur les Andes de 



ÉCLÀIRCISSEMEISTS ET ADDITIONS. 165 

Caxamarca, nous avons trouvé deux espèces de Mimosa 
alpestres (Mimosa montana et Acacia revoluta) à 8500 
et 9000 pieds au-dessus de Tocéan Pacifique. 

Jusqu'ici on n'a pas vu sous la zone tempérée de véri- 
table Mimosa, dans le sens que Willdenow attache à ce 
nom, ni même d'Inga. L'Acacia Julibrissin d'Orient, 
confondu par Forskal avec le Mimosa arborea, est, de 
tous les Acacias, celui qui supporte le mieux le froid. 
On voit dans le jardin botanique de Padoue un Mimosa 
dont la tige élevée a une épaisseur considérable, et qui 
croît en plein air, bien que la chaleur moyenne de 
Padoue soit au-dessous de 10'',5. 

Note 49, page 25. 

BRUYÈRES. 

En cherchant à retracer la physionomie de ces plantes, 
nous ne comprenons pas sous le nom de Bruyères, 
toute la famille naturelle des Ëricées, à laquelle la res- 
semblance et l'analogie des parties florales ont fait rat- 
tacher les Rhododendron , les Befaria, les GauUheria et 
les Escallonia. Nous nous bornons à la forme si concor- 
dante et si caractéristique des diverses espèces d'Erica, 
en y comprenant le Calluna (Erica vulgaris Linn.). 

On lit dans un Mémoire manuscrit de M. KIotzsch : 
ueber die geographische Verbreitung der Erica-arten 
mit hleihender Blumenkrone : « Tandis que l'Erica 
camea^ l'Erica tetralix, l'Erica cinerea et le Calluna 



viilgarîs couvrent de vastes plaines en Allemagne, en 
France, en Angleterre, et s'étendent jusqu'à Textrémité 
de la Norvège , la partie méridionale de TAfrique pré- 
sente un singulier mélange d'espèces différentes. Une 
seule espèce, l'Erica umbellata, originaire du cap de 
Bonne-Espérance, a le privilège de reparaître dans le 
nord de l'Afrique, en Espagne et en Portugal. L'Erica 
vagans et l'Erica arborea appartiennent aussi aux deux 
rives opposées de la Méditerranée. On rencontre l'Erica 
vagans dans le nord de l'Afrique, près de Marseille, en 
Sicile, en Dalmalie et même en Angleterre ; l'Erica 
arborea croit en Espagne, en Istrie, en Italie et dans 
les îles Canaries. » La Bruyère commune, Callunavul- 
garis de Salisbury , couvre des espaces immenses de sa 
végétation uniforme, depuis l'embouchure de l'Escaut 
jusqu'au revers occidental des monts Ourals. 

Au delà de ces montagnes, les Chênes et les Bruyères 
disparaissent. Ces deux végétaux sont inconnus dans 
tout le nord de l'Asie et dans toute la Sibérie, jusqu'à 
l'océan Pacifique. Gmelin [Flora siherica, t. IV, p. 129) 
etle grand naturaliste PaIlas(F/orafW55/t?fl, 1. 1, IPpart., 
p. 53) ont déjà exprimé l'étonnement que leur causa la 
disparition du Calluna vulgaris. Cette plante s*évanouît 
sur le penchant oriental de l'Oural, plus complètement 
et plus subitement encore que ne le feraient croire 
les paroles de Pallas. II se borne à dire : «< Ultra ura- 
lense jugum sensirh déficit, vix in isetensibus campis 
rarissime apparet et ulteriori Sibirise planô deest. » 



tCUIRGlSSEMBfi^TS ST A0PITIONS. 167 

Chamisso, Adolphe Erm^p, et Henri K^iUliU oui recueili 
au Kamschatl^a et mv la côte nord-oue&t de T Amérique, 
des Andromèdes, luais pas un seul Calluna. Les notions 
exactes qu9 nous avon$ maintenant sur la température 
moyenne des diverses, parties de l'Asie septentrionale, 
^insi que sur la distribution de la chaleur annuelle dans 
les différentes saisons, ne nous sont d'aucun secours 
pour expliquer Tah^nçe complète de bruyères à Test 
de rOural. Joseph Hooker, dans le livre intitulé : 
Botany ofthe antarctic Voyage of the Erebtis and Terror 
(1844, p. 210), a réussi à traiter avec une grande sagacité 
les deux phénomènes opposés que présente la diffusion 
des plantes, à savoir : la ressemblance de la végétation ^ur 
de grandes surfaces uniformes « Uniformity of surface 
aocompanied by a similarity of végétation, » et Tinter- 
ruption subite des m^içes espèces végétales << instances 
Qf a sudden change in the végétation unaccompanied with 
any diversity of gçological and other feature. » Existe- 
^il quelques espèces d'Erica dans l'Asie centrale? La 
plainte trouvé^ sur le plateau du Népaul avec d'autres 
plantes européennes^ et décrite par Saunders, dans l^ 
Yoydge de Turner m Tibet {Philosophieal transactions, 
U LXXIX, p. B9}, comme un Erica vulga^s est, d'après 
une communication de Robert Brqwn, une Andromède, 
probablement i'Andromeda fastigiata de Wallich. On 
na s'explique pas mieux l'absence du Calluna vuigaris 
et de toutes les aspèeas d'Gnea dans la partie con-^ 
tinenlale de F Amérique; cap ettte planta existe aux 



168 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

Açores et en Islande. On ne Ta pas découverte jusqu'ici 
au Groenland, mais, il y a quelques années , elle a été 
trouvée au banc de Terre-Neuve. La famille naturelle 
des Ëricées manque aussi complètement à rAustralie, 
où elle est remplacée par les Ëpacridées. Linné n'a 
décrit que 102 espèces d'Erica. Suivant M. Klotzsch, il 
existe dans ce genre, en ayant soin d'exclure toutes 
les variétés , 440 espèces bien distinctes. 

Note 20, page 27. 

CACTUS. 

Si Ton sépare la famille naturelle des Opuntiées des 
Grossulariées(Ribes), et que Ton admette pour ce groupe 
les limites proposées par Kunth {Handbuch der Botanih^ 
p. 609), on peut considérer toute la famille des Cactus 
comme exclusivement américaine. Je n'ignore pas que 
Roxburgh, dans son Flora indica inédit, mentionne 
deux espèces de Cactus qui, selon lui, sont propres aux 
contrées sud-est de l'Asie : le Cactus indicus et le Cactus 
cbinensis. Ces deux espèces très-répandues sont sau- 
vages ou redevenues sauvages , et diffèrent du Cactus 
Opuntia et du Cactus coccinellifer. Il y a lieu de s'éton- 
ner pourtant que la plante indienne n'ait point de nom 
dans l'ancienne langue sanscrite. Le Cactus cbinensis a 
été introduit par la culture dans l'île Sainte-Hélène. A 
une époque où la diffusion originaire des végétaux 
excite enfin un intérêt général, il faut espérer que de 



ÉCLAtRCISSEMENTS ET ADDITIOISS. 169 

nouvelles recherches lèveront tous les doutes qu*on a 
maintes fois exprimés sur l'existence des Opuntiées 
de l'Asie. Même dans le règne animal, on voit certaines 
formes se produire isolément. Combien de temps n'a- 
t-on pas considéré les Tapirs comme une espèce ca- 
ractéristique du nouveau monde! Et pourtant on a re- 
trouvé exactement le Tapir américain dans celui de 
Halacca, le Tapirus indiens de Cuvier. 

Bien que les Cactus appartiennent proprement aux 
tropiques, quelques espèces cependant ont leur patrie 
dans la zone tempérée : le Cactus vivipara et le Cactus 
missuriensis habitent la Louisiane et les bords du Mis- 
souri. Back vit avec surprise, dans son voyage aux ré- 
gions septentrionales , les bords du Rainy-Lake , par 
48^40' de latitude, 95^1ô' de longitude, entièrement 
couverts de Cactus Opuntia. Au sud de Féquateur, 
les espèces de Cactus ne s'étendent pas au delà 
du Rio Itata (lat. S&^) et du Rio Biobio (lat. 37^15'). 
Dans la partie intertropicaie de la chaîne des Andes, 
j'ai vu diverses espèces de Cactus, telles que le Cactus 
sepium, le Cactus chlorocarpus et le Cactus Bon- 
plandii sur des plaines élevées de 9 à 10000 pieds; 
mais l'Opuntia Ovallei du Chili , dont le savant bota- 
niste Claude Gay a exactement déterminé les limites 
supérieure et inférieure, à l'aide de mesures baromé- 
triques, présente un caractère beaucoup plus alpestre 
encore. Ce Cactus a des fleurs jaunes et une tige ram- 
pante; il ne descend pas au-dessous de 6330 pieds, et 

u. ih 



^.•*» 



n 



170 DB U rBTSIQNOM» DBS PLANTES. 

attaint la ligne des neiges éternelles, qu'il franchit même 
quelquefois, là où s'élèvent des rochers isolés que la neige 
n'apasenvabis.Lesderniers spécimens deoetteplanteont 
été recueillis sur des points situés à là 8âû pieds au-dessus 
du niveau de la mer (Claudio Gay, Fiora ohUensiSy 
1848, p. 30). Quelques espèces d'Eohinooactus appar» 
tiennent aussi aux plantes alpestres du Chili. Le Cactus 
(Cereus) lanatus, nommé par les indigènes Piscol, qui 
porte de beaux fruits rouges et est recouvert d'une 
laine épaisse, fait un singulier contraste avec le Cactus 
senilis, garni d'un poil fin et si recherché. Dans notre 
voyage au fleuve des Amazones, nous avons trouvé le Ce* 
reus lanatus au Pérou, près deGuaneabamba. Les dimen- 
sions des Cactées, groupe sur lequel le prince de Salm- 
Dyck a jeté le premier une si vive lumière, présentent les 
oppositions les plus étranges. L'{!ohinocaotus Wisliseni 
a 7 pieds de tour sur 4 de hauteur, et cède Picore en 
grandeur è rf!cbinocactus ingens de Zuccarini et à FE^ 
chinocactus platyceraa de Lemaire (Wislizenus, Totir to 
northem Meocico, 1848, p. 97). L'Echinocaotus Stainesii 
atteint 2 pieds et même 2 pieds et demi de diamètre. L'E«* 
chinocactus Yisnago du Mexique a 8 pieds de diamètre 
sur 4 de hauteur, et pèse de 700à 2000 Hvres ; tandis que 
le Cactus nanus que nous avons recueilli près de Son- 
dorillo, dans la province de laen, est si petit et si fiiible- 
ment enraciné dans le sable qu'il reste attaché souvent 
aux pattes des chiens. Les Metoeactus remplis à lint^ 
rieur d'une meelleaqueuse, durant les mois les plus seos 



tCLAÏttClSSBMlïm'S «t ADDITION*. Î71 

de Tannée , sont une véritable source végétale ; tel est 
le Ravenala de Madagascar, dont le nom signifie, dans 
la langue du pays, feuille des bois ; de rave, raven, feuille, 
et de ala, en javanais halos, bois. Les chevaux et les mu- 
lets sauvages les ouvrent en les frappant de leurs sabots, 
opération dans laquelle il leur arrive souvent de se bles'- 
ser (voyez t* I, p. S5). Le Cactus Opuntia s'est mer- 
veilleusement propagé) depuis quelques années, dans 
le nord de TAfrique, en Syrie, en Grèce et dans tout 
le midi de l'Europe. Des côtes de rAf^ique^ cette plante 
a même pénétré à Tintérieur du pays , et s'est associée 
aux plantes indigènes. 

Lorsqu'on est accoutumé à ne voir les Cactus que 
dans les serres, on s'étonne de l'épaisseur qu'aoquièi'ékit, 
dans les vieilles tiges, les fibres ligneuses. Les Indiens 
savent que le bois du Cactus éi^happe à la corruption et 
est d'un usage excellent pour les rames et le seuil des 
portes. Il est difficile de rien imaginer dans le monde 
végétal dont l'aspect fesse sur un nouveau venu une 
impression plus vive et plus durable que les plaines 
arides de Cumana, de la Nouvelle^Barcelonne, de Coro 
et de la province Jaen de Bracamoros, toutes couvet'teâ 
de Cactus qui s'élancent en colonnes et se ramifient 
comme des candélabres. 



n 



172 DK LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

Note 24 , page 27. 

ORCHIDÉES. 

La forme, presque animale parfois, des fleurs des Or- 
chidées est surtout remarquable dans le Torito (notre 
Ânguloa grandiflora), très-renommé chez les Améri- 
cains du Sud, dans le Mosquito ou Restrepia antenni- 
fera, dans le Flor del Espiritu Santo, qui suivant le 
Flarœ peruvianœ Prodromus (p. 118, tab. 26), est aussi 
une espèce d' Anguloa, dans la fleur, semblable à une 
fourmi, du Ghiloglottis cornuta (Hooker, Flora antarc- 
tica, p. 69), dans le Bletia speciosa du Mexique et dans 
cette foule si curieuse des Ophris européennes (0. mus- 
cifera, 0. apifera, 0. aranifera, 0. arachnites, etc.). Le 
goût de ces plantes et de leurs admirables fleurs a fait 
de tels progrès en Europe, que le nombre des espèces 
cultivées par les frères Loddiges, en 1848, était évalué 
à 2360. Ce nombre qui, en 1813, n^était que de 115, 
s'était déjà élevé, en 1843, à 1650. Quel trésor d'Orchi- 
dées encore inconnues et couvertes de fleurs éclatantes 
doit renfermer l'intérieur de l'Afrique, dans les contrées 
où les eaux abondent! M. Lindley a décrit 1980 espèces 
d'Orchidées dans son bel ouvrage intitulé : The Gênera 
and Species ofthe Orchydeous Plants{\%AÇ}i), Vers la fin 
de l'année 1848, M. KIotzsch en comptait 3545. 

Tandis que sous la zone tempérée et sous la zone gla- 
ciale, on ne trouve que des Orchidées terrestres, c'est- 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 173 

à-dire attachées au sol, on rencontre à la fois dans les 
belles contrées des tropiques, les espèces terrestres et les 
espèces parasites qui croissent sur les troncs des arbres 
(Epidendreœ). A la première section, c'est-à-dire aux 
Orchidées terrestres appartiennent les genres Neottia et 
Cranichis propres aux tropiques, ainsi que la plupart des 
Habenaria. Les deux grandes divisions des Orchidées of- 
frent aussi des plantes alpestres ; nous avons trouvé des 
représentants de Tune et de Tautre sur les Andes de la 
Nouvelle-Grenade et de Quito. Parmi les Orchidées para* 
sites, leMasdevallia unifiera croissaità9600piedsde haut, 
le Cyrtochilum fiexuosum à 9480 pieds, le Dendrobium 
aggregatum 580 pieds plus bas. Parmi les espèces terres- 
tres, nous avons trouvé TAltensteinia paleacea près de 
LIoa Chiquito, au pied du volcan de Pichincha. Suivant 
Claude Gay, les Orchidées que Ton croit avoir vues sur 
des arbres, à Juan Femandez ou à Chiloe, n'étaient pro- 
bablement que des Pourretia parasites qui s'avancent au 
moins jusqu'à 40"* vers le sud. Dans la Nouvelle-Zélande, 
on trouve la forme tropicale des Orchidées parasites, qui 
se suspendent aux branches des arbres , jusque sous le 
45* degré de latitude australe. Les Orchidées des îles 
d'Auckland et de Campbell, le Chiloglottis, le Thely- 
mitra et l'Acianthus croissent dans les plaines, au mi- 
lieu des Mousses. Il existe, dans le règne animal, au 
moins une forme tropicale qui s'étend plus loin encore 
vers le sud. L'île Macquarie, située sous 54°,39^ de lati- 
tude, plus voisine par conséquent du pôle antarctique 



•• 



174 DE LA :^IITSION0MlB DfiS PLJLNtfiS. 

que DànUig ne Test du pôle â)retique, posi^ède un per^ 
roquet Indigène. On peut consulter le chapitx^e des Or- 
chidées, dans le traité intitulé dé DiittibuHûne geogra*- 
phica Plantûrumj p. 241-247. 

Note 22 , page 2S. 

CASUARINA. 

Les Gasuaf ina, detnème que les Acacias, ch^ lesquels 
les phyllodes remplacent les feuilles , et les Myrt^cées 
telles que TBucalyptus, le Metrosiderôs, le Melaleuca et 
le Leptosperniunl, donnent un caractère uniforme à la 
végétation de TAustralie ou Nouvelle-^HolIandô ot de la 
Tasmanie ou Tetre de Diéuien. Leb GâsuarlUA à ra*- 
meaux sans feuilles, grêles, filiformes^ dont lea Articula- 
tions sont pourvues de gatnes membraneuses et dente^ 
lées, ont été comparés par les voyageurs, èuivant 
la différence des espèces , tantôt à des Équisétacées 
arborescentes , tantôt à l'un dé nos Pins d'Europe , au 
Scotch fir (Darwin, Journal of Besearchei, p. 449.) Pai 
été singulièrement frappé aussi sur la côte du Pérou, de 
l'effet produit par l'absence de feuilles, dans de petits 
buissons de CoUetia et d'Ephedra. Selon Labillardière , 
le Casuarina quadrivalvis pénètre dans la tasmanie, 
jusqu'au 43* degré de latitude australe. La forme 
mélancolique des Casuarina n'est pas étrangère aux 
Indes orientales, et se retrouve aussi sur les côtes 
orientales de l'Afrique. 



tCLitHClàSËMËNtS KT ADDITIONS. 175 

Notées, page â^. 

CONIFÈRES» 

En comprenant Amè la famillô des Conifères les genres 
Dammara, Ephedra et Gnetnm de 111e de Java et de la 
Nouvelle-Guinée, qui s'y rattachent par des caractères es- 
sentiels, mais s^en écartent par la forme de leurs feuilles 
et leur configuration, cette famille prend une telle im- 
portance, si Ton considère le nombre des individus qui 
Composent chaque espèce et leur distribution géographi- 
que, elle couvre de ses agrotipements de si vastes étendues 
<îe terrain, sous la zone tempérée derhémisphère septen- 
trional , qu'on doit presque s'étonner du petit nombre 
des espèces dans lesquelles elle se divise. Les Conifères 
connues ne représentent pas les trois quarts des Pal- 
miers dont on possède la description ; on connaît moins 
de Conifères qued'Âroïdéés. Zuccarini daûs son supplé- 
ment à la Morphologie des Conifères (Abhandlungen dér 
Mathem.physîkaL Classe des Akadeniieder Wièsenschaf- 
ten zu Mûnchen, t. III, 1 837-1 84â, p. 5^S2) en compte 
216 espèces, dont 165 dans Thémisphère septentrional et 
51 dans rhémisphère méridional. Ces nombres doivent, 
d'après mes recherches, être répartis autrement ; car avec 
les espèces de Pinus, de Cupressus, d*Ephedra et de Podo- 
carpus, que M. Bonpland et moi avons découvertes dans 
la régi(m tropicale du Pérou, de Quito, de la Nouvelle- 
Grenade et de Mexico, le nombre des Conifères ne s'é- 



176 DE Là physionomie des plantes. 

lève pas entre les tropiques, à moins de 42. L'excellent 
ouvrage publié dernièrement par Endlicher, sous le ti- 
tre de Synopsis Coniferarum (1847) , contient 312 espè- 
ces de ces arbres existant actuellement et 178 espèces 
antédiluviennes, enfouies dans la houille, dans le grès 
bigarré, dans la marne irisée et dans la formation ju- 
rassique. Un des caractères de la flore primitive est de 
nous offrir des formes végétales qui , par leur affinité 
avec plusieurs familles du monde actuel, révèlent la 
disparition de beaucoup d'anneaux intermédiaires. Les 
Conifères, si nombreuses dans Tancien monde, sont as- 
sociées surtout aux Palmiers et aux Cycadées, mais 
dans les lignites ou couches de charbon brun de la der- 
nière période on retrouve des Conifères, nos Pins et 
nos Sapins, mêlées avec des Cupulifères, desËrables et 
des Peupliers {Cosmos, 1. 1, p. 324-329 et 549). 

Si la surface du sol ne s'élevait pas à de grandes hau- 
teurs entre les tropiques, la forme si caractéristique 
des arbres à feuilles aciculaires serait restée inconnue 
aux habitants de ces régions. Je me suis donné beau- 
coup de peine pour déterminer, conjointement avec 
M. Bonpland , les limites supérieure et inférieure des 
Conifères et des Chênes dans les montagnes du Mexi- 
que. Les hauteurs où ces arbres commencent à croître 
(los Pinales y Encinales, Pineta et Querceta) sont saluées 
avec joie par les voyageurs qui viennent des côtes de 
la mer, comme l'annonce d'un climat dans lequel la 
maladie mortelle du vomissement noir (vomito prieto), 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 177 

Tune des formes de la fièvre jaune, n'a pas encore péné- 
tré. La limite inférieure des Chênes, en particulier du 
Quercus xalapensis , Tune des 22 espèces mexicaines 
dont nous avons donné la première description, est sur 
la route de Yera-Cruz à Mexico, un peu au-dessous de 
la Venta del Encero, à 2860 pieds au-dessus de la mer. 
Sur la pente occidentale du plateau , entre la mer du 
Sud et Mexico, la limite inférieure des Chênes descend 
un peu plus bas; elle commence auprès d'une cabane 
qu'on appelle Venta de la Moxonera, entre Âcapulco 
et Chilpanzingo, à une hauteur absolue de 2328 pieds. 
J'ai remarqué une difiérence analogue dans la limite 
inférieure des forêts de Sapins. Du côté de la mer du 
Sud, dans TAlto de los Caxones, au nord de Quaxini- 
quilapa, cette limite est pour le Pinus Montezumae de 
Lambert, que nous prîmes d'abord pour le Pinus occi- 
dentalis de Swartz, à 3480 pieds ; tandis que du côté de 
Vera-Cruz, vers la Cuesta del Soldado, elle ne com- 
mence pas avant 5610 pieds. Il en est donc des Chênes 
comme des Pins ; les uns et les autres descendent plus 
bas du côté de la mer du Sud que du côté du golfe des 
Antilles. En gravissant le Cofre de Perote, je constatai 
que la limite supérieure des Chênes était à 9715 pieds; 
celle du Pinus Montezumœ à 12138 pieds, près de 
2000 pieds au-dessus de la cime de l'Etna. Dès le mois 
de février, il était tombé à cette hauteur des masses 
considérables de neige. 
Plus est élevée la limite à laquelle les Conifères 



i7B DE LA rarsioNottis htÈ TtlMU, 

mexicaines commencent à àppardttre, pluâ on e^t suk*- 
pria de trouver dans l'tle de Cuba, une autre espèce de 
Pin, le Pinus occidentalis de Swart2 , croissant en rase 
campagne ou sur les collines peu élevées de l'Isla de 
Pinos. Il est vrai de dire que , dans la partie de llle si- 
tuée à l'extrémité de la zone tropicale , le baromètre , 
quand souffle le vent du nord, descend à 6*^. Les Pins 
de rtle de Cuba sont mêlés à des Palmiers et à des 
Acajous (Swietenia). Colomb parle, dans le Journal de 
«on premier voyage {Diatio del 25 de noij. 1492), d'un 
petit bois de pins (Pinal), qui existait près de Cayo de 
Moya, dans la partie nôrd-e^t de File. A Haïti , près 
du cap Sàmana, le Pinus occidentalis descend aussi 
dé la montagne jusque sur le bord de la mer. Les troncs 
dé ces pins , poussés par le GulF-stream dans le groupe 
des Açores, sur les lies Graciosa et Fayal , sont un des 
principaux signes qui révélèrent au grand navigateur 
l'existence de terres inconnues situées vers l'ouest (£aî(t- 
men critique^ t. II, p. 246-259). Est-ott fondé à croire 
que le Pinus occidentalis manque complètement à la 
Jamaïque, malgré les hautes montagnes que renferme 
cette tle? On peut aussi se demander quelle espèce 
de pin l'on trouve sur la côte orientale de Guatimala, 
puisque le Pinus tenuifolia de Bentham appartient ex- 
clusivement aux montagnes situées près de Chinanta. 
Quand on jette un coup d'œil général sur les es- 
pèces végétales qui , dans Thémisphère du nord , for- 
ment la limite supérieure des arbres , depuia la tone 



SaAIRGlSSEMBNTS £T ADDITIONS, 179 

glaciale jusqu'à Téquateur, on trouve, selon Wahlen*- 
berg, $uv le mont Sulitelnoa eu Laponie , non des Co- 
nifërea, mais des Bouleaux. Le Betula alba dépasse de 
beaucoup la limite supérieure du Pinus silvestris. Dans 
les Alpes, sous la zone tempérée (45^ i&' lat.), les Bou- 
leaux restent au contraire en arrière du Pinus picea de 
Du Rd. La limite extrême est formée, dans les Py- 
rénées (42'^30'lat.), par le Pinus unoinata de Ramond et 
le Pinus silvestris var. rubra; dans la région tropicale 
du Mexique (Id^râO^ lat.)i par le Pinus Monteium», 
qui laisse loin derrière lui TAlnus toluecensis, par le 
Querous spicata et le Quercus oraasipes ; sous Téquateur, 
dans les montagnes neigeuses de Quito, parTEscallonia 
myrtilloides, TÀralia avicennifolia et le Drymis Wioteri 
Cette dernière espèce, identique au Drymis granaten^- 
sis de Mutis et au Wintera aromatica de Murray, ofire , 
ainsi que Ta prouvé J. Hooker, dans son Flam antareiioa 
(p. 299), Texemple le plus extraordinaire de la diffusion 
d'une môme espèce d'ai4>re ; elle s'étend en effet sans 
interruption depuis la partie méridionale de la terre de 
Feu et rile des Ermites (Ërmite-Island), où elle fut dé^ 
couverte, en 1577, dans Texpédition de Drake, jus- 
qu'aux montagnes septentrionales du Mexique, sur une 
étendue méridienne de 86 degrés ou 2150 lieues. Sur 
les Alpes helvétiques et les Pyrénées, ainsi que sur les 
montagnes de TAsie Mineure, et dans tous les lieux où 
ce ne sont pas, comme dans les régiras glacées du Nord , 
les Bouleaux mais les Conifères qui forment au faite 



180 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

des plus hautes montagnes la limite supérieure des 
arbres, on voit monter à la suite de ces arbres, vers les 
cimes neigeuses qu'elles couronnent d'une manière pit- 
toresque, les Roses des Alpes ou Rhododendron, rempla- 
cées, dans la Silla de Caracas et dans le Pàramo de Sara- 
guru au Pérou , par les fleurs purpurines d'une autre 
Ëricée, par le genre gracieux des Befaria. Les Roses des 
Alpes qui suivent immédiatement les Conifères sont, 
en Lapooie, le Rhododendron laponicum ; dans les Alpes 
helvétiques , le Rhododendron ferrugineum et le Rho- 
dodendron hirsutum ; dans les Pyrénées, le Rhododen- 
dron ferrugineum seulement, que De CandoUe a ce- 
pendant vu isolé dans le Creux de Vent, sur le Jura, 
5600 pieds plus bas , c'est-^-dire à la faible hauteur de 
3100 à 3Ô00 pieds. Sur le Caucase, après les Conifères 
vient le Rhododendron caucasicum. Si Ton veut pour- 
suivre jusque sous les tropiques la dernière zone végé- 
tale voisine de la ligne des neiges, nous citerons, d'après 
nos observations personnelles, dans la partie méridionale 
du Mexique , le Cnicus nivalis et le Chelone geatianoi- 
des; dans la région montagneuse et froide de la Nou- 
velle-Grenade, des Espeletia cotonneux (E. grandi- 
flora, E. corymbosa et E. argentea); dans la chidne des 
Andes de Quito, le Culcitium rufescens, le Culcitium 
ledifolium et le Culcitium nivale. Ces plantes, dont les 
fleurs sont jaunes et qui appartiennent à la fsunille des 
Composées, remplacent , sous l'équateur, les Espeletia 
un peu plus septentrionaux de la Nouvelle-Grenade, 



SCL<ilRClSSEMENTS ET ADDITIONS. 181 

qui ont avec elles une ressemblance frappante. C'est 
une des lois merveilleuses de la nature que le soin 
qu'elle prend de remplacer certaines plantes par d'au- 
tres semblables et presque identiques, dans des con- 
trées séparées entre elles par les mers ou de grandes 
étendues de pays. Cette loi s'applique même aux formes 
les plus rares. Dans la famille des Rafflésiacées de Robert 
Brov^n, démembrement de la famille des Cytinées, aux 
deux Hydnores de l'Afrique méridionale, décrites par 
Thunberg et Drége (Hydnora africana et H. triceps), cor- 
respond, dans l'Amérique du Sud, l'Hydnora ameri- 
cana de Hooker. 

Bien au-dessus de la limite des plantes alpestres, des 
Graminées et des Lichens, au-dessus même de la ligne 
des neiges éternelles, on rencontre encore éparses et 
isolées, au grand étonnement des botanistes, quelques 
plantes phanérogames qui croissent sur des rocs restés 
en dehors de la neige, peut-être par l'effet de la cha- 
leur qui s'échappe de crevasses béantes. Ce phénomène 
se présente sous les tropiques, aussi bien que sous la 
zone tempérée. J'ai déjà fait mention du Saxifraga Bous 
singaulti, qui s'élève sur le Chimborazo, à 14 800 pieds 
de hauteur. Dans les Alpes suisses, une Caryophyllée, 
le Silène acaulis, a été vue à 10 680 pieds. Le Saxifraga 
Boussingaulti végète ainsi à 600 pieds, le Silène acaulis 
à 2460 pieds aunlessus de la ligne que traçaient les 
neiges sur le Chimborazo et sur les Alpes, à l'époque 
de l'année où l'on a observé ces plantes. 

II. 16 



1 

I 



182 DK LÀ PHTSIONOMIS DE8 PLANTES. 

Parmi nos Conifères européennes, TEpicea ei le 
Sapin présentent de singulières anomalies dans leur dis- 
tribution géographique. Tandis que l'Epicéa ( Pînus pi- 
cea Du Roi, foliis compresso-tetragonis), nommé ma- 
lencontreusement Pinus abies par Linné et la plupart 
des botanistes de notre époque , forme la limite ex- 
trême des arbres dans les Alpes helvétiques, à la hau- 
teur moyenne de 5520 pieds , et que çà et là seulement 
les petits Aunes des montagnes (AInusviridis De Cand., 
Betula viridis, Villden. } se hasardent un peu plus près 
de la ligne des neiges, le Sapin, au contraire (I4nns 
abies Du Roi, Pinus picea Linn., foliis planis, pecti- 
nato-dîstîchis , emarçinatis), s'arrête, selon Wahlen- 
berg, 1000 pieds plus bas. L'Epicéa est inconnu dans 
le midi de l'Europe ; on ne le rencontre ni en Espagne, 
ni en Italie, ni en Grèce. Même sur la pente septen- 
trionale des Pyrénées , il n'apparaît qu'à de grandes 
hauteurs, et manque absolument au Caucase. L'Epicéa 
pénètre beaucoup plus avant dans la Scandinavie que 
le Sapin, qui fournit, en Grèce, au mont Parnasse, 
au Taygète et à l'OTta, une variété dont les aiguilles 
sont très-allongées, l'Abiés Apoliinis de Link, foliis 
apice întegris, breviter mucronatis {Linnxa, t. XV, 
1841, p. 529; Endlicher, Synopsis Coniferarum^ p. 96). 
Dans l'Himalaya, la forme des Conifères se distingue 
par l'épaisseur puissante et par la hauteur du tronc , 
ainsi que parla longueur des feuilles aciculées. Le prin- 
cipal ornement de ces montagnes est le Cèdre Deodwara, 



ACLÀIRGISSBIfBNTS BT AJ^DITIÔNS. 183 

Pinus deodara de Roxburgb (proprement en sanscrit dé- 
wa-dâruj bois des Dieux), qui a de 12 à 13 pieds d'épais- 
seur, et s'élève, dans le Népaul, à 11 000 pieds au-dessus 
du niveau de la mer. Ce fut avec les Cèdres Deodwara de 
THydaspe, aujourd'hui le Behut, que fut construite, il y a 
2000 ans, la flotte de Néarque. Le docteur Hoflmeister, 
enlevé si jeune à la science, a trouvé dans la vallée de 
Doudegaon, située dans le Népaul, au nord des mines de 
cuivre de Dhounpour, le Pinus longifolia de Royie, ou 
Pin Tschelu, confondu au milieu d'une forêt avec 
les hautes tiges du Chamserops Uartiana de Wallich 
(Hoffmeister, Briefe ans Indien^ wàhrend der Expédition 
des Prinzen Waldemar von Preussen^ 1847, p.351J. 
Déjà, dans le nouveau continent, ce mélange de pi-- 
neta et de palmeta avait étonné les compagnons de 
Colomb, ainsi que le rapporte le contemporain et Tami 
de l'amiral, Pierre Martyr Ànghiera (Dec, UI,1. 10, p. 68). 
Moi-même j'ai vu de semblables associations, et je me 
rappelle en avoir été frappé pour la première fois, sur 
la route d'Acapulco à Chilpanzingo. A côté des Pins et 
des Cèdres, l'Himalaya, de même que le plateau du 
Mexique, nourrit aussi des Cyprès (Cupressus torulosa 
Don.),desIfs(Taxuswallichiana Zuccar.)t des Podocar- 
pus (Podocarpus nereifolia R. Brown.)» et des Gené- 
vriers (Juniperus squamataDon. et J.exoelsa Bieberst.)- 
Cette dernière espèce se trouve également à Schipke, 
dans le Tibet , dans l'Asie Mineure , en Syrie et dans 
les lies de la Grèce. Au contraire, les Thuya, les Taxo- 



184 PE LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

dium , les Larix et les Araucaria sont des formes du 
nouveau continent, qui manquent à THimalaya. 

Indépendamment des vingt espèces de Pins déjà ob- 
servées au Mexique, les États-Unis , dans leur étendue 
actuelle qui se prolonge jusqu'à l'océan Pacifique, ren- 
ferment quarante-cinq espèces décrites, tandis que Ton 
en compte quinze seulement dans toute l'Europe. Le 
genre Chêne oflBre un second exemple de la môme dif- 
férence , également à l'avantage du continent améri- 
cain. Ce contraste de richesse et de pauvreté tient sans 
doute à ce que le nouveau monde est plus compacte et 
se prolonge davantage dans le sens du méridien. Quant 
à cette conjecture de Thunberg qu'un grand nombre 
des Pins de l'Europe s'étendaient, à travers l'Asie 
septentrionale, jusqu'aux îles du Japon, et là se mê- 
laient avec une espèce purement mexicaine, le Pin 
Wheymouth ou Pinus Strobus de Linné, elle a été tout 
récemment réfutée d'une manière victorieuse, à la suite 
des consciencieuses recherches de Siebold et de Zucca- 
rini. Les Pins que Thunberg a pris pour des Conifères 
européennes sont propres à l'Asie, et tout à fait distincts 
des espèces avec lesquelles on les avait confondus. 
L'Epicéa de Thunberg (Pinus abies Linn.) est le Pinus 
polita de Siebold que l'on rencontre souvent auprès des 
temples bouddhistes; son Pin commun du nord (Pinus 
silvestris) est le Pinus Massoniana Lamb. ; son Pinus 
cembra ou pin Ceinbrot de l'Allemagne et de la Sibé- 
rie, est le Pinus parviflora Sieb. ; son Mélèze commun 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 185 

(Pinus Larix)est le Pînus leptolepis Sieb. ; enfin son 
Taxus baccata , dont les courtisans japonais mangent 
les fruits par précaution, dans les longues cérémonies 
(Thunberg, Flora japonica, p. 225), forme un genre à 
part et n'est autre que le Cephalotaxus drupacea Sieb. 
La végétation des îles du Japon , malgré leur proxi- 
mité du continent asiatique, présente un caractère 
tout diflférent. Le Pin Wheymouth , que Thunberg 
donne comme un arbre \iu Japon, et qui, dans ce cas, 
offrirait un remarquable phénomène , au point de vue 
de la géographie botanique, est une espèce transplan- 
tée , complètement distincte des Pins du nouveau con- 
tinent ; c'est le Pinus korajensis Sieb. de la presqu'île 
de Corée et du Kamtschatka, qui a passé dans Tîle de 
Nipon. 

Aucune des cent quatorze espèces de Pins connues 
jusqu'à ce jour ne se trouve dans l'hémisphère méri- 
dional ; car le Pinus Merkusii décrit par Junghuhn et par 
de Yriese , appartient encore à la partie de l'île de Su- 
matra, située en deçà de l'équateur, au district de Baltas, 
de même le Pinus insularis d'Endlicher appartient aux 
Philippines , bien qu'il ait été introduit d'abord dans 
VArboretum de Loudon , sous le nom de Pinus timo- 
riensis. D'après les progrès accomplis récemment et 
avec une rapidité si heureuse dans l'étude de la géo- 
graphie des plantes, nous pouvons considérer comme 
exclues de l'hémisphère méridional , outre le genre 
Pinus, toutes les espèces de Cupressus, de Salisburia 



180 DB LA PHYSIONOMIE DBS PLAMTB8. 

(Gingko), de Cunninghamia(Pinu8 lanceolata Lamb.) , de 
Thuya dont une espèce, le Thuya gigantea de Nuttall, 
atteint jusqu'à cent soixante-dix pieds de hauteur , sur 
les bords du Rio Columbia. On ne rencontre non plus 
au delà de Féquateur ni Juniperus ni Taxodium (Schu- 
bertia Mirb.}. Je crois pouvoir ajouter ce dernier genre 
avec d'autant plus de sécurité que le Schubertia ca- 
pensis de Sprengel, plante qui croit au cap de Bonne- 
Espérance , n'est pas un Taxodium , mais forme , dans 
une section toute différente des Conifères, un genre 
particulier qui a reçu d'Endlicher le nom de Wi- 
dringtonia. 

Cette absence dans l'hémisphère méridional des vé- 
ritables Àbiétinées, des Junipérées, des Cupressinées et 
de toutes les Taxodinées, ainsi que du Torreya, du Sa- 
lisburia adiantifolia et du Cephalotaxus, genre apparte- 
nant à la tribu des Taxinées, nous reporte forcément 
aux lois mystérieuses qui ont réglé dans l'origine la 
distribution des formes végétales, et dont ne peuvent 
rendre suffisamment raison ni la ressemblance ou la di- 
versité du sol , ni les conditions de la température et 
les phénomènes météorologiques. J'ai depuis longtemps 
fait remarquer que l'hémisphère méridional possède 
un grand nombre de plantes de la famille naturelle des 
Rosacées, mais aucune espèce du genre Rosa. Nous sa- 
vons par Claude 6ay que le Rosa chilensis décrit par 
Meyer est une variété sauvage du Rosa centifolia de 
Linné, qui depuis plusieurs siècles est devenu une 



ÉGLA1RGISSIIIE1IT8 BT ADDITIONS. 187 

plante européenne. On voit dans le Chili , près de Val- 
divîa et d'Osorno, de vastes espaces couverts de ces va- 
riétés sauvages ( Gay, Flora ehilensis, p. 840 }. Dans 
toute la région tropicale de rhémisphère du nord , 
nous n'avons rencontré aussi qu'un seul Rosier indi- 
gène, l'espèce nommée Rosa Montezumœ, que nous 
vîmes près de Moran, dans les montagnes du Mexique, 
à une hauteur de 8700 pieds. Un des phénomènes 
les plus étranges que présente la distribution des 
plantes , c'est que le Chili , à côté de ses Palmiers , 
de ses Pourretia et de ses nombreuses espèces de 
Cactus, ne possède pas un Agave, tandis que l'A- 
gave americana croit avec le plus grand succès dans le 
RoussilloD, près de Nice, près de Botzen et en Istrie , 
contrées dans lesquelles il fut probablement importé 
d'Amérique vers la fin du xvi* siècle, et qu'il présente, 
du Mexique septentrional jusqu'à la partie méridionale 
du Pérou, en traversant l'isthme de Panama, une traite 
non interrompue de plantes uniformes. Pour les Cal- 
céolaires, j'ai longtemps cm que, comme les Rosiers, ils 
se rencontraient exclusivement au nord de l'équateur. 
Mais le fait est que des vingt-deux espèces de ce genre 
que nous avons rapportées , il n'y en a pas une seule 
qui ait été recueillie au nord de Quito ni du vol- 
can de Pichincha. Toutefois Kunth remarque que 
leCalceolaria perfoliata, trouvé auprès de Quito par 
M. Boussingault et le capitaine Hall, pénètre jusqu'à la 
Nouvelle-Grenade, et que cette espèce ainsi que ki- 



188 PB LA PHTSIONOMIB DES PLANTES. 

Calceolaria integrifolia de Santa Fé de Bogota fut com- 
muDiquée à Linné par Mutis. 

Les espèces de pins qui sont si communes dans les 
Antilles, entièrement situées sous les tropiques, et dans 
la partie tropicale des montagnes du Mexique, ne dépas- 
sent pas Tisthme de Panama et demeurent étrangères 
aux régions également montagneuses de la Nouvelle- 
Grenade, de Pasto et de Quito, qui s'étendent au 
delà et en deçà de Téquateur. J'ai parcouru les plaines 
et les montagnes. qui se prolongent depuis le Rio Sinu, 
près de l'isthme de Panama, jusqu'au 12'* degré de 
latitude boréale, et je n'ai aperçu , sur cet espace de 
plus de 600 lieues, que deux espèces de Conifères : 
le Podocarpus taxifolia, haut de 60 pieds, dans le défilé 
des Andes de Quindiu et dans le pâramo de Saraguru, 
par 4^26' de latitude boréale, 3^40' de latitude aus- 
trale, et l'Ëphedra americana près de Guallabamba, 
au nord de Quito. 

Dans le groupe des Conifères, les Taxus, les Gnetum, 
les Ëphedraetles Podocarpus appartiennent également 
à l'hémisphère du nord et à celui du sud. Longtemps 
avant L'Héritier, Christophe Colomb avait su distinguer 
des Pins le genre Podocarpus. Il écrit en date du 25 no- 
vembre 1492 : « Pinales en la Serrania de Haiti que no 
« llevan pinas, pero frutos que parecen azeytunos del 
«( Axarafe de Seviila » {Examen critiqt^yi. III, p. 24). 
Les espèces du genre Taxus s'étendent depuis le 
cap de Bonne-Espérance jusqu'en Scandinavie, sous 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 189 

le 61' degré de latitude nord; elles embrassent par 
conséquent plus de 95 degrés de latitude. Les Podo- 
carpus et les Ephedra ne sont guère moins répandus, 
et même parmi les Cupulifères, les différentes espèces 
de chênes que nous regardons habituellement comme 
une forme septentrionale , et qui en effet ne franchis- 
sent pas réquateur dans TAmérique du Sud, reparais- 
sent au milieu de Tarchipel indien , dans Tlie de Java. 
Dix genres distincts de la famille des Conifères ap- 
partiennent exclusivement à Thémisphère méridional ; 
je me borne à citer les principaux qui sont : TArau- 
€aria, le Dammara (Agathis Sal.), le Frenela, dont 
il existe 18 espèces en Australie, le Dacrydium et le 
Lybocedrus, qui se trouvent également dans la Nouvelle- 
Zélande et au détroit de Magellan. La Nouvelle-Zélande 
possède une espèce du genre Dammara, le Dammara 
australis, mais elle n'a pas d'Araucaria. Par une singu- 
lière opposition , c'est le contraire qui a lieu en Aus- 
tralie. 

La nature nous offre dans les Conifères la plus grande 
extension de l'axe longitudinal qu'on puisse voir parmi 
les végétaux arborescents. Je dis à dessein parmi les 
végétaux arborescents, car ainsi que nous l'avons re- 
marqué plus haut, leMacrocystis pyrifera, algue ma- 
rine du genre Laminaria, qui vit entre les côtes de la 
Californie et le 68'' degré de latitude boréale , atteint 
une longueur de 370 à 400 pieds. Les plus hauts parmi 
les Conifères, abstraction faite des six Araucaria du 



190 DB LA PHYSIONOMIB DES PUimS. 

Brésil , du Chili, de la Nouvelle*HoUande, des lies Nor- 
folk et de la Nouvelle-Calédonie , août ceux qui ap- 
partiennent en propre à la zone tempérée de Thémi* 
sphère septentrional. De même que dans la fiamille des 
Palmiers nous avons trouvé Tespèce la plus gigan- 
tesque ^ le Ceroxylon andicola, dont la hauteur dépasse 
180 pieds, sous le climat tempéré de la chaîne des 
Andes, de même les plus grandes Conifères de l'hémi- 
sphère septentrional se rencontrent sur la côte égale- 
ment tempérée que baigne au nord-ouest le grand 
Océan, et dans les Rocky Mountains , entre 40* et 52" 
de latitude. Dans Thémisphère boréal, les plus grandes 
Conifères appartiennent à la Nouvelle-Zélande, à la 
Tasmanie ou Terre de Diémen, au Chili méridional 
et à la Patagonie, et sont également répandues entre 
430 et ôO* de latitude. Les formes les plus gigantesques 
parmi les Conifères appartiennent aux genres Pinus, 
Séquoia Endl. , Araucaria et Dacrydium. Je ne parle 
que des espèces dont la hauteur atteint et même dé- 
passe souvent 200 pieds. Afin de pouvoir établir des 
comparaisons, il ne faut pas oublier que la hauteur ap- 
proximative des plus hauts arbres, parmi les Epicéa et 
les Sapins, surtout parmi les derniers, est en Europe de 
150 à 100 pieds; qu'en Silésie, par exemple, les pins 
de la forêt de Lampersdorf, près de Frankenstein, jouîtf* 
sent déjà d'un assez grand renom, bien qu'ils n'aient 
que 14S piedsde haut (153 pieds de Prusse) sur 16 pieds 
de circonférence (Ratzebourg, Farstreisen, 1844, p. 287). 



iCLÀiRGISSBMBNTS ET ADDITIONS. 191 

; les indications qui suivent et qui méritent toute 
iaiice , les mesures sont évaluées en anciens pieds 
rance: 

» grandis Dougi. , de la Nouvelie-Califoraie, att«iat 4 90 

240 piedfl. 

} Fremontlana Endl., croît dans ia même contrée et 

rvient probablement à la même hauteur (Torrey et Fré- 

)nt, Eeport ofthe êaopkring Eoop^ition io thé Roeky Mmn- 

:nsfn4844, p. 349. 

jrdium cupressiniuQ Solander, de la Nouvelle-Zélande, 

is de SOO pieda. 

3 Lambertiana Dougl. , dans la région nord'^uest de TA- 

^rique, 240-220 {neda. 

caria exceisa R. Brown , ou Gupreisus eolumnaris For- 

)r , dans me de Norfolk et sur les rochers environ- 

ints, 470*240 pieds. Les six espèces d'Araucaria connues 

squ'à ce jour se divisent , selon Endlicher , en deux 

oupes. 

4'> Le groupe américain du Brésil et du Chili (Araucaria 

asiliensisRich., entre 4ft« etïS^" lat. sud, et A. imbri- 

ita Pavon, entre aS*» etftO* lat. sud. Hauteur de TA. imbri- 

ita 220<2AA pieds. 

2"" Le groupe austral (Araucaria Bidwilli Hook. et A. 

unntnghami Ait. , sur la côte orientale de la Nouveile- 

oUande, A. excelsa des îles Norfolk et A. Gookii R. Brown 

BlaNouvelle4]!alédonie). Corda, Presl, Gœppert etEndli- 

tier ont é^ii déeouvwt cinq espèces d'Araucaria antédilu- 

iennes dans le lias, la cmiQ et le charbon brun (Endlicher, 

'mifwm foisilêSy p. 804). 

us Dougiasii Sab., dans les vallées des montagnes Ko- 



1 



192 DE LÀ PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

cheuses et sur le Rio Golumbia (i3''-52'' lat. nord). L'excel- 
lent botaniste écossais, dont cet arbre porte le nom, périt 
en \ 833 d'une mort effroyable, en cueillant des plantes dans 
une des îles Sandwich, à son retour de la Nouvelle-Califor- 
nie. Il tomba par inadvertance dans une fosse où s'était 
précipité, peu de temps auparavant , un de ces taureaux re- 
devenus sauvages , qui sont toujours prêts au combat . Ce 
voyageur a mesuré exactement et décrit un tronc de P. Dou- 
glasii qui avait 54 pieds de diamètre^ à 3 pieds du sol, et 
230 pieds de hauteur (245 pieds anglais). Voy. Journal of the 
royal Institution (1826, p. 325). 

Pinus trigona Rafinesque, sur la pente occidentale des monta- 
gnes Rocheuses, décrit dans l'ouvrage de Lewis et de Clarke : 
Travels io the source of the Missouri River and across the 
American Continent to the Pacific Océan (4804-6), 1844, 
p. 456. Ce pin gigantesque a été mesuré avec un grand 
soin; la circonférence des troncs, à six pieds au-dessus du 
sol , était parfois de 36 à 42 pieds. On en a trouvé un qui 
avait 282 pieds de haut (300 pieds anglais) , et sur lequel 
on a compté 480 pieds, jusqu'à la naissance des bran- 
ches. 

Pinus Strobus, que l'on rencontre dans la partie orientale des 
États-Unis d'Amérique , surtout en deçà du Mississipi , mais 
qui se retrouve aussi dans les montagnes Rocheuses, depuis 
la source du Rio Columbia jusqu'au montHood, entre 43* et 
54'' lat. nord. En Europe, on l'appelle Lord Wheymouih's 
Fine, dans rAmérique du Nord, White Fine, Ordinairement 
cetarbre n'a que de 4 50 à 4 80 pieds; mais dans le New-Hamp- 
shire, on en a vu plusieurs de 235 à 250 pieds (Dwi^t , 
Travels^ t. I, p. 36; Emerson, Report <m the trees and 
shrubs growing naturally in the forests of Massachusetts, 
4846, p. 60-66). 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIOKS. 193 

Séquoia gigantea Ëndl. ( Condylocarpas Sal. ) de la Nouvelle- 
Californie, haut de plus de 280 pieds, comme le Pinus tri- 

gona. 



La nature du sol, les circonstances de chaleur et 
d'humidité, dont* dépend la nourriture des plantes, 
favorisent sans doute le développement et la multipli- 
cation des individus, dans une espèce déterminée; 
mais la hauteur gigantesque à laquelle s'élèvent cer- 
taines tiges, au milieu de beaucoup d'autres espèces voi- 
sines et appartenant au même genre, n'est pas l'effet 
du sol ou du climat. Cet effet tient, dans le règne végétal 
comme dans le règne animal , à une organisation spé- 
cifique, à des dispositions intérieures qui viennent de 
la nature même. La plante qui forme le contraste le 
plus frappant avec l'Araucaria imbricata du Chili 
ou avec le Pinus Douglasii du Rio Columbia et le Sé- 
quoia gigantea de la Nouvelle-Californie, haut de 230 
à 280 pieds, n'est pas le Salix arctica qui, rabougri ce- 
pendant par l'effet du froid ou par la hauteur à laquelle 
il vit sur les montagnes, ne s'élève pas à plus de deux 
pouces ; c'est une petite phanérogame qui croit sous le 
beau climat des régions tropicales situées au delà de l'é- 
quateur, dans la province brésilienne de Goyaz. Le Tri- 
sticha hypnoides qui, bien que ressemblant à une mousse, 
appartient à la famille monocotylédonée des Podosté- 
mées , atteint à peine une hauteur de trois lignes. 
« En traversant le Rio Claro, dans la province de Goyaz, 

II. 17 



104 DK LÀ PmrSIÔNOM» t>ES PLANTKS. 

dit un excellent observateur, M. Auguste de Saint- 
Hilaire, j'aperçus sur une pierre une plante dont la tige 
n'avait pas plus de trois lignes de haut, et que je pris 
d'abord pour une mousse. C'était cependant une plante 
phanérogame , le Tristicha hypndides, pourvue d'orga- 
nes sexueli, comme noi Chteei et les arbres gigantes- 
ques qui à Tentour élevaient leurs cimes majestueu- 
ses. » (Auguste de Saint-Hilaire , Morphologie végétale , 
1840, p. 98.) 

Après la hauteur du tronc , c'est la longueur, la lar- 
geur et ia disposition des feuilles ou des fruits , ce sont 
les branches dressées presque verticalement ou hori- 
zontales et déployées en parasol , ce sont les dégrada- 
tions de la couleur, depuis le vert tendre ou argenté, 
jusqu'au brun noirâtre , qui contribuent le plus à don- 
ner aux Conifères la physionomie qui leur est propre. 
Les aiguilles du Plnus Lambertiana de Douglas , dans 
TAmérique du nord-ouest, ont 5 pouces de long ; celles 
du Pinus excelsa de Wallich , sur la pente méridionale 
de l'Himalaya , près de Katmandu , 7 pouces ; celles 
du Pinus longifolia de Roxburgh, sur les montagnes de 
Caschmir, plus de IS pouces. Souvent aussi, parTeifet 
de la nourriture que fournissent l'air et le sol, et des 
hautes régions habitées par les Conifères, les aiguilles 
subissent, dans une même espèce, des modifications 
considérables. J'ai examiné toutes les variations de Ion- 
gueur par lesquelles passent les aiguilles de notre Pin 
commun, Pinus silvestris, sur une étendue de 80 degrés 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 195 

de longitude, ou de plus de 2000 lieues, c'est'-àrdire 
en allant ^de l'ouest à Test à travers l'Europe et TAsie 
septentrionale, depuis Temboucbure de TEscaut jus- 
qu'à Bogoslowsk, dans le nord deTOural, et àBarnaoul, 
au delà de TObL La différence est telle que souvent , 
trompé par la petitesse et la roideur des aiguilles, 
on croit voir apparaître subitement une autre espèce 
de Pin, le Pin des montagnes, Pinus rotundata de Link 
(Pinus uncinata Ram.) . Ces variétés, ainsi que Link Ta re- 
marqué déjà très-judicieusement (Z4fii»4?a, t. XV, 1841 , 
p. 489), servent de transition au Pinus sibirica de Le- 
debour, qui croit sur rAltaï. 

Dans les hautes plaines du Mexique, j'ai vu avec un 
plaisir singulier le feuillage délicat mais trop peu per*- 
sistantde TAhuahuete (Taxodium distichum Rich. Cu- 
pressus disticha Linn.)f dont la teinte verte réjouit les 
yeux. Cet arbre, qui atteint en se gonflant une épaisseur 
considérable, et dont le nom aztèque signifie tambour 
d'eau ( de atly eau, et huehetl, tambour), vit dans ces 
régions tropicales à une hauteur de 5400 à 7200 pieds 
au-dessus de la mer, tandis qu'aux États-Unis il des-> 
cend dans les plaines marécageuses de la Louisiane (Cy- 
press Swramps) jusqu'à 43"^ de latitude. Dans les États 
méridionaux de l'Amérique du Nord, ainsi que sur le 
plateau du Mexique , le Taxodium distichum ou Cy- 
près chauve atteint près du sol , avec une hauteur de 
120 pieds > l'épaisseur prodigieuse de 30 à 37 pieds de 
diamètre (Emerson, Report on the Forests, p. 49 



196 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

et 101). Les racines de cet arbre offrent en outre le 
phénomène surprenant d'excroissances ligneuses qui, 
tantôt coniques et arrondies, tantôt planes comme la 
surface d'une table, forment une éminence de 3 à 4 pieds 
et demi au-dessus du sol. Des voyageurs ont comparé 
ces excroissances, dans les endroits où elles sont en 
grand nombre , aux tables funéraires des cimetières Is- 
raélites. M. Auguste de Saint-Hilaire dit très-ingénieu- 
sement : « Ces excroissances du Cyprès chauve, res- 
semblant à des bornes, ^peuvent être regardées comme 
des exostoses, et comme elles vivent dans Tair , il s'en 
échapperait sans doute des bourgeons adventifs , si la 
nature du tissu des plantes conifères ne s'opposait au 
développement des germes cachés qui donnent nais- 
sance à ces sortes de bourgeons. » (Morphologie végé- 
tale, p. 91.) Les racines des Conifères témoignent d'ail- 
leurs d'une vitalité très-puissante par la formation des 
bourrelets ligneux (Umvallen) , phénomène qui a sou- 
vent attiré l'attention des botanistes physiologistes, 
et parait ne se présenter que très-rarement chez les 
autres dicotylédones. Les souches de Sapins qu'on 
laisse subsister après la coupe des arbres, produisent 
encore pendant de longues années, sans pousser 
ni branches ni feuilles , de nouvelles couches con- 
centriques, et croissent toujours en épaisseur. Un bota- 
niste recommandable» Gœppert, croit que ce phénomène 
résulte uniquement de l'alimentation fournie par les 
racines, et que la souche reçoit sa nourriture de quelque 



ÉGLÀIRCISSEMBNTS ET ADDITIONS. 197 

arbre de môme espèce situé dans le voisinage. li 
suppose par conséquent que les racines de Tarbre 
couvert de feuilles se confondent organiquement avec 
celles de Tarbre coupé ( Gœppert , Beobachtungen 
ûber dos sogenannte Umwallen der Tannenstœcke, 1S42, 
p. 12). Kunth, dans son excellent Lehrbuchder Botanik 
(]r part., p. 143 et 166), se montre contraire à cette 
explication d'un phénomène qui était déjà vaguement 
connudeThéophraste(flt5^. p/an^.,1. IIi,c. va, p. 59 et 
60, éd. Schneider). Selon Kunth,la formation des bour- 
relets ligneux est un phénomène analogue à l'intro- 
duction progressive des plaques de métal, des clous, des 
chiffres gravés et même des bois de cerf dans Tintérieur 
du bois. Le tissu formé de cellules délicates et con- 
tenant une liqueur visqueuse, connue sous le nom de 
cambium , et qui seul produit les formations nouvelles, 
continue, sans avoir aucune relation avec les bourgeons, 
à déposer de nouvelles couches de bois sur la couche 
extérieure. 

La coïncidence indiquée plus haut entre la hauteur 
^olue du sol et les latitudes géographiques ou iso- 
thermes, se manifeste souvent lorsque Ton compare la 
v^étation arborescente de la partie tropicale des Andes 
avec la végétation des côtes nord-ouest de l'Amérique 
ou celle qui borde les lacs du Canada. Darwin et Claude 
Gay firent la môme observation dans l'hémisphère aus- 
tral, lorsqu'ils passèrent des hautes plaines du Chili dans 
b Patagonie orientale et dans l'archipel de la Terre de 



•• 



198 DR LA PHTSTONOMIX DIS PLAMTBS. 

Feu, OÙ le Drymis Winteri, ainsi que les forêts de Fagus 
antarctica et de Fagus Forsteri couvrent de vastes es- 
paces de leur végétation uniforme, et s'étendent du nord 
au sud jusque dans les basses terres. Même en Europe, 
la loi qui règle, pour ce qui touche à la distribution des 
plantes, les rapports entre la hauteur des montagnes et 
la latitude géographique, n'offre que des exceptions peu 
importantes ; encore ces exceptions dépendent-elles de 
causes locales qui n'ont pas été jusqu'à ce jour suffi- 
samment approfondies. Je rappellerai les limites aux- 
quelle s'élèvent le Bouleau (Betula alba) et le Pin com- 
mun (Pinus silvestris) dans une partie des Alpes suisses, 
sur le Grimsel. Le Pinus silvestris atteint la hauteur de 
Ô940 pieds ; le Betula alba monte jusqu'à 6480. Au-dessus 
du Bouleau règne un étage de Ceinbrots (Pinus cembra) 
dont la limite supérieure est à 6890 pieds. Le Bouleau 
se trouve donc placé , sur ces montagnes , entre deux 
zones de Conifères. D'après les excellentes observations 
de Léopold de Buch et les dernières recherches de 
M. Martîns, qui a exploré aussi des pics de montagnes, 
voici quelles sont à l'extrémité de la Scandinavie, en 
Laponie , les limites des arbres : le Pin s'avance 
jusqu'à 70% le Betula alba jusqu'à rO"" 40", le Betula 
nana jusqu'à 7V; le Pinus cembra manque totale* 
ment en Laponie (Unger, Ueber den Einftuss der 
Bodens auf die Vertheilung der Gewàchse, p. 200; 
Lindblom, Adnot. in geographicam plantarutn tii- 
tra Sueciam distributionem, p. 89; Martins, dans 



iCLAiRCissBuxim tr additions. 199 

les Annaiêê ifis Sdeneet natureUeSj t. XYIII, 1842, 
p. 195). 

Si la longueur et la position des feuilles aciculées 
servent à déterminer la physionomie des Conifères, ces 
arbres sont mieux caractérisés encore par les différen- 
ces spécifiques que présente le plus ou le moins de 
largeur des aiguilles et par le développement du 
parenchyme dans les organes appendiculaires. On 
peut presque dire que plusieurs espèce^ d'Ephedra sont 
dépourvues de feuilles; mais dans les Taxus, les Arau* 
caria, les Dammara ou Agathis, dans les Salisburia 
adiantifolia de Smith (Gingko biloba Linn. ), la sur- 
face des feuilles va en s'élargissant toujours de plus en 
plus. J'ai classé ces genres dans Tordre qu'ils doi- 
vent occuper au point de vue morphologique. Les noms 
d'espèces choisis originairement par les botanistes sup- 
posent qu'ils les distribuaient d'après les mêmes carac- 
tères. Le Dammara orientalis de Bornéo et de Java, qui a 
souvent 10 pieds de diamètre, a été désigné d'abord sous 
lenomde D. loranthifolia ; leDammara australis de Lam- 
bert,qui croit à la Nouvelle^Hollande et s'élève à 1 40 pieds , 
était distingué autrefois par l'épithète de zamiœfolia. 
Deux espèces n'ont pas d'aiguilles, mais bien « folia al- 
« tema oblongo-lanceolata, opposita, in arbore adultîore 
« ssBpe alterna , enervia, striata. » Le revers des feuilles 
est couvert d'un grand nombre de stomates. Ces gra- 
dations du système appendiculaire qui, partant des der- 
nières limites de la contraction, arrive à un développe- 



200 DB LA PHYSIONOMIE DBS PLANTES. 

ment considérable, sont, comme tout ce qui passedu sim- 
ple au composé, également intéressantes, soit que l'on 
s'attache à la morphologie, soit que Ton envisage la phy- 
sionomie des végétaux (Link, Urwelty l^ part., 1834, 
p.201-21 1). La feuille du Salisburia (le Gingko de Ksemp- 
fer) , large, fendue et supportée par de courts pétioles, n'a 
de stomates respiratoires qu'à sa partie inférieure. La 
patrie originaire de cet arbre est encore inconnue. D 
passa de très-bonne heure des jardins sacrés des Chi- 
nois dans ceux des Japonais, par suite des relations qui 
existaient entre les diverses congrégations bouddhistes. 
Lorsque, après nous être embarqués dans Fun des 
ports de la mer du Sud, nous traversâmes le Mexique 
pour revenir en Europe, je fus témoin de l'impression 
lugubre et de Tanxiété que l'aspect d'une forêt de 
Sapins produisit, près de Chipanzingol, sur l'un de nos 
compagnons de voyage. Né à Quito, sous Téquateur, 
il n'avait jamais vu de Conifères Ces arbres lui parais- 
saient sans feuilles , et comme nous suivions la direc- 
tion du nord, il croyait déjà voir dans l'extrême con- 
traction des organes appendiculaires l'efEet d'appau- 
vrissement produit par le voisinage du pôle. Le 
voyageur dont je rapporte ici les émotions , et dont 
M. Bonpland et moi ne pouvons prononcer le nom 
sans regret , était un jeune homme excellent , fils du 
marquis de Selvalegre, don Carlos Montu&r, qui, 
quelques années après , entraîné par son noble et ar- 
dent amour de la liberté, prit part au soulèvement des 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 201 

colonies espagnoles, et alla courageusement au-de- 
vant de la mort. 

Note 24, page 29. 

POTHOS; ÀROÏDÉES. 

Le Caladium et le Pothos sont des formes particu- 
lières au monde tropical ; les espèces du genre Arum 
appartiennent plutôt à la zone tempérée. L'Arum itali- 
cum, l'Arum Dracunculus et TArum tenuifolium pé- 
nètrent jusqu'en Istrie et dans le Frioul. On n'a pas 
encore découvert de Pothos en Afrique. Les Indes 
orientales ont quelques espèces de ce genre, telles que 
le Pothos scandons et le Pothos pinnata; mais ces 
plantes y sont moins belles et d'une végétation moins 
vigoureuse que les Pothos américains. Nous avons dé- 
couvert près du couvent de Caripe, à l'est de Cu- 
mana, une belle Aroîdée vraiment arborescente, le Ca- 
ladium arboreum, dont la tige a de 15 à 20 pieds 
de haut. Palisot de Beauvois a trouvé un Caladium 
très-curieux, le Culcasia scandons, dans le royaume 
de Bénin {Flore d'Oware et de Bénin ^ t. I, 1804, 
p. 4, pi. III ). Dans la forme des Pothos, le parenchyme 
est parfois tellement tendu que la surface de la feuille 
se déchire, comme dans le Calla pertusa de Kunth ( le 
Bracontium pertusum de Jacquin), que nous avons re- 
cueilli en parcourant les forêts situées autour de Cu- 
maha. C'est sur les Aroïdées que l'on a observé pour 



202 DE LA PHYSIONOMIE DIS PLANTES. 

la première fois le singulier phénomène de la chaleur 
fébrile que certaines plantes dégagent pendant le dé- 
veloppement de Leurs parties florales, chaleur appré- 
ciable au thermomètre et qui se rattache à une aug- 
mentation considérable et temporaire dans l'absorp- 
tion de Toxygène atmosphérique. Lamarck remarqua , 
en 1789, une élévation de température dans F Arum 
italicum. D'après les observations de Hubert et de Bory 
de Saint-Yincent, la chaleur vitale de TArum cordifo- 
Hum monte , dans llle de France, à 36" et jusqu'à 39", 
lorsque la température de Tair ambiant n'est que de 1 5^,2. 
En Europe même, Becquerel et Breschet ont trouvé une 
différence de 17^ et demi. Dutrochet a observé dans 
ces plantes un paroxysme , une augmentation et une 
diminution alternatives qui, l'une et l'autre, atteignent 
leur maximum pendant le jour. Théodore de Saussure 
remarqua des élévations de température analogues, 
mais qui ne dépassaient pas la moitié ou les quatre cin- 
quièmes d'un degré Réaumur, dans d'autres familles 
de plantes , par exemple chez le Bignonia radicans et 
le Cucurbita Pepo. Le Cucurbita Pepo présentait ea 
outre cette particularité qu'en se servant d'un thermo- 
scope très^sensible, on trouvait Faccroissement de tem- 
pérature plus élevé dans la plante mâle que dans la 
plante femelle. Le savant Dutrochet , mort prématu- 
rément après tant de services rendus à la physiologie 
végétale et à la physique, a également trouvé, à l'aide 
de multiplicateurs thermo-magnétiques, une chaleor 



iCLÀIRClSftmBNTt BT ADDITIONS. 203 

vitale de O*»,! à 0^,8 Réaumur, dans un grand nombre 
de jeunes plantes, dans TEuphorbia Lathyris, le Lî- 
lium candidum , le Papaver somniferum , et même , 
parmi ie^ Champignons, dans plusieurs esptees d'Agarics 
et de Lycoperdons. Cette chaleur disparaissait la nuit, 
mais jamais le jour, pas même lorsque la plante était 
placéedansun lieu MombreiComptes rendue de l' Académie 
iê8 teienees, t. VIII, 1839, p. 454; t. IX, p. 614 et 781). 
Le contraste qu'oflbe la physionomie des Casuarinées, 
des Conifères et des CoUetia du Pérou, presque entiè- 
rement dépourvues de feuilles, avec celle des Pothos ou 
Afoïdées, devient encore plus frappant lorsqu'on com<> 
pare ces types, dans lesquels le feuillage atteint les der- 
nières limites de la contraction , avec les Nymphéacées 
et les Nélumbonées. Ici, comme dans les Aroïdées, 
nous retrouvons sur de longs pétioles charnus et 
gonflés de sève , des feuilles formées d'un tissu cel- 
lulaire plus large. Telles sont le Nymphœa alba , le 
Nymphœa lutea , le Nympheea thermalis , appelé au- 
trefois Nymphsea lotus , qui croît dans les eaux ther- 
males de Peeze, près de Grosswardein en Hongrie, les 
espèces du genre Nelumbo, TEuryale amazonica de 
Pœppig, et enfin le Victoria Regina, découvert, en 1837, 
par Sir Robert Schomburgk, dans la rivière Berbice, qui 
traverse la Guyane anglaise. Cette admirable plante 
aquatique a de Tafflnité avec TEuryale épineuse , bien 
qu^elle appartienne, selon Lindley, à un genre tout dif- 
férent. Ses feuilles rondes ont de 5 à 6 pieds de dia- 



204 DE LA PHYSIONOMIE DBS PLANTES. 

mètre , et sont entourées par un rebord élevé de 3 à 
5 pouces , d'un vert clair à Tintérieur et d'un rouge 
éclatant en dehors. Les fleurs, qui exhalent un parfum 
agréable et se trouvent parfois réunies sur un petit es- 
pace au nombre de 20 ou 30, ont 14 pouces de diamè- 
tre, sont blanches et roses et contiennent plusieurs 
centaines de pétales (Robert Schomburgk, Reisen in 
GuiafMj 1841, p. 233). Pœppig donne aussi aux feuilles 
de son Euryale amazonica, qu'il trouva près de Tefé, un 
diamètre de ô pieds 8 pouces (Pœppig , Reise in Chili, 
Peru und auf dem Amazonenstrome , t. U , 1836, 
p. 432). Si les feuilles de TEuryale et du Yictoria pré- 
sentent, dans toutes les dimensions, le plus grand dé- 
veloppement du parenchyme, c'est dans la Gytinée pa- 
rasite, découverte à Sumatra en 1818 par le docteur 
Arnold, que la fleur atteint les proportions les plus gi- 
gantesques. Le Rafilesia Arnoldi de R. Brown a une 
fleur sans pédoncule, dont le diamètre atteint près de 
3 pieds , et qui est entourée de grandes écailles fo- 
liacées. Elle a, conmie les champignons, une odeur ani- 
male qui rappelle la chair de bœuf. 

Note 25, page 29. 

LIANES, PLANTES GRIMPANTES (EN ESPAGNOL VEJDCOS). 

D'après la division établie par Eunth dans les Baa- 
binées, le genre Bauhinia proprement dit appartient au 
nouveau continent. Le Bauhinia d'Afrique (Bauhinia 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 205 

rufescensLam.) est le Pauletia de Cavanilles, genre dont 
nous avons trouvé quelques espèces nouvelles dans 
rÀmérlque du Sud. Les Banisteria, de la famille des Mal- 
pigbiacées, sont aussi, à proprement parler, une forme 
américaine.On en trouvecependantdeux espèces dansles 
Indes orientales, et une troisième , décrite par Cavanilles 
sous le nom de Banisteria leona, est originaire de TÀfri- 
que occidentale. Sous les tropiques et dans l'hémisphère 
méridional , on rencontre des espèces rangées parmi 
les familles les plus différentes, mais appartenant toutes 
néanmoins aux plantes rampantes ou grimpantes, 
qui rendent les forêts si impénétrables aux hommes, 
d'un séjour au contraire si commode et si accessible 
pour les Quadrumanes , les Gercoleptes et les Chats ti- 
gres. Grâce aux Lianes, des troupes d'animaux vi- 
vant en société , peuvent passer d'un arbre à l'autre, 
escalader rapidement les branches les plus élevées et 
traverser les ruisseaux. 

De même que dans le midi de l'Europe et dans TA- 
mérique du Nord, le Houblon, parmi les Urticées, et les 
espèces du genre Yitis, parmi les Ampélidés, appartien- 
nent aux Lianes; il existe sous les tropiques des Grami- 
nées rampantes et grimpantes. Nous avons vu sur les 
hautes plaines de Bogota^ dans le passage de Quindiu 
et dans les bois de Cinchona, qui entourent Loxa , 
notre Chusquea scandons, Bambusacée voisine du 
Nastus, enlacer de vastes troncs d'arbres sur lesquels 
s'épanouissaient les fleurs éclatantes des Orchidées. Le 

II. 18 



Î06 DK LA PST6I0N0MII DIS PLAlITBft. 

bambusa scandonfi (TJankorreh) , que Bliime a trouvé à 
Java , appartient probablement av Nastus ou au Ghua* 
quea de la famille des Graminées , le Carrizo das colons 
espagnols. Les plantes grimpantes m'ont paru manquer 
totalement aux forêts de Sapins du Mexique; mais dans 
la Nouvelle-Zélande on voit, près d'une Smilaoée (Ri'' 
pogonum parviflorum Rob. Brown),*qui rend les bois 
presque impénétrables , une Pandanée odorante , le 
Freycinetia Banksii , s'enlacer au tronc d'une Conifère 
haute de 200 pieds , du Podooarpus dacryoidee de Ri- 
chard , appelé Kakikatea dans la langue du paya (Er«* 
nest Dieifenbach, Traveh in New Zeeland, 1843, 1. 1, 
p. 426). 

Avec les Graminées et les Pandanées grimpantes 
contrastent les fleurs éclatantes et bigarrées des Passi- 
flores dont nous avons trouvé une espèce arborescente 
et droite (Passiflora glauca), dans les Andes de Popa- 
gan , à 9840 pieds au-dessus de la mer, les fleurs des 
Bignoniacées, des Mutisia, des Asltrœmeria, des Ur- 
villœa et des Aristoloches. Parmi les dernières , notre 
Aristolochia cordata a un calice couleur de pourpre de 
16 pouces de diamètre : « flores gigantei , pueris mitr» 
« instar inservientes. » Plusieurs de ces plantes grim- 
pantes doivent à la forme quadrangulaire de leur tige, 
aux aplatissements qui ne sont produits par aucune 
pression extérieure, à leurs ondulations de droite et 
de gauche, une physionomie singulière. Les sillons 
du corps ligneux, dans les Bignonia et les Banis- 



ÉCLA1RCIS8I1IBNTS ET ADDITIONS. 207 

teria, ainsi que les crevasses qui font pénétrer l'é- 
c(H*C6 à une grande profondeur, présentent^ lorsqu'on 
coupe transversalement la tige de ces Lianes, des figu- 
res en forme de croix ou des espèces de mosaïques. 
On peut en voir le dessin très-exact dans le C(mrs de 
botimiqfêe d'Adrien de Jussieu ( p. 77^79 ^ fig. 106-108). 

Note 26 , page 30. 

ÀLOJBS. 

A ce groupe végétal, caractérisé par l'uniformité de sa 
physionomie, appartiennent le Tucca aloifolia, qui s'a* 
vance au nord jusqu'à la Floride et à la Caroline du sud, 
le Tucca angustifolia deNuttal, qui s'étend dans la même 
direction jusqu'aux bords du Missouri , l'Aletris arbo^ 
rea » le Dragonier des lies Canaries et deux autres Dra- 
cœna de la Nouvelle-Zélande, des Euphorbes arbores- 
centes et TAloé dichotoma de Linné, qui formait au* 
trefois le genre Rhipipodendron de Willdenow , enfin 
le célèbre Koker-boom qui, sur un tronc de 20 pieds 
de haut et de 4 pieds d'épaisseur , supporte une cou- 
ronne dont la circonférence atteint 400 pieds (Pat- 
terson , Reisen in dos Land der Hottentotten, p. 55). 
Les formes que je viens de réunir ici appartiennent à 
des familles très-diverses : aux Lil lacées , aux Aspho- 
délées , aux Pandanées , aux Amaryllidées , aux Eu- 
phorbîacées. Toutes ces familles, cependant, excepté la 
dernière, ont cela de commun qu'elles font partie de la 



n 



208 DB LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

grande classe des Monocotylédones.Nous avons trouvé 
dans la Nouvelle-Grenade , sur les rives du Rio Magda- 
lena, une Pandanée, le Phytelephas macrocarpa de Ruiz, 
que ses feuilles pinnées font ressembler tout à fait à 
un petit Palmier. Le Tagua, c'est le nom indien de 
cette plante, est d'ailleurs jusqu'ici , selon la remarque 
de Kunth , la seule Pandanée du nouveau continent. 
Le Doryanthes excelsa, de la Nouvelle-Galles du sud, 
plante singulière, décrite pour la première fois par un 
observateur pénétrant, Correa de Serra, et qui, avec une 
tige d'une hauteur considérable, a le port d'un Agave, 
est une Àmaryllidée, comme nos humbles Narcisses et 
nos Jonquilles. 

Il ne faut pas, chez les Aloès en candélabres, con- 
fondre les ramifications du tronc avec les tiges florales. 
Ce sont ces tiges qui donnent à l'Àloès américain (Agave 
americana, ou Maguey de Gocuyza ), plante entière- 
ment absente du Chili, et au Yucca acaulis (Maguey 
de Cocuy), l'apparence d'un candélabre, lorsque se 
produit l'inflorescence gigantesque de ces plantes, 
phénomène qui, comme on sait, passe trop rapide- 
ment. Quelques Euphorbes arborescentes doivent ce- 
pendant leur physionomie particulière à la disposi- 
tion de leurs branches. Lichtenstein, dans l'ouvrage 
intitulé Reisen in Sûdlichen Africa (P* part., p. 370), 
décrit avec beaucoup de vivaché l'impression que lui 
fit éprouver sur le petit cap de la rivière de Chamtoos, 
près du cap de Bonne-Espérance, l'aspect d'un Eu- 



ÉCLAIRCISSEMSNTS ET ADDITIONS. 209 

torbia officinarum. L*arbre était tellement symétri- 
le dans toutes ses parties , que jusqu'à une hauteur 

30 pieds , la même forme de candélabre se repro- 
isait en petit à chaque ramification. Toutes les bran- 
3s étaient hérissées d'épines aiguës. 
Les Palmiers , les Tucca, les Àloès , les Fougères à 
ite tige et les Theophrasta, quand on peut les voir 
is tout le luxe de leur végétation, présentent aux 
:ards un certain air de famille, par leur tige sans 
inches et l'élégante parure de leur couronne, si 
'érente que puisse être d'ailleurs la structure de leurs 
ties florales. 

jB Melanoselinum decipiens de Hof&nann, haut quel- 
^fois de 10 à 12 pieds, et qui a été transporté de l'île de 
1ère dans nos jardins, appartient à un groupe dis- 
it d'Ombellifères arborescentes, voisines d'ailleurs des 
iliacées , et auxquelles se rattacheront certainement 
nouvelles espèces qui restent encore à découvrir. Le 
ula, l'Heracleum et le Thapsia atteignent aussi une 
teur considérable; mais ce ne sont que des plantes 
bacées. Le Melanoselinum est encore à peu près le 
l arbre ombellifère que l'on connaisse; leBupleu- 
i (Tenoria) fruticosum de Linné qui croît sur les riva- 
de la Méditerranée, le Bubon galbanum du Cap, le 
hmum maritimum des côtes d'Europe, ne sont 

des arbustes. Les régions tropicales, dans les- 
lies les plaines, ainsi qu'Adanson l'a remarqué au- 
3is avec beaucoup de justesse, sont presque totale- 



210 DB LA PHTSIOMOMIB DIS PL4NTX8. 

ment dépourvues d'Ombellifères et de CrudCères, nous 
ont montré sur les hautes croupes des Andes, dans 
rAmérique méridionale et au Mexique, les plus petites 
de toutes les Ombellifères. Sur 38 espèces que nous 
avons recueillies dans ces montagnes, à des hauteurs 
dont la température moyenne est au-dessous de lu" 
Réamnur, on trouve à 12 600 pieds le Myrrhis andicola, 
le Fragosa arctioïdes, et le Pectophytum pedunculare, 
qui adhèrent comme des mousses aux pierres ou à la 
terre gelée, et se confondent avec une espèce égale- 
ment naine de Draba alpestre. Les seules Ombellifères 
des tropiques que nous ayons observées dans les plûnes 
du nouveau continent sont deux espèces d'Hydroco- 
tyle (H, umbellata et H. leptostachya). Nous les avons 
rencontrées entre la Havane et Batabano, sur la limite 
extrême de la zone torride. 

Note 27 , page 34 . 

GRAMmSXS. 

Le groupe des Graminées arborescentes que Kunth a 
réunies sous le nom de Bambusacées, dans le grand 
ouvrage où il a décrit les plantes recueillies par 
M. Bonpland et par moi, est un des plus magnifiques 
ornements de la flore tropicale. Le mot bambu ou 
sous une autre forme fftambu existe dans la langue 
des Makis , mais M. Buschmann est d*avis qu'il s'y 
trouve pour ainsi dire isolé, car l'expression ordinaire 



ÉGLAIRCIBSBMINTS ST ADDITIONS. 211 

ur désigner ces tubes creux est plutôt buluh^ que 
n prononce wuluh ou vaulou à Java et à Madagascar, 
nombre des genres et des espèces dont ce groupe se 
[npose a été singulièrement augmenté par les soins 
s voyageurs. On a reconnu que le genre Bambusa 
mque complètement au nouveau continent, qui en 
anche a la possession exclusive des Chusquea et des 
adua gigantesques, hauts de ôO à 60 pieds, dont nous 
ns les premiers reconnu l'existence. 11 a été con* 
,é en outre que les Arundinaria de Richard existent 
is les deux continents, mais avec des différences spé- 
lues ; que le Bambusa et le Beeshade Rheede croissent 
s rinde et dans TArchipel indien , enfin que le Nas- 
se trouve à Madagascar et à Tile Bourbon. Si Ton ex- 
te le Chusquea qui grimpe à une hauteur considé- 
e, toutes ces formes se remplacent morphologique* 
it dans les diverses parties du monde. Dans Thémi- 
^re septentrional , à une grande distance de la zone 
ide, le voyageur salue avec joie, en visitant la vallée du 
lissipi , une forme de Bambou, TArundinaria macro- 
ma , autrefois appelée Miegia et Ludolfia . M .Gay a dé* 
^ert dans Thémisphère méridional, au Chili, entre le 
3t le 42* degré de latitude, une Bambusacée haute 
20 pieds ; c'est une espèce non encore décrite de 
squea, qui ne grimpe point et se soutient elle-même 
me un tronc d'arbre. Elle croit mêlée au Drymis 
insis , dans des forêts peuplées uniformément de 
is obliqua. 



212 DB LA PHYSIONOMIE DES PLANTAS. 

Tandis qu'iiux Indes orientales le Bambusa est si 
commun qu'à Mysore et à Oryssa on en mange la graine 
avec du miel, comme du riz (Buchanan, Joumey through 
Mysore, t. II, p. 341; Stirling^ dans les Asiatieal JRe^ 
searckesy t. XV,p.205),le Guaduaestau contraire fort rare 
dans l'Amérique méridionale, et nous n'avons pu nous 
en procurer des fleurs plus de deux fois en quatre ans: 
la première fois sur les bords solitaires du Gassiquiare, 
qui unit l'Orénoque au Rio Negro et au fleuve des Ama- 
zones, laseconde dans la provincede Popayan, entre Buga 
et Quilichao. Il est surprenant que quelques plantes, 
malgré une croissance des plus vigoureuses, ne peuvent 
fleurir dans certaines localités. C'est ce qui arrive à 
des Oliviers d'Europe plantés depuis des siècles sous 
les tropiques, près de Quito, à une hauteur de 9000 pieds 
au-dessus de la mer. L'Olea europsea ne fleurit pas 
davantage à l'Ile de France, non plus que les Noyers 
et les Noisetiers (Bojer, Hortus Mauritianus, 1837, 
p. 201). 

Puisque quelques Bambusacées ou Graminées arbo- 
rescentes pénètrent dans la zone tempérée, il est évi- 
dent qu'elles ne souffrent pas, sous la zone torride, du 
climat tempéré des montagnes. Néanmoins, en tant 
que plantes sociales, elles offrent une végétation plus 
vigoureuse entre la côte de la mer et une hauteur de 
2400 pieds, par exemple dans la province de la Esmeralda, 
à l'ouest du volcan de Pichincha, où le Guadua angustifo- 
lia (le Bambusa Guadua de nos Plantes éguinoxiales. 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 213 

, tab.xx) secrète au dedans de lui-même une grande 
iDtité de tabaschir siliceux, ou lait d'écorce, ensans- 
tvakkschira. Nous avons constaté à Taide de mesures 
^métriques que le Guadua s'élève , dans le défilé 
Andes de Quindiu, jusqu'à 5400 pieds au-dessus de 
mer. Bory de Saint- Vincent appelle avec raison 
(astus borbonicus une plante alpestre. D rapporte 
ï rîle Bourbon elle ne descend pas sur la pente du 
:an au-dessous de 3600 pieds. Ce phénomène de 
aines formes végétales qui, accoutumées à la chaleur 
a plaine, se retrouvent cependant sur des hauteurs 
ddérables, rappelle ce groupe de Palmiers des mon- 
les que j'ai déjà signalé plus haut, et qui comprend 
unthia montana, le Geroxylon andicola, l'Oreodoxa 
da, et un buisson de Musacées hautes de 15 pieds, du 
*e Heliconia ou peut-être du genre Maranta que j'ai 
\ isolées à 6600 pieds de hauteur, sur la Silla de Ga- 
5 ( Relation historique^ 1. 1, p. 605 et 606). De même 
la forme des Graminées, à l'exception .de quelques 
tylédones herbacées qui vivent isolément, compose 
énéral sur les cimes neigeuses la dernière zone des 
tes phanérogames, de même aussi on reconnaît, 
avançant horizontalement vers les régions polaires, 
la végétation des plantes phanérogames cesse avec 
rraminées. 

i géographie botanique doit à mon jeune ami 
ph Hooker qui, à peine de retour d'un voyage en- 
:\s avec Sir James Ross vers les régions glacées du 



214 DB LA PHTSIONOHIB DES PLANTBS. 

pôle iud, pénètre aujourd'hui daas l'Himalaya ti- 
béUia, non^MUlement une maase considérable de 
matériaux» itiaifl encore des résultats généraux d'une 
grande lmp<M^tance. Ainsi il nous fait remarquer que 
des plantes phanérogames^ les Graminées, s'avancent 
de 17"* 30' plus près du pôle nord que du pôle sud. 
Le Trisetum subspicatum qui, suivant toute la chaîne 
dés Cordillères du Pérou et des montagnes Rocheu^ 
ses, s'étend de là jusqu'à l'Ile Melville, au Groenland 
et à l'Islande, qui croit même sur les Alpes de la Suisse 
et du Tyrol, aussi bien que dans l'Altid, au Eamtschatka 
et dans l'Ile de Gampbeil, au sud de la Nouvelle-Zélande, 
se rencontré également dans les lies Falkland, de l'ar- 
chipel des Malouines, à côté de masses épaisses de Tus* 
soc, espèce de Graminée appelée par Forster Dactylis 
cœspitosa, et queKunth a rangée parmi les Festuca. Cette 
plante se trouve aussi dans la Terre de Feu, où elle croit 
à l'ombre du Fagus antarctica à feuilles de bouleau. Elle 
s'étend par conséquent depuis le 54* degré de latitude 
australe Jusqu'à 7î/^ 50' de latitude boréale, ce qui forme 
une zone de 127 degrés. « Few grasses, dit Joseph 
Hooker dans son Fhra antarctica (p. 97), hâve so wide 
a range as Trisetum subspicatum Beauv. , nor am I 
acquainted with any other Arctic species which is 
equally an inhabitant of the opposite polar régions. » 
Les lies du Shetland austral que le détroit de Brans- 
fleld sépare de la Terre de Louis-Philippe, découverte 
par Dumont-d'Urville, et du volcan nommé Peak Had- 



iCLÀiRGISfiBMEMTB ET ADDITIONS. 215 

gtoD, haut de 6612 pieds (lat. 64^ n'), ont été explo- 
s récemment par un botaniste des États-Unis de 
nérique septentrionale, le docteur Eights. II y a 
ivé, probablement par GS^ ou 6S« 16^ de latitude aus^ 
3, une petite graminée, TAira antorctica (Hooker, 
i. plant. ^ t. II, tab. cl), qui est de toutes les 
ttes phimérogames découvertes jusqu'à ce jour la 
» voisine du pôle sud. « The most Antsrotic floweiv 
g plant hitherto discovered. h 
ms rile de la Déceptimi, qui fait partie du même 
ipe (lat. 620 5Q'^^ qq j^q trouve déjà plus de Graminées, 
; seulement des Lichens. C'^st ainsi que plus au sud- 
t, dans l'île de Gockburn (lat. M" 12') près de la 
) de Palmer, on n'a recueilli que des Lecanores, des 
iées et cinq espèces de Mousses parmi lesquelles notre 
im argenteum. Ces plantes paraissent être VUltima 
'e de la végétation antarctique ; plus au sud, les cryp* 
nés terrestres viennent aussi à manquer, flooker n'a 
trouvé aucune trace de vie végétale dans une petite 
:uée vis-à-vis du montHerschel, au milieu du golfe 
é parla terre de Victoria (lat. 71*» 49^), non plus que 
rile Franklin, située à 38 lieues au nord du volcan 
us, qui s'élève à 11 603 pieds (lat. aust. 76'7*). Ceux 
ed'entreles végétaux qui possèdentune organisation 
complète, sont répartis tout difiéremment dans les 
)s contrées du nord. Là les Phanérogames s'avan- 
à 18"* 30' plus près du pôle que dans l'hémisphère 
1. L'Ile de Walden, située sous 80* 30' de latitude 



216 DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

nord, a encore dix espèces de phanérogames. A égale 
distance des pôles , la végétation phanérogame antarc- 
tique est plus pauvre en espèces. Ainsi, l'Islande a cinq 
fois plus de phanérogames que le groupe méridional 
des îles Auckland et des îles de Campbell ; mais la vé- 
gétation antarctique, plus uniforme, a en revanche, 
grâce à certaines influences de climat, plus de sève et 
plus de vigueur (comp. Hooker, Flora antaretica^ 
p. VII, 74 et 215, avec Sir James Ross, Voyage in the 
Southern and Antarctic régions, 1839-1843, t. U, p. 335- 
342). 

Note 28 , page 31 . 

FOUGÈRES. 

Si , d'accord avec un homme profondément versé 
dans la connaissance des plantes agames, le docteur 
Klotzsch,nous évaluons à 19 000 le nombre des espèces 
de cryptogames décrites jusqu'à ce jour, les Champi- 
gnons doivent figurer dans cette somme pour 8000, 
dont 4 est composé d'Agarics; les Lichens pour 1400 au 
moins, d'après J. de Flotow de Hirschberg et Hampe 
de Blankonbourg ; les Algues pour 2580 ; les Mousses 
et les Hépatiques pour 3800, suivant Charles Muller 
de Halle et le docteur Gottsche de Hambourg; les 
Fougères pour 3250. Nous devons ce dernier et très- 
important résultat aux recherches spéciales de M. le pro 
fesseur Kunze, de Leipzig. Une chose surprenante, c'est 
que sur le nombre de 3250 espèces, la famille des Pc- 



ÉGLAIRGlSSBMfiNTS ET ADDITIONS. 217 

)0(iiacées en renferme à elle seule 2165, tandis que 
utres formes, les Lycopodiacées même et les Hymé- 
phyllacées, n'en comptent que 350 et 200. Tou- 
rs est-il que Ton connaît presque autant de Fougè- 
que de Graminées. 

1 y a lieu de s'étonner que les écrivains classiques 
l'antiquité, Théophraste, Dioscoride, Pline, n'aient 
lalé nulle part cette belle forme arborescente des 
igères, tandis qu'il est fait mention, d'après les récits 
mdus par les compagnons d'Alexandre, Àristobule, 
;asthènes et Néarque, des Bambous, « quse fissis inter- 
iis lembi vice vectitabant navigantes , » des arbres de 
ie, « quarum folia non minora clypeo sunt, » du 
lier qui reprend racine par ses branches , et des 
aiers, « tantse proceritatis, ut sagittis superjici ne- 
mt. »(Humboldt, deDistributioneGeographicaPlan- 
w , p. 178 et 213.) Je trouve la première descrip- 
des Fougères arborescentes dans VHistoria de las 
as d'Oviedo(lô35, fol. xc). «Parmi la multitude des 
jères, dit ce voyageur envoyé à Haïti par Ferdi- 
[ le Catholique en qualité de directeur des lavages 

il y en a une que je mets au nombre des arbres, 
3 qu'elle est aussi épaisse et aussi grande qu'un 
( Helechos que yo cuento por ârboles, tan grue- 
îomo grandes pinos y muy altos). Ces Fougères 
sent particulièrement sur les montagnes et dans les 

où il y a beaucoup d'eau. » Oviedo exagère la 
mr des Fougères arborescentes. Dans les forêts 
I. 19 



21S Di u nrrsKmomv bis puntu. 

profondes qui environnent Caripe, notre Cyathea spe- 
ciosa lui-même n'atteint que 30 à 35 pieds ; et un 
excellent observateur, M. Ernest Dieffenbach, n'a pas 
trouvé de tiges de Cyafhea dealbata qui dépassassent 
40 pieds, dans la plus septentrionale des trois îles de 
la Nouvelle-Zélande. Nous avons vu auprès des Missions 
des Chaymas, dans les profondeurs des plus sombres 
forêts, des Cyatliea speciosa et des Meniscium très- 
sains et très-bien développés, dont les troncs écaillenx 
étaient couverts d'une poudre charbonneuse et lustrée. 
Ce phénomène paraissait tenir à une décomposition 
particulière des parties fibreuses dont les anciens pé- 
tioles étaient formés (Humboldt, Relation historique, 
t. I, p. 437). 

Entre les tropiques, sur le penchant des Cordil- 
lères , où tous les climats semblent superposés les uns 
aux autres comme des couches distinctes , la véritable 
zone des Fougères arborescentes est entre 3000 et 
5000 pieds au-dessus de la mer. Quelquefois, mais ra- 
rement, dans l'Amérique du Sud et sur le plateau du 
Mexique, elles se rapprochent des plaines brûlantes jus- 
qu'à une hauteur de 1200 pieds seulement. La tempé- 
rature moyenne de cette zone fortunée est entre 17» 
et 14** 5'. Elle s'étend jusque dans les nuages qui sont 
le plus voisins de la mer et de la plaine , et par cette 
raison jouit à la fois et sans interruption d'une tempéra- 
ture uniforme et d'une grande humidité (Robert Brown, 
dans Expédition to Congo, App. p. 423). Les habitants 



ÉCLAiBCissmsirrs bt àsaxnax». 219 

rigine espagnole appellent cette zone « tierra tem* 
lada de los helechos. » Le nom des Fougères chez 
Arabes est feUdschun^ d'où les Espagnols ont fait 
^chosy d'après leur coutume de changer f en A. 
it-étre la dénomination arabe a-t-elle la même ra- 
3 que le verbe faladscha, il divise, rapport qui 
:plîquerait par lés divisions délicates des feuilles de 
[gères (Abou Zacaria Ebn el Awam, Libro deagri^ 
lura traducido por J. Â. Banqueri, t. II, Madrid, 
2, p. 736). 

Vois conditions distinctes : une chaleur tempérée » 
\ atmosphère saturée de vapeur d'eau, une grande 
rormité d'humidité et de température se trou- 
t réunies sur les pentes des montagnes et dans 
vallées de la chaîne des Andes, particulièrement 
s l'hémisphère méridional ; aussi les Fougères ar- 
escentes pénètrent-elles jusqu'au détroit de Ma- 
an et 4 Tlle de Campbell , par conséquent jusqu'à 

latitude méridionale qui répond à peu près à la 
'Ude de Berlin. Diverses espèces de Fougères ar- 
escentes croissent avec succès à de grandes dis- 
ses de l'équateur : le Dicksonia squarrûsa, par 
mple, dans la Dusky-Bay de la Nouvelle-Zélande, 
46*' de latitude australe, le Dicksonia antarctica 
Labîllardière dans la Terre de Diémen, un Thyrso- 
is dans Tile de Juan Feniandez, un Dicksonia 

encore décrit, dont la tige atteint de 12 à 15 
Is de hauteur , dans le Chili méridional , près 



220 DE LA PHTSIONOBIIB DES PLANTES. 

de Valdivia; enfin , un Lomaria un peu plus petite 
dans le détroit de Magellan. À Tile de Campbell, 
bien que plus rapprochée encore du pôle antarc- 
tique (52*' 30^ lat.), les troncs de TÀspidium venustum 
atteignent une hauteur de 4 pieds avant la naissance 

des feuilles. 

On peut reconnaître quelles sont les conditions clima- 
tologiques généralement favorables au développement 
des Fougères, d'après les lois numériques des quotients 
qui représentent leur distribution à la surface du sol. 
Dans les plaines des grands continents, ce quotient est, 
suivant les calculs de Robert Brown, confirmés par mes 
dernières recherches, ^ de toutes les phanérogames; 
sous les tropiques, dans les régions montagneuses, il 
varie entre | et ^, Le rapport change dans les petites 
lies semées sur la surface de la mer : la proportion des 
Fougères à la masse totale des phanérogames y aug- 
mente tellement, que le quotient est de { dans les 
groupes d'iles de la mer du Sud , situées entre les tro- 
piques , et que même, dans les îles sporades de Sainte* 
Hélène et de TAscension, cette famille fournit la moi- 
tié de toutes les plantes phanérogames ( d'Urville , 
Distribution géographique des Fougères sur la surface 
du globe y dans les Annales des Sciences naturelles ^ 
t. YI, 1825, p. ôl, 66 et 73). Sous les tropiques, 
d'Urville évalue à ^ la proportion numérique des Fou- 
gères dans les grands continents; mais on voit la quan- 
tité relative de ces plantes diminuer rapidement à 



ÉCLÂl&aSS£MENTS £T ADDITIONS. 221 

îsure qu'oD s'avance dans la zone tempérée. Les 
clients sont : pour l'Amérique septentrionale et les 
s britanniques |^, pour la France ^, pour TÀl- 
aagne ^, pour les parties arides de lltalie méri- 
inale i/;, pour la Grèce ^. Vers la zone glaciale, la 
quence relative des Fougères augmente d'une ma- 
ire considérable. Le nombre des diverses espèces qui 
nposent cette famille diminue en effet plus lente- 
!nt que celles dont sont formées toutes les autres fa- 
ites de plantes phanérogames , et la masse des indi- 
us dans chaque espèce fait croire non pas seulement 
me prédominance relative, mais à une abondance 
iolue. D'après les catalogues de Wahlenberg et de 
rnemann, les chiffres proportionnels des Fougères 
it ^ pour la Laponie, -^ pour l'Islande, ^ pour le 
Dënland. 

Telles sont, en l'état actuel de nos connaissances, 
lois naturelles qui se manifestent dans la distribu- 
Q de cette forme gracieuse des Fougères. Mais de- 
s très-peu de temps on parait être sur la trace d'une 
re loi naturelle , de la loi morphologique qui règle 
reproduction des Fougères, réputées jusqu'ici des 
ntes cryptogames. Le comte Leszczyc Suminski, qui 
it à un talent d'artiste très-remarquable une grande 
itude pour les observations microscopiques, a décou- 
t dans le Prothallium des Fougères une organisation 
tinée àproduire la fécondation . Il distingue un appareil 
lelle et un appareil mâle : le premier situé dans des 



n 



222 DE LA PHTSIOMOmE DES PLATTTES. 

cellules crenses et ovales, placées au milieu du proem^ 
bryon; le second dans les organes ciliés qui donnent 
naissance aux anthéridies ou fils en spirale, et avaient 
déjà été examinés par Nsegeli. La fécondation ne parait 
pas s'accomplir par des tubes poUiniques , mais à l'aide 
de fils en spirale ciliés et mobiles (Suminski, zur 
Eniwickelungs-Geschichte der Farmkràuter^ 1848, 
p. 10-14). D'après ce système , les tiges des Fougères 
seraient , selon l'expression d'Ehrenberg {Monatliche 
Berichte der Akademie zu Berlin, janvier 1848, p. 20), 
le produit d'une fructification microscopique qui s'opé- 
rerait sur le Prothallium comme sur un plateau florifère; 
et ensuite, dans tout le cours de leur croissance sou- 
vent arborescente, les Fougères seraient des plantes 
sans fleurs et sans fruits qui ne produiraient que des 
bulbilles, les spores placées en petits groupes (sori) 
sur le revers des feuilles n'étant pas des graines , 
mais des boutons. 

Note 29 , page 32. 

L1LIA€BES* 

Le séjour principal de cette forme végétale est l'A- 
frique ; c'est là que l'on trouve la plus grande variété de 
Liliacées, et que ces plantes réunies par masses détermi- 
nent le caractère naturel du paysage. Cependant le nou- 
veau continent a aussi de magnifiques Alstrœmeria, 
différentes espèces de Pancratium , d'Baemanthus et de 



ÉCLAIRCISSEUEirrS ET iiDDITIOMS. 223 

Inutn. Nous avons nous-méme ajouté 9 espèces an 
3mier de ces genres et 3 au second ; mais les Liliacées 
éricaines sont ép%rses et se groupent moins en so- 
ie que les Iridées d'Europe. 

Note 30, page 32. 

SAULES. 

armi les représentants principaux de la forme des 
cinées, parmi les Saules proprement dits, 150 espèces 
iron sont déjà connues. Elles couvrent les contrées 
entrionales du globe, depuis Féquateur jusqu'à la 
3nie. Le nombre des espèces et la variété des formes 
nentent entre le 46* et le 70» degré de latitude, sur- 
dans la partie de TEurope septentrionale si profon- 
ent sillonnée par les anciennes révolutions du 
e. Je connais, parmi les Saules des tropiques, 
»u 12 espèces qui méritent, comme les Saules de 
fiisphère méridional, une attention particulière. La 
?e semble se plaire à multiplier sans bornes et sous 
•s les zones certaines formes animales, telles que 
almipèdes Lamellirostres et les Pigeons ; de même, 
le règne végétal, s'étendent sur d'immenses es- 
i les Saules et les différentes espèces de Pins et de 
es qui, bien que produisant toujours les mêmes 
, diffèrent souvent les uns des autres par la forme 
uilIes.Chez les Saules, au contraire, le feuillage, la 
Lcation et tout l'ensemble de la physionomie sont 



I 



224 DS LA PHTSIOMOMIS DES PLIMTXS. 

aussi semblables que possible sous les climats les plus 
opposés; Tanalogie est peut-être plus grande encore 
que chez les Conifères. Dans une partie plus méridio- 
nale de la zone tempérée, située en deçà de l'équateur, 
le nombre des espèces de Saules diminue considéra- 
blement. Cependant Tunis possède, d'après le Flora 
Atlantica de Desfontaines , une espèce particulière 
voisine du Salix caprea; et l'Egypte compte, selon 
Forskal, 5 espèces différentes, dont les chatons mâles 
produisent, par la distillation, le Moie chalafiaqaB, Sa- 
licis) , souvent employé en Orient pour ses propriétés 
médicales. Le Saule que j'ai vu aux îles Canaries (Salix 
canariensis ) est également , selon Léopold de Buch et 
Christian Smith, une espèce particulière, mais com- 
mune cependant à ce groupe d'îles et à l'île de Ma- 
dère. Wallich signale , dans son Catalogue des plantes 
de l'Himalaya et du Népaul, 13 espèces de Saules appar- 
tenant à la zone sous-tropicale des Indes orientales, 
dont une partie a été décrite déjà par Don, par Rox- 
burgh et par Lindley. Le Japon a aussi ses Saules indi- 
gènes ; l'un d'eux , le Salix japonica de Thunberg, croît 
également dans les montagnes du Népaul. 

Avant mon expédition, on n'avait encore découvert, 
que je sache, entre les tropiques, aucune autre espèce 
de Saule que le Salix tetrasperma. Nous en avons re- 
cueilli 7 espèces nouvelles, dont 3 ont été trouvées 
sur le plateau du Mexique jusqu'à une hauteur de 
8000 pieds. Plus haut, en montant, comme nous l'avons 



ÉCLAIRaSSEUEMTS ET ADDITIONS. 225 

louvent , dans les Andes du Mexique, de Quito et 
?érou, jusqu'aux plaines de montagnes situées 
) 12 et 14000 pieds de hauteur, nous n'avons 
pu rien de semblable aux petits Saules rampants qui 
sent en grand nombre sur les Pyrénées, sur les Alpes 
ins la Laponie (Salix herbacea, Salix lanata, et Salix 
ulata). Au Spitzberg, dont les conditions météoro* 
[ues ont beaucoup de rapport avec celles des cimes 
euses de la Suisse et de la Scandinavie, M. Martins a 
it deux espèces de Saules nains dont la tige ligneuse 
s branches couchées sur le sol sont si bien enfoncées 
. les tourbières qu'on a de la peine à découvrir leurs 
les sous la mousse. L'espèce que j'ai trouvée près de 
i, au Pérou, à l'entrée des forêts de Quinquinas, par 
V de latitude australe, et que Willdenow a décrite 

le nom de Salix Humboldtiana, s'étend extrôme- 
t loin dans la partie occidentale de l'Amérique du 
. Un Saule des rivages, le Salix falcata, que nous 
is rencontré sur la côte sablonneuse de la mer du 
, près de Truxillo, n'en est, selon Kunth, qu'une 
été. Peut-être le beau Saule, disposé souvent en 
imide, qui nous a accompagnés le long des rives du 
Magdalena , à partir de Hahates jusqu'à Bojorque, et 
'est tant propagé, au dire des habitants, que depuis 

d'années, est-il aussi identique avec le Salix Hum- 
Itiana. Au confluent du Rio Magdalena et du Rio 
m , nous avons trouvé toutes les lies couvertes de 
les, dont le tronc n'a souvent que 8 ou 10 pouces 



126 DB LA psfBiosroMis i^is ttàmu. 

de diamètre sur une hauteur de prè* de 60 jiieds (Bum- 
boldt et KuDth, Nova gênera Plantanm, t. II, p. 22, 
tab. 99). Lindiey a fait connaître utie espèce de Saule 
originaire du Sénégal, par conséquent de la zone équi* 
noxiale africaine (Lindiey, Introduction to the natural 
System ofBotany, p. 99). Blume a trouvé pareillement à 
Java, près de Téquateur, deux espèces de 'Saules : l'une 
sauvage et particulière à cette île (Salix tetrasperma), 
l'autre cultivée (Salix Sieboldiana).Dans la zone tempé- 
rée méridionale, je ne connais que deux Saules, le Salix 
hirsuta et le Salix mucronata, déjà décrits par Thun- 
berg. Ils végètent auprès du Protea argentée qui a loi- 
même la physionomie des Saules; leurs feuilles et les 
Jeunes branches servent de nourriture aux Hippopo-^ 
tames, sur les bords de la rivière Orange. Le genre 
Salix manque entièrement à rAustralie et aux lies 
voisines. 

Note 31 , page 32. 

MT&TAGÉBS. 

Cette forme est élégante et reconnaissable à ses 
feuilles roides, brillantes, serrées les unes contre les au* 
très , non dentées en général , petites et pointillées. 
Les Myrtacées donnent un caractère particulier à trois 
régions différentes : à l'Europe méridionale, surtout 
aux lies formées de roches calcaires ou trachytiques 
qui surgissent du bassin de la Méditerranée ; au con- 
tinent de la Nouvelle-Hollande orné d'Eucalyptus, de 



Metrosideros et de Leptûspermam, et à la ré^OQ inter- 
tropicale de la chaîne dei Andes , qui tantôt s'étend en 
plaines basses et unies, tantôt s'élève de 9 à 10 000 pieds 
au-dessus du niveau de la mer. €ette région monta- 
gneuse, appeléeà Quito la région des Pâramos, est entià- 
rement couverte d*arbres qui ont l'apparence de Myrtes, 
bien que tous n'appartiennent pas à la famille des Myr- 
lacées. Sur la même hauteur croissent TEscallonia myp- 
tilloîdes, l'Escallonia Tubar, le Symplooos Âlstonia, les 
M yrica et le beau Myrtus microphylla que nous avons 
fait graver dans nos Plantes éguinoxialeê (t. I, p. 21-, 
pi. IV), et qui, près de Vinayacu et de TÀlto de Pnlla, 
dans le Pàramo de Saraguru orné d'une foule de plantes 
alpestres aux fleurs gracieuses, croit, sur un sol de schiste 
micacé, jusqu'à la hauteur de 940 pieds. Le Myrtus 
m3rrsinoides s'élève jusqu'à 10 SOO pieds, dans le Ptf ramo 
de Guamani. Les 40 espèces du genre Myrtus que nous 
avens recueillies sous la zone équinoxiale, et dont 37 
n'avaient pas encore été décrites, appartiennent pour 
la plupart à la plaine ou aux montagnes les moins éle- 
vées. Nous n'avons rapporté des hauteurs de Mexico, 
o& l'élévation tempère la chaleur tropicale, qu'une 
seule espèce de Myrte , le Myrtus xalapensis ; mais 
certainement la Tierra templada , située vis-à-vis du 
volcan d'Orizaba, en contient encore un grand nombre^ 
Le Myrtus maritima s*est offert à nous près d'Àca* 
puleo, sur le rivage de la mer du Sod. 
Les Escallonies panni les(pieiles l'Escallonia myrtil^ 



280 Di LA niTsiosroiai dis nAms. 

fréquents que quelques espèces d'Eucalyptus et d'Aca^ 
cia , appartenant aux deux groupes des Myrtacées et 
des Légumineuses , composent presque la moitié de la 
végétation des arbres, qui tous offrent une teinte grisa* 
tre. De plus, les Meialeuca produisent entre les couches 
du liber des pellicules fadles à détacher, qui ressortent 
est dehors et rappellent par leur blancheur Técorce de 
nos Bouleaux. 

Les limites entre lesquelles sont renfermées les Myr- 
tacées diffèrent beaocoup dans les deux continents. 
Selon Hoolber , cette iamille franchit à peine dans le 
nouveau monde le 26^ degré de hiUtude nord, surtout 
vers la région occidentale (Flora antarctiea, p. 12). En 
revanche, on trouve, selon Gay , dans Thémisphère mé- 
ridional, au Chili, 10 espèces de Myrtus et 22 espèces 
d'Eugenia^ qui mêlées à des Protéacées (Embothrium, 
Lomatia ) et an Fagus obliqua, composent de vérita- 
bles forêts. Les Myrtacées deviennent plus communes 
vers le 38* degré de latitude australe , dans Tile de 
Chiloe par exemple , où une espèce voisine des Mé- 
trosideros, le Myrtus stjpularis , forme des buissons 
presque impénétrables , dé^'gnés sous le nom de Te^ 
puaîes, ainsi que dans la Pcrtagonie et jusqu'à la pointe 
extrême de la Terre de Feu, par 56^ de latitude. 
Les Myrtacées qui dans le nord de l'Europe ne pénè- 
trent que jusqu'à 46^, s'avancent, dans l'Australie, 
la Tasmaaie, la Nouvelle-Zélande et les tles de Lord 
Auckland, jusqu'à 5(f 30' de latitude méridionale. 



tcLàmasÊBOifm ir aixditioms* 231 

MÉLASTOMES. 

Ce groupe comprend le genre Melastoma (Fother- 
gilla, Tococa AubL) et le genre Rbexia (Meriana, Os- 
beckia )y dont nous avons découvert 60 espèces nou- 
velles dans rAmérique tropicale seulement, en deçà et 
au delà de Téquateur. M. Bonpland a publié un magni- 
fique ouvrage sur les Mélastoraacées, eu deux volumes 
ornés de planches coloriées. Quelques espèces de 
Rhexia et de Melastoma sont des arbustes alpestres, 
et montent, dans la chaîne des Andes , à la hauteur 
de 9 à 10 000 'pieds . tels sont le Rbexia cernua , le 
Rhexia stricta, les Melastoma obscurum, aspergillare 
et lutescens. 

Note 33 , page 32. 
LAVRINÉES. 

Cette forme comprend les Laurus, les Persea et les 
Ocotea si nombreux dans TAmérique du Sud , à quoi Ton 
doit joindre, en raison de leur ressemblance extérieure, 
les Calopbyllum et les Mammeaau port majestueux, de 
la famille des Guttifères« 

Note 34, page 33. 

Afin de mieux déterminer ce que je n'ai fait qu'in- 
diquer dans le texte, qu'on me permette de citer ici 



n 



232 DB LA PHTSIONOMIE DBS PLAMTBS. 

les considérations suivantes, empruntées au chapitre du 
Cosmos dans lequel j'ai esquissé l'histoire de la pein- 
ture de paysage et de Tart du dessin appliqué à la phy- 
sionomie des végétaux ( t. II, p. 100-102 de la traduc- 
tion française). 

« Tout ce qui, dans l'art, touche à l'expression des pas- 
sions et à la beauté des formes humaines, a pu recevoir 
son dernier achèvement dans les pays plus voisins du 
nord, où règne un climat tempéré, sous le ciel delà 
Grèce et de l'Italie. C'est en puisant dans les profon- 
deurs de son être et en contemplant chez ses semblables 
les traits communs de la race humaine que l'artiste , 
créateur à la fois et imitateur, évoque les types de ses 
compositions historiques. La peinture de paysage n'est 
pas non plus purement imitative ; elle a un fonde- 
ment plus matériel, il y a en elle quelque chose de plus 
terrestre. Elle exige de la part des sens une variété in- 
finie d'observations immédiates, observations que l'es- 
prit doit s'assimiler, pour les féconder par sa puissance 
et les rendre aux sens sous la forme d'une œuvre d'art. 
Le grand style de la peinture de paysage est le fruit 
d'une contemplation profonde de la nature et de la 
transformation qui s'opère dans l'intérieur delà pensée. 

« Sans doute chaque coin du globe est un reflet de 
la nature entière. Les mômes formes organiques se re- 
produisent sans cesse et se combinent de mille ma- 
nières. Pendant des mois entiers, les contrées glacées 
du nord se raniment; la terre s'y couvre de végétaux. 



ÉCXilRaSSEVENTS ET ADDITIONS. 233 

les larges fleurs des plantes alpestres s'y épanouissent, le 
ciel y est doux et pur. Familiarisée seulement avec les 
formes simples dé la flore européenne et avec un petit 
nombre de plantes naturalisées dans nos contrées, la 
peinture de paysage , grâce à la profondeur des senti- 
ments et à la puissance d'imagination qui animait les ar- 
tistes, a pu accomplir sa tâche gracieuse. Dans cette 
carrière bornée, des peintres éminents tels que les Car- 
rache, Gaspard Poussin , Claude Lorrain et Ruysdael, 
ont trouvé encore assez de place pour produire les créa- 
tions les plus variées et les plus ravissantes, en mêlant 
habilement toutes les formes d'arbres connues et les di- 
vers effets de la lumière. Si l'art a encore quelque chose 
a attendre, si j'ai dû indiquer une voie nouvelle , pour 
retourner, du moins en pensée, à l'antique alliance de 
la science, de l'art et de la poésie, la gloire de ces grands 
maîtres n'a pas àen souffrir. Dans la peinture de paysage 
conune dans toute autre branche de l'art, il y a lieu de 
distinguer l'élément borné, fourni par la perception 
sensible, et la moisson sans limite que fécondent une 
sensibilité profonde et une puissante imagination. 
Grâce à cette force créatrice , la peinture de paysage a 
pris un caractère qui en fait aussi une sorte de poésie 
de la nature. Si l'on étudie le développement successif 
des arbres, depuis Annibal Carrache et Poussin jusqu'à 
Éverdingen et Ruysdael , en passant par Claude Lor- 
rain, on sent que cet art, malgré son objet, n'est pas 
enchaîné au soi. On ne s'aperçoit pas, chez ces grands 



»• 



234 PI U PHTSiOHOini DIS PLAHTIS. 

niattres, des bornes étroites dftns lesquelles ils étaient 
retenus ; et cependant, il faut bien le reconnaître, Té* 
largissement de Tborizon, la connaissance de formes 
naturelles plus grandes et plus nobles, le sentiment de 
la vie voluptueuse et féconde qui anime le monde iro* 
pical, offrent ce double avantage, de fournir à la pein- 
ture de paysage des matériaux plus ricbes et d'exciter 
plus activement la sensibilité et l'imagination d'artistes 
moins beureusement doués. » 

Note 35, page 34. 

Les organes floraut du Grescentia Cujete et du Tu* 
tuma, dont le péricarpe ligneux, en raison de sa càpa-* 
cité, offre aux indigènes une ressource si préciettse 
pour les usages domestiques, ceui^ du Cynometra, du 
Theobroma Cacao et du Pirigara (Oustavia Linn. ), 
se font jour à travers Técorce k moitié carbonisée* 
Quand les enfants mangent le fruit du Pirigara spe- 
eiosa ou Gbupo , tout leur corps devient jaune ; cette 
jaunisse^ qui dure de vingt^quatre à trente^six heures, 
disparatt d'ailleurs d'elle-même sans l'emploi d'aucun 
médicamenl. * 

Je n'oublierai jamais l'impression que m'a laissée la 
végétation luxuriante des tropiques, lorsque j'entrai 
pour la première fois , par une nuit humide , dans une 
plantation de Cacao (Cacahual)de la vallée d'Aragua , 
et que je vis, loin du tronc, sur une racine de lliéo- 



tCUnClSSBMJBIfTS KT ADDITIONS. 235 

broma recouverte d'ane couche épaisse de terre noire, 
éclore de grandes fleurs. C'est le cas où l'activité des 
forces productrices se manifeste dans la vie organique 
de la manière la plus instantanée. Les peuples du nord 
parlent du réveil de la nature au premier souffle du 
printemps; une pareille expression contraste avec le 
langage figuré par lequel Aristote se plaint de voir 
dans le règne végétal des plantes « jouissant d^un 
sommeil tranquille dont elles ne se réveiUerùnt ja- 
mais, et exemptes de désirs qui les excitent à se 
mouvoir, i» (Aristote, de GeneratUme animaliumy 1. V, 
c. 1 , p. 778, et deSomno et Vigilia, c. i, p. 455, 
éd. Bekker.) 

Note 36 , page 34. 

Ce sont les fleurs de notre Aristolochia cordata dont 
il a déjà été question dans la note 25. Après THelian- 
thus annuus du Mexique, de la famille des Composées , 
les plantes qui portent les plus grosses fleurs sont : le 
Rafllesia Arnoldi , les Aristolochia , les Datura, les Bar- 
ringtonia, les Gustavia, les Carolinea, les Lecythis, les 
Nymphœa, les Nelumbium, le Victoria Regina , les Ma* 
gnolia , les Cactus , les Orchidées et les Liliacées. 

Note 37 , page 35. 

La partie du ciel la plus magnifique, la région méri- 
dionale où brillent le Centaure , le Navire Argo et la 



236 DE LA PHTSIONOMIE DBS PLANTES. 

Croix du Sud, où les nuées de Magellan décriant 
leur orbite, est à jamais cachée aux regards desEu> 
ropéens. Ce n'est que sous Téquateur queThonime 
peut jouir de ce spectacle sans pareil, en embrassant 
du regard tous les astres qui, du nord au midi font 
resplendir la voûte du ciel. Quelques-unes de nos 
étoiles septentrionales, contemplées de ce point de vue, 
paraissent , en raison de leur peu d'élévation , d'une 
grandeur surnaturelle et presque effirayante : telles sont, 
par exemple, la grande Ourse et la petite Ourse. Hais 
non-seulement l'habitant des tropiques peut contempler 
toutes les étoiles ; un autre spectacle non moins sai- 
sissant s'oSre à lui : partout où les plaines et les vallées 
profondes alternent avec les hautes montagnes, la 
nature a semé autour de lui des représentants de toutes 
les formes végétales» 



iCLAIRGlSSBMINTS BT ADDITIONi. 237 



En retraçant dans l'esquisse qu'on vient de lire la 
physionomie des plantes, je me suis proposé surtout 
trois objets étroitement liés entre eux : j'ai voulu faire 
ressortir la difierence absolue des formes, indiquer leur 
rapport numérique , c'est-à-dire le rang qu'elles occu* 
pent, en telle ou telle contrée, dans la masse totale des 
plantes phanérogames , enfin leur distribution géogra- 
phique suivant les latitudes et les climats. Quand on 
veut s'élever à des aperçus généraux sur les formes vi- 
vantes, il ne faut pas séparer, selon moi, la géogra- 
phie des végétaux , l'étude de leurs relations numé- 
riques et celle de leur physionomie. L'étude de la 
physionomie des végétaux ne doit pas non- plus se 
borner aux singuliers contrastes que présentent les 
grands organismes considérés isolément ; elle doit tenter 
d'approfondir les lois qui déterminent la physiono- 
mie de la nature en général, les différents carac- 
tères que la végétation communique au paysage sur 
toute la surface du globe, et l'impression vivante que 
produisent la réunion et le contraste de formes oppo- 
sées, sous des zones diverses de latitude et d'élévation. 
C'est en se renfermant dans ce cercle d'observations 
qu'on peut démêler en quoi consiste l'étroite connexité 



238 Dl LA PBTSlOROli» VBA PliAKrKI. 

qui rattache Tune à l'autre les questions traitées plus 
haut. Nous nous trouvons ici sur un terrain peu cul- 
tivé jusqu'à ce jour. Je me suis efforcé de suivre la 
méthode qu*Àristote a inaugurée d'une manière si 
brillante dans ses ouvrages de zoologie, et qui est le 
plus Sûr fondement de kt certitude scientifique : c'est 
la méthode par laquelle, tout en s'efforçant incessam- 
ment de généraliser les idées, on dte toujours del 
exemples à Tappui, de manière à pénétrer dans lea détaîb 
les plus particuliers des phénomènes. 

Les formes végétales, considérées d'après les diffft* 
rences de leur aspect extérieur, ne sont naturelle- 
ment pas susceptibles d'une classification sévère. Ici » 
comme en général toutes les fois que l'on s'attache 
aux formes apparentes, on rencontre certains types 
essentiels qui offrent entre eux les contrastes les pfau 
frappants. Tels sont les groupes des Graminées arbo» 
resoentes, des Aloès et des Cactus « des Palmiers , des 
Conifères, des Mimosacées et des Bananiers. Souvent 
même quelques individus détachés de ces groupes 
suffisent à fixer le caractère d'une région et laissent 
une impression durable dans l'esprit de l'observateur 
qui , à défaut de science, est doué de sensibilité. Petit- 
être cependant les formes qui ne ressortent ni par la 
configuration et la disposition du feuillage , ni par les 
rapports de la tige et des branches, qui ne se font te^ 
marquer ni par la vigueur ou la grâce , ni par l'appauvris* 
sèment mélancolique des organes appendiculaires, sont- 



iCLAIRCfSSSMSMTS ET ADDITIONS. t89 

elles en plus grand nombre encore , et leur masse do- 
mine-t*elle tous les autres végétaux. 

Puisqu'une classification fondée sur la physionomie, 
une distribution par groupes d'après le faciès extérieur 
n'est pas applicable à l'ensemble du règne végétal, la dis- 
tribution des plantes d'après leur aspect doit reposer sur 
un tout autre fondement que le système naturel, qui a 
l'avantage de comprendre toutes les formes. Les divi- 
sions subordonnées à la physionomie des plantes et le 
choix des types principaux sont fondés sur tout ce qui a 
de la masse, sur la tige, sur la ramification et les organes 
appendiculaires. par où Ton doit entendre la forme et 
la disposition des feuilles, leur grandeur, la nature et 
réclat du parenchyme. €es divisions ont pour base, 
par conséquent , ce qu'aujourd'hui Ton appelle sur- 
tout les organes de la végétation, et d'où dépend la con- 
servation, c'est-à-dire ralimentation et le développe- 
ment de l'individu. La botanique systématique fonde au 
contraire le classement des familles naturelles sur l'ob- 
servation des organes reproducteurs, c'est-à-dire sur les 
organes dont dépend la conservation de l'espèce (Kunth, 
Lehrhuch der Botanik, 1847, 1. 1, p. 511 ; Schleiden, 
die Pflanze und ihr Lehen, 1848, p. 100). Dans l'école 
d*Arîstote (Problem, xx, 7), on enseignait déjà que la 
production des graines est le but suprême de l'exis- 
tence et de la vie des plantes. La loi d'après laquelle se 
développent les organes de la fécondation est devenue, 
depiiSs Gaspard-Frédéric Yfolt (Theoria Generationis ^ 



240 m LÀ PSTSIOROKIl DBS PLARTKS. 

S 5-9) et depuis notre grand poète Gœtbe , le fon- 
dement morphologique sur lequel repose toute la 
botanique systématique. 

Ainsi la botanique coordonnée en système et la clas- 
sification des plantes d'après leur physionomie par> 
tent, je le répète, de deux principes différents : la 
première prend pour point de départ les caractères 
communs qui se manifestent dans l'inflorescence ou les 
organes délicats de la génération ; la seconde, la configu- 
ration des partiesqui forment les axes, c'est-à*direlatige 
et les branches , ainsi que le contour des feuilles, carac- 
tère qui dépend principalement de la distribution des Eus- 
ceaux vasculaires. Or, comme l'axe et les organes ap- 
pendiculaires l'emportent sur tous les autres organes 
par leur volume et leur masse, ce sont eux qui déter- 
minent et fortifient l'impression, qui donnent un ca- 
ractère individuel aux formes végétales, et par suite 
au paysage et à la contrée où se présentent distinc- 
tement des types d'une physionomie saisissante. Ce 
qui fait loi ici , c'est l'accord et l'affinité des signes 
choisis dans les organes de la végétation, c'est-à-dire 
de la nutrition. Dans toutes les colonies fondées par 
les Européens , les ressemblances de physionomie 
( habitus , faciès ) , ont engagé les colons à donner 
les noms de la patrie à des plantes tropicales qui 
portent des fleurs et des fruits tout autres que les 
végétaux auxquels ces noms s'appliquent originaire- 
ment. Partout, dans les deux hémisphères, les co- 



iCLAIRCISSEMBITTS ET ADDITIONS. 241 

Ions natifs des contrées septentrionales ont cru ren- 
contrer des Aunes et des Peupliers, des Pommiers et 
des Oliviers. C'est surtout à la forme des feuilles et à la 
direction des branches qu'était due cette illusion, fa- 
vorisée par le souvenir qui reportait les exilés aux formes 
végétales de leur pays. Ainsi, des noms de plantes 
européennes se sont transmis de génération en gé- 
nération, en s'enricbissant , dans les colonies d'es- 
claves, de termes empruntés aux langues des nè- 
gres. ♦ 

L'efiet de contraste produit si souvent par une res- 
semblance parfaite dans la physionomie des plantes, 
jointe à une diversité non moins grande dans les par- 
ties florales et dans les fruits, en d'autres termes, 
l'opposition qui existe entre la configuration exté- 
rieure, déterminée par les organes appendiculaires, et 
les organes sexuels sur lesquels est fondée, dans la bo- 
tanique systématique , la division des familles naturelles, 
présente un phénomène très-digne d'intérêt. On serait 
tenté de croire que les modèles des organes appelés 
exclusivement organes de la végétation , tels que 
les feuilles par exemple, devraient être plus subor- 
donnés à la structure des organes de la reproduc- 
tion. Cette dépendance ne se manifeste cependant 
que dans un nombre limité de femilles, dans les 
Fougères , les Graminées , les Cypéracées, les Pal- 
miers, les Conifères, les Ombellifères et les Aroïdées. 
Chez les Légumineuses, la concordance de la phy* 

II. 21 



n 



242 DB Là PHTSIONOMIS des PLiNTKS. 

sionomie «veo l'inflorescence ne se laisse guère re«- 
connaître qu' b la condition de diviser ces plantes en 
groupes, et de considérer séparément les Papilionacées, 
les Césalpinées et les Mimosées. Les types qui, comparés 
deux à deux , présentent, avec une physionomie très- 
analogue , une grande différence dans la formation des 
fleurs et des fruits, sont : les Palmiers et lesCycadées 
très-vôisines des Conifères ; la Cuscute , espèce de 
Convolvulacée , et le Cassytha sans feuilles , plante 
parasite de la famille des Laurinées; les Equisetuni qui 
appartiennent à la grande division des Cryptogames, 
et les Ephedra qui rentrent dans la famille des Coni- 
fères. Les Groseilliers ou Ribes se rapprochent telle* 
ment par leur inflorescence des Cactus, c'est-à-dire de 
la famille des Opuntiacées, qu'ils n'en ont été séparés que 
depuis très-peu de temps. La fomille des Aspfaodélées 
renferme le gigantesque Dragonîer (Dracœna Draco), 
l'Asperge commune et l'Aletris aux fleurs brillantes. 
Souvent des plantes dont les feuilles sont simples appar- 
tiennent non-seulement à la même famille, ontaisan 
même genre que des plantes à feuilles composées. Dans 
les hautes plaines du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, 
sur douze espèces de Weinmannia, nous en avons trouvé 
cinq dont les feuilles étaient simples; les autres avaient 
des feuilles pinnées. La forme des feuilles dans le 
genre Aralia affecte une indépendance plus grande 
encore ; on y distingue : folia simplida , intégra vel 
lobata, digitata et pinnata (Kunth, Synopsis plantarum 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 243 

quas collegerunt Humbotdt et Bonpland, t. III, p. 87 
et 360). 

Les feuilles pinnées me paraissent appartenir sur- 
tout aux familles qui, dans Téchelle du développe- 
ment organique , occupent le plus haut degré , c'est-à- 
dire aux Polypétales, et particulièrement, dans la classe 
des périgynes, aux Légumineuses, aux Rosacées, aux 
Térébinthacées et aux Juglandées ; parmi les hypo- 
gynes, aux Àurantiacées, aux Cédrelacées, et aux Sa- 
pindacées. C'est chez les Légumineuses que les jolies 
feuilles bipennées , qui font le principal ornement de la 
zone torride, sont le plus communes. Parmi les Mi- 
mosées , on retrouve ces feuilles dans un certain 
nombre de Csesalpinia, de Coulteria et de Gleditschia ; 
mais, selon l'observation de Eunth, il n'y en a pas 
d'exemple chez les Papilionacées. Les Gentianées, les 
Rubiacées et les Myrtacées n'ont jamais de feuilles 
pinnées ni en général de feuilles composées. On ne peut 
d'ailleurs constater qu'un nombre très-restreint de lois 
générales dans le développement morphologique que 
présentent les formes si riches et si variées des organes 
appendiculaires parmi les dicotylédones. 



DE LA STRUCTURE 



ET DU MODE D'ACTION DES VOLCANS 



DANS LES DIFFÉRENTES CONTRÉES DE LA TERRE 



DE LA STRUCTORE 
ET DU MODE D^ACTION DES VOLCANS 

DINS LES DIFFÉRENTES CONTRÉES DE LÀ TERRE. 

Si l'on considère l'influence que, depuis des siècles, 
la connaissance agrandie de la terre et les voyages 
scientifiques dans des régions lointaines ont exercée 
sur l'étude de la nature, on reconnaît bientôt combien 
cette influence a varié » suivant que les observations 
ont porté sur les formes du monde organique ou sur 
ie corps inerte de la terre, sur les différents caractères, 
l'âge relatif et l'origine des roeheâ. Chaque zone 
est animée par des formes de plantes et d'animaux 
inconnues aux autres contrées, soit que dans les plaines 
dont la surface unie ressemble à celle de l'Océan, 
la chaleur de l'atmosphère varie suivant la latitude 
géographique et les courbes nombreuses des lignes 
isothermes, soit qu'elle monle ou s'abaisse presque 
verticalement sur les flancs abrupts des chaînes de 



248 DE LA STRUCTUES 

montagnes. La nature organique donne, à chaque 
contrée sa physionomie particulière ; mais il n'en est 
pas de même de la nature inorganique, dans les lieux 
où récorce solide de la terre est dépouillée de végé- 
taux. De réquateur aux pôles, les mêmes roches re- 
paraissent agrégées dans les deux hémisphères, 
comme si elles s'attiraient ou se repoussaient mutuel- 
lement. Jeté dans une lie lointaine, entouré d'une 
végétation étrangère, sous un ciel où ne brillent plus 
les étoiles qu'il était accoutumé à voir, le navigateur 
reconnaît avec un étonnement mêlé de joie le schiste 
argileux familier à ses regards et les roches de sa 
patrie. 

Cette indépendance des phénomènes géologiques 
relativement à la constitution actuelle des climats, 
ne met pas obstacle aux heureux effets que doivent 
produire pour les progrès de la minéralogie et de la 
géologie les observations recueillies dans les contrées 
étrangères ; seulement il en résulte pour ces sciences 
une direction qui leur est propre. Chaque expédition 
ajoute au domaine de l'Histoire Naturelle de nouyeUes 
formes d'animaux et de plantes. Tantôt ce sont des 
espèces qui se rattachent à des types connus depuis 
longtemps et qui aident à recomposer dans son inté- 
grité primitive le réseau régulièrement tissu, mais 
souvent interrompu en apparence , de la création 



ET DU MODE D'aGTION DBS VOLCANS. 249 

animée; tantôt ces formes se présentent isolément 
comme des restes échappés à la destruction des races 
évanouies, ou éveiUent Tattente conmie les membres 
inconnus de groupes qui restent encore à découvrir. 
L'étude de Fécorce terrestre est loin, il est vrai, d'of- 
frir une pareille diversité ; elle révèle plutôt dans la 
constitution des parties qui composent Fenveloppe so* 
lide, dans le gisement et dans le retour périodique des 
différentes masses, un accord qui excite l'admiration 
dugéologue. Que Ton parcoure la chsdne des Andes, ou 
les montagnes centrales de l'Europe, partout il semble 
qu'une formation appeUe l'autre. Les masses qui por- 
tent le même nom se conforment partout suivant les 
mêmes types : le basalte et la dolérite se divisent en 
montagnes jumelles; ladolomie,lequadersandsteinet 
leporphyre se dressent comme des pansde murs escar^ 
pés; le trachyte vitreux, abondamment mélangé de 
feldspath , s'arrondit en cloches ou en dômes élevés. 
Sous lés zones les plus distantes, de grands cristaux qui 
semblent agir en vertu de leur développement in- 
térieur, se détachent uniformément de la texture 
compacte des roches primitives ; ils se revêtent l'un 
l'autre, se disposent en couches subordonnées et in- 
diquent souvent le voisinage d'une formation nouvelle 
et indépendante. Ainsi, danschaque roche d'une éten- 
due considérable, se reflète avec plus ou moins de clarté 



S50 Dl LA CTEVGTUUI 

tout le monde ioorganique. Geptiidant, &&11 de bien 
pénétrer les importants phénomèDes relatifs à la 
omiposition, à Vège relatif et à l'origine des diflé' 
rentes roches^ il est nécessaire de eomparer les obser- 
vations recueillies dans ks contrées les plus diverses. 
Les problèmes, qui pour le géologue confiné dans les 
régions du nord étaient restés longtemps à Tétat 
d'énigme» trouvent leur solution auprès de Téquateur. 
Siy comme nous en avons déjà fedt la remarque , les 
zones éloignées ne nous découvrent pas de rocbes 
nouvelles 9 c'est-à'-dire des groupements inomnos 
de substances simples, elles nous révèlent les grandes 
lois suivant lesquelles les couches de la croûte 1er- 
restre se supportent Tune Vautre dans un ordre par- 
tout imiformè , se pénètreM £ous forme de filons 
ou se soulèvent en vertu de forces élastiques. 

S'il est vnd que des explorations embrassant de tastes 
contrées soient d'un si grand avantage pour la science 
géologique , et si l'on songe d'autre part combien 11 
faut d'efforts, je pourrais dire de peines et de dangers, 
pour découvrir les termes de comparaison, nous ne 
devons pas être surpris que la classe de phénomènes 
dont je traite surtout en ce moment ait été long- 
temps considérée d'un point de vue aussi étroit. Ce 
que l'on croyait savoir, vers la fin du siède dernier, 
touchant la forme des volcans et l'action de leurs 



ET BU MOra l^^ACtfOll DIS VOLCANS. Iftl 

forcM soùterrain«s reposait sur deux montagnes de 
l'Italie, le Vésuve et l'Etna. Comme d'ailleun; le Vé- 
suve est plus accessible, et que ses éruptions sont plus 
fréquentes , ainsi qu'il arrive dans presque tous les 
volcans d'une faible hauteur, il s'ensuit qu'une seule 
colline a pour eimi dire été le type d'après lequel on 
s'est représenté tout un monde lointain , tous les for- 
midables volcans qui s'élèvàit en rangées régulières 
au Ifexique , dans l'Amérique du Sud et dans les liés 
de l'Asie. Une telle méthode rappelle nativellement 
ce berger de Virgile qui, de son étroite cabane, croyait 
se faire une idée de la ville éternelle, de la Rome 
impériale. 

Une exploration complète et attentive de la mer 
Méditerranée , particulièrement des Iles et des côtes 
orientales , oâ l'humanité s'éveilla pour la première 
fois à la culture intellectuelle et à des sentiments 
plus nobles, eût pu réformer cette façon si exclusive 
de considérer la nature. Au milieu des Sporades , des 
rochers de traehyte ont ^rgi des profondeurs de la 
mer et ont formé des tles semblables à cette lie des 
Açores qui , trois fois en trois mècles , a reparu à des 
intervalles presque égaux. Entre Épidaure et Trézène, 
près deMéthone, il existe dans le Péloponnèse, un 
Monte Nuovo décrit par Strabon et que Dodwell a 
revu depuis. Plus haute que le Monte Nuovo des 



1 



252 VB LÀ arBUCTOBB 

champs Phlégréens, près de Baïa, eette éminence dé- 
passe peut-être aussi le nouveau volcan de JoruUo, 
que j*ai trouvé dans les plaines du Mexique, dominant 
plusieurs milliers de petits cônes basaltiques^ soulevés 
tout autour hors du sol et qui fument encore. Dans 
le bassin même de la mer Méditerranée , le feu sou- 
terrain ne s'échappe pas seulement par des cratères 
permanents et des montagnes isolées en communica- 
tion constante avec l'intérieur du globe, comme 
Stromboli , le Vésuve et TEtna. Â Ischia, sur le mont 
Épomée et,, suivant le récit des anciens, dans la 
plaine de Lelantis, près de Chalcis , des laves se sont 
écoulées à travers des crevasses qui s'étaient ouver- 
tes subitement. Outre ces phénomènes historiques, 
qui appartiennent à l'étroit domaine des traditions 
avérées, et que Charles Ritter se propose de recueillir 
et d'expliquer dans son magnifique ouvrage de Géo- 
graphie universelle, les côtes de la mer Méditerranée 
renferment en beaucoup d'endroits des traces dues à 
l'ancienne action du feu. La France présente , dans la 
région montagneuse de l'Auvergne, un système par- 
ticulier de volcans rangés les uns auprès des autres. Les 
cloches de trachyte y alternent avec des cratères coni- 
ques, d'où des torrents de laves se sont échappés en 
longues bandes. La plaine de la Lombardie, qui, unie 
comme la surface des eaux, forme le golfe le plus in- 



ET DU HQDS B'àCTION DIS YOLCiNS. 253 

térieur de la mer Adriatique, enferme le trachyte 
des collines Euganéennes, sur lesquelles s'élèvent des 
dômes de trachyte grenu, d'obsidienne et de perlite, 
trois roches s'engendrant l'une l'autre , qui font une 
trouée à travers la craie inférieure et le calcaire à 
nummulites , mais qui jamais n'ont coulé en fleu- 
ves étroits. On trouve de semblables témoins des ré- 
volutions terrestres dans beaucoup d'endroits de la 
Grèce et de l'Asie Mineure, contrées qui offriront un 
jour une riche matière aux observations des géolo- 
gues, lorsque la lumière retournera vers les lieux 
d'où jadis elle a rayonné pour la première fois sur le 
monde occidental, et que l'humanité outragée ne su- 
bira plus la sauvage barbarie des Osmanlis. 

Je rappelle la proximité de ces nombreux phéno- 
mènes, afin de montrer que le bassin de la Méditerra- 
née et les rangées d'Iles qu'elle renferme pouvaient 
fournir à l'observateur attentif les formes diverses 
qui depuis ont été découvertes dans l'Amérique du 
Sud, à l'île de Ténériffe, ou dans les régions arc- 
tiques, aux îles Aléoutiennes. On avait même l'avan- 
tage d'y trouver réunis tous les sujets d'observation; 
mais les voyages aux cUmats lointains , la compa- 
raison des vastes contrées, situées au dedans ou 
au dehors de TËurope, étaient nécessaires pour re- 
connaître clairement le caractère conomun de tous 

II. 22 



854 M LA sTAOcntmi 

les phénomènes volcaniques et leur dépendance ré- 
ciproque. 

Le langage habituel, dont l'effet est souvent d'entre- 
tenir et de consacrer les vues erronées qui se produi- 
sent à l'origine sur les choses , souvent aussi indique 
instinctivement la vérité. Or, il est d'usage dans le 
discours d'appeler volcaniques toutes les éruptions de 
feux souterrains et de matières en fusion : les colonnes 
sporadiques de fumée ou de vapeur qui s'élèvent du 
milieu des rochers , comme à Colares après le grand 
tremblement de terre de Lisbonne; la boue, l'as* 
phalte et l'hydrogène qui découlent des salzes ou 
cènes argileux, comme à Girgenti en Sicile, et à Tur- 
baco dans l'Amérique méridionale ; les sources ther- 
males des Geysers qui s'élèvent sous la pression de va- 
peurs élastiques, et en général tous les effets produits 
par les forces indomptées de la nature et qui ont leur 
siège dans les profondeurs de la terre. Dans l'Amérique 
centrale, au Guatemala, et dans les lies Philippines, 
les indigènes distinguent formellement, il est vrai, 
les volcans d'eau et les volcans de feu (Volcanes de 
agua y de fuego). Par la première de ces dénomina- 
tions ils désignent les montagnes qui de temps à 
autre vomissent des eaux souterraines, avec de sourds 
craquements et de violentes secousses. 

Sans nier la connexion des phénomènes que nous 



BT DU MODE D'ACnON DIS VOLCANS. 25S 

venons d'énumâ^eis il paraît néanmoins prudent d'ap- 
pliquer un langage plus précis à la partie physique 
aussi bien qu'à la partie minéralogique de là géogno*' 
sie, et de ne pas désigner indifféremment sous le nom 
de volcan toutes les causes souterraines d'éruptionÉ 
volcaniques, quand d'autres fois on réserve cette dé* 
nomination aux montagnes terminées par un cratère 
permanent. Dans l'état actuel de la terre et sur toute 
sa surface, la forme des cônes isolés, tels que le Yé^ 
snvc, l'Etna, le pic de TénérifTe^ le Tuiiguragua et le 
Cotopaiii, est la forme la plus habituelle des volcans» 
J'ai vu les volcans varier de hauteur depuis les plus 
humbles collines jusqu'à des montagnes élevées à» 
dix-huit mille piedà au-dessus dii niveau de l'Ooéan^ 
On trouve aussi^ outre les soulèvements coniquei^^ 
des cratères permanents en communication di* 
reete avec l'ihtérleur de la terre, sur des chaînes de 
montagnes hérissées de crêtes dentelées» et non pas 
toujours au milieu du rempart formé par leurs som- 
mets^ mais souvent aussi à l'extrémité, près des ver- 
sants. De ce nombre est le Pichincha, situé entre la 
mer du Sud et la ville de Quito, et qu'ont rendu cé- 
lèbre les premières formules barométriques de Bou- 
guer ; de ce nombre aussi sont les volcans qui s'élè- 
vent dans la steppe de los Pastos, située elle-même à 
dix mille pieds de hauteur. Tous ces sommets divmnse- 



256 BB LÀ STRUCTURE 

ment figurés sont formés de trachy te, que l'on nommait 
autrefois porphyre trappéen, c'est-à-dire d'une roche 
grenue et fendillée qui se compose elle-même de dit 
férentes espèces de feldspath, telles que le labradorite , 
Toligoclase et l'albite, de pyroxène et d'amphihole aux- 
quels se mêlent quelquefois aussi des parties de mica 
et même de quarz. Là où se sont conservés complète- 
ment les témoins de la première éruption, c'est-à-dire 
l'ancien échafaudage produit par elle, les montagnes 
coniques sont entourées circulairement d'une haute 
muraille formée de couches superposées et qui l'en- 
veloppent comme un manteau. Ces murailles ou cir- 
convallations sont ce que l'on appelle cratères de sou- 
lèvement, grand et important phénomène qui a été 
de la part du premier géologue de nos jours, Léopold 
de Buch, auquel j'emprunte plusieurs des idées 
exprimées dans ce chapitre , le sujet d'un Mémoire 
considérable, présenté en 1818 à l'académie de 
Berlin. 

Ainsi, les volcans qui communiquent avec l'at- 
mosphère par des ouvertures constantes, les cônes 
de basalte et les dômes de trachyte sans cratères, 
tantôt bas comme le Sarcouy, tantôt s'élevant à 
la hauteur du Chimborazo, forment des groupes 
d'aspect différent. Les systèmes de montagnes iso- 
lées , pour ainsi dire , et semblables à de petits ar- 



ET DU MODE D'aGTION DBS VOLCANS. 257 

chipels , qui , dans les iles Canaries et dans les 
Açores ont un cratère et vomissent des torrents de 
lave, la géographie comparée nous les montre sans 
cratère et, à proprement parler, sans courants de 
lave, dans les iles Euganéennes et dans les Sieben- 
gebirge de Bonn. Quelquefois aussi la science nous 
offre la description de volcans qui, rangés Tun 
près de l'autre sur des files simples ou doubles, cou- 
rent durant l'espace de plusieurs centaines de lieues, 
tantôt parallèlement à Taxe de ces montagnes, comme 
dans la' province de Guatemala, au Pérou et à Java, 
tantôt les coupant à angle droit, comme dans la partie 
tropicale du Bfexique. Dans cette contrée des Aztè- 
ques, les montagnes de trachyte qui vomissent des 
flanunes atteignent seules la limite des neiges éter- 
nelles. Disposées toutes sur un même parallèle et sou- 
levées vraisemblablement à travers une crevasse, qui 
traverse tout le continent dans une étendue de cent 
soixante -quinze lieues, elles s'étendent de la mer du 
Sud à Focéan Atlantique. 

Cet assemblage de volcans tantôt groupés en cercle, 
tantôt disposés sur une double rangée, fournit la 
preuve la plus décisive que les effets volcaniques ne 
sont pas dus à des causes insignifiantes et voisines de 
la surface de la terre, mais que ces grands phéno- 
mènes ont leur principe dans les profondeurs de notre 



SS8 M LA STRUCTURl 

planète* Toute la partie ^mtfide du continent emëA- 
dain, peu faYorisée sous le rapport métallurgique^ de 
possède dans son état actuel ni cratère ni masse tra- 
chytique ; peut-être même ne s'y trouvé-t-il point de 
basalte mélangé d'oliTine^ Tous tes ^leans de TAmé- 
riquei sont réunis sur la eôte opposée à TÂsie ^ dans 
la chaîne des Andes^ qui trav^sé parallèlement au 
méridien une étendue de trois mille lieues. 

La haute plaine de Quito ^ dont le Pichineha^ le Ck>- 
topaxi et le Tunguragua ferment le sommet ^ n'est 
aussi qu'un seul foyer volcanique. Le feu souterrain 
fait éru|;)tioil tantôt par l'Une, tantôt par l'autre de ces 
ouvertures que l'on a'est habitué à coUSidérer conune 
des volcans distincts. Depuis trois siècles^ la marche 
{HTOgressive du feu a pris dans cette contrée la diree^ 
tion du nord au sudi Les tremblements de terre qui 
y causent de si terribles ravages attestent eux-mêmes 
Fexistence de communications souterraines, ncm-seu- 
lement entre les pays ssms volcans, ce qui est un fait 
depuis longtemps constaté, mais entre les cratères si*- 
tués à une grande distance les uns des autres. Ainsi, 
en 1797^ une haute colonne de fumée s'éleva sans in* 
tenruption, pendant trois mois, du volcan de Pasto, et 
disparut au moment même oà, à cent lieues de là, le 
grand tremblement de terre de fUobamba et l'érup- 
tion beueuse^ dont la matière edt connue boua le non 



ET DU MODI ]>*ÀCnON DfiS YOLCANS. HSd 

dé Moydj dotiaa la moH à trente ou quàra&të miU^ 
Indiens. 

L'apparition soudaine de Ttle Sabrina dans le 
gix>upe des Âçores, le 30 janyier 1811^ fût le prélude 
des épouvantables tremblements de terre qui, à une 
fort grande distance vers Touest, ébranlèrent, depuis 
le mois de mai de la même année jusqu'au mois de 
juin 18là, d'abord les Antilles , puis les plaines de 
rdhio et du Mississîpi, et enfin les côtes opposées de 
YeneEuela ou deCaracas. Trente jours après la destruc- 
tion complète de la belle ville qui était la capitale du 
pays, le volcan de Saint-Vincent, situé dans une des iles 
qui avoisinent le rivage, et qui depuis longtemps était 
à l'état déi'epoë, entra en éruption. Au même mo- 
ment, le 30 avril 1811^ un bruit souterrain se fit en- 
tendre dans l'Amérique méridionale et répandit l'ef- 
firoi sur tin espace de six mille quatre cents lieues 
carrées. Les Indiens qui vivent sur les bok*ds du Rib 
Apure, au confluent de ce fleuve et du Rio Nula^ aussi 
bien que les derniers habitants des côtes de \^ 
nezuela, comparèi'ent ce bruit à une violente détona-» 
tioû. Or, depuis le confluent du Nulà et de l'Apure, 
d(^t j'ai descendu le cours pour rejoindre l'Orénoque, 
on compte en droite ligne deux cent soixante lieues. 
Un pareil retentissement, (|ui ne fut assurément pas 
propagé par rair^ dut avoir une i^use souterraine et 



260 DE L4 STftOGTURE 

profonde. C'est à peine si le bruit fut plus intense sur 
les côtes de la mer des Antilles qu'à Fintérieur du 
pays, dans le bassin de TÂpure et de l'Orénoque. 

11 serait sans objet de rassembler un plus grand 
nombre d'exemples. Je me bornerai, afin de rappeler 
un phénomène qui pour l'Europe a une plus grande 
importance historique,àreYenir sur le célèbre tremble- 
ment de terre de Lisbonne. Au moment où la commo- 
tion se fit sentir y non*seulement les lacs de la Suisse 
et la mer qui baigne les côtes de la Suède furent vio- 
lenunent agités ; mais jusque dans les Antilles orien- 
tales, sur les rivages de la Martinique, d'Antigua et de 
Barbados, le flux atteignit subitement une hauteur de 
f ingt pieds, aux lieux où jamais il ne dépasse vingt- 
huit pouces. Ces phénomènes prouvent que les forces 
souterraines se manifestent de deux manières, qu'elles 
agissent dynamiquement, dans les tremblements de 
terre, par la tension et l'ébranlement, ou, chimique- 
ment à l'intérieur des montagnes volcaniques, par la 
production et la transformation des substances. Ils 
montrent aussi que ces forces ne sortent pas de l'écorce 
terrestre et ne se font pas sentir seulement à la super- 
ficie du sol , mais qu'elles émanent des entrailles du 
globe et agissent simultanément, à travers des cre- 
vasses et des filons qui leur laissent un libre passage, 
sur les points les plus distants de la surface terrestre. 



ET DU MODB D'iCTION DBS TOLCiNS. 261 

Plus il y a de variété dans la structure des volcans, 
c'est-à-dire des soulèvements qui entourent le canal 
à travers lequel les masses en fusion s'écoulent du 
dedans au dehors, plus il est important de se faire, 
par des mesures exactes, une idée vraie de cette struc- 
ture. L'intérêt de semblables observations qui ont été, 
dans un autre continent, un des sujets particuliers de 
mes recherches , augmente encore par cette pensée 
que rétendue de Tobjet à mesurer est variable en 
beaucoup de points. Entouré de phénomènes chan- 
geants , l'observateur qui se voue à l'étude philoso- 
phique de la nature s'efforce sans cesse de rattacher 
le présent au passé. 

Pour saisir le retour périodique des phénomènes 
qui changent l'aspect de la nature, ou pénétrer les lois 
qui président à ces variations progressives, il est be- 
soin de quelques points fixes, de quelques obser- 
vations exactes, qui reUées à des époques certaines, 
puissent fournir la base de comparaisons numériques. 
Si l'on eût seulement déterminé de mille ans en 
mille ans la température moyenne de l'atmosphère 
et celle de la teire dai^s les différentes latitudes, ou 
la hauteur moyenne du baromètre à la surface de 
rOcéan, nous saurions dans quelle proportion les 
climats se sont échauffés ou refroidis, et si la hauteur 
de l'atmosphère a subi quelque changement. Il ne se- 



ffit n L4 fTBCcnmB 

ndl pfts moins néoeflmtré d'atoir des points ùe compa- 
tmson pour rinolinaison et la déclinaison de raigoille 
aimantée, ainsi que pour Tint^isité des forces électro- 
magnétiques sur lesquelles, sans sortir de Tacadémie 
de Berlin, deux physiciens éminents, MM. Seebeck et 
Erman, ont répandu tant de lumières. Si les compa<> 
gnies savantes s*honorenten suivant avec persévérance 
la trace de tous les diangeme&ts capables dlnfluer sur 
l'économie du mondci qui ont pu d*opérer dans la tem* 
pérature, dans là pi^ssioa de Fatmosphère , dans là 
direction et l'intensité des forces magnétiques, c'est 
d'autre part le devoir du géologue voyageur, qui ch^^i» 
che à reconnaître les inégalités de la surfoce terrestre, 
de tenir compte surtout des variations survenues dans 
la hauteui'des vcdcans. J'ai eul'occasion^ depuis mon 
retour en Europe, de répéter à différentes époques sur 
le Vésuve les expériences que j'ai faites autreMs dans 
les montagnes du Mexique^ sur le volcan de Toluca, 
sur le Popocatepetl, sur le Gofre de Perote ou Nauh<- 
campatepetl, sur le Jorullo et^ dans les i^des de Quito, 
sur le Picbiucha. Lorsqu'on ne peut se procura des 
mesures complètes, solttrigonométriques, Soit baro* 
métriques, on a la ressource d'y suppléer par des 
aàgles de hauteur, pris avec soin sur des points bien 
détenninés. Souvent même ces angles, mesurée à 
diff&r^tès époqueis et Cdmpau^és entre eux, sont pré- 



BT DU MODB D^âCTION DES VOLCANS. SMS 

féFables,bien que d\ine exactitude moins rigoureuse» 
en ce qu'ils épargnent les embarras d'opérations plus 
compliquées. 

A répoque où de Saussure mesura le Vésuve, en 1779, 
les deux bords du cratère, au nord-ouest et au sud-est^ 
lui parurent d'égale hauteur, o'est-à-dire élevés tous 
deux de six cent neuf tmses au-dessus de la surface 
de la mer. L'éruption de 1794 détennina vers le sud 
un éboulement d'où résulta une inégalité dans les 
bords du cratère, qui même à une grande distance 
frappe Tœil le moins exercé. Léopold de Buch, Gay- 
Lussac et moi, nous avons mesuré trois fois le Vésuve 
en 1805 , et nous avons trouvé que le bord septen- 
trional, la Roccadel Palo, placée vîs-à-visde la Somma, 
avait exactement la hauteur que lui assigne de Sans-* 
sure , mais que le bord méridional était de soixante- 
quinze toises plus bas qu'en 1779. La hauteur totale du 
volcan auprès de Torre del Greco, c'est-à-dire du côté 
vers lequel l'action du feu parait surtout dirigée de- 
puis trente ans, avait à cette époque diminué d'un hui- 
tième! Le cône de cendres est à la hauteur totale de 
la montagne : sur le Vésuve, dans le rapport de un à 
trois ; sur le Pichincha, dans le rapport de un à treize ; 
sur le pic de Ténériffe, dans le rapport de un à vingt- 
deux. De ces trois volcans, c'est donc le Vésuve qui a 
le cône de cendres relativement le plus élevé , sans 



264 DE LÀ STRUCTUBE 

doute parce que, en raison de son peu de hauteur, 
il agit surtout par le sonunet. 

J'ai eu la bonne fortune, en 1822, non-seulement 
de renouveler sur le Vésuve mes premières opérations 
barométriques, mais d'entreprendre, dans une triple 
ascension, une mesure plus complète de tous les bords 
du cratère ^ Ce travail peut paraître digne de quelque 
intérêt, en ce qu'il embrasse la longue période des 
grandes éruptions de 1805 à 1822, et qu'à ma connais- 
sance on n'a publié jusqu'à ce jour sur aucun autre vol- 
can un ensemble d'opérations dont toutes les parties 
soient comparables entre elles. Il prouve que partout 
les bords des cratères sont moins variables qu'on ne 
l'avait cru d'après des observations trop rapides ; je dis 
partout et non pas seulement dans les volcans où les 
bords sont visiblement composés de trachyte, comme 
sur le pic de Ténériffe et sur toutes les montagnes 
volcaniques de la chaîne des Andes. D'après mes der- 
nières mesures, on peut presque affirmer que le bord 
qui termine au nord-ouest le cratère du Vésuve n'a 
subi absolument aucune dépression depuis de Saus^ 
sure, c'est-à-dire en quarante-neuf ans, et que, vers le 
sud-est, le bord qui fait face à Bosche Tre Case, et qui 
avait quatre cents pieds en 1794, en a perdu à peine 
soixante depuis cette époque. 

Si les feuilles pubUques, en décrivant les grandes 



ET DU MODE D* ACTION DES VOLCANS. 265 

éruptions du Vésuve, ont fait si souvent mention d'un 
changement total produit dans la forme du volcan, si 
même on peut croire que les vues pittoresques, dessi- 
nées à Naples, confirment ces assertions, Terreur pro- 
vient de ce que Ton a confondu les contours du cra- 
tère avec ceux des cônes d'éruption qui se forment 
accidentellement au milieu du cratère, sur les bords 
de la bouche ignivome, soulevés par la force des va- 
peurs. Un de ces cônes d'éruption, formé d'un conglo- 
mérat peu compacte de rapilli et de scories , s'est élevé 
insensiblement au-dessus du bord sud-est du cra- 
tère, dans les années 1816, 1817 et 1818. L'érup- 
tion du mois de février 1822 l'avait agrandi à ce 
point qu'il dépassait même l'extrémité nord-est, la 
Rpcca del Palo , de cent à cent dix pieds. Lors de la 
dernière éruption, ce cône , que l'on avait pris l'ha- 
bitude à Naples de considérer comme le véritable 
sommet du Vésuve, s'est écroulé avec un horrible 
fracas dans la nuit du 22 octobre , de telle sorte 
que le sol du cratère, qui depuis 1811 était partout de 
plain-pied, est aujourd'hui de sept cent cinquante 
pieds plus bas que le bord septentrional , et inférieur 
même au bord méridional de deux cents pieds. La 
forme variable et la situation relative des cônes d'é- 
ruption , dont il ne faut pas , comme on l'a fait si sou- 
vent, confondre les ouvertures avec le cratère du vol- 

II. 33 



8M DS LÀ STRUCTURS 

can, a donné en différentes époques au Vésuve une 
physionomie earaetéristique. C'est au point que le 
géologue, qui voudrait écrire Thistoire de ce volcan, 
pourrait en voyant les paysages d'Hackert dans le pa- 
lais Portiei, reconnaître d'après les contours du som- 
met, suivant que le bord septentrional de la mon- 
tagne est supérieur ou inférieur à la partie opposée, 
le moment où Fartiste a fait l'esquisse de ses tableaux. 
Dans la nuit du 23 au fi4 octobre, le lendemain du 
Jour où s'éeroula le cône de scories, haut de quatre 
cents pieds, lorsque déjà avaient coulé des ruisseaui 
de lave peu considérables mais très-nombreux, com- 
mença l'éruption enflammée de la cendre et des ra- 
pilli. Pendant douze jours elle ne fût pas interrompue, 
sans avoir cependant la violence des quatre pren^ères 
j oumées . Durant ce laps de temps, les détonations à l'in- 
térieur du volcan furent si fortes , que par le seul effet 
des vibrations de l'air, car de tremblement de terre il 
n'y en eut pas trace, les plafonds des salles se crevassè- 
rent dans le palais Portiei. Les villages voisins. Résina, 
Terre del Greco, Torre dell' Annumiiata et Bosche Tre 
Case, furent témoins d'un phénomène singulier. L'at 
mosphère était complètement remplie de cendres, 
et, vers le milieu du jour, toute la contrée resta plon- 
gée pendant plusieurs heures dans Tobseurité la pins 
profonde. On allait dans les rues avec des lanternes, 



BT DU MODB d'action DIS YOLaNS. 287 

eemioe cela arrive si souyent à Quito, lors des érup- 
tions du Pichincha. Jamais il n'y eut une désertion* 
plus générale des habitants» On redoute aujourd'hui 
les courants de lave moins que les éruptions de cen«- 
dresi Jamais^ dims les temps modernes» ce. phéno*- 
mène ne s'était produit avec une pareiHe Tiolence» 
et la tradition obscure qui voile la destruction d'Her^ 
milanttm, de Pompéi et de Stable, peuplé encore 
les imaginations de fiuitômes ëChrayants. 

La Tapeur d'eau brûlante qui pendant l'érupUôn 
s'échappa du tolcan et se répandit dans l'atmosphère 
ferma, en se refroidissant, uh nuage épais autour de là 
colonne de cendre et de fëu, haute de neUf mille pieds. 
La condensation subite de ces vapeurb et, ainsi que 
Ta montré Gay-^Lussac^ la fonûation même du ikuage 
migmentèrent la tenition électrique. De la colonne 
de cendres jaillissaient des éclairs qui rayonnaient 
dans toutes les directions, et l'on distinguait didre*- 
ment le roulement du tonnerre au milieu du bruit 
qui retentissait à l'intéileur de la montagne. Dans 
aucune autre éruption, le jeu des forces électriques 
n'avait prodiùt des effets aussi saisissants. 

Le matin du S6 octobre, se répandit cette singulière 
nouvelle, qu'un torrent d'eau bouillante s'élançait dû 
^tatère et retombait sur le c6ne de cendrés. Le savant 
Montioelli, l'obsehfAteur infotigalde du Vésuve , re*- 



968 M LA snucTUU 

connut bientôt que cette rumeur était causée par une 
illusion d'optique. Le prétendu torrent n'était autre 
qu'une énorme quantité de cendres sèches qui, sem- 
blables à des sables mouvants, s'édiappaient par une 
crevasse pratiquée dans le bord le plus élevé du cra- 
tère. L'explosion du Vésuve avait été précédée d'une 
sécheresse qui avait frappé les champs de stérilité ; au 
moment où l'éruption finissait, les nuages crevèrent 
par l'effet de l'orage volcanique que je viensde décrire, 
et il en résulta une pluie d'une très-longue durée, 
malgré son excessive violence. Ce phénomène mar- 
que sous toutes les zones la fin des érupticms. Gonune, 
pendant toute leur durée , le cône de cendres reste 
ordinairement caché dans les nuages, et qu'il est le 
point autour duquel les averses sont le plus violâ- 
tes, on voit couler de toute part des torrents de boue. 
Le paysan effrayé prend ces matières pour de l'eau qui 
monterait de l'intérieur du volcan et retomberait par 
le cratère. Le géologue, dupe lui-même d'une fausse 
apparence, croit y reconnaître de l'eau de mer ou les 
matières volcaniques, connues sous le nom d'érup- 
tions boueuses, ou enfin, d'après le langage systéma- 
tique des anciens auteurs français, les produits d'une 
liquéfaction igno -aqueuse. 

Lorsque les sommets des volcans dépassent la li- 
mite des neiges, ce qui dans la chaîne des Andes est 



ET DU MODE d' ACTION DES VOLCANS. 269 

le cas le plus ordinaire, et s'élèyent même, comme 
cela arrive quelquefois, à une hauteur double de celle 
de TEtna, Taffaissement et la fonte des neiges rendent 
ces inondations plus abondantes et plus désastreuses 
encore. Ce sont des phénomènes qui ont avec les 
éruptions des volcans des relations météorologiques, 
qui sont diversement modifiés par la hauteur de la 
montagne, par les contours de la cime éternellement 
neigeuse, et par la chaleur qui se communique aux 
parois du cône de cendres ; ils ne doivent pas cepen- 
dant être considérés, à proprement parler, comme 
des phénomènes volcaniques. De vastes cavités qui 
existent d'ordinaire sur la pente ou au pied des vol- 
cans, renferment des lacs souterrains, conmiuni- 
quant par divers canaux avec les torrents alpestres. 
Lorsque les tremblements de terre, qui, dans les 
chaînes des Andes, précèdent toutes les éruptions en- 
flammées , ébranlent puissamment la masse volcani- 
que , il s'échappe avec violence de ces réservoirs en- 
tr'ouverts des torrents d'eau , des poissons et du tuf 
argileux. Ce singulier phénomène a pour garant le 
Silure des Cyclopes (Pimelodes Cyclopum), que les ha- 
bitants de Quito nonunent Preôadilla, et que j'ai dé- 
crit peu de temps après mon retour en Europe. Lors- 
que, dans la nuit du 19 au 20 juin 1698, le sommet du 
Carguairazo, situé au nord du Chimborazo et haut de 



270 Dl Là STAUCTOfeB 

dix-huit mille {lieds » entra en éruptiotl ^ tous leà 
ehamps d'hlentour^ sut- une étendue de tiM. lieues car^ 
rées, furent couyerts dd boue et de poiteons» Leg flè^ 
▼res pernicieuses, qui sept ans auparatatit s'étaient 
déclarées dans la ville d*Ibarra^ bnt été attribuées k 
une semblable éruption de poissons, rejetés pai" te 
Yolcan Isibid>uru. 

Je rapporte ces Mts^ parce qu'ils jettent quelque 
jour sur la difiérence qui exiëté entre iétupHon des 
cendres sèches et lesattërrissements de tuf et de tra^) 
dont la masse boueuse «itraine atec elle du bois, du 
charbon et des coquilles. La quahtité de cendres qu'a 
Yomie.le Yésuye, lors de la dernière extiloéion, a été 
démesurément exagérée pat* leé feuilles puldiquei, 
comme tout ce qui intéresse les volcans et les gtandi 
phénomènes de nature à efirayer Timagination. Deui 
chimistes napolitains^ Yicènzo Pepe et Giuseppe di 
Nobili 9 ont prétendu obstinément , malgré les déné- 
gâtions de Monticelli et de Covdli y que les eendM 
contenaient des parties d'or et d'argent. Les recher- 
dies que j'ai faites m'ont amené à ce i^ésultàt , que 
la couche de cendi^s amassée en douze jouirs du côté 
de Bosche Ti*e Case n*ayait^ mt la pente du cdne où 
elle était mélangée de rapilli> (fue trois pieds d'épais* 
seur et quinze à dit-huit pouces seulement dans là 
l^aine. Des mesures de de gent-e hé doivent pas être 



BT DU MOBB B'àCnOM DIS VOLCANS. 171 

prises dans les «adroits où là ceiidre« eOnune 1« BàbVd 
ou la aeige, peut être uuonodée par le teut et eeà- 
gulée par l'eau. Le temps n'est plus où, à la manière 
des anciens, on ne cherchait que le o6té meryeilleuk 
des jAénomènes volcaniques i où, comilie Ctésias^ oh 
faisait voler les cendres de TEtnà jusque t>ar delà là 
presqu'île de l'Inde. Une partie des filons d'or et d*ar- 
geai découtàrts ail Afoxique se trouvent, il est vrai , 
dans du porphyre tradiy tiqué ; mais un chinliste émi^ 
nent ^ M^ HtnH Roseï qui ^ à ma prière v a anàljsS déis 
«tendres que j'avais rapportées du Vésuve ^ n'a pu f 
ifeconnattre aucune parèelle d'or ni d'argent. 

Si peu de ràj^HMrt qu'il y ait entre ces résultats , 
parfaitement conformes d'ailleurs aux obset^atidàs 
prédâes de Nonticdli, et ceux qui ont été accrédités 
dans le public , le spectacle que j[>ré8enta le Vésuve 
du 24 au ii octobre ^ n'en reste pas moins le phéno- 
mène le plus mémorable dont on possède une relation 
cetiaine^ depuis là ihort de PËne l'ancien. La quan^ 
tité de ceUdres amoncelées en l8Sf , a peut-nètre 
été trois fois plus coUttdérable que toutes celles 
qui ont été rejetées de la méUié maniète , depuis 
que l'on observe attentivemeUt en Italie lés phéno- 
mènes volcanlquési Au préhiier abord i une couche 
de quinse à dix-huit pouces semblé insignifiante^ en 
é6mparaisoà de la masse qui recouv^e aujourd'hui 



272 DE LA STRUCTURE 

Pompéi ; mais sans parler des torrents de pluie et 
des atterrissements qui , depuis des siècles , ont pu 
accroître cette masse ; sans renouveler les vives con- 
testations auxquelles a donné lieu, de Tautre côté des 
Alpes, la recherche des causes qui ont amené la des- 
truction des villes de la Campanie, il est bon de rap- 
peler qu'on ne peut , en aucune façon , comparer 
entre elles, sous le rapport de Tintensité, des érup- 
tions volcaniques séparées par de longs intervalles. 
Toutes les conclusions fondées sur Tanalogie sont 
insuffisantes, quand elles ont trait à des nqpports de 
quantité , à des masses de lave et de cendres , à la 
hauteur des colonnes de vapeur et à la violence des 
détonations. 

D'après la description géographique de Strabon et 
un jugement de Vitruve sur Tongine volcanique de 
la pierre ponce , on reconuidt que jusqu'à Tannée ou 
mourut Yespasien , c'est-à-dire jusqu'àréruption sous 
laquelle fut ensevelie Pompéi , le Vésuve ressemblait 
plusà un volcan éteint qu'à une solfatare. Sil'on admet 
qu'après un long repos, les forces souterraines s'ou- 
vrirent subitement de nouvelles voies et reconunen- 
cèrent à briser les roches primitives et les couches de 
trachyte, il en dut résulter des effets, dont ne peu- 
vent en aucune façon donner la mesure ceux qui se 
produisirent depuis. La lettre célèbre dans laquelle 



ET DU MODE D' ACTION DES tOLCANS. 273 

Pline le jeune retrace à Tacite la mort de son oncle , 
montre clairement que le Vésuye, en sortant de son 
sommeil , signala par une éruption de cendres son 
retour à Factivité yolcanique, on pourrait presque 
dire sa résurrection. C'est aussi ce qu'on remarqua 
dans le JoruUo., lorsqu'au mois de septembre 1759 , 
ce volcan , brisant des couches de syénite et de tra- 
chyte, se fit soudainement jour au milieu de la plaine. 
Les habitants de la campagne fuyaient , parce qu'ils 
voyaient sur les toits de leurs chaumières des cendres 
que la terre entr'ouverte vomissait de toute part. Dans 
le cours ordinaire des éruptions périodiques, les 
pluies de cendres en marquent au contraire la Bn. 
La lettre de Pline contient aussi une preuve mani- 
feste que , dès le commencement , les cendres sèches 
qui retombaient du haut des airs atteignirent , sans 
être chassées par le vent, une épaisseur de quatre 
à cinq pieds. « La cour, dit Pline, qui condui- 
sait à la chambre où mon onde faisait la sieste, 
était si bien rempUe de cendres et de pierre ponce, 
que s'il se fût attardé plus longtemps, il n'aurait 
plus trouvé d'issue. » Dans l'espace fermé d'une 
cour, l'effet du vent sur l'amoncellement des cendres 
ne peut avoir été considérable. 
. J'ai interrompu l'examen comparatif des volcans 
par des observations particulières au Vésuve , en rai- 



274 ™ ^^ STRUGTUti 

S9fi de YintAtèi qu'a fexdté la dernière éruption , tt 
parce qu'où ne eaurail parler d'une grande pluie de 
€endres> sans être ramené presque ifaYolontairement 
au sol classique d'Herculaniun et de Pompéi. Je re« 
jette à la fin de ce chapitre > sous forme d'appendice, 
tous les éléments des mesures barométriques que j'ai 
eu l'occasion de prendre, en 1822, sur le Vésuve et 
dans les champs Phlégré^s. 

Nous avons jusqu'ici considéré la forme et les effets 
des volcan* mis par un cratère en communication 
constante avec l'intérieur du globe. Les sommets de 
ces volcans sont des masses de trachjte et de lave sou* 
levées par la force des vapeurs et traversée» en tous 
sens par des filons. On peut, d'après la permanence 
de leurs effets, se représenter la com^toité de leur 
structure. Us ont, pour ainsi dire> un calractère in* 
dividuel, qui demeure le même durant de longues 
périodes. Ces montagnes, alors même qu'elles sont 
voisines l'une de l'autre , doniient le plue souvent des 
produits complètement dissemblables r des laves de 
leuciteet de feldspath, derôbsidienne mAlée de piem 
ponce, des masses bÀsalti<tUes contenant des partiel 
d'olivine. EUes brisent ordiikairemettt toutes lès cou- 
ches sédimentaires , et appartiennent aux plus rê* 
cents d'entre les phénomènes terrestres; leui^s érup- 
tions et leurs coulées de lave ont une origine posti^ 



BT DU MODB D^ACTIOU DBS VOLCANS. 275 

vieure à eeUe de nos yaUées. La vie dé ees volcans, 
si je puis me servir de cette expression figurée, dé- 
pend du inede et de la durée de leur eommunicatron 
avee l'intérieur de la terre. Souvent ils se reposent 
pendant des siècles , puis se raniment tout à coup, et 
finissent par émettre, comme les solfatares, des va» 
peurs aqueuses, du gaz et des acides. Quelquefois, 
cependant , ainsi qu'on Fa remarqué sur le pic de 
Ténériffe , leur sommet est déjà devenu un labora- 
toire de soufre sublimé, que des torrents de lave 
s'échappent encore des flancs de la montagne. Sem- 
blables à du basalte dans la partie inférieure , ces 
laves prennent plus haut, à l'endroit où la pression 
est moindre, Tapparenoe d^obsidienne et de pierre 

ponoe*. 

E;» dehors de cas montagnes à cratère permanent, 
il existe une autre espèce dephénomèDes voloi^iques, 
plus rarement observés , mais plus particulièrement 
instructifs pour la géologie, et qui nous reportent 
au monde primitif » o'est-rà*îdire aux premières révo- 
lutions qui ont bouleversé notre planète. Des mour 
tagnes de trachyte s'ouvrent subitement , versent de 
la lave et des cendres , et se referment de nouveau, 
peut-être pour toujours. Ainsi le puissant volcan d' Aq« 
tisana, dans la ehalne des Andes, ainsi le mont Épomée, 
dans rile dlsdbiia, en 1309. Quelquefois ees éraptions 



276 DE LA STRUCTD&B 

se produisent dans la plaine , comme cela est anîTé 
sur le plateau de Quito , en Islande , à une distance 
considérable du yolcan d'Hécla, et dans File d*Eubée, 
au milieu des champs de Lelantis. Un grand nombre 
dlles soulevées du sein des flots appartiennent à ces 
phénomènes passagers. U n'y a pas alors liaison con- 
stante entre Fintérieur et Textérieur du globe; TefFet 
cesse aussitôt que la creyasse ou le canal de commu- 
nication s'est refermé. Des filons de basalte, de dolé- 
rite et de porphyre , qui, dans différentes contrées, 
traversent presque toutes les formations, des masses 
de syénite, de porphyre pyroxénique 'et d'amygda- 
loide qui caractérisent les couches les plus récentes des 
terrains de transition et les couches les plus anciennes 
des roches sédimentaires, doivent probablement leur 
naissance aux mêmes causes. Dans la jeunesse de 
notre planète , les matières intérieures qui avaient 
conservé leur fluidité se sont fait jour .à travers les 
crevasses dont la croûte terrestre était partout sil- 
lonnée , tantôt se soUdifiant sous la forme de filons 
grenus , tantôt se répandant et se superposant par 
couches. Ce que le monde pnmitif nous a transmis 
de roches exclusivement appelées volcaniques, ne s'est 
pas écoulé en bandes étroites comme les laves des 
cônes isolés. Les mélanges de pyroxène, de fer titane, 
de feldspath et d'amphibole peuyent avoir été les 



BT DU MODE D*ACTION DBS VOLCANS. 277 

mêmes à diflférentes époques , tantôt se rapprochant 
plus du basalte y tantôt ressemblant davantage au tra- 
chyte. Les matières chimiques ont pu, ainsi que nous 
l'apprennent les savants travaux de Mitscherlich et 
Tanalogie des produits ignés dus à des opérations ar- 
tificielles 9 se ranger les unes auprès des autres sous 
une forme cristalline; cela ne doit pas nous empê- 
cher de reconnaître que des substances composées 
d-une manière analogue sont arrivées à la surface de 
la terre par des chemins très-différents , soit qu'elles 
aient été simplement soulevées ou qu'elles aient pé- 
nétré à travers des crevasses temporaires, soit que , 
brisant les roches plus anciennes, c'est-à-dire la partie 
déjà oxydée de l'écorce terrestre , elles soient retom- 
bées en torrents de lave du haut des montagnes co- 
niques pourvues de cratères permanents. La confu-< 
sien de ces phénomènes si divers ramènerait la 
géologie volcanique aux ténèbres qu'ont commencé 
à dissiper peu à peu un grand nombre d'observations 
comparées. 

On s'est souvent demandé : Qu'est-ce qui brûle 
dans les volcans ? Quel est le principe de la cha- 
leur qui produit le mélange de la terre et des mé- 
taux en fusion? Â ces questions, la chimie nouvelle 
a tenté de répondre : Ce qui brûle ce sont les terres, 
ce sont les métaux , ce sont même les alcalis, ce sont 

n. 24 



978 W LA STRUCTOKB 

enfin 1«9 piiétAllQldai de eep anbitanees. L'écorce sût 
lide et déjà oxydée de la terre , aêpar^ roeéan atmar 
«f^ériqfie , eoiQpesé surtout d-oxygèHe, des matières 
îpf|ami9ab)ep et pou oxydées qui veaiplissent rinr 
tériaur de notre planète, f^a chaleur m dégage ta 
oentaet de ees métalloîdefl et de Toacygàne qui pèse 
wv eux. L'iugénleux et célèbre chimiste qui avait 
hasardé cette interprétation des phénamànes Toloa* 
niques. Sir Humphry Davy, Ta rétractée bientèt de 
son propre meuTement. Les espérienoes fûtes sous 
toutes les 90nes, au fond des mines et des caver- 
nes f et que j'ai réunies, de eoncert aTce M. Ange, 
dans un Kémoi^ spéeial » prouvent que, à une mé- 
dioore profondeur, la température du corps terrestre 
6#t déjà beaucoup plus élevée que la température 
moyenne de l'atmosphère sur le même point. Ce 
fait si digne de remarque et géBéralemeat con- 
staté s'accorde ayec ce que nous enseignent les phé- 
nomènes volcaniques. On a calculé la i^ofendeur à 
laquelle on peut considérer le corps terrestre comnie 
une masse en fusion. La cause primitive de cette dia- 
leur souterraine est pour la terre, comme pour taules 
les planètes, le fait même de sa formation successive; 
c^est la séparation effectuée entre la masse qui se con- 
dense en s'arrondissent et le fluide gaseux qui Pen- 
velpppe ; o'^ft le refroidissement des couches tems- 



ET DU MOdË b'ACTlON bES YOLCANS. Vt% 

ites ft âed ^fofèndéut^ diffél'ente^ , ^àt* l'efret dU 
I rayoïitiémônt. Touë des phénomèneé Tblcâtiiques té- 
1 sultent probablement d'utie communieatioh cotistatile 
I ou passagère entre l'intérieur et rextéHéùr dé no- 
i tre planète ; des vapeurs élastique^ pt^esseàt de baiî 
I éû haut, è travers des Grevasses profondes, les mâ- 
I tiéres fondues qUi s*oxydent. Les volcané sont donc 
I des sources intermittentes. Les mélangée fluides de 
métaux, d'alcalis et dé terré, qui forment plus tard 
des flots de lave solides, s'écoulent calmes et pai- 
sibles , lorsque , soulevés par l'expansion des va- 
peurs, ils peuvent trouvet' quelque issue. C'est de 
la même ttianiêf e que leé anciens , diaprés le Phédon 
de Platon , considét*aiétit toutes les éruptions volcani- 
ques comme des émanâtîoiis d*une source unique, 
(Ju'ils nommaient lé Pyrîphlegethoû, 

À ces éonsidéH-âtiônë , qu*îl me soit permis d'en 
ajouter une âUti*e plus hasardée. La chaleur sôuter- 
i*aine , attestée paf lès expéi'tences thermométriques 
auxquelles ont donné lieu les sources qui jaillissent 
de diverses pi-ôfondeurs, et pai* l'étude deé volcani. 
Ile derftit^-ellé pké là cause de l'un des phénonièneà 
les plus surprenants que nous offre la Paléontolo*- 
gie». Des formes animales paftîeullèt^s aux tropi- 
ques , des Fôugèt^eS arborescentes , des Palmiers et 
des BainbouB sofit ensevelis dani^ les flrôideè eon-^ 



J 



280 DE LÀ STRUCTURE 

trées du nord ; partout le monde primitif nous of- 
fre une distribution des organisme^ que contredit 
l'état actuel des climats. Pour la solution d'un pro* 
blême aussi important » on a proposé diyerses hypo- 
thèses : l'approche d'une comète, un changement 
dans l'obliquité de l'écliptique, une intensité plus 
grande de la lumière solaire. Aucune de ces explica- 
tions n'a pu satisfaire à la fois l'astronome, le physi- 
cien et le géologue. Pour moi , je laisse volontiers à 
sa place Taxe de la terre , et ne suis pas plus jaloux 
de changer la lumière du soleil, aux taches duquel un 
célèbre astronome a voulu rapporter les bonnes ou 
les mauvaises récoltes des campagnes. Mais je crois 
reconnaître que dans chaque planète , indépendam- 
ment de ses relations avec un corps central et de son 
état astronomique, il y a plusieurs causes qui peuvent 
amener un dégagement de chaleur. Cet effet peut pro- 
venir de l'oxydation , de k précipitation des corps ou 
d'un changement produit par des procédés chimiques 
dans leur capacité pour la chaleur , d'un accroisse- 
ment de tension électro-magnétique ou de conununi- 
cations ouvertes entre l'intérieur et l'extérieur de la 
planète. 

Lorsque, dans le monde primitif, l'écorce de la terre 
faisait rayonner de la chaleur par les crevasses pro- 
fondes qui la sillonnaient, il n'est pas impossible que 



ET DU MODB D'àCTION DBS VOLCANS. 281 

durant des siècles entiers des Palmiers , des Fougè- 
res arborescentes et tons les animaux des tropiques 
8e soient développés sur toute la surface du globe. D'à- 
[M'es cette manière d'envisager les choses, que j'ai déjà 
exposée dans l'ouvrage intitulé : Essai géognostigne 
sur le gisement des roches dans les deux hémisphères, 
la température des volcans serait la température 
même du corps intérieur de la terre , et les causes 
qui, aujourd'hui, produisent de si effroyables rava- 
ges, auraient fait sortir jadis de l'écorce terrestre, ré- 
cemment oxydée et sillonnée encore de crevasses 
profondes, la végétation luxuriante qui s'épanouissait 
sous toutes les zones. 

Si Ton était tenté d'admettre, pour expliquer cette 
distribution surprenante desformes tropicales dans les 
tombeaux où elles sont ensevelies, que l'espèce d'Élé- 
phant à longs poils, enfermée aujourd'hui sous les 
glaçons , était autrefois indigène dans les contrées du 
nord ; que des formes semblables entre elles et se rap- 
portant au même type originaire, conmie les Lions 
et les Lynx, pouvaient vivre à la fois dans des climats 
tout différents, une semblable explication ne pourrait 
pas en tout cas s'appliquer aux végétaux. Par des rai- 
sons qu'explique clairement la physiologie des plantes, 
les Palmiers, les Bananiers etlesmonocotylédonesen 
arbres ne sauraient résister à la privation de leurs 



organes afipeaâiciikhiMi causée par Ici froul du nord» 
Or^ danâ le prdrièilie géblogiqile qui nous oixmpe^ 
il me parait difficile de séparer tes foi*inéë tégitales 
des formes animales ; la même eitplioAtion doit né€(n^ 
sairement compritodre les Unes et leé autres. 

A des fiûts recueillis dans lès contirées les pli» dif-* 
fàrentes j'ai jointe en terminant ee tableau ^ des toi^ 
jeetures ttypothéti^és. L'élude philosophique de la 
nature ne saurait être renfermée dans les limites 
d'une simple deseriptitm| die est autre Aose (jus 
le rapprochement stérdè de phénomèiles isolés» Qu'il 
tôit donc p^iniiis à l'active buriOsité de rhenâmé de 
remonter du présent jusque dans les ténè Mes du j^ané, 
de pressentir ee qui ne peut étfe ëneeni t^èndd itia- 
nifèste) et dé se plaire à tes anciens mytties fjtor 
logiques qui reparaisitet toujours sttus des forints 
n^TsUes. 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 



Note 4 , page 264. 

Le collaborateur de mes travaux astronomiques, en- 
levé à la science par une mort si prématurée, Oltmanns, 
a calculé de nouveau les mesures barométriques que 
j'avais prises sur le Véàùve, le 22 novembre, le 26 no- 
vembre et le l*"" décembre 1822. tl en a comparé les 
résultats avec les mesures qui m^ont été communiquées 
en manuscrit par lord Minto» Yiscontii Monticelli, 
Brioscbi et Poulett Scrope. 

L RocGA DEL Pkio^ point c%lmi^ni du 

bord septentrional du entèrt^ 

toises, mètr; 

àïutoui^, 1778,mBsuK baroknëtrique, calculée proba- 
blement d'après la formule de Deluc i . 609 1186 

Poli, 1794, mesure barométrique »... 606 1181 

Breislak, 1794, mesure barométrique 613 1 194 

(On ne sait quelle est la formule appliquée pair 
Brteislafc non plus que par Poli.) 
GÉt^Lusttc, Léopold de Btich et ttumboldt, 1805, inesu^e 
barométrique, calculée d'après là fbrmule de 
Laplace, comme toutes les mesures baromé- 
triques qui suivent 603 1 175 

Brioschi, 1810, mesure trigonométrique 638 1243 

Visconti, 1816, mesure trigonométrique 622 1212 

Lofd Minto, ifôl, mesuré barométrique, irépétëè <i plû- 

rieon reprises ti\ 1210 



"H 



284 DE LÀ STRUCTURE DES VOLCANS. 

Poulett Scrope, 1822, mesure barométrique 604 1117 

( Résultat un peu incertain à cause de l'igno- 
rance où l'on est du rapport entre le diamè- 
tre du tube et celui de la cuvette.) 

Monticelll etCoveUi, 1822 624 1218 

Humboldt, 1822 624 1216 

Résultat probable 317 toises (617 mètres) 
au-dessus de rhennitage , ou 625 toises (121 8 mè- 
tres] au-Hlessus du niveau de la mer. 

IL Extrémité inférieure du cratère située 
au sud-^ty en face de Bosche tre Case. 

Ce bord s'étant abaissé de 400 pieds au-nles- 
80US de la Rocca del Palo après l'éruption de 
1794, on peut, en prenant pour point de dé- 
part le chiffre qui précède, lui assigner une 
hauteur de 559 1069 

Gay-Lussac, Léopold de Buch et Humboldt» 1805, me» 

sure barométrique 534 1040 

Humboldt, 1822, mesure barométrique 546 1064 

HL Cône de scories, situé à ^intérieur du « 

cratère, qui s* écroula le 22 octobre 1822. 

Lord Ifinto, mesure barométrique 650 1266 

Brioschi, mesure trigonométrique 636 1239 

Ou, d'après d'autres combinaisons 641 1249 

Résultat vraisemblable 646 toises ( 1259 mè- 
tres). 

IV. PuMTÀ vksomE, sommet culminant de la 

Somma. 

Schuckburgh, 1794, mesure barométrique, probablement 

d'après sa propre formule 584 1138 



ÉGLAIRGISSEIIINTS BT ADDITIONS. 285 

HumMdt, 1823, mesure barométrique, d'après la for- 
mule de Laplace 586 1 142 

V. Plaine de V Atrio del Cavàllo. 
Humi)oldt, 1822, mesure barométrique 403 785 

VI. Pied du cône de cendres. 

Gay-Lussac, Léopold de Buch et Humboldt, 1805, me- 
sure barométrique 370 721 

Humboldt , 1822 , mesure barométrique 388 755 

Vil. Hermitage del Sàlyatore. 

Gay-Lussac, Léopold de Buch et Humboldt, 1805, me- 
sure barométrique 300 584 

Lord Minto, 1 822, mesure barométrique 307,9 600 

Humboldt, 1822, mesure barométrique 806,7 601 

Une partie de nos mesures a été publiée dans l'ouvrage 
de Monticelli intitulé : Storia de' fenomeni del Vesuvie, 
anweniuii neglianni 1821*1 823(p. 115); mais on a négligé 
de corriger la dépression capillaire du mercure dans 
le baromètre à cuvette, et les hauteurs en ont été quel- 
que peu altérées. Si Ton songe que les résultats qui précè- 
dent ont été obtenus avec des baromètres de construc- 
tion très-diverse, à des heures différentes, par des vents 
qui soufflaient de côtés opposés, sur la pente d'un 
volcan où la chaleur est inégalement répartie , dans un 
lieu enfin où la décroissance de la température atmo- 
sphérique s'éloigne beaucoup de celle que supposent 
nos formules barométriques , on reconnaîtra qu'elles 
présentent une concordance tout à fait satisfaisante. 



S$6 Vïï hà «TftUGTUU MS TOMAIfSi 

Les mesHrts ^iM j'ai pmm «n 1 819^ k Tépoque dte ten^ 
grèèdeYérone, lorsque j'accompagnai à NàpleS 16 feu roi 
Frédéric-Guillaume UI, ont été calculées avec plus de soin 
et dans des circonstances plus favorables que celles de 
1805. En outre, les différences de hauteur sont toujours 
préférables aux hauteurs absolues. Ôr il résultede ces cal- 
culs relatifs , qile depuis 1 >^4 la différence dès deux boi^ 
du cratère, à la Rocea delPalo et en face de Boseke Tre 
Case, est toujours restée à peu près la même. En 1805, 
j'ai reconnu que cette différence était exactement de 
69 toises ( lâ4 fnètrës) ; j'ât tfoUVé à |)êti ptës SS tôi^ 
(lâ9mètres)en 1822. Un géologue éminent, M. Poulett 
Seropoi a trouvé 74 toises (144 mètres), bien que loi 
hauteurs absolues qu'il assigne aux deux bords du cra- 
tère paraissant àh peu aii'«âwsottB de là Vdritét Une 
variation aussi pe^ leusible , duratll U&e jp»éfiod6 d§ 
28 ÀD&éds, ftprèfi déâ Mcohslès aUâèi violentes daturinté' 
rieur du eratère^ est saiis e^nlrodit un faii suif renaiil. 

La hauteur qu'atteiguénl èUr le Yésuve leë odues d« 
scorieS) quiôut pour bine lesol fliémô du erèiMè, eataMi 
ufi (hit digne de remarqué. Sëbuoitbttrg A trouvé ea 1771 
ttU ûOne de eette espèce^ haut de 6l 5 toises (l l^ mètw) 

au^desdus de la mer Méditerranée. D'après lel mesuni 
d'un observateur très^etaeli de lord MinlOi le eôot 
de scories qui s'éoroulai le 22 eetobre 1822^ n'avait fMi 
moins de 660 toibes (1266 mèU*e)»). Ainli à ees deux 
époques, lea cônes de scories dépassairat le bord lé plus 
élevé du <mtère. Si l'on e(»npare entre elles les mesa- 



ÉeLAneissiiiEim sp abditioi». 187 

r69 priMA k la MoêêB d^l Fàh, de 19^3 k 1822, en est 
teaté malgpé soi d^adraettre cette oenjeeture hasardée 
que la hauteur du bord septentrioual s'est aeerue peu k 
peu par l'action de forces souterraines. La concordance 
des mesures prises de 19^9 à 1805 est presque aussi 

^ppren^eta que çej|$ d^i m^auras qui Q»t été Maculées 
()e laii il )8|;). On m p^ut douter q^e pour la deratèra 
pé^ipdp > \% ¥éril^tile \kmtmx du point eulminaat a^t 
m^tw m. dt m tot3ei (laKViatS mètres); faut-il an 
conclure que les opérations f(ât^8 9Q ou 48 CM^a plus 
tôt, et qui donnent pour résultat de 606 à 609 toises 
(1181-1186 mètres), étaient moins exactes. Ce n'est 
qu'après un long temps que l'on pourra décider ce 
qui, dans cette différence, tient au défaut de préci- 
sion des mesures ou à l'exhaussement du bord septen* 
trional du cratère. Il ne peut y avoir ici accumulation 
de matières légères tombées de plus haut. S'il est 
vrai que les couehes solides de lave trachytique qui 
forment la Hocca del Palo gagnent en hauteur, il faut 
bien admettre qu'elles sont soulevées de bas en haut 
par des forces volcaniques. 

Mon savant ami, l'infatigable calculateur Oltmanns, 
a publié le détail des opérations relatées plus haut, en 
les soumettant à un examen approfondi , dans les Ab- 
hmdL der Akad. der Wissenschaften zu Berlin, 18â2- 
1823 (p. 3-20). Puisse ce travail engager les géologues 
futurs à visiter une montagne qui n'est guère plus haute 
qu'une colline, et qui , après Stromboli , est le plus ac- 



288 DB LÀ STRUGTURB DES VOLGàMS. 

cessible de tous les volcans européens; puissent-ils con- 
trôler par des mesures fréquentes les différentes périodes 
de développement que peut amener le cours des siècles. 

Note 2 , page 2f5. 

Voyez au sujet du pic de Ténériffe, Léopold de Buch, 
Description physique des ttes Canaries (p.l67 de la tra- 
duction française), et un mémoire du môme auteur in- 
séré dans les Abhandlungen der Kônigl. AkadenUe s» 
Berlin, 1^20-21 (p. 99). 

Note 3, page 279. 

Voyez H. Arago dans Y Annuaire du bureau des lon- 
gitudes, 1825 (p. 234). L'accroissement de la tempéra- 
rature est, sous nos latitudes, d'un degré Réaumur par 
113 pieds de profondeur. Dans le puits artésien de 
Neu-Salzwerk, situé aux bains d'Oeynhausen , près de 
Minden, puits qui a atteint la plus grande profondeur 
connue jusqu'à ce jour au-dessous du niveau de la 
mer, la température de l'eau est, à 2094 pieds, de 26^2 
Réaumur, lorsque la température moyenne de l'atmo- 
sphère est à la surface de J^'^J. Il est extrêmement 
remarquable que saint Patrice , évéque de Pertusa, 
ayant, au m* siècle , observé les sources d'eau chaude 
qui jaillissaient du sol près de Carthage, fut amené par 
cette vue à une idée très-juste des causes qui produisent 
l'accroissement progressif de la température souter- 
raine. 









^13 



4 




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1 

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im iijK 



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LA FORGE VITALE 



OU 



LE GENIE RHODIEN 



11. 



LA FORGE YITÀLE 



OU 



LE Omm R&ODIEN. 



Gotiune les Attiéniens, léB SyrâOUsàtâfi ftVaieiit leur 
P(iMile. Lùê imbges ded dieuï et des herod> dhéfs-^ 
d'cbtttre des àrttsteg gi*ôdd et italiens $ rdtëttdënt de 
leurs cottkurs teuriées les murs du purtiquo* On y 
voyait si^s cesse ondoyer la foute : le jeune guerrier 
pour contempler les hauts faits des simt ^ Fartiste 
pour se familiariser atec le pinceau des grands 
malfres» Pai^mi les innombrables peintures que YAt^ 
tive sollicitude deS Syràêusains àVait reOUeUliês sur le 

sol dé la mdre patrie ^ il y en atait une surtout qui , 
depuis un siècle entier^ attirait rattention de tous 
^uî qui passaient auprès. Alors même que les ad- 
mirateurs fi^sMent défaut à Jupiter Olympien, à 
Géerops^ fondateur des villes, à Théroique courage 

d'Harmodius et d'Aristogiton , les rangs serrés du 



292 LA FORCE VITALE 

peuple se pressaient autour de ce tableau. D'où venait 
cette préférence? Était-ce l'œuvre d'Apelles ou de 
quelque élève de Callimaque î Non. De cette image 
rayonnaient sans doute la grâce et la beauté ; mais 
pour le mélange des couleurs, pour le caractère et le 
style de l'ensemble, elle ne pouvait être comparée 
à un grand nombre des œuvres qui décoraient le 
Pœcile. 

La foule étonnée admire ce qu'elle ne peut en- 
tendre ; et sous ce rapport la foule comprend plus 
d'une classe de la société. Il y avait sans doute dans 
l'étroite enceinte de Syracuse plus de sentiment des 
arts que dans toute l'étendue de la Sicile , bai- 
gnée par les flots de la mer ; cependant , d^uis un 
siècle qu'il était exposé, le sens de ce tableau était 
toujours resté une énigme. Personne même ne savait 
dans quel temple il avait été placé autrefois ; on Tavait 
recueilli sur un vaisseau naufragé , et les marchan- 
dises que portait le navire permettaient seulement 
de conjecturer qu'il venait de Rhodes. 

Sur le premier plan du tableau, on voyait on 
groupe pressé de jeunes filles et de jeunes garçons. 
Us étaient sans vêtements et laissaient voir des formes 
bien dessinées; mais ils n'avaient pas cette taille 
élancée que l'on admire dans les statues de Praxitèle 
et d'Âlcamène. Leurs membres robustes, portant la 



ou LE GÉNIE BHODIEN. 293 

trace de douloureux efforts, Texpression humaine 
que donnaient à leur visage le désir et la souffrance, 
tout semblait les dépouiller du rayon divin et les at- 
tacher à leur patrie terrestre. Leur chevelure était 
ornée de feuiUage et de fleurs des champs. Ils éten- 
daient les bras les uns vers les autres pour implorer 
une mutuelle assistance , et en même temps ils diri- 
geaient leurs regards chargés d'une sombre tristesse 
?ers un génie, qui planait au milieu d'eux , entouré 
d'une lumière brillante. Un papillon était posé sur 
son épaule ; dans sa main droite, il tenait une tor- 
che enflanunée. Ses formes étaient arrondies comme 
celles de l'enfance; son regard brillait d'un éclat 
céleste, et s'abaissait avec autorité sur les jeunes gar- 
çons et les jeunes filles qui se pressaient au-dessous 
de lui. C'était là tout ce qu'il y avait de caractéristique 
dans le tableau; seulement, au bas, quelques per-. 
sonnes croyaient reconnaître les lettres Ç et ç, avec 
lesquelles les antiquaires, qui n'étaient pas alors 
moins aventureux qu'aujourd'hui, avaient eu la mal- 
heureuse pensée de recomposer le nom de Zénodorus, 
faisant ainsi de l'auteur du tableau l'homonyme de 
l'artiste qui plus tard fondit le colosse de Rhodes. 

Cependant le Génie rhodien, c'était le nom qu'on 
donnait à l'image mystérieuse , ne manquait pas de 
commentateurs à Syracuse. Les amateurs des arts, 



S94 LA fOt(G& VtTALlS 

led plttu jettims surtout^ aufâieût em oomprotnettav 
pour Jamais leur réputation Bi| ft peihé †retour d'un 
Toyagé rapide à Goriuthè ôU à AthèiieiS) ild ûë d'étaiMi 
pas présentée àtéC Une eipliôàtîon tiôUtellé. Qttelcjues- 
uns regardaient le Génie comme rôxpreSBîon de 
ramôUr spirituel ^ q\A interdit léS plaisirs dès sens ; 
selon d'autres, il représentait la souveraineté de la 
raison sur lei désirs. Les plus sages s@ taisaient» 
soupçonnant un sens plus életé^ ^t s'extaslaienl dans 
le Pœcilâ sur la simplicité de Cette compositton. 

Ainsi la queètion restait toujours indécise. Le ta» 
bleau fut copié et éUtbyé eU Grèèë àrec ditèrdèl in- 
structions, sans qUe son origine nièmé pût être éelaii^ 
cie. Un jour enfin, au moment ôà le lever du matin 
des Pléiades tenait de rouvrir la mer Egée à la nati* 
gatîon, des navires de Rhodes abordèrent aux ports de 
Syracuse. Us contenaient un trésor de statue^, d'au- 
tels , de candélabres et de tableauï , ^é les Denys , 
sensibles aux jouissances des arts , avaient fait ra§^ 
sembler en Grèce. Pamri leé tableaux , îl y en avait 
un qu*au premier coup d'œil on reconnut pour le 
pendant du Génie rhbdien. Il était de la même gran« 
deur ; le coloris aussi était pareil, bien qUe moins ef- 
facé par le temps. Le Génie , comme dans le premier 
tableau , était au milieu du groupe ; mais il n^avait 
plus de papillon sur Tépaulè ; sa tête était inclinée et 



ou LE OtNffi RttOPIBN. 2dS 

le flaiûbeàU ëtêiHt était reïiirèi*6é verâ la tèk*re. Les 
jtitities gëûÉ et leë jeUttéS fflleis iië preà^ient au-dessus 
de Itii et Êonfoûdaiënt leUHd embf âileMeîité i leurs 
regftfds n'étalent plu§ isômltt'eè et âoumls; ils atinon'- 
çsdetit AU eôntîàire le délire de râffî*anchisseme!it et 
M Hatisfàetii^ de déëurs lôâgtèmpd réprimés 

Déjà lés arthéolô^éè de syrâcUâe t^berchaieiit à 
modifier leur int^iireifttioti du GAUe thoSim, afin dé 
pouvoir rappliquer aux deujt sujets, loril^Ue le tyran 
donna r^irdre de portët lé nouveau tableau date la 
inafdon d'Épicttarme» Ce philosophe , de Técole de 

pytbà^ré , habitait un (Quartier retiré de Syraeuse^ 
qui portait le nom dé Tychè; il visitait rarement là 
cour des Denys , non que le tjiran n'eût mi attirer h 
lui dé toutes les colouies greequeti un grand nombre 
d^hommes étuiuéMs , mais parée <faé le voiisinagè 

des princes enlève toujours aux plus fermes édprits 
quelque chose de léUr vigueur et de leur Indépen- 
datice. n était constamment appliqué à Fétude de la 
nature et de ses forces : il recherchait Torigine des 
animaUl et des plantes et lés lois harmonieuses en 
vertu desquelles, aux deux extrémités de la création, 
les corps célestes, les flocons de neige et la grêle pren- 
nent tous, en se mouvant stir eux-mêmes, la forme 
de sphéroïdes. Épicharme était alors très-avancé en 
âge, et tous les jours il se faisait conduire dans le 



296 LA FORCX VITALE 

Pœcile, puis de là vers Vue d'Ortygie, sur le port, d'où 
ses yeux, comme il disait, pouvaient, en se rq[)osant 
sur rhorizon sans bornes de la mer, contempler 
cette image de Finfini que Tesprit poursuit vaine- 
ment. U était , chose singulière , également en hon- 
neur auprès des hommes du peuple et auprès du 
tyran; seulement il évitait Tun et allait au-devant des 
autres , leur montrait un visage joyeux et soulageait 
souvent leurs souffrances. 

Épicharme était étendu sans force sur son lit de 
repos, lorsque, par Tordre de Denys, le nouveau 
tableau lui fut apporté. On avait eu soin d'y joindre 
une copie fidèle du Génie rhodien. Le philosophe fit 
placer ces deux peintures devant lui : il y tint ses 
regards longtemps attachés ; puis , appelant tous ses 
disciples, il leur parla en ces termes d'une voix 
émue: 

« Écartez le rideau de la fenêtre , que mes yeux 
puissent se repaître une dernière fois des trésors de 
vie qui animent la terre. Pendant soixante ans, j'ai 
médité sur les ressorts intérieurs de la nature et sur 
la diversité des substances; aujourd'hui seulement 
le Génie rhodien vient me montrer d'une manière ma- 
nifeste ce que je n'avais fait encore que soupçonner. 
Si la différence de sexes établit entre les êtres vivants 
\me alliance bienfaisante et féconde, la matière brute 



ou LE GÉNIE RHODIEN. 297 

dont se compose la nature inorganique doit être mise 
en mouyement par des ressorts semblables. Déjà, dans 
l'obscur chaos, la matière s'amassait ou se fuyait, sui* 
yant qu'elle était attirée ou repoussée , amie ou enne- 
mie. Le feu du ciel suit les métaux ; l'aimant s'attache 
au fer ; l'ambre frotté met les corps légers en mouve- 
ment ; la terre se mêle à la terre ; le sel se sépare de 
l'eau de mer évaporée ; l'humidité acide du Stypteria, 
ainsi que les flocons capillaires du Trichitis, recher* 
chent l'argile de Melos. Tout dans la nature inanimée 
s'empresse de s'associer à l'objet qui l'attire. Il en ré- 
sulte que pas une substance terrestre , et qui oserait, 
en effet, appeller la lumière de ce nom, n'existe dans sa 
simplicité première et à l'état de virginité. L'existence 
n'est qu'un point de départ d'où chaque chose s'é- 
lance à des combinaisons nouvelles. Seul le travail 
analytique de l'homme peut représenter isolément ce 
que vous cherchez en vain à l'intérieur de la terre et 
dans les flots mobiles de l'océan liquide ou de l'océan 
gazeux; car la matière morte et inorganique de- 
meure inerte aussi longtemps que les liens de l'affi- 
nité ne sont pas rompus^ aussi longtemps qu'une troi- 
sième substance ne pénètre pas au miUeu des deux 
autres pour se combiner avec elles : perturbation 
qui elle-même est de nouveau suivie d'ua repos 
stérile. 



998 LA tOMM VITALK 

« Les mêmes substances se mélangent d'tme tout 
autre maftière chez les animaux et cbes les plantes. 
Ici la force vitale entre impérieusemeht dans la plé- 
nitude de ses droits sans 's'inquiéter du système de 
Démocrite et de Tamitié ou de Tinimitié des ato^ 
mes. Elle réunit les substances qui , dans la nature 
inanimée, se fuient éternellement, et sépare celles 
qui se recherchent ayec obstination. 

« Approchez-vous autour de moi » mes chers disci-' 
ples^ et reconnaissez dans te Génie rhodien, dans 
l'expressioti de sa force et de sa jeunesse^ dans le 
papillon posé sur son épaule et dans ses regards im- 
posaiits, lé symbole de la force vitale qui anime cha- 
que germe de la création organique. A ses pieds tous 
les éléments terrestres s'efforcent de satisfaire leurs 
penchants et de s'unir les uns aux autres. Le génie 
tenant en Fair son flambeau allumé, leui* commande 
d'un air menaçant, et les contraint^ sans égard pour 
leurs anciens droits , de subir son autorité. 

u Considéress maintenant le nouveau taUeau que le 
tyran m'a envoyé, afin que je lui en révèle le sens. 
Portez vos regards de Timage de la vie sur Tiûiage de 
la mort, Le papillon a repris son vol; le flambeau 
est éteint et renversé ; le jéUne homme laisse retom* 
ber sa tète; Fesprit s'est éùM dans d'autres sphères; 
la force vitale est morte. Voici maintenant les jeunes 



ou LE GÉNIE RHODIEN. 299 

• 

garçons et les jeunes filles qui se tendent joyeusement 
la main. Les substances terrestres ont repris leurs 
droits. Privées longtemps des jouissances qu'elles 
convoitaient et dégagées enfin de leurs entraves, elles 
suivent avec une impétuosité sauvage Finstinct qui 
les attire. Le jour de la mort est pour elles un jour 
d'hymen. Ainsi, la matière inerte, animée par la 
force vitale, a passé par une suite innombrable de 
générations, et la même substance peut-être a servi 
d'enveloppe à l'esprit divin de Pythagore, dans la- 
quelle un ver eivait ur iustant traipé sa misérable 
exîpt^nce, 

•« Va , Polyolès , et dis m tyran ce que tu as eu- 
tœdu ; et vous, mes nmis, Elurypbamo^, him et Sqo*^ 
pas, approohea-^vous plus près, plus prè^ enoore. Je 
sens que la force vitale affaiblie ne dominer^ plus 
longtemps en moi la substance terrestre. La matière 
réclame sa liberté. Conduisez-moi une fois encore 
dans le Pœcile et sur le rivage de la mer infinie ; 
bientôt vous recueillerez mes cendres. » 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 

J'ai annoncé dans la préface (t. I, p. xiii) la réimpres- 
sion de ces pages, publiées pour la première fois dans le 
journal les Heures, que dirigeait Schiller (1795, n° 5, 
p. 90-96). Deux ans auparavant, en 1793, j'avais déjà 
représenté la force vitale comme la cause mystérieuse 
qui empêche les éléments de céder à leurs attractions 
originelles. Je disais alors : 

u Rerum naturam si totam considères, magnum atque 
durabile quod inter elementa intercedit discrimen per- 
spicies, quorum altéra afiinitatum legibus obtemperan- 
tia, altéra vinculis solutis , varie juncta apparent. Quod 
quidem discrimen in elementis ipsis eorumque indole 
neutiquam positum, quum ex sola dlstribuiione sin- 
gulorum petendum esse videatur. Materiem segnem, 
brutam , inanimam eam vocamus cujus stamina secun- 
dum leges chymicœ affinitatis mixta sunt. Animata at- 
que organica ea potissimum eorpora appellamus, quae 
licet in novas mutari formas perpetuo tendant, vi in- 
terna quadam continentur, quominus priscam sibique 
insitam formam relinquant. 

« Yiminternam, qusechymicœ affinitatis vincularesol- 
vit, atque obstat quominus elementa corporum libère 
conjungantur, vitalem vocamus. Itaque nullum certius 
mortis critérium putredine datur,qua primas partes vel 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 301 

stamina rerum , antiquîs juribus revocalis, affinitalum 
legibus parent. Corporum inanimorum nulla putredo 
esse potest. » (Aphorismi ex doctrina physiologie chy- 
micx plantarum, dans le livre intitulé Flora Fribergen- 
sis subterranea, 1793, p. 133-136.) 

J*al placé dans la bouche d'Epicharme ces principes, 
auxquels Yicq-d'Azyr avait déjà touché, avec sa péné- 
tration ordinaire, daqs son Traité d'Anatomieet de Phy- 
siologie (t. I, p. 6), et que partagent encore beaucoup 
d'hommes célèbres dont l'amitié m'est chère. Depuis, 
la réflexion et des études constantes dans le domaine de 
la physiologie et de la chimie ont profondément ébranlé 
mon ancienne croyance à des forces vitales distinctes. 
Dès l'année 1797, je déclarais à la fin de mon essai 
Ueher die gereizte Muskel-und IServenfaser^ nebst Ver^ 
muihungen ûber den chemischen Process des Lebens in 
der Thier-und Pfîanzenwelt (t. II, p. 430-436), que je 
ne regardais nullement comme démontrée la préexis- 
tence de ces forces vitales. Depuis ce temps, je n'ose plus 
présenter comme des forces particulières ce qui n'est pro- 
duit peut-être que par le concours de substances con- 
nues depuis longtemps et de leurs propriétés matérielles. 
Mais la composition chimique des éléments peut nous 
fournir une définition des substances animées et des sub- 
stances inanimées, beaucoup plus sûre que ne le sont 
les critérium empruntés au mouvement volontaire, à la 
circulation des parties fluides dans les parties solides , à 

l'assimilation interne et à la juxtaposition fibreuse des 
u. 26 



302 LA Foacs viuLB ou Ls Qifmm mqpien. 

éléments. J'wpoUq animées les suhstimcea dont les pfu^ 
ties iéparéefi arbîtrairemapt a'altàrani, tout en restant 
4ans les mômea aoocUtions extérieures qu'auparavant. 
Cette définition n'e$t que rexpresaion d'un fait. L'équi- 
libre des éléments se maintient dans la matière animée, 
parce qu'ils sont les parties d'un tout. I^es organes se 
déterminent l'un Tautre, ila se donnent réciproque^ 
ment la température et la diaposition particulière dani 
lesquellea eertaines af&nitéa s'ei^erœnt eaclusivement à 
toutes les autres. Ainsi , dans Torgiiniame > tout devient 
tour il tour but et moyen. La rapidité avec laqueUe la 
compoçUion des partiea organiques s'altère, lorsqu'eUes 
3ûnt aéparéea d'organea vivants ^ui forment un en-» 
aemble, est subordonnée à leur dépendenoe plus ou 
moins grande et à la nature des aubataneea. Le sang 
des animaux, diversement modifié dans les différentes 
classes, se décompose beaucoup plus vite que la sève 
des plantes. Les champignons se corrompent en géné- 
ral beaucoup plus t6t que les feuilles des arbrest et les 
muscles plus facilement que la peau. 

Les os, dont la structure élémentaire n'a été recon^ 
nue que de nos jours, les poils des animaux, la partie 
ligneuse des plantes, les enveloppes fiorales, les aigrettes 
de plumes qui supportent les grainei (pappu») ne sont 
pas des substances inorganiques ou dépourvye^ de vie; 
mais ces objets se rapprocbent, mémedurantleuryie.de 
l'état où ils se trouveront après leur séparation du corps 
auquel ils appartiennent. Pins une substance animée a 



iCLimaSSEBlSNTA Et ADdiTIOffS. 803 

d8 vie et d'irritabilité, plug efit firappAtit et rapide le 
changement qui s'opère en elle après cette séparation. 
« L*en8emble des cellules, dit M. Henle, est un ôrgà^ 
nisme, et Torganisme vit aussi longtemps que leë parties 
fonctionnent au service de Tensemble. L'organisme pa^ 
Fait se détermiiier lui-même, par opposition à la ntiturë 
inanimée» (Henle, Allgemeine Anaftmie, 1841, p. 216- 
fil9). Ce qui rend surtout difficile de ramener d'une 
manière satisbisante les phénomènes vitaux de l'orga- 
nisme à des lois physiques et chimiques , de métne à 
peu près que de prédire les changements météotolo^ 
giques qui s'accomplissent dans l'océan aérien, c'est 
la oomplicatidti des phénomènes , la multiplicité des 
forces qui agissent simultanément, et les cotidltioni de 
leur activité. 

Je suis resté fidèle dans le Cosmos à la même mé^ 
thôde ; j'ai présenté les mêmes considérations sur les 
forces et les affinités vitales , au sujet desquelles on 
peut consulter le Mémoire de Pulteney , dans les Ttans- 
aet. ofthé Royal Society ofEdimburgh^ t. XVl, p. 305, 
sur l'impulsion créatrice et sur le principe actif de l'or- 
ganisation. Je disais dans le Cosmos (t 1, p. Ifd de la 
trad. franc.) : « Les mythes de matières Impondérables 
et de forces vitales propres à chaque mode d'organi- 
sation ont embarrassé et troublé l'aspect de la nature. 
C'est par l'effet de ces conditions diverses et de toutes 
ces formes d'intuition que le lourd fardeau de nos con- 
naissances empiriques, grossissant chaque jour davan- 



304 LA FORCE VITALB OU LE GÉNIE RHODIEN. 

tage , en est venu à ne plus être qu'une masse inerte. 
De temps à autre l'esprit scrutateur de l'homme s'ef* 
force péniblement et avec un succès inégal de briser 
des formes surannées, des symboles inventés pour 
soumettre la matière rebelle aux constructions mé- 
caniques. » On lit plus loin (t. I, p. 409) : « La des-* 
cription physique du monde doit rappeler que les ma- 
tériaux dont est formé le tissu des animaux et des 
plantes se retrouvent dans l'écorce inorganique de la 
terre. Elle doit montrer ces êtres soumis aux mêmes 
lois qui régissent les corps bruts, et signaler dans les 
combinaisons ou les décompositions de la matière, l'ac- 
tion des mêmes agents qui donnent aux tissus leur 
forme et leur fluidité. Seulement ces forces agissent 
alors sous des conditions mal observées jusqu'à ce jour, 
que l'on désigne par le nom vague de phénomènes 
vitaux, et que l'on a groupées systématiquement d'après 
des analogies plus ou moins réelles. » On peut voir aussi 
la critique de l'hypothèse des forces vitales dansSchlei- 
den {Botanik aïs inductive Wissenschaft , 1" part., 
p. 60), et dans l'excellent ouvrage que vient de publier 
M. Emile du Bois-Raymond sous ce titre : UntersU" 
chungen ûber thierische Electricitàt (t. 1, p. xxxiv-l). 



TABLEàEXBB LAÏATTBB. 



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LE 

PLATEAU DE GÀXAMARGA, 

AivÊiÈmii loteittfeME tm l*ihoa kïAimkLL^k, 



UA. 



PRBBlIÈtlE YUE DE LA MER DU SUD 

Db RAUT DE LA CHAÎNÉ DB0 ANBfefl. 

Lorsque Ton a passé Uûe aiiiiéé entière dans la 
diaine des Anti ou des Andes S à parcourir les plateaux 
de la Nouvellê-Gl^enade, de Pâsto et dé Quito > entr© 
le 4« degré de latitude boréale et le 4« degré de lati- 
tude australe, sur des hauteurs tnoyéttnes de huit à 
dôuie mille pieds au-dessus de la surface de la mer, 
il est doux de redescendre lentement dé Loxâ, à tra- 
vers le climat plus hospitalier des forêts de Quinqui- 
nas, Jusqu'aux plaines du haut Marâôon , monde en-^ 
core inconnu où la végétation déploie ses magnifi- 
cences. C'est à la petite ville dé Loxa qu'a emprunté 
son nom la plus efficace de toutes les écorces fé- 
*>rifugés, appelée communément en espagnol Quina 
ou Caèûaritla fina de Looùû. Cette précieuse substance 
^ produite par l'arbre dont nous avons donné une 



308 LE PLATEAU 

description botanique, sous le nom de Ginchona 
condaminea , et que Ton appelait autrefois Ginchona 
officinalis , par suite de cette fausse supposition 
que tous les Quinquinas du commerce provenaient 
d'une seule et même espèce d'arbres. L'écorce qui 
guérit la flèvre fut introduite pour la première fois 
en Europe vers le milieu du xvn* siècle ; soit, comme 
l'affirme Sébastien Badus, qu'elle ait été apportée 
en 1632 à Âlcala de Henares , ou qu'elle soit venue en 
1 640 à Madrid , avec la vice-reine de Pérou , com- 
tesse de Chinchon, qui avait été guérie à Lima d'une 
fièvre intermittente et voyageait en compagnie de son 
médecin /uan del Yego*. L'excellent Quinquina de 
Loxa croit à trois ou quatre lieues au sud-est de la 
ville , dans les montagnes d'Uritusinga , de ViUonaco 
et de Rumisitana, sur des couches de schiste micacé 
et de gneiss, situées entre cinq mille quatre cents et 
sept mille deux cents pieds, à la même hauteur en- 
viron que l'hôpital du Grimsel et le grand Saint- 
Bernard. Les limites des bois de Quinquinas qui 
entourent Loxa sont marquées par deux petites ri- 
vières, le Zamora et le Gachiyacu. 

On coupe ces arbres à l'époque de la première flo- 
raison, c'est-à-dire dans la quatrième et dans la 
septième année , selon qu'ils sont nés d'un rejeton 
vigoureux ou qu'ils sont le produit de semences. 



DE GâÎÀMÀRCA. 309 

Nous apprîmes avec étonneinent,lors de notre voyage, 
que la quantité d'écorce de Cinchona condaminea 
apportée chaque année à Loxa par les collecteurs ou 
chasseurs de Quinquina, en espagnol Cascarilleros ou 
Cazadores de Quina^ ne dépassait pas, d'après les 
relevés officiels, cent dix quintaux. Aucune par- 
tie de cette précieuse substance n'était mise alors 
dans le commerce ; la récolte, embarquée au port de 
Payta, sur la mer du Sud, et expédiée à Cadix par le 
cap Horn , était réservée tout entière à Fusage de la 
cour. Si peu que ce fut, pour fournir ces onze mille 
livres , on abattait chaque année huit à neuf cents 
arbres. Les troncs vieux et épais deviennent de plus 
en plus rares ; mais telle est la vigueur de la végé- 
tation que les plus jeunes , dont le diamètre n'a pas 
plus de six pouces, et que Ton est réduit à couper en 
cet état, atteignent souvent une hauteur de cin- 
quante à soixante pieds. Lorsque ces beaux arbres, 
ornés de feuilles qui n'ont pas moins de cinq pouces 
de long sur deux pouces de large , sont perdus 
dans des fourrés épais, ils aspirent sans cesse à 
s'élever au-dessus des arbres qui les environnent. 
Leur feuillage , agité par le souffle du vent , répand 
un reflet rougeâtre d'un aspect singulier , que l'on 
reconnaît à une grande distance. La température 
moyenne oscille dans les bois de Cinchona conda- 



310 LS PLATBAU 

minea entre 12<* et demi et IS" Réaumur. C'est à peu 
près la température moyenne annuelle de Florence 
et de File de Madèrei ayec cette différence que Ton 
n'atteint jamais aui^rès de Loxa les extrêmes de eh»- 
leur et de froid qui se font sentir dans ces régions 
de la zone tempérée. H est rare qu'en comparant le 
climat des plateaux situés sous les tropiques avec le 
climat de latitudes très-différentes , on puisse parve- 
nir à des luialogies satisfaisantes. 

Pour redescendre du nœud de Loxa dans la chaude 
vallée du fleuve des Âmaiones, en suivant la direc- 
tion sud*sud*est» il faut franchir les Paramos de Chu- 
Ittcânas, de Guamani et de Yamoca, Nous avons d^à 
parlé' ailleurs de ces déserts de montagnes auxquels, 
dans la partie plus méridionale de la chahie des An- 
des ^ on donne le nom de Puna^ mot emprunté à la 
langue Qqueohhua. Les Pammos les plus élevés dé- 
passent la hauteur de neuf mille cinq cents pieds; 
ces régions sont orageuses , voilées souvent des jours 
entiers par des nuages épais^ ou ravagées par d'ef* 
fi'oyables avises dé grêle dans lesquelles les grains» 
diversement conformés et le plu6 souvent aplatis par 
la rotation^ sont enti'emêlés de lames minées, nom- 
mées par les habitailts pûpa»cûra^ qui blessent le 
visage et les mains. Durant ce phénomène météorolo* 
gique^ j'ai vu phidieiirs foie le therGlionl6tre dncenjdre 



DE GAXAMÀRGâ. 311 

à 5* OU T** au-dessous de eéro et la tension électrique 
de Tatmosphère, mesurée à rélectrcmiètpe de Volta, 
passer en quelques minutes du positif au négatif. Au«- 
dessous de d^", la neige tcnnbe en gros flocons très^ 
clairsemés et cesse après quelques heures. L'absence 
des arbres, Taspect squarreux d'arbustes myrtaeés à 
petites feuilles , l'abondance et le déyeloppement des 
fleurs, rétemelle fraîcheur qu'entretient dans tous 
les organes ITiumldilé de Tatmosphère, donnant une 
physionomie singulière à la végétation des Paramos. 
Aucune zone de la végétation alpestre, dans les ré« 
gions tempérées ou glaciales, ne peut être comparée 
avec celle que présentent les Paramos dans la partie 
tropicale de la chaîne des Andes. 

Une circonstance Imprévue et d'un grand intérêt 
vient encore ajouter à l'impression sévère que pro- 
duisent les solitudes sauvages des Cordillères. C'est 
précisément dans ces régions que subsistent enoco-e les 
admirables restes de la longue route construite par 
les Incas, de cet ouvrage gigantesque qui établissait 
une communication entre toutes les provinces dq 
l'empire, sur une étendue de plus de quatre cents 
lieues. En divers endroits, et le plus souvent 
à des hitervalles égaux, on retrouve des habit** 
tions bâties en pierres régulièrement taillées. Ce sont 
des espèces de caravansérais, appelés TtuMiçs ou Inça-* 



312 LB PLÀTBAU 

Pilca^ du mot Pireea qui signifie probablement mu^ 
raille. Quelques-uns sont entourés de retranche- 
ments , d'autres pourvus de conduits qui amenaient 
de Feau chaude , sont disposés en bains ; les plus 
grands d'entre ces Tatnbos étaient réservés à la fa- 
mille de rinca. J'avais déjà , au pied du volcan de 
Cotopaxi, près du Callo, pris la mesure exacte et l'es- 
quisse de semblables constructions, très-bien con- 
servées, que Piedro de Cieça appelait au xvi« siècle 
Aposentos de Mulalo^. Dans le passage des Andes 
nommé le Paramo del Âssuay, route très-fréquentée 
qui conduit d'Âlausi à Loxa , et traverse la Ladera 
de Cadlud à quatre mille sept cent trente-deux mè- 
tres au-dessus du niveau de la mer, presque à la 
hauteur du Mont-Blanc, nos mulets pesamment char- 
gés n'avaient pu avancer qu'avec grand'peine sur le 
sol marécageux du plateau del Pullal, tandis que, 
tout près de nous, nos yeux suivaient sans interrup- 
tion, sur une étendue dé plus d'un mille allemand, les 
restes grandioses de la route des Incas, large de vingt 
pieds. Cette route repose sur des constructions qui pé- 
nètrent dans le sol à une grande profondeur , et est 
pavée avec des blocs de porphyre trappéen d'un brun 
noir. Ce que j'ai vu de routes romaines en Italie, dans 
le midi de la France et en Espagne, n'était pas plus 
imposant que ces ouvrages des anciens Péruviens ; et 



DE CAXÀHàRCA. s 13 

qui plus est, je m'assurai, à Taide de mesures baromé- 
triques , qu'ils se trouvent sur une hauteur de trois 
mille trois cent quatre-vingt-onze mètres, à trois cent 
vingt mètres environ au-dessus du pic de TénériffCi 
C'est la hauteur à laquelle sont situées aussi dans le pas- 
sage de r Assuay les ruines connues sous le nom de Pa- 
redones delinca, et que l'on dit avoir appartenu au pa- 
lais de rincaTupaçYupanqui. £n partant de ce point, 
la route dont je parlais tout à l'heure se dirige du côté 
du sud vers Guença et va aboutir à la forteresse de 
Canar *, qui occupe peu de place, mais est très-bien 
conservée, et date vraisemblablement aussi de Yupac 
Yupanqui ou de son fils, le belliqueux Huayna Capac. 
Nous avons trouvé des débris plus magnifiques en- 
core des anciennes routes péruviennes sur le chemin 
qui conduit de Loxa au fleuve des Amazones, près des 
Bains des Incas , sur le Paramo de Çhulucanas , peu 
éloigné de Guancabamba, et autour d'Ingatambo près 
de Pomahuaca. Les restes situés près de Pomahuaca 
sont si peu élevés qu'en mesurant la différence de ni- 
veau entre cette route et celle qui traverse l' Assuay, j'ai 
trouvé plus de deux mille neuf cent cinquante-cinq 
mètres; c'est-à-dire onze cent trente-cmq mètres de 
plus que la hauteur du passage du mont Cenis, au-des- 
sus du lac de Côme. Or, la distance de ces deux points, 
calculée astronomiquement , est de soixante-seize 

II. 2T 



SI 4 tM PUTSiU 

lieuefi. De eai deux «ystèmas de obeiQiBs, pavés, reçois 
verte de pierres plate» et quelquefois même de cailloux 
cimentéis, qui forment \m véritable macadam S les 
uns allaient à travers la grande plaine stérUe qui s'é-* 
tend entre le bord de la mer et U cbaine des Andes, 
les autres sillonnaient le dos môme des Cordillères. 
Des bornes milliaûres, placées h des intervalles égaux, 
indiquaient souvent les distances, et des ponts de 
pierre, de bois ou de cordes, ^i espagnol Puemiei dé 
Hanmca ou de Maronuty servaient k franchir les mis* 
seaux ou les précipices. Il y avait aussi des aqueducs 
qui conduisaient Teau aux hàtellenes ou TmnboÊ et 
aux forteresses. L'un et l'autre système de routes 
aboutissait à la capitale du grand empirai , qui en 
était en même temps le point central, à Cuzco situé par 
là"" 31' de latitude méridionale, et à trois mille quatre 
cent soixante^sept mètres au-dessus du niveau de la 
mer, d'après la carte de la Bolivie dressée par Pent- 
land. Gonune les Péruviens ne se servaient d'aucune 
espèce de chariot , les routes n^éti^ent destinées qu*à 
la marche des troupes, aux portefaix et aux trou* 
peaux de Lamas que Ton chargeait de légers far* 
deaux. Aussi, lorsque la montagne est trop escarpée, 
la route est-elle interrompue çà et là par de longues 
suites de gradins, sur lesquels on a disposé des em- 
plaeemants convenables pour dos haltes*. Ces gnh 



DE CiXAlIAIlCâ. 31Ô 

diiis o^posàrdnt de Bérieux obstacles à la eavaterie de 
Francisai Pizarro et de Diego AlmagrOi ^ui Êurêât 
SI bien d'ailleurs tirer parti pour leurs lointaines 
expéditions des routes militaires des Incas. La diffî^ 
collé était d'autant plus grande que les Espagnols, au 
commencement de la conquête, se servaient unique- 
ment de chevauXj et né songeaient pas à cette race 
circonspecte des mulets qui , dans les montagnes , 
semblent calculer chacun de leurs pas. Ce fut plus 
tard seulement que Tiisage dés mulets s'introduisit 
dans la cavalerie. 

Sarmiento àyait vu encore intactes les routes dés 
Incas; il dit dans une Relation restée longtemps 
ignorée au fond de la bibliothèque de rËsctirîàl : 
« Comtnetit un peuple, auquel l'usage dû fer était 
inconnu^ a-t-il pu accomplir, au milieu de rochers 
et sur de pareilles hauteurs, des routés ausèi magni- 
fiques (camihos tan grandes y tan sovervlos) qui, 
dans deux directions différentes, vont dé Cuzco à 
Quito et à la côte du Chili ? « Plus loin , il ajouté : 
« L'empereur Charles, avec toute sa puissatice, tte 
pourrait faire Une partie dé ce que l'autorité sagement 
ordonnée des Incas a su obtettir de peuples obéis*- 
sants. I* Hernàndo Pizarro, ie plus cultité des tMs frè*- 
res , ccluî qui expia ses crimes par Utté capti**ité dé 
vingt ans à Mediâà dél CaUipd et môuntt ëentënaii^e 



316 LE PLATEAU 

en odeur de sainteté, s'écria, en voyant les routes des 
Incas : « Dans toute la chrétienté il n'existe nulle 
part d'aussi magnifiques chemins que ceux que nous 
admirons ici. » Les deux résidences des Incas, Cuzco 
et Quito, sont séparées par un intervalle de trois 
cent soixante-quinze lieues, si on les suppose placées 
sur une même ligne droite qui se dirigerait du sud- 
sud-est au nord-nord-ouest. Garcilaso de la Vega et 
d'autres Conquistadores évaluent cette distance, en te- 
nant compte des nombreux détours de la route, à 
cinq cents léguas. D'après le témoignage digne de foi 
du licencié Polo de Ondegardo , Téloignement n'em- 
pêcha pas que Huayna Capac ne fît venir des ma- 
tériaux de Cuzco , pour construire la demeure des 
Incas dans la ville de Quito , conquise par son père. 
Le souvenir de ce fait s'est conservé jusqu'à nos 
jours chez les indigènes de Quito. 

Dans les lieux où la configuration du sol oppose à 
l'homme des obstacles puissants, la force croit avec le 
courage chez les races entreprenantes. Sous le despo- 
tisme centralisateur des Incas , la sûreté et la rapidité 
des conununications étaient, surtout pour les mouve^ 
ments des troupes , une nécessité gouvernementale ; 
de là l'admirable construction de ces routes et l'éta- 
blissement d'un système postal très-perfectionné. 
Chez des peuples placés à des degrés très- divers de la 



DB CAXAMÀRGA. 317 

civilisation, on yoit l'aclivité nationale se mouvoir de 
préférence dans telle ou telle direction particulière, 
sans que le développement merveilleux de ces ac- 
tivités isolées puisse rien faire préjuger sur Tétat 
général de la culture intellectuelle. Les Egyptiens, 
lés Grecs'', les Étrusques et les Romains de même 
que les Chinois , les Japonais et les Hindoux nous 
offrent des exemples frappants de ces contrastes. 
Combien exigea de temps la construction des rou-^ 
tes péruviennes, c'est une question difficile à ré- 
soudre. On peut dire à la vérité que les grands 
travaux exécutés dans la partie septentrionale de 
l'empire, sur les hautes terres de Quito, durent être 
achevés en moins de trente à trente-cinq ans, pen- 
dant la courte période qui s'écoula entre la défaite 
du souverain de Quitu et la mort de Tlnca Huayna 
Capac; mais pour les routes méridionales, qui sont 
à proprement parler les routes péruviennes, leur 
âge se perd dans une obscurité profonde. 

On place ordinairement lapparition mystérieuse 
de Manco-Capac quatre cents ans avant l'arrivée de 
Francisco Pizarro, qui débarqua en 1532 à l'ile Puna, 
par conséquent vers le milieu du xii" siècle , deux 
cents ans environ avant l'époque où fut fondée la ville 
de Mexico , sous le nom de Tenochtitlan. Au lieu de 
quatre cents ans, quelques écrivains espagnols en 



318 LS fLATIiU 

comptent cinq cent» et même cinq emt dnctnaate ; 
mais rhistdre du Pérou ne eômptmà qm trâie 
princes régnants de la dyâadtie des Incas» ^^ »A* 
tant la remarque très-jndiiâease de Prescott, ne Sau^ 
raient remj^r cette loti^iie période de quatre crats 
et surtout de cinq cent cinquante années. Quetod* 
coati , Botsc^ica et MancoNCapâc, sont les trois flguns 
mythiques auxquelles se rattachent les origines de la 
civilisation chez les Aztèques, ehe^ les Ituyscas^ plus 
proprement appelée Ghlbchas, et chez les Péruviens. 
Quetzalcoatl, grand prêtre de Tula, barbu et habillé 
de noir^ que Ton retrouve plus tard faisant pénitence 
sur une montagne, près de Tlaxapuchicalco, arrivades 
c6tes de Panuco, c'est-à-dire des côtes orientales d'A^ 
nahuac, au plateau du Mexique. Botschlca^ ou pluttt 
le diviii messager Nemterequeteba^ lé Boilddha des 
Muyscas , que Ton représente avec une berïie et de 
longs vêtements, quitta, pour se rendre danë les hau- 
tes plaines de Bogota, les savanes situées à Test de la 
chaîne des Andes. Déjà, avant Manco-Capac, les bords 
pittoresques du lac dé titicaca n'étaient pas dépour- 
vus de toute civilisation. La forteresse de Cuzco, sur 
la colline de Sacsahuadian, étaitbfttied'aprëslemodàle 
des anciennes constructions de Tiahuanaco ; de mime 
les Aztèques imitèrent îarchitecture pyramidale des 
Toltèques, que les Toltdques de leur eôté âvdent em- 



DB CàtâtiUKIà. itê^ 

pnmtéè auii Olmèques oli Hdttbdèqws^ C'est alnli 
qaleù reniantBiii peu. à peb aux origiMs dés reiCeê 
(pA ont pdu^é le Mexique» coi arrivei sails qtUtter le 
tdmôil de rhistolre» }U9tfae dans le n' siècle de notre 
ère. gmtairt l^guema, la pyramide à gradins, élevée 
^ les Tolteques àCholula, était la reproduetidU dé 
eélle dé Téotihilaéan, edfi8truife put les Houlméqtteâ. 
Ainâ , dti petit tmijoiirg , en trâifersant lés dlvei^s 
GoucheÀ de éitiUsatien, atleiâdré à une eouché pins 
ancienne; et l'on reeoûiiait qué^ dan^ le nouveau ôtt 
dans) l'ancien Uioûde, clie^ Imiter les races ofl la don- 
séiéncé de ëdi'-nfièine s'est successivement éveillée , 
toujours le brillant domaine dé la fkble pf ééèdé la 
période de la connâidsanôe hiâtéHqUé. 

Malgré ràdmîration c(Uè leé atidèns couquérantii 
témoignèrent pôur lei^ roUfés'et led aqueducs dés Pé- 
nivieus, non^SÊuieméUt ils ne prirent pas la peine de 
les entretenir, mâiâ ils les détruisirent de propos dé^ 
libéré, adn dé faire Servir k de ûouveaux ntonunièilts 
des pierres taillées avec art. Ds comniencèreilt leur 
( ravage par les bôMs de la inér, dû le manque d'eau 
I produisit bientôt la stérilité. La destruction fut plus 
i tardive et plus lente sur lé dos des Andes et dans lès 
! vallées profondes dont cette chaîné est sillonnée. Dans 
\ les longues étapes que nous dûmes fdumir en allant 
I des rochers de syénite de Zaulaca au pied du Pàramo 



( 



320 LE PLATEAU 

glacé de Yamoca, dans là vallée, riche en débris fossi- 
les, de San Felipe, nous fûmes forcés, en raison de ses 
nombreux détours, de traverser vingt-sept fois à la 
nage le Rio de Guancabamba, qui se jette dans le 
fleuve^des Amazones ; et en même temps, nous voyions 
à peu de distance courir en droite ligne, sur les flancs 
abrupts des rochers, la chaussée des Incas, bordée 
de grandes pierres de taille, et nous distinguions les 
ruines des hôtelleries ou Tambos. Le Guancabamba 
large à peine de cent vingt à cent quarante pieds, 
était tellement rapide que nos mulets, pesanmient 
chargés, coururent souvent le risque d'être entraînés 
par le courant. Us portaient nos manuscrits, nos plan- 
tes sèches et tout ce que nous avions pu recueillir de- 
puis un an. Aussi, après avoir atteint le bord opposé, 
restions-nous dans une anxiété pénible , jusqu'à ce 
que ce long cortège de dix -huit à vingt bêtes de 
somme fût tout à fait hors de danger. 

Les habitants utilisent d'une manière très-singu- 
lière le cours inférieur du Rio Guancabamba, à 
l'endroit où il présente un grand nombre de chutes 
d'eau, pour mettre cette contrée en communica- 
tion avec les côtes de la mer du Sud. Afin de faire 
parvenir plus vite le peu de lettres qui de Truxillo 
peuvent être envoyées dans la province Jaen de 
Bracamoros, on se sert d'un messager nageant, 



DE CàXàHARCA. 321 

désigné dans le pays sous le nom de el correo que 
nada. En deux jours, ce singulier correo , qui est 
ordinairement un jeune Indien» nage depuis Po- 
mahuaca jusqu'à Tomependa , en descendant d'a- 
bord le Rio de Chamaya, nom que prend le Rio de 
Guancabamba à sa partie inférieure, et ensuite le 
fleuTe des Amazones. Il enveloppe soigneusement les 
quelques lettres dont il est porteur dans un grand 
linge de coton, qu'il roule comme un turban autour 
de sa tète. Lorsqu'il arrive aux chutes d'eau il sort de 
la rivière, et la rejoint plus bas, à travers les bois qui 
en ombragent les bords. Pour nager aussi longtemps 
sans épuiser ses forces, il entoure souvent de l'un de 
ses bras une pièce d'un bois très-léger (Ceiba, Palo 
de Balsa) , de la famille des Bombacées. Quelquefois 
aussi il nage en société d'un de ses amis. Ni Tun 
ni l'autre n'ont à s'inquiéter de leur subsistance , 
sûrs de trouver un accueil hospitalier dans les ca- 
banes éparses au milieu des belles Huertas de Pucara 
ou de Cavico, et entourées d'un grand nombre d'ar- 
bres fruitiers. 

Le Rio de Chamaya n'est heureusement pas infesté 
de Crocodiles. Dans le Maranon même, ces animaux 
ne remontent pas au delà de la cataracte de Mayasi ; 
leur nature indolente leur fait préférer des eaux plus 
tranquilles. J'ai constaté que le Rio de Chamaya, à 



322 UK PULTSÂU 

partir du gUé ou paso dû Pufiara jusqu'à soti embou** 
^ure dans le fleuve des Amazones, au-dessous du 
village de Ghoros^ c'est-à-^dire sur une étendue qui ne 
dépasse pas vingt-deux lieues, descend une pente de 
seize cents soixante-huit pieds '. Le gouverneur de la 
province Jaen de Bracamoros m'a assuré que les 
lettres ainsi transportées sont rarement mouillées on 
perdues. J'ai moi-^méme, peu de temps après mon re«* 
tour du Meliqùe, reçu à Paris une lettre de Tomependa 
qui avait suivi cette route» Il est d'usage chez beau- 
coup de races indiennes qui habitent les bords du 
Maraâon de voyager de la même manière, en descen- 
dant le fléute de compagnie. J'ai eu l'occasion de voir 
dans le fleuve trente ou quarante têtes réunies d'hom- 
mes, de femmes et d'enfants, de la tribu des Xiba- 
ros, aii moment où ils arrivaient à Tomependa. Le 
correo que nada s^en rétourne à pied par le difficile 
chemin du Paramo del Paredon. 

En approchant du climat brûlant qui règne dans le 
bassin de TAmazone, les yeux sont charmés par une vé- 
gétation gracieuse et vigoureuse même çà et là. Nufle 
part, ni dans les îles Canaries ni sur les rivages deCu- 
mana et de Caracas, les Orangers ou le Citnis aùran- 
tium de Risso, et les Citronniers amers, le Citms 
tulgaris du même botaniste et toiis les arbres du genre 
Citrus, ne m'ont paru plus béâux que dani les Buer^ 



DB CÂXAMAaCA. d28 

tmidû Pttcara. Ces arbres portent plusieurs milliers de 
fruits dorés et atteignent une hautair de soixante 
pieds. Ils avaient, au lieu d'une couronne arrondie, 
des branches droites comme celles du laurier. A peu 
de distance de là, vers le gué de Cavico, nous fûmes 
surpris par un spectacle très<-inattendu : nous vîmes 
un buiieon de petits arbres, hauts à peine de dix-huit 
pieds, dont les feuilles semblaient être non pas vertes, 
mais tout h Mt roses. C'était une nouvelle espèce 
dn genre Bougalnvilleaa, que A.L. de Jussieu a décrit 
le premier d'après un exemplaire du Brésil, tiré de 
rherbier de Commerson* A proprement parler, ces 
ambres n'avaient presque pas de feuilles. Ce que nous 
prenions à distance pour des feuilles était des bractées 
d'un rose clair et très-rapprochées Tune de l'autre. 
Cet aspect était pour la fraîcheur et la pureté des tein- 
tes très-difiérent de celui que présentent dans Tau-* 
tomne plusieurs de nos arbres forestiers. De toutes les 
Protéacées eonnues dans les contrées méridionales de 
l'Afrique, une seule, le Rbopala ferruginea descend 
des hauteurs glacées du Paramo de Yamoca dans la 
plaine brûlante de Chapiaya, Un arbuste remarquable 
par ses feuilles ftnement pinnées, le Porlieria hygro- 
inetriea, de la famille des Zygophyllées, qui, plus sûre, 
ment que toute» les MimosécN^i annonce par la contrac- 
tÎQn df sei foliole^ lei^ cbang^wentf de temps at sur-» 



j 



324 LB PLÀTBAU 

tout l'approche de la pluie, se trouve en grand nom- 
bre dans cette région ; il est rare que ses indications 
nous aient trompés. 

Nous trouvâmes à Chamaya des radeaux, balsas^ qui 
nous attendaient pour nous conduire à Tomependa. 
Mon intention était de déterminer la différence de la- 
titude qui existe entre Quito et Tembouchure de Chin- 
chipe, question à laquelle uneancienne observation de 
La Condamine donnait quelque importance pour la 
géographie de rAmérique méridionale '®. Nous passâ- 
mes la nuit, comme d'habitude, à la belle étoile, sur la 
plaine sablonneuse de Guayanchi, au confluent du Rio 
de Chamaya et de TÀmazone. Le lendemain nous des- 
cendîmes l'Amazone jusqu'à la cataracte ou au détroit 
deRentema, espèce de rétrécissement nommé en espa- 
gnol Pongo^ et dans la langue Qquechhua Puncu, porte, 
à l'endroit où des rochers de granit s'élèvent comme 
des tours et forment une digue à travers le fleuve. En 
mesurant une base trigonométrique sur la rive unie et 
couverte de sable, je m'assurai que le fleuve des Ama- 
zones, qui, plus loin, vers l'est, acquiert une si grande 
puissance, n'a guère , près de Tomependa, que treize 
cents pieds de large ; du reste il n'en a pas plus décent 
cinquante au delà du détroit ou Pongo de Manseriche, 
formé entre Santiago et San Borja par une crevasse de 
la montagne, dans laquelle les rochers qui bordent les 



DE caxàmàrca 325 

rives et le toit de feuillage qui les recouvre ne laissent 
pénétrer qu'une lumière douteuse , et où s'abîment et 
disparaissent les troncs d'arbres sans nombre qu'ont 
déracinés les flots. Les rochers qui produisent tous 
ces rétrécissements ont été, dans le cours des siècles, 
exposés à beaucoup de révolutions. L'année qui pré- 
céda mon voyage, le Pongo de Rentema, dont je par- 
lais tout à l'heure, fut en partie détruit par les grandes 
eaux. Il s'est conservé aussi chez les peuplades dis- 
séminées sur les bords du fleuve des Amazones un 
souvenir très- vif d'un écroulement qui entraîna, dans 
les premières années du xvnv siècle , toute la masse 
rocheuse, très-haute alors, dont le Pongo était formé. 
La digue produite par celte chute intercepta subite- 
ment le lit du fleuve, et dans le village de Puyaya, situé 
au-dessous du Pongo, les habitants virent avec effroi 
le vaste lit de l'Amazone entièrement déserté par les 
eaux. Au bout de quelque temps le fleuve se flt jour de 
nouveau. On ne croit pas que cette singulière catastro- 
phe fut l'effet d'un tremblement de terre. Le puissant 
fleuve des Amazones s'efforce sans relâche de rendre 
son lit meilleur; et l'on peut juger de la force qu'il ap- 
plique à ce travail par cette circonstance, que, nonob- 
stant sa largeur, il lui arrive quelquefois de se gonfler, 
dans l'espace de vingt à trente heures environ, au 
point d'élever son niveau de vingt-cinq pieds 

II. 28 



326 us PLATEAU 

Mous rest&mes dix-sept jours dans la chaude yallée 
du Haut^MaraÀon, Pour se rendre des bords de ce 
fleUYe sur les côtes de la mer du Sud, on grayit les 
Andes entre Miculpampa et Gaxamarca, à Tendrôit où» 
d'après mes observations sur rinclinaison de l'ai- 
guille aimantée , Téquateur magnétique coupe cette 
chaîne de montagnes, par &" 57' de latitude australe, 
80^06' de longitude. En montant toujours, on arriye 
aux célèbres mines d'argent de Chota, et de là Ton 
commence à redescendre , bien que Ton rencontre 
encore quelques obstacles, vers les belles terres du 
Pérou , à travers Fancienne Caxamarca, où se jouait, 
il y a trois cent seize ans, le drame sanglant de la Cdii- 
quista espagnole, à travers Âroma et Gangamarca. 
Dans cette contrée , comme presque partout dans la 
chaîne des Andes, et sur les montagnes du Mexique, 
les points culminants sont diversifiés d'une manière 
pittoresque par des éruptions de trachyte et de por- 
phyre qui se dressent comme des tours ou se divisent 
en colonnes* Ces masses donnent à certaines parties 
de la montagne Tapparence de crêtes dentelées ou 
celle de dômes arrondis; elles ont, dans cette contrée, 
traversé une formation calcaire , qui, en Amérique, 
s'étend à une immense distance des deux côtés de 
réquateur, et appartient, d'après les grandes recher- 
ches de Léopold de Bttcb, à la formation crétacée. 



DE CÀIÀMAECÀ. 327 

Entre Guambos et Montw, à douze mille pieds au- 
dessus de la mer, nous avons trouvé des pétrifications 
de coquilles pélagiques, des Ammonites qui avaient 
quatorze pouces de diamètre, le grand Pecten alatus, 
des Hérissons de mer, des Isocardos, des Exogyra 
polygona*^ Nous avons recueilli, à Tomependa, dans 
le bassin du fleuve des Amazones, et neuf mille neuf 
cents pieds plus haut, près de Micuipampa, une 
même espèce de Cydaris, identique , suivant Léo-* 
pold de Bucb, avec celle que M* Bronguiart a trouvée 
dans la craie ancienne, auprès de la perte du Rhône. 
De même, dans la partie du Caucase qui traverse le 
Daghestan, dans les monts Amouish, la craie monte 
depuis les rives du Sulak, qui coule cinq cents pieds 
h peine au*<de6su8 du niveau de la mer, jusque sur le 
Tschunum, élevé de neuf mille pieds; et plus haut 
encore, sur la cime du Schagdagb, qui n'a pas moins 
de treize mille quatre*vingtHiix pieds, on retrouve 
encore les Ostrea diluviana de GoldAiss et les mêmes 
couches de cnde. Ainsi les excellentes observations 
de M. Abioh sur le Caucase confirment de la manière 
la plus éclatante les vues géologiques de Léopold de 
Buch sur le développement de la formation crétacée 
dans les montagnes. 

Nous partîmes de la métairie solitaire de Montan , 
autour de laquelle errent les troupeaux de Lamas, et 



328 LE PLATEAU 

nous continuâmes à gravir, en nous dirigeant vers 
le sud, le penchant oriental des Cordillères. Nous ar- 
rivâmes ainsi , à la tombée de la nuit, dans une haute 
plaine, où la montagne d'argent de Gualgayoc, point 
principal des mines de Chola , nous offrit un admi- 
rable spectacle. Le Cerro de Gualgayoc, séparé du 
mont calcaire Cormolatsche par une vallée profonde 
semblable à une faille (quebrada), est une roche si- 
liceuse , traversée par un nombre infini de filons qui 
se croisent , coupée à pic et presque verticale du côté 
du nord et du côté de Touest. Les fosses les plus éle- 
vées sont à quatorze cent quarante-cinq pieds au- 
dessus du sol de la galerie, de ce que l'on appelle le 
Soeabon de Espinachi. Le contour dé la montagne est 
brisé par une multitude de crêtes et de pointes qui 
ont l'apparence de tours ou de pyramides , et ont fait 
donner à la cime la plus élevée le nom de las Punias. 
Cette configuration formé le contraste le plus frappant 
avec la pente adoucie que les mineurs ont générale- 
ment coutume d'attribuer aujt régions métallifères. 
« Notre montagne, disait un riche propriétaire démi- 
nes qui faisait route avec nous, se tient là droite 
comme un château enchanté (como si fuese uncastiUo 
encantado). » Le Gualgayoc rappelle en quelque sorte 
l'effet des cônes de dolomie, ou mieux encore la crête 
dentelée du Montserrat en Catalogne , que j'ai visité 



DE GAXAMARCA. 329 

moi-même 9 et dont plus tard mon frère a donné 
une description si gracieuse. La montagne d^argent 
de Gualgayoc , outre qu'elle est mise à jour jusqu'au 
faîte par plusieurs centaines de galeries qui courent 
en tous sens, présente encore dans sa masse siliceuse 
dès crevasses naturelles , à travers lesquelles Tobser- 
vâteur placé au pied de la montagne peut apercevoir 
Tazur de la voûte céleste, toujours sombre dans ces 
hautes régions. Le peuple appelle ces ouvertures des 
fenêtres (las ventanillas de Gualgayoc). On nous a 
montré , dans le trachy te dont sont formés les flancs 
abioipts du volcan de Pichincha, de semblables fe- 
nêtres, nonunéès aussi las ventanillas de Pichincha. 
La singularité de ce spectacle est augmentée encore 
par le grand nombre dé hangars et d'habitations qui , 
partout où se présente une petite surface plane , sont 
suspendus comme des nids d'oiseaux sur les flancs 
escarpés de la montagne. Les mineurs portent la 
terre dans des corbeilles à travers des sentiers roides 
et dangereux , jusqu'aux endroits où s'accomplit l'o- 
pération de l'amalgame. 

La valeur de l'argent qui a été extraite des mines 
dans les trente-deux premières années, de 1771 à 
1802, dépasse vraisemblablement de beaucoup trente- 
deux millions de piastres. Malgré la solidité que le 
quartz communique aux roches, la présence de ga- 



•« 



330 LB PUTIAU 

leries et d'excavations qui remontent à une époqpie 
éloignée, atteste que dès avant Tarrivée des Espa* 
gnols, les Péruviens avaient recueilli de riches ga« 
lènes argentifères dans le Cerro de la Lin et le Ghu- 
piquiyacu, et de l'or dans le Curimayo, où Ton trouve 
aussi, au milieu de quartz, du soufre à l'état naturel, 
aussi bien que dans l'Itacolumit du Brésil. Nous habi- 
tions près des mines la petite ville de Micuipampa, 
bâtie sur la montagne à trois mille six cent vingt mè- 
tres au-dessus du niveau de la mer, et dans laquelle, 
bien qu'elle ne soit pas à plus de 6* 43' de l'équateur, 
l'eau gèle toutes les nuits à l'intérieur des habitations, 
durant une grande partie de l'année. Dans cette soli- 
tude sans végétation vivent trois ou quatre millien 
d'hommes, qui sont réduits à tirer des vallées chaudes 
tous les objets nécessaires à leur subsistance , ne ré- 
coltant eux-mêmes que quelques espèces de choux et 
une salade d'ailleurs excellente. Au milieu de ces pla- 
teaux déserts, conune dans toutes les villes du Pérou 
habitées par des mineurs, l'ennui entndne la classe la 
plus riche, qui n'en est pas mieux pohcée pour cela, à 
jouer sans mesure aux cartes ou aux dés. Des riches- 
ses rapidement acquises sont plus rapidement dissi- 
pées encore. Tout rappelle ce soldat de Pizarre qui , 
i^rès le pillage des temples de Cuzco, se plaignait d'a- 
voir perdu en une nuit « un grand morceau du so- 



DB caxâiurcà. 331 

leil, • dérignant ainsi une plaque d'or. J'ai obsenré 
le thermomètre à Micuîpampa; il commençait vers 
huit heures du matin seulement à marquer un degré 
et montait jusqu'à sept au milieu du jour. Nous avons 
trouvé , parmi une herbe touffue nommée Ichhu, qui 
est peut-être notre Stipa eriostachya , une belle Cal- 
céolaire, le Calceolaria sibthorpioides, que nous ne 
nous serions pas attendu à rencontrer sur une pa- 
reille hauteur. 

Près de BOcuipampa, dans une haute plaine nonunée 
Llanos ou Pampa de Navar, on a trouvé, sur une éten^* 
due d'une demi-lieue carrée environ, des masses énor- 
mes d'argent rouge antimonial et d'argent natif, pré- 
sentant la forme de Remolinos , de Clavos et de Vetas 
mantêodas^ qui se trouvaient immédiatement au-des- 
sous du gazon et semblaient faire corps avec les racines 
des graminées alpines. Un autre plateau, situé à Pouest 
du Purgatario , près de la Quebrada de Chiquera , est 
appelé Choropampa, le champ des coquilles, de Churu, 
qui signifie dans la langue Qquechhua coquilles, et dé- 
signe particulièrement les coquillages bons à man- 
ger, tels que l'Hostion et le Mexillon. Un tel nom 
prouve Texistence dans la formation crétacée de fos- 
siles qui, en effet, se trouvent réunis en cet endroit 
avec une telle abondance qu'ils ont attiré de bonne 
heure l'attention des indigènes. On a recueilli, sur le 



332 LE PLATEAU 

plateau de Choropampa , près de la surface du sol, un 
riche dépôt d'or natif , brodé de fik d'argent. Cette 
découverte prouve que les nombreux minerais qui ont 
fait éruption de l'intérieur de la terre à travers des 
crevasses et des filons, ne dépendent ni de la nature 
des roches environnantes^ ni de l'âge relatif des for- 
mations qu'ils traversent. Le sol duCerro de Gualgayoc 
et deFueniestiana contient une grande quantité d'eau; 
mais dans le Purgatorio règne au contraire une sé- 
cheresse absolue. J'ai été fort étonné de trouver que, 
malgré l'élévation de ces couches de terrain au-dessus 
du niveau de la mer, la température des fosses s'éle- 
vait à Ib^'fi Réaumur, tandis que près de là dans la 
Mina de Gtiadalupe^ l'eau des fosses était à 0^ environ. 
Comme d'ailleurs dans le même lieu, le thermomètre 
ne marquait pas à l'air libre plus de 4"* et demi, la po- 
pulation des mineurs, qui se livre sans vêtements à 
un travail pénible, se plaint d'être étouffée par la cha- 
leur souterraine du Purgatorio. 

Le chemin étroit qui conduit de Micuipampa à Fan- 
cienne ville des Incas, Caxamarca, est difficile même 
pour les mulets. Le nom de Caxamarca était originai- 
rement Cassamarca ou Kazamarca, c'est-à-dire la ville 
des frimas. Le mot marca, signifiant d'une manière 
générale localité^ appartient au dialecte du nord, au 
il^hinchaysuyo ou Chinchasuyu ; il signifie, dans la véri- 



DE caxavàrca. 333 

table langue Qquechhua, étagey et exprime aussi l'idée 
iedéfenseur ou de cau^f on. Pendant cinq ou six heures, 
le chemin nou» conduisit à travers une série de Pa- 
râmes sur lesquels on reste exposé presque sans inter- 
ruption à de violents orages et à cette grêle anguleuse 
qui ravage spécialement la croupe des Andes, (.a 
route se maintient le plus souvent à une hauteur de 
neuf ou dix mille pieds. Ce trajet a été pour moi l'oc- 
casion de faire une observation magnétique d'un 
intérêt général pour la science. J'ai déterminé le 
point où l'incUnaison de Faiguille aimantée passe du 
nord au sud, c'est-à-dire, où le voyageur coupe l'é- 
quateur magnétique". 

Lorsqu'on a parcouru toutes ces solitudes et que 
l'on est parvenu enfin au Pàramo de Yanaguanga, les 
yenx sont d'autant plus charmés de se reposer sur 
la vallée fertile de Caxamarca. C'est en efiet un 
spectacle très-séduisant. La vallée dans laquelle ser- 
pente un ruisseau , forme un plateau de forme ovale 
de douze à quinze lieues carrées. Ce plateau res- 
semble à celui de Bogota, et comme lui probable- 
ment, formait autrefois le lit d'une mer intérieure. 
Il ne manque ici que le mythe du thaumaturge 
Botschica ou Idacanzas , grand prêtre d'Iraca , qui 
ouvrit un chemin aux eaux à travei's les rochers de 
Tequendama. La ville de Caxamarca est située au- 



33i LE FLATJUU 

^ dessus de Santa*Fé de Bogota, presque à la hauteur 
de Quito ; mais abritée tout autour par des rochers, 
elle a un climat beaucoup plus agréable et plus doux. 
Le sol y est d'une merveilleuse fertilité, couvert de 
champs cultivés et de jardins que traversent des allées 
de Saules, de Datura, sur lesquels s'épanouissent de 
larges fleurs rouges, blanches ou jaunes, de Mimosa 
et de Quinuar, beaux arbres de la famille des Rosacées, 
décrits sous le nom de Polylepis villosa, et qui sont 
mêlés à rÂlchemilla et au Sanguisorba. Le froment 
reproduit en moyenne, dans la Pampa de Caxamarca, 
quinze ou vingt fois la semence. Quelquefois cepen*- 
dant, des gelées produites par le rayonnement de la 
chaleur vers un ciel ser^n, dans les couches sèches 
et raréfiées de Tatmosphère, et que les habitants ne 
peuvent sentir sous leurs toits, détruisent, durant la 
nuit, ces espérances d'une riche moisson. 

De petits dômes de porphyre qui vraisemblablement 
formaient autrefois des iles , avaQt que les eaux du 
lac se fussent écoulées , s'élèvent dans la partie sep- 
tentrionale de la plaine et traversent de vastes cou- 
ches de grès. Nous avons joui d'un spectacle extrême 
ment gracieux , au sommet de Tun de ces dômes de 
porphyre, sur le Cerro de Santa Polonia. De oe côté, 
l'ancienne résidence de l'Inca Atahuallpa» est entourée 
de jardins fruitiers et de champs de Luzerne 



DE GAXAMÀRCA. 335 

cago saiita, campos de Alfalfa) arroflég comme des 
prairies. Dans réloignement, on aperçoit les colonnes 
de Aimée qtii s'élèvent des bains chauds de Pulta- 
marca, nommés encore aujourd'hui Btms dël Inea. 
J'ai constaté que la température de ces sources sulfu^* 
reuses est à b&',2. Atahuallpa passait une partie de 
l'année à Pultamarca ^ où de faibles restes de son pa* 
lais, échappés à la fureur des conquérants, subsistent 
e&core de nos jours. Le grand et profond bassin ( el 
tragadero) dans lequel, suitant la tradition, l'une 
des litières d'or de Plnca s'enfonça et ne put jamais 
être retroutée , me parut, d'après sa forme régulier 
renient, circulaire , aroir été taillé artiâdellement 
dans le grès, au-dessus de l'un des orifices qui don- 
nent passage aux eaux sulfureuses. 

Il ne s'est aussi conservé dans la ville, ornée au- 
jourd'hui de belles églises, que de faibles restes dô 
la forteresse et du palais d'AtahualIpa. La destruc*- 
tien fut accélérée par l'ardeur imprudente avec la« 
quelle les avides conquérants ébranlèrent les murs 
et les fondements de toutes les habitations , pour dé» 
terrer des trésors qu'ils supposaient profondément 
enfouis. Le palais de l'Inca était bâti sur une col- 
line de porphyre qui avait été originairement taillée 
et creusée à la surface, c'est-à-dire à l'extrémité 
descoudies pierreuses, de telle façon que l'habi-^ 



336 LE PLATEAU 

tatioQ principale se trouvait entourée d'un rempart. 
On a fait servir une partie des ruines de base à une 
prison et à la Maison commune, appelée la Casa del 
Cahildo. C'est en face du couvent de Saint-François, 
que ces ruines se sont le mieux conservées, bien qu'elles 
n'aient pas plus de treize à quinze pieds de hauteur. 
Elles consistent en blocs de pierres, taillés très-ré- 
gulièrement et superposés sans ciment les uns aux 
autres , absolument comme dans la forteresse de Ca- 
nar ou Inca-Pilca, sur la haute plaine de Quito. 

Il existe dans le rocher de porphyre un puits creusé 
de main d'homme qui conduisait autrefois aux salles 
souterraines et à une galerie communiquant, dit-on, 
avec une autre éminence de porphyre, dont il a 
déjà été question , avec la colline de Santa Polonia. 
Ces dispositions prises sans doute pour assurer la 
fuite, en cas de danger, témoignent des inquiétudes 
qu'inspiraient les éventualités de la guerre. C'était 
aussi chez les Péruviens Une tnode ancienne et très- 
générale , d'enfouir des objets précieux ; on retrouve 
encore à Caxamarca des salles souterraines sous un 
grand nombre d'habitations particuUères. 

On nous montra des degrés taillés dans le roc et ce 
que l'on appelle le bain de pied de i'Inca (el lavadero 
de los pies). L'opération à laquelle ce lieu était consa- 
cré était accompagnée dé cérémonies fort déplai- 



DE CAXÀMARCA. 337 

sentes ^. Une partie des aiies du palais qui, d'après la 
tradition , servait de logis aux serviteurs de Tlnca , 
est également construite en pierres de taille et pour- 
vue de pignons ; une autre est bâtie en briques de 
forme régulière , qui alternent avec un ciment formé 
de cailloux ( muros y obra de tapia ). Ces bâtiments 
présentent des enfoncements ou niches cintrées dont 
j'ai longtemps révoqué l'antiquité en doute : je 
reconnais aujourd'hui que ce soupçon n'était pas 
fondé. 

On fait voir encore dans la partie principale du pa- 
lais la'chambré où le malheureux Atahuallpa resta en- 
fermé pendant neuf mois, à partir du mois de novem- 
bre 1532 ^*. On montre aussi aux voyageurs le mur sur 
lequel il fit une marque, pour indiquer à quelle hau- 
teur il s'engageait à remplir d'or la chambre, comme 
rançon de sa liberté. Xerez dans son histoire de la 
Conquista del Peru que nous a conservée Barcia, Her- 
nando Pizarro dans ses lettres, et d'autres écrivains de 
la même époque donnent des indications très-peu con- 
cordantes. L'infortuné prince déclara que les lingots, 
les plats ou les vases d'or seraient entassés aussi haut 
qu'il pourrait atteindre avec la main. Xerez donne 
à la chambre vingt-deux pieds de long et dix-sept 
pieds de large. Suivant Garcilaso de la Vega, qui quitta 
le Pérou dès l'an 1560, c'est-à-dire dans sa vingtième 

U. 29 



338 Lfi PLAT£AU 

année, les trésors enleyés aux temples de Guzco, de 
Huaylàs, de Huamaohuco et de Padiacamao, et ap 
portés à Caxàmarca, jusqu'à la fatale journée du 
29 août 1533, où llnca fut mis à mort, s'éleyaient à la 
scmime de trois millions huit cent trente^hnit mille 
ducados de oro ^^ 

Dans la chapelle de la prison # qui, ainsi que je Tai 
dit plus haut , est bâtie êur les ruines du palais dâs In-* 
cas , les guides montrent en firissonnant une pierre 
souillée d'une tache de sang ineffaçable. Cette taUô 
de pierre , très-mince, longue de douze pieds, et pro- 
venant sans doute des masses de porphyre et de tra* 
chyte qui abondent dans les ehTirons^ est placée 
devant Tautél; il n*est pas permis d'y toucher pour 
Térifler Tassertion. Les trois ou quatre taches, auz^ 
quelles on attribue cette origine meryeiUease, parais* 
sent être des agrégations d'amphibole et de pyroxène 
formées naturellement dans la pierre. Le liceûâé Fer-» 
nando Monteslnos » bien qtt'U ait vi«té le Pérou cent 
ans seulement après la prise de Gaxamarca , propage 
dé)à cette fable ; 11 raconte qu'Âtahuallpa fut décapité 
dans la prison, et qu^la pierre sur laquelle l'exécution 
eut lieu & conserré des traces de son sang. La vérité 
est, suivant le rapport d'un grand nombre de témoins 
oculaires dont on ne peut contester le témoignage i 
que rinca consentit , pour n'être pas brûlé vif ^ à se 



DB GAXAMAICA. 3S0 

foire baptiser sous le nom de Jean de Atahuallpa^ par 
son fanatique et misérable persécuteur, le francia* 
cain Vicente de Valverde. Ce fut la strangulation ( el 
garrote ) qui mit fin à sa Tie; elle eut lieu publique-* 
ment, à la face du ciel! Il existe d'ailleurs une autre 
légende d'après laquelle on aurait bAti une chapelle 
sur la pierre où llnca fut étranglé , et qui depuis re^ 
couvrirait son corps. Cette tradition ne se préoccupe 
en aucune façon d'expliquer les prétendues taches de 
sang ; malheureusement il n'est pas plus vrai de dire 
que le corps ait jamais reposé en ce lieu. Après une 
messe des morts et des funérailles solennelles aux** 
quelles les deux Pizarro assistèrent en habits de deuil, 
le corps fut porté d'abord dans le cloître du couvent 
de San Francisco, et plus tard à Quito où Atahuallpa 
était né. n avait en effet, au moment de sa mort, ex- 
primé d'une manière formelle le vœu que ses restes 
fussent transférés à Quito. Par des raisons politiques, 
son ennemi personnel , rartificieux Rumifiavi , c'est- 
à-dire l'homme à l%il de pierre (de rumi pierre et 
navi oeil), ainsi nommé parce qu'une verrue avait 
défigura l'un de ses yeux , lui fit à Quito de magnift* 
ques obsèques. 

Parmi les tristes décombres qui rappellent la splen- 
deur évanouie des maîtres de Caxamarca, habitent 
encore des descendants du dernier monarque; ils 



340 LIS PLATEAU 

composent aujourd'hui la famille Astorpilco dont le 
chef porte le titre de cacique ou, dans la langue 
Qquechhua, de Curaca. Cette famiUe vit dans une 
grande pauvreté ; mais contente de peu, elle n'exprime 
aucune plainte, et montre une résignation touchante 
au sort pénible qu'elle n'a pas mérité. Il n'est douteux 
pour personne à Caxamarca qu'elle ne descende en 
effet d'Atahuallpa par les femmes; cependant des 
traces de barbe indiquent peut-être quelque mélange 
de sang espagnol. Parmi les enfants du grand Huayna 
Capac, un peu libre penseur pour un fils du soleil", 
ceux qui lui succédèrent avant l'arrivée des Espagnols 
ne laissèrent aucune postérité mâle reconnue. Huascar, 
retenu prisonnier par Atahuallpa dans les plaines de 
Quipaypan, fut secrètement mis à mort d'après son or- 
dre. On ne connaît pas non plus d'enfant mâle aux deux 
autres frères d' Atahuallpa, ni au jeune et insignifiant 
Toparca, que Pizarro fit monter sur le trône des Incas, 
dans l'automne de l'année 1633 , ni à Manco Capac, 
également couronné par les meurtriers de son père , 
mais qui , plus entreprenant , se révolta contre eux. 
Atahuallpa seul laissa un fils, sous le nom de don Fran- 
cisco, qui mourut très-jeune encore, et une fille dona 
Angelina, laquelle, bien que vivant à l'état de guerre 
acharnée avec Francisco Pizarro , mit au monde un 
enfant, fils du meurtrier et petit-fils de la victime, 



DE GAXAMàRCà. 341 

qui fut néanmoins de la jmrt de son père Tobjet d'une 
vi^e affection. Outre la famille d'Âstorpilco , avec 
laquelle je fus en relation à Caxamarca, les Cargua- 
raicos et les Titu-Buscamayta étaient encore désignés, 
lors de mon voyage, comme alliés à la dynastie des 
Incas; mais la famille Buscamayta n'existe plus au- 
joardhui. 

Le fils du cacique Âstorpilco, aimable garçon de 
dix-sept ans, qui me conduisait à travers les ruines 
de sa patrie et du palais de ses ancêtres, avait au 
milieu d'une extrême pauvreté, meublé son ima- 
gination d'images éblouissantes. Il se représentait 
une grande magnificence souterraine et des trésors 
amoncelés sous les décombres que foulaient nos pas; 
il racontait comment un de ses ancêtres avait autrefois 
bandé les yeux à sa femme et après lui avoir fait faire 
mille détours à travers des chemins taillés dans le 
roc, l'avait conduite dans les jardins souterrains de 
l'Inca. Là elle vit des arbres couverts de feuillage et 
de fruits, et des oiseaux posés sur les branches, le tout 
fait de l'or le plus pur et artistement travaillé ; elle 
vit aussi la litière d'or d'Àtahuallpa (una de las ahdas), 
qui avait été l'objet de tant de recherches. Le mari 
défendit à sa femme de toucher à rien, parce que le 
temps depuis longtemps annoncé, où devait être relevé 
l'empire, n'était pas encore venu : quiconque s'appro- 



342 LB PUTIàU 

prierait quelqu'une de cesioeuvres menraiUeuses de- 
Tait mourir dana la nuit mâme. Ces rêves doréset ces 
fantaisies du jeune homme reposaient sur des souye- 
nirs et des traditions du temps passé. Le luxe des 
jardins d'or (Jardines 6 Huertas de oro) a été décrit 
plusieurs fois par des témoins oculaires, par Cieza de 
Léon, Sarmiento, Garcilaso et tous les premiers histo- 
riens de la Conguista. Ces jardins étaient situés sous 
le temple du Soleil de Cuzco, à CSaxamarca et dans la 
gracieuse yallée de Yucay, séjour préféré de la famille 
régnante. Dans les jardins d'or qui n'étaient pas ca- 
chés sous la t^nro, des plantes vivantes croissaient à 
côté des plantes artificielles ; parmi les dernières, on 
dte les hautes tiges et les épis du Maïs comme étant 
ce qui imitait le mieux la nature. 

La confiance maladive avec laquelle le jeune Agtor^ 
pilco affirmait qu'au-dessous de lui, un peu à la droite 
de la place où j'étais, un Datura à grandes fleurs on 
Guanto, artistement formé de fils et de lames d'or 
étendait ses branches sur le tombeau de l'Inca, me 
causait une émotion triste et profonde. Là d'ailleurs 
comme partout les illusions et les rêveries sont une 
consolation heureusement imaginée pour adoucir le 
dénûment et les misères présentes. « Puisque vous 
croyez si fermement, toi et tes parents, à l'existence 
de ces jardins, ne tentez-vous pas quelquefois, de*- 



DB GAXAMàRCÀ. 343 

mandai'je au jeune Astoppilco, de chercher, en dé* 
terrant des trésors si proches ^e vous, un adoucis- 
sement à votre pauvreté ?» La réponse de Tenfant fut 
si simple; elle exprime si bien la résignation tranquille 
qui est un des caractères de cette race que je l'écrivis 
en espagnol sur mon Journal. « Une telle envie (tal 
antojo) ne nous vient pas ; le père dit que ce serait 
péché (que fuese pecado). Si nous avions les branches 
d'oravec tous leurs fruits d*or, nos voisins blancs nous 
haïraient et nous feraient du mal. Nous possédons un 
champ et de bon froment (buen trigo). » Je ne pense 
pas que beaucoup de mes lecteurs me sachent mau- 
vais gré d'avoir rappelé ici les paroles et les songes 
dorés du jeune Astorpilco. 

Cette croyance, si répandue chez les indigènes, que 
ce serait une chose coupable et funeste à la race entière 
de s'emparer des richesses enfouies qui ont pu appar** 
tenir aux Incas, se lie avec une autre croyance demi* 
nante surtout au xvr et au xvu* siècle, d'après laqueUe 
l'empire des Incas doit être rétabli un jour. Chaque 
nationalité opprimée espère un affranchissement , un 
retour à Tancien état de choses. La fuite de Flnca 
Manco, frère d'Atahuallpa , dans les forêts de Vilca- 
pampa, sur le penchant des Cordillères orientales, et le 
séjour dans ces solitudes de Sayri Tupac et de l'Inca 
Tupac Amaru ont laissé des souvenirs encore vivants. 



344 LB PLATEAU 

On croyait que des descendants de la dynastie dé- 
trônée s'étaient établis entre les riYières d'Âpurimac 
et de Béni ou même plus à Test, dans la (Çcuyane. Le 
mythe du Dorado et de la ville d'or de Manoa , en 
s'é tendant successivement dans la direction de l'ouest 
à Test , vint encore à Tappui de ces rêves. L'imagina- 
tion de Raleigb en était si fort enflammée que , sur 
cette seule garantie , il organisa une expédition avec 
le but avoué de conquérir la ville d'or impériale (impé- 
rial and golden city), d'y établir une garnison de trois 
à quatre miUe Anglais et d'imposer à l'empereur de la 
Guyane , qui descend de Huayna Capac et déploie 
dans sa cour la même magnificence que lui » un tri- 
but annuel de trois cent mille livres sterling, moyen- 
nant quoi ce prince devait être replacé sur le trône 
de Cuzco et de Caxamarca. Partout où a pénétré la 
langue péruvienne , l'attente de la restauration des 
Incas a laissé des traces dans la tête des indigènes 
qui ont quelque souvenir de leur histoire nationale". 
Nous restâmes cinq jours dans la capitale de l'Inca 
Âtahuallpa, qui comptait à peine, lors de mon voyage, 
six ou sept mille habitants. Le grand nombre de mu- 
lets qu'exigeait le transport de nos collections et la 
nécessité de choisir soigneusement les guides qui 
devaient nous conduire à travers la chaîne des Andes 
jusqu'à l'entrée des déseris peu larges, mais longs 



DE CàXàMARCA. 345 

elt sablonneux du Pérou (Desierto de Sechura), re- 
tardèrent notre départ. Le passage des Cordillères 
est dirigé du nord-est au sud-ouest. A peine a-t-on 
quitté Fantique lit de mer qui forme le gracieux pla- 
teau de Caxamarca, que Ton est surpris, en gravissant 
une hauteur de neuf mille six cents pieds à peine , 
par Taspect bizarre de deux coupoles de porphyre 
nommées Aroma et Cunturcaga. Ces rochers, ou, 
comme on les appelle dans la langue Qquechhua , 
ces Kacea, séjour favori du Condor, se composent de 
colonnes à cinq, six ou sept faces, et hautes de trente- 
cinq à quarante pieds, qui sont en partie articulées et 
courbées. Le sommet du Cerro Aroma est particuliè- 
rement pittoresque. Par la disposition des colonnes 
rangées les unes au-dessus des autres et qui conver- 
gent souvent , il a Tapparence d'un bâtiment à deux 
étages. L'édifice est recouvert d'une masse de rocher 
compacte et arrondie. Ces éruptions de porphyre et 
de trachyte sont, ainsi que je l'ai remarqué plus 
haut , un des caractères particuliers aux croupes éle- 
vées de la chaîne des Cordillères , et leur communi- 
quent une physionomie très-différente de celle que 
présentent les Alpes suisses , les Pyrénées et l'Altaï 
sibérien. 

De Cunturmaga et d'Aroma, on redescend en zigzag, 
sur les flancs escarpés des rochers , dans la vallée de 



346 Ll PLATKAU 

la Magdalena creusée à plus de trois oiille deux cents 
mètres de profondeur , bien qu'elle s'élèye encore de 
treize cenis mètres au*dessus du niveau de la mer. 
Quelques misérables cabanes entourées des mêmes Go« 
tonniers (Bombax discolor), que nous avions rencon- 
très pour la première fois sur les bords de l'Amazone, 
forment ce que Ton appelle un village indien. La végé* 
tation cbétive de la vallée est assez semblable à celle 
de la province Jaen de Bracamoros. Nous regrettions 
seulement de n'y pas voiries buissons rouges desBou-* 
gainvillœa. La vallée est une des plus profondes que 
je connaisse dans la chaîne des Andes. C'est une vé- 
ritable vallée transversale , formée par une crevasse 
dirigée de l'est à l'ouest et resserrée entre les deux 
Altos d'Aroma et de Guangamarca. Là recommence la 
formation de quartz, restée si longtemps inexplicable 
pour moi, que nous avions observée déjà à une hau- 
teur de trois mille cinq cents mètres dans le Pàramo 
de Yanaguanga, entre Micuîpampa et Caxamarca, 
et qui, sur le versant occidental des Cordillères, 
acquiert une puissance de plusieurs milliers de 
pieds. Depuis que Léopold de Buch a démontré qu'an 
nord et au sud de l'isthme de Panama, la formation 
crétacée est très-répandue dans les parties les plus 
élevées de la chaîne des Andes, cette formation de 
quartz , altérée peut-être dans sa contexture par Fao- 



DK CàXÀMAKCA. 347 

tion des forces volcaniques, doit fttre considérée 
comme ap(>artenant au quadersandstein , intermé-^ 
diaire entre la craie supérieure d'une part , le gault 
et le gros vert de l'autre. En quittant la douce teni'^ 
pératnre de la vallée de la Magdalena , nous eûmes à 
gravir pendant deux heures et demie une espèce de 
muraille , haute de quatre mille huit cents pieds , qui 
fait face à Y Alto de Aroma. Les nuages qui souvent 
nous enveloppaient sur ces rochers escarpés rendaient 
encore le changement de température plus sensible. 
Nous avions passé dix^^huit mois à parcourir sans 
interruption les détours et tous les recoins de ces 
montagnes , et Timpatiénce de repattre enfin nos yeux 
du libre aspect de la mer était augmenté encore par 
les déceptions que nous avions si souvent éprouvées. 
Lorsqtie, parvenu au faite du volcan de Pichincha^ on 
plonge ses regards par^dessus les épaisses forêts de la 
provincia de las Esmeraldas, la distance où l'on est du 
rivage en hauteur et en largeur ne permet pas de dis^ 
tinguer l'horicon de la mer< Les yeux s'égarent dans 
le vide comme du haut d'un ballon ; on est réduit à 
soupçonner vaguement ce que Ton ne peut discerner. 
Quand plus tard nous atteignîmes^ entre Loxa et 
Guancabamba, le Pàramo de Guamani, où se trouvent 
les ruines d'un grand nombre de constructions élevées 
parleslhcas, les hommes qui conduisaient nos mulets 



348 LE PLATEAU 

nous avaient donné Tassurance formelle que nous 
pourrions franchir du regard les basses terres arro- 
sées par le Piura et le Lambajèque , et contempler 
rOcéan ; mais un nuage épais, suspendu au-dessus de 
la plaine , nous dérobait le lointain rivage. Nous ne 
pûmes apercevoir que des masses rocheuses diverse- 
ment figurées, qui s'élevaient comme des îles au-des- 
sus de cette mer de nuages et disparaissaient tour à 
tour. Le spectacle qui s'offrit à nous sur le Pàramo 
de Guamani ressemblait à celui que nous décou- 
vrîmes du haut du pic de Ténérifie. Nous pûmes 
croire, en traversant le passage de Guangamarca, que 
nous allions assister encore à la rmne de nos espé- 
rances. Tandis que surexcités par Tàttente, nous lut- 
tions contre l'obstacle de ces puissantes montagnes, 
nos guides, mal assurés de la route, nous promettaient 
d'heure en heure que nos désirs allaient être remplis. 
En certains moments, là couche de nuages qui nous 
enveloppait semblait s'entr'ouvrir ; mais bientôt après, 
de nouvelles hauteurs surgissaient devant nous, et 
semblaient prendre plaisir à borner notre horizon. 

Le désir que nous éprouvons de contempler certains 
objets ne dépend pas seulement de leur grandeur, de 
leur beauté et dé leur importance ; il se rattache, dans 
chacun de nous, aux émotions fortuites de notre jeu- 
nesse , à nos premières préférences pour telle ou 



DB CAXAMARCA. 349 

telle occupation , à Timpatience qui nous fait tendre 
vers les choses lointaines et rechercher les accidents 
d'une vie agitée. Ces désirs prennent d'ailleurs d'au-* 
tant plus de force qu'il y a moins de chances de les 
voir jamais accomplis. Le voyageur jouit par avance 
du moment où la Croix du Sud et les nuées de Ma- 
gellan qui tournent autour du pôle an (arctique , où 
les neiges du Chimbofazo et les colonnes de fumée 
qui s'échappent des volcans de Quito s'offriront pour 
la première fois à ses regards, où il pourra contem- 
pler un buisson de Fougères arborescentes et reposer 
ses regards sur l'océan Pacifique. Les jours qui réali- 
sent de tels vœux marquent des époques dans la vie, 
dont le souvenir est ineffaçable ; ils excitent en nous 
des sentiments dont la raison n'a pas à réprimer la 
vivacité. Dans l'impatience où j'étais d'embrasser 
l'océan Pacifique du haut de là chaîne des Andes 
entrait pour quelque choàe Fintérét avec lequel j'avais 
écouté, étant encore enfant, le récit de l'expédition 
accomplie par Yasco Nunez de Balboa, l'heureux aven- 
turier, qui devançant Francisco Pizarro, et le premier 
d'entre les Européens , put contempler des hauteurs 
deQuarequa,dans l'isthme de Panama, la partie orien- 
tale de la mer du Sud'^ Les rives couvertes de roseaux 
dé la mer Caspienne, à. l'endroit où je la vis pour la 
première fois, dans le delta formé par l'embouchure 

30 



350 Ul H^tlAU 

do Volga, ne mut assorânenl pas pittoresques; et ce- 
poidant cet aspect me causa, à première me, un yit 
plaisir, parce que je me souvenais que dans mon en* 
fimce, lorsque je parcourais des yeux une carte de 
géc^rapbie, la forme de cette mer intérieure m'avait 
particulièrement attiré. Les sentiments éveiUés en 
nous par les premières impressions de TeuCance et 
par les basards qui naissent des relations de la vie 
deviennent souvent, lorsqu'ils prennent dans la suite 
une direction plus sérieuse, l'occasion de travaux 
scientifiques et d'expéditions lointaines ^\ 

Après avoir Cranchi^ sur les flancs escarpés de la 
montagne, les nombreuses ondulations du sol, nous 
atteignîmes enfin le point culminant de FAlto de 
Guangamarca ; alors la voûte du del^ si longtemps 
voilée à nos regards, se rasséréna subitement; le 
vent, qui soufflait avec force du sud^uest, dissipa 
les brouillards, et Tazur profond du ciel nous apparut 
à traters Tatmospbère tran^Murente des montagnes, 
entre la ligne extrême des nuages effilés. Tout le 
versant occidental des Cordillères, qui s'étend de 
Choriiios à Cascas, se développa dotant nos regards, 
avec ses immenses blocs de quartz longs de douze 
à quatorze pieds; il semblait que nous touchions 
aux plaines de Ghala et de MoUnos , et à la c6te de 
Truxillo. Nous voyions enfin pour la préndère fois 



DB CAXABfAliGÀ. 35t 

la mer du Sud ; noue la voyions clairement , qui fai- 
sait rayonner près du rivage une masse énorme de 
lumière et s'élevait dans son immensité jusqu'à Fho- 
rizon, que nous n'étions plus cette fois réduits à 
soupçonner vaguement. La joie que j'éprouvais et que 
partageaient au même degré mes compagnons Bon- 
pland et Carlos Montufar, nous fit oublier d'observer 
le baromètre sur l'Alto de Guangamarca. D'après la 
mesure que nous primes près de la baie, un peu plus 
bas, dans une métairie isolée du Halo de Guanga- 
marca, le point d'où nous découvrîmes d'abord 
l'Océan ne doit pas avoir plus de huit mille huit cents 
à neuf mille pieds. 

On conçoit en effet que l'aspect de la mer du Sud 
ait eu quelque cbose de solennel pour un homme qui 
doit h son commerce avec un compagnon du capi- 
taine Cook une partie de son savoir et la direction 
donnée plus tard à sa curiosité. Georges Forster avait 
connu de bonne heure nos plans de voyage dans leur 
dessein général, lorsque j'eus l'heureuse fortune de 
visiter une première fois l'Angleterre sous sa conduite, 
il y a de cela plus d'un demi-siècle. Ses descriptions 
gracieuses d'Otahiti avaient éveillé , surtout dans le 
nord de l'Europe, un intérêt général et presque une 
sorte de convoitise pour les lies de la mer du Sud. Ces 
lies avaient alors le mérite de n'avoir été visitées 



352 LE PLATEAU 

encore que par très-peu d'Européens. Je pouvais 
aussi nourrir l'espérance d'en parcourir rapidement 
une partie ; car mon voyage à Luisa avait le double 
but d'observer le passage de Mercure devant le disque 
du soleil et de remplir la promesse que j'avais faite 
en quittant Paris au capitaine Baudin, de m'adj oindre 
au voyage de circumnavigation qu'il devait accomplir, 
aussitôt que la République française aurait fourni les 
fonds nécessaires. 

Les feuilles publiques de l'Amérique septentrionale 
avaient répandu la nouvelle que deux corvettes, le Géo- 
graphe et le Naturaliste, devaient tourner le cap Hom et 
aborder à Callao de Lima. Ce bruit me parvint à la Ha- 
vane, où je m'étais rendu, après avoir achevé l'explo- 
ration des bords de TOrénoque, et me fit abandonner 
aussitôt mon premier projet d'aller à Lima par le Mexi- 
que et les Philippines. Je louai bien vite un bâtiment 
qui me conduisit de l'ile de Cuba à Cartagena de In- 
dias; mais l'expédition du capitaine Baudin prit une 
direction toute différente de celle qui avait été an- 
noncée. Au lieu de tourner le cap Hom, d'après l'iti- 
néraire arrêté au moment où M. Bonpland et moi 
nous étions décidés à nous y réunir , eUe doubla le 
cap de Bonne-Espérance. Dès lors, l'un des deux buts 
que je poursuivais dans mon voyage au Pérou et dans 
mon dernier passage à travers la chaîne des Andes 



DR CAXAMARCA. 353 

était manqué.Mais j'eus le rare bonheur de rencontrer 
une journée sereine dans la contrée nébuleuse du 
bas Pérou, au milieu d'une saison très-peu favorable, 
et j'en profitai pour observer à Callao le passage de 
Mercure devant le disque du soleil , observation qui 
est devenue de quelque importance pour la détermi- 
nation précise de la longitude de Lima et de la partie 
sud-ouest du nouveau continent^. Ainsi, souvent 
dan@ la complication même que nous présentent les 
graves circonstances de la vie se trouve caché le germe 
d'un précieux dédommagement. 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 



Note 4, page 307. 

L'Inca GarcilasOy qui possédait sa langue mater- 
nelle et remontait volontiers aux étymologies, appelle 
toujours les Andes las Montaûas de los Antis. Il dit 
positivement que la grande chaîne qui court à Test de 
Guzco tire son nom de la tribu des Antis et de la pro- 
vince Anti, située à Test de la capitide des Incas. La 
division de l'empire péruvien en quatre parties, d'après 
les quatre points cardinaux calculés relativement à la 
ville de Cuzco , ne tirait pas sa terminologie des ex- 
pressions très -précises et composées avec le nom du 
Soleil par lesquelles on désignait, dans la langue Qque- 
chhua , l'est, l'ouest, le nord et le sud, à savoir : Intip 
llucsinanpata , intip yaucunanpata, intip chaututa 
chayananpata , intip chaupunchau ehayananpata. Les 
quatre parties de la théocratie des Incas devaient 
leurs noms aux provinces et aux tribus situées à l'est, 
à Touest, au nord et au sud du centre de l'empire, 
c'est-à-dire de la ville de Cuzco (provincias llamadas 
Anti, Cuntiy Chincha y Colla), et s'appelaient en 
conséquence Antisuyu, Cuntisuyu, Chinchasuyu et 
Collasuyu; le mot suyu signifiant bande ou partie. 
Bien que situé à une grande distance, Quito faisait 



ÉGUIECISSBMIiMTS ST ADDITIONS. 35$ 

partie du Chinchasuyu. Lorsque les Incas étendirent « 
par les guerres de religion , leur foi , leur langue et 
leur gouvernement absolu , ces Suyu prirent des di- 
mensions inégales et plus vastes. Alors aux noms des 
provinces on attacha Tidée des différentes régions 
du ciel. On lit dans Garcilaso : u Nombrar aquellos 
Partidos era lo mismo , que decir al Oriente, ô al 
Poniente. » Ainsi, la chaîne neigeuse des Antis fut 
regardée comme une chaîne orientale. « La Provincia 
Anti da nombre à las Montaùas de los Antis. Lia* 
maron & la parte del Oriente Antisuyu , por la quai 
tambien llaman Anti à toda aquella gran Cordillera de 
Sierra Nevada que pasa al Oriente del Peru , por dar à 
entender que esta al Oriente. » {Commentarios reaies, 
I" part, , p. 47 et 122. ) Des écrivains plus modernes 
ont fait venir le nom des Andes du mot anta , qui 
signifie cuivre dans la langue Qquechhua. Ce métal 
était assurément de grande importance pour un peuple 
qui, au lieu de fer, employait un mélange de cuivre 
et d'étain dans la confection de ses instruments tran- 
chants ; mais le nom de montagnes de cuivre ne pou- 
vait s'étendre à une chaîne aussi considérable , et anta, 
ainsi que Ta remarqué avec beaucoup de justesse le 
professeur Buschmann, conserve toujours en compo*< 
sition sa terminaison a. Garcilaso dit expressément : 
(< Ànta cobre , Antamarca provincia de cobre. >» Gé- 
néralement parlant , la formation des mots est si 
simple dans Tancienne langue du Pérou , qu'il ne 



356 LE PLATEAU DB CAXAMABCA. 

peut être question d'un changement de a en i, et 
que anto, cuivre, d'une part, de l'autre Anti ou Ante, 
qui, d'après les vocabulaires indigènes, signifient in- 
différemment la région des Andes, les habitants de 
cette région ou la montagne elle-même, sont et reste- 
ront toujours des mots tout à fait différents. Quant au 
nom propre Anti, il n'y a plus moyen de l'interpréter 
aujourd'hui. Les composés d*Anti, outre Antisuyu que 
nous avons cité plus haut , sont Anteruna, Thabitant 
natif des Andes, Anieunccuy ou Antionccoy, la ma- 
ladie des Andes (mal de los Andes pestifero). 

Note 2, page 308. 

La comtesse de Chinchon était la femme du vice-roi 
don Geronimo Femandez de Cabrera, Bobadilla y Hen- 
dosa, comte de Chinchon, qui administra le Pérou 
de 1629 à 1639. La guérison de la comtesse eut lieu 
en 1638. D'après une tradition, répandue en Espagne, 
mais que j'ai souvent entendu contester à Loxa, ce se- 
rait un corrégidor du Cabildo de Loxa, don Juan Lopez 
de Canizarez, qui aurait apporté le premier l'écorce du 
Quinquina à Lima, et l'aurait recommandée en termes 
généraux. On prétend à Loxa que les vertus salutaires 
de cet arbre étaient connues bien avant ce temps dans 
la montagne, mais seulement d'un petit nombre d'in- 
dividus. Aussitôt après mon retour en Europe, j*élevai 
des doutes contre l'opinion qui attribue la découverte du 



ÉCLÀIRCISSSMBNTS ET ADDITIONS. 357 

Quinquina aux indigènes des environs de Loxa; car 
encore aujourd'hui les Indiens des vallées voisines, où ré- 
gnent des fièvres intermittentes, ne peuvent point souf- 
frir récorce de cet arbre ( voy. mon mémoire ueber die 
Chinawàlder dans le Magazin der Gesellsehaft Natur^ 
forschender Freunde.BeTlm, 1807, p. 59). La fable d'a- 
près laquelle les naturels du pays devraient la connais- 
sance des vertus médicinales du Cinchona à des lions, 
qui se guérissent, dit-on, de la fièvre intermittente en 
rongeant l'écorce de ces arbres, a tout l'air d'une inven- 
tion européenne; c'est probablement un conte comme 
en ont souvent imaginé les moines {Histoire de l'Aca- 
démie des Sciences, année 1738. Paris 1740, p. 233). 
On n'a jamais entendu parler, dans le nouveau conti- 
nent, de lions qui eussent la fièvre ; car le Felis concolor, 
connu sous le nom de Lion d'Amérique, et le petit 
Lion des montagnes ou Puma, dont j'ai vu les traces 
sur la neige, n'ont jamais été l'objet d^observations 
scientifiques , et les difiérentes espèces du genre Chat 
n'ont, dans aucun continent, l'habitude d'enlever 
l'écorce des arbres. Le nom de Poudre de la Comtesse 
(pulvis Comitissae) que reçut le Quinquina, parce que la 
comtesse de Chinchon avait été la première à le ré- 
pandre , fut changé plus tard en celui de Poudre du 
Cardinal ou de Poudre des Jésuites, lorsque le procu- 
rateur général de l'ordre des Jésuites, le cardinal de 
Lugo, voyageant en France, y fit connaître ce remède 
et le recommanda si vivement au cardinal Mazarin , 



858 LE PLATBiU PB CilAMA&GA. 

que cela devint bientôt Tobjet d'un commerce très* 
lucratif pour les frères de son Ordre, qui tiraient le 
Quinquina de ràmérique méridionale par l'entre* 
mise des missionnaires. 11 est superflu de remarquer 
que la haine des Jésuites et Tintolérance religieuse eu- 
rent une grande part dans la longue dispute que sou- 
tinrent les médecins protestants sur les avantagea et 
les dangers du quinquina. 

Note 3 , page Zi%. 

Relativement aux aposentos (habitations, auberges), 
nommés dans la langue Qquechhua tampUj d'où est 
venue la forme espagnole tambo , on peut consulter 
Cieça {Chrônica del Peru^ c. 41, éd. de 1554, p. 108, 
et Humboldt (Vues des Cordillères, pi. XXIV). 

Note 4, page 343. 

La forteresse de Canar est située près de Turche, 
i 9984 pieds de hauteur. J'en ai donné le dessin dans 
mes Vues des CordiUèreêifhWU). On peut voir aussi 
Cieça (Chrônica del Peru, c 44, I" part., p. 120). A 
peu de distance de la Fortafeza del CaHar se trouvent le 
célèbre ravin du Soleil ou Inti-Guaycu (dans la langue 
Qquechhua , huaycco) , dans lequel est situé le rocher 
sur lequel les indigènes croyaient voir une image du 
soleil , et un banc mystérieux appelé Inga^Chungana 
[Inca chuncana)o\ijeu d^ Plnca. J'ai dessiné la grotte 



ICLAmGlSSlUiBNTft ET AUDITIOMS. 369 

dt le tMinc dans mes Vues des Cordillères (pL XYIII 
et XIX). 

Note 5, page 3U. 

Voy62 Velasoo (Biêtoriadê Quito, 1844, 1. 1«% p. 126* 
128), et Prescott (History of the Conquést of Pefu, 
t. !•', p. 167). 

Note 6, page 34 4. 

Voyez Pedro Sancho dans la Relation de RamuHo 
(t. IIÎ, fol. 404), et les extraits des lettres manuscrites 
de Hernando Pizarro, qu'a pu consulter le grand his- 
torien Prescott, domicilié à Boston. Prescott s'exprittie 
en ces termes (t. !•', p. 444) : « El camino de las Sier- 
ras es cosa de ver, porque en verdad en tierra tan fra- 
gosa en la cristiandad no se han visto tdn hermoscs 
caminos, toda la mayor parte de calzada. » 

Note 7, page 347. 

« Les oités de fondation grecque, dit Strabon, passent 
pour avoir prospéré à cause de l'attention que leurs 
fondateurs eurent toujours de les placer dans de belles 
et de fortes situations, dans le voisinage de quelques 
ports, dans de bons pays. Mais les Romains se sont prin^ 
cipalement occupés de ce que les Grecs avaient né- 
gligéi je veux parler des chemins pavés, des aqueducs 
ei de ces égouts par lesquels toutes les immondices de 



360 . LB PLATBAU DE GAX4MARCÀ. 

la ville jsont entraînées vers le Tibre. £n effet, coupant 
les montagnes et comblant les vallées, ils ont pratiqué 
par tout le pays des routes pavées qui servent à voiturer 
d'un lieu à un autre les marchandises apportées par 
mer.» (L. V, p. 210, traduction de La Porte du Theil 
et Letronne.) 

Note 8, page 348. 

La civilisation du Mexique, c'est-à-dire du pays d'Â- 
nahuac, habité par les Aztèques, et celle de la théo- 
cratie péruvienne ) gouvernée par les fils du Soleil, 
ont exclusivement attiré l'attention de l'Europe, et 
pendant longtemps on a tout à fait négligé une troi- 
sième civilisation que l'on voit poindre chez les peuples 
montagnards de la Nouvelle-Grenade. J'ai déjà traité ce 
sujet en détail dans mes Vties des Cordillères et Monu- 
ments des peuples indigènes de l' Amérique (éd. in-S"", 
t. Il, p. 220-267). La forme de gouvernement établi chez 
lesMuyscas de la Nouvelle-Grenade rappelle la consti- 
tution du Japon et les rapports de l'empereur séculier, 
Kubo ou Seogun qui habite à Tedo, avec la personne sa- 
crée du Dairi dont la résidence est Miyako. Lorsque 
Gonzalo Ximenez de Queseda pénétra dans les hautes 
terres de Bogota ou Bacata^ c'est-à-dire à l'extrémité 
des champs cultivés, les montagnes qui se dressent au- 
près comme des murailles ne permettant pas à la cul- 
ture d'aller plus loin, il y trouva trois autorités dont il 
est difficile de déterminer la hiérarchie. Le chef spirituel 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 361 

était le grand prêtre électif dlraca ou Sugamuxi , par 
corruption Sogamozo , qui signifie lieu de disparition 
et désigne l'endroit où disparut Nemterequeteba. Les 
princes temporels étaient le Zaque (Zake) de Hunsa ou 
Tunja, et le Zipa qui avait son siège à Funza. Ce dernier 
prince parait avoir été subordonné au Zake, dans l'an- 
cienne constitution féodale. 

Les Muyscas avaient un mode régulier de computer le 
temps et remédiaient par des intercalations à Tinsuffi- 
sance de Tannée lunaire. Us se servaient, comme mon- 
naie, de petits disques d'or fondu d'un égal diamètre ; 
et ceci rappelle que chez les Égyptiens, dont la civilisa- 
tion était si perfectionnée , on n'a jusqu'ici pu trouver 
aucune trace de monnaie. Les Muyscas avaient un temple 
du Soleil avec des colonnes de pierre, dont on a retrouvé 
récemment des débris dans la vallée de Leiva ( Joaquin 
Acosta, Compendio historico del Deseubrimiento de la 
Nneva.Gramda, 1848, p. 188, 196, 206 et 208; Bulle- 
tin de la Société de géographie de Paris, 1847, p. 114). 
À proprement parler, les Muyscas devraient toujours 
être désignés sous le nom de Cbibchas, car Muys- 
cas ne signifie dans la langue Chibcha que homme ou 
peuple. On attribue l'origine et les principes de leur ci- 
vilisation, importée du dehors, à deux personnages my- 
thiques, à Bochica (Botschica) et à Nemterequeteba, qui 
sont souvent confondus. Le premier est encore plus 
mythologique que le second ; car seul Botschica est 
considéré comme un être divin et vénéré presque à 

II. 31 



SG2 LB PLATEAU DB CATàMàBCÂ. 

régal do soldl. Sa belle compagne Ghia ou Huytbaca, 
ayant occasionné par ses maléfioea l'inondation de la 
vallée de Bogota, fut chassée de la terre et forcée de 
toom» tout autour^ sous la forme de la lune. Botschiea 
firq>pa les rochers de Teqoendaœa et ouvrit un pas- 
sage aux eaux près du Champ des Géants (Campo de 
Gigantes), dans lequel on trouve, à 9S50 pieds au-dessus 
de la mer, des ossements de Mastodontes semblables 
aux Éléphants. Le capitaine Cocl^rane, dans son Jimrnal 
ofa Residenca in Cohmbia (1825, t. II, p. 390) et 
M. John Ranking, dans ses Historieal Beuarehes on the 
Conquest of Peru (18S7, p. dS7), vont jusqu'à pré- 
tendre qu'il y a encore dans les Andes des Masto- 
dontes en vie qui perdent leurs dents. Nemterequeteba, 
nommé aussi Ghinzapogua (enviado de Dios), est un per- 
sonnage humain; c'est un homme à barbe qui vint de 
Pasca par Test, et disparut prte de Sogamoso. On attri- 
bue tantôt à Nemterequeteba, tantôt à Botsehica, la fon- 
dation du sanctuaire d'Iraca, et comme Botschiea por- 
tait aussi, selon la tradition, le nom de Nemterequeteba, 
on comprend sans peine que, siu* un terrain aussi peu 
historique, la confusion ait pu être Mte fréquemment. 
Mon vieil ami, le colonel Aoosta, cherche à prouver, 
dans son ouvrage si instructif intitulé : Compendio de ta 
Bist. de la Nueva Crramada (p. 185), que la pomme de 
terre, Solanum tuberosum , doit être regardée comme 
originaire de la Nouvelle -Grenade. Il s'appuie sur ce 
qu'elle porte à Usmè le ûom de ¥omi, qui est indigène 



ÉCLAIRGISSEMBNTS IT ADDITIONS. 363 

et non péruvien « et que Qaevadâ la trouva cultivée 
dans la province deVélez, dès Tannée 15&7, c'est-à- 
dire à une époc|ue ah il est peu vraisemblable que ce 
tubereùle ait pu être importé du Chili, du Pérou ou dé 
Quito. A cela Je répondrai que rinvasioû des Péruviens 
et la prise dé possession dé Quito euréUt lieu avant 
l'année 1535, dans laquelle mourut llnca Huayna Capac, 
et que les provinces méridionales du royaume dé Quito 
passèrent sous la domination de Tupac tnca Tupanqui, 
vers la fin du xv" siècle (Prescott , Conquést ofPerU, 1. 1, 
p. 332). Dans rhistoire, restée malbeureUsement tràs^ 
obscure, de la première introduction du Solanum tube- 
rosum en Europe, on attribue le mérite de cette impor- 
tationàrbéroïque marin Sir John Hawkins, qui avait thré, 
dit-on, le précieux tubercule de Santa-Fé» en 1563 Ou 
1 566. Mais il est plus probable que les premières pommes 
de terre furent plantées par Sir Walter Raleigb dans sa 
terre de Toughal en Irlande, d'où elles se répandirent 
dans le Lancashire. Quant au Bananier (Musa), qui, de- 
puis l'arrivée desEspagnols^ est cultivé dans toutes les par- 
ties chaudes de la Nouvelle-Grenade, le colonel Àcosta 
(thid., p. 205), croît que cette plante ne se trouvait pas, 
avant la conquête, hors de la province de Choco. — On 
peut consulter pareillement ïoaquin Acosta (p. 189) 
relativement au nom de Cundinamarca, que, par une 
fausse recherche d'érudition, on donna en 1811 à la 
jeune république de la Nouvelle-Grenade, nom « plein 
de rêves dorés » (sueûos dorados), dont la véritable or- 



364 LE PLATEAU DE CàXAMARGA. 

thographe est Cundirumarca et non pas Cunturmarca 
(Garcilaso, 1. VIII, c. 2). Luis Daza, qui s*était adjoint 
à la petite armée , amenée du sud par le Conquistador 
Sébastian de Belalcazar, avait entendu parler d'un pays 
lointain où Tor était en abondance, et que Ton dési- 
gnait sous le nom de Cundirumarca. Ce pays était habité 
par la tribu des Chicas, dont le prince avait demandé des 
secours à Atahuallpa, roi de Caxamarca. On a confondu 
ces Chicasavec les Chibchas ou Muyscas de la Nouvelle- 
Grenade, transportant ainsi à cette contrée le nom d'un 
pays situé plus au sud et qui est resté inconnu. 

Note 9, page 322. 

Voyez mon Recueil d'Observations astronomiques, 
1. 1, p. 304 (Nivellement barométrique, n"^ 236-242). 
J'ai dessiné dans les Vues des Cordillères (pi. XXXI), 
le messager nageant, au moment où il attache autour 
de sa tête le linge qui contient ses lettres. 

Note 40, page 324. 

J'avais l'intention de rattacher chronométriquement 
Tomependa, point de départ du voyage de La Conda- 
mine et les difiérents lieux, que ce savant voyageur dé- 
termina sur les bords du fleuve des Amazones^ avec la 
ville de Quito. La Condamine avait été à Tomependa au 
mois de juin 1743, par conséquent 59 ans avant moi. 
Après avoir passé trois nuits à observer les étoiles, je 



BCLÂIRCISSEMBNTS ET ADDITIONS. 365 

reconnus que Tomependa était situé par 5" 31' 28'' de la- 
titude australe, et 80° 56' 37" de longitude. Jusqu'à mon 
retour en France , la longitude de Quito n'avait pas été 
déterminée d'une manière exacte, ainsi qu'Oltmanns l'a 
prouvé par mes observations et par une révision laborieuse 

de toutes les observations antérieures. L'erreur était de 
50^ 30"(Humboldt, Recueil d*Observ. astron.,t. II, p. 309- 
359). Les satellites de Jupiter , les distances lunaires 
ainsi que les éclipses de lune donnent une concordance 
satisfaisante , et tous les éléments du calcul ont été mis 
sous les yeux du public. La longitude trop orientale de 
Quito fut transportée par La Condamine à Cuenca et au 
fleuve des Âimazones. « Je fis, dit- il, mon premier essai 
de navigation sur un radeau (balsa), en descendant la 
rivière de Chincbipe jusqu'à Tomependa. Il fallut me 
contenter d'en déterminer la latitude et de conclure la 
longitude par les routes. J'y fis mon testament politi- 
que, en rédigeant l'extrait de mes observations les plus 
importantes (Journal du Voyage fait à l'Equateur, 1751 , 
p. 186). 

Note 44, page 327. 

Voyez mon Essai géognostique sur le Gisement des 
Roches (1823, p. 236), et pour la première détermina- 
tion zoologique des Fossiles que contient l'ancienne 
formation crétacée des Andes, Léop. de Buch, Pétrifi- 
cations recti£illies en Amérique par Alex, de Humboldt 
et Ch. Degenhardt (1839, in-fol, p. 2, 3, 5, 7, 9, 11 et 



•• 



366 LB PLâTBAU de CÀX41I1RCA. 

18-22). Pentiand a trouvé des coquilles pétrifiées de la 
fonnati<m silurienne, sur le Nevado de Àntakeeua dans 
la république de Bolivia, à la hauteur de 16400 pieds 
(Mary Somerville, Physical Geography, 1849, t. I, 
p. 185). 

Note 4d, pageSâa. 

Voyez ma Relation historique du Voyage aux Régions 
équinoxiales (t. 111, p. 622), et Cosmos {i, I, p. 207 et 
506 de la traduction française), où il faut rectifier une 
double erreur typographique, et lire 80^54', au lieu de 
480 40' et de 80« 40^. 

Note \ 3 , page 337. 

Atahuallpa^ d'après un ancien cérémonial^ ne cnH- 
chait jamais par terre, mais dans la main d'une des 
femmes les plus distinguées de son entourage ; et cela^ 
dit Garcilaso, en raison de sa majesté : « £1 Inoa nunca 
escupia en el suelo , sino en la numo de una Sanora 
mui principal, por Magestad. » {Comment. Reates, 
2«part., p. 46). 

Note U, page 337. 

L'Inoa obtint, quelque temps avant son exécution, 
la permission de sortir de son cachot , pour examiner 
une grande comète. Cette ccmiète, d'un vert noirfttre, 
dit Garcilaso (2« part., p. 44} et presque aussi grosse 
que le corps d'un homme (una cometa verdinegra poco 



ÉGLAIRGISSmiNTS IT ADDITIOIfS. 367 

menos gruesa que el cuerpo de un hombre), qu'Ata- 
huallpa vit avant sa mort, par conséquent en juillet ou 
en août 1533 , et qu'il prit pour la même comète mal- 
faisante qui avait paru à la mort de son père , Huayna 
Capao, est certainemetit celle qui fbt observée par Âp-- 
pien (Pingre, Cométograpkie, 1. 1, p. 496; (îalle ^ Ver* 
zeichniss aller bi$her bereohneien C<^WiBtef^bûknen, dans 
Tottvrage de Olbera intitulé : LekhteiU Méthode dU 
Bahn eines Comeien zu berechnen^ 1847, p. S06). 
Cette comète fut vue le âl juillet très «• rapprochée du 
nord ; placée dans le voisinage de Persée , elU semblait 
représenter Tépée que Persée tient & la main droite* 
(Maedler, Astronimi^, 1846, p. 307 ; Sobnurrer^ die Chro* 
nik der Seuchen in Verbindung mit glâichzeiti^fen Er** 
seheinungen^ 1825, 2** part., p. 82). Robertson regarde 
Tannée de la mort de Tlnca Huayna Capac comme dou* 
teuse; mais il parait certain, d'après les rechercbesde 
Balboa et d^ Yelasco , qu'elle eut lieu vers la fin de 
1Ô25; et ainsi les calculs d'Hevelius {Cometographia, 
p. 844), et ceux de Pingre (t. I, p. 485), seraient confir- 
més par le témoignage de Garcilaso (1''' part., p. 321), 
et par la tradition conservée chez les amautas, « que son 
los filosofos de aquella Republica. » J'ajouterai ici, en 
passant, une observation : Oviédo est le seul historien 
qui prétende , à tort assurément , dans la continuation 
inédile de son Historia de las Indias, que le véritable 
nom de l'Inca était non pas Atahuallpa mais Atabaliva 
(Prescott, Conquest ofPeru, 1. 1, p. 498). 



368 LE PLÀTBAU DB GAXAVARGA. 

Note 45, page 338. 

La somme que j'ai indiquée est celle que donne Car- 
cilaso de la Yega dans ses Commentarios Reaies de los 
Incas (2* part., 1722, p. 27 et 51). Les évaluations du 
Père Blas Yalera et de Gomara dans VHistoria de las 
Indias (1553, p. 67), sont très-difTérentes (Humboldt, 
Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, t. III, 1827, 
p. 424). Il est aussi très-difficile de déterminer la valeur 
du Ducado et du Castellano ou Peso de oro (Humboldt, 
ibid,, t. m, p. 371 et 377; Joaquin Acosta, Descu- 
brimiento de la Nueva Granada, 1848, p. 14). L'in- 
génieux historien Prescott a pu mettre à profit un 
manuscrit dont le titre promet beaucoup : Acta de Re- 
particùm del Rescate de Atahuallpa, 11 n'est pas douteux 
qu'en évaluant à la somme extraordinaire de trois mil- 
lions et demi de livres sterling le butin que les frères 
Pizarro et Almagro se partagèrent après la conquête, 
Prescott ne comprenne dans cette somme la rançon du 
roi ainsi que les richesses enlevées aux temples du So- 
leil et aux jardins enchantés, Buertas de oro (Prescott, 
Conquest of Peru, i. I, p. 464-477). 

Note 46, page 340. 

SCRUPULES PHILOSOPHIQUES DE l'iNCA HUAYNA CAFAC. 

Llnca Huayna Capac avait sur la puissance du Soleil, 
comme maître du monde, des doutes philosophiques qui 



iaÀlRCISSBM£NTâ ET ADDITIONS. 369 

lui étaient inspirés par l'absence de cet astre durant la 
nuit. Le Père Blas Valera nous a conservé les paroles 
mêmes de Tlnca : «Plusieurs prétendent, disait-il, que 
le Soleil vit et est l'auteur de toute la création (el hacedor 
de todas las cosas); mais celui qui veut parfaire une 
chose doit se tenir constamment auprès d'elle. Il ar- 
rive cependant bien des événements en Tabsence du 
Soleil; ce n'est donc pas cet astre qui est Fauteur de 
toute chose. On peut douter aussi qu'il soit un être 
vivant ; car il tourne sans cesse et n'est jamais fatigué 
(no se causa). S'il était animé, il se fatiguerait comme 
nous, et si c'était un être libre , il n'irait pas se perdre 
dans ces parties du ciel où nous ne le voyons plus. Le 
Soleil est donc comme un animal attaché à une corde 
et qui s'agite toujours dans le même cercle (como una 
Res atada que siempre hace un miismo cerco), ou 
comme une flèche qui va où on l'envoie, et non pas où 
elle veut aller. » (Garcilaso, Comment. Reaies, l'*part., 
1. YIII, c. 8, p. 276.) Cette manière d'expliquer la 
carrière que fournit un corps céleste, par l'hypothèse 
d'une corde à laquelle il serait attaché, est extrême- 
ment remarquable. Huayna Capac mourut à Quito, dès 
l'année 1525, sept ans avant l'arrivée des Espagnols; 
après avoir partagé son empire entre Huascar, dont le 
nom veut dire câble ou corde, et Âtahuallpa, dont le nom 
renferme l'idée de poule ou de coq. Il en résulte que les 
expressions dont se servait Huayna Capac, et que l'on a 
traduites par Res atada, devaient désigner d'une manière 



370 LI PLATEAU DI CAXàMàHCA. 

générale un animal attaché à une corde. D'ailleurs» 
niâme en espagnol , le mot Res ne li'applique pas uni-» 
quement aut bétes à cornas, mais bien à tous les ani-» 
maux domestiques. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner 
ce que le Père Yalera dut ajouter de son propre fonds 
aux hérésies de Tlnca , pour détacher les indigènes du 
culte officiel et, pour ainsi dire, dynastique du- Soleil. 
A part les Scrupules de Huayna Capac, il était dans l'es- 
prit très-oonsérvateur des Inoas et en particulier dans 
la politique de l'Inca Roca, le conquérant de la pro*» 
vinoe de Charcas, de préserver les basses classes de 
toute espèce de doute religieux» Roca fonda des écoles 
pour les classes supérieures; mais il défendit, sous des 
peines sévères, de rien enseigner au peuple, de peur, 
dit*il ) que le peuple ne devienne arrogant et n'ébranle 
les fondements de rfitat : m No es licito que ensenen 
à los hijos de los Plebeios las Cienoias, porque la gente 
baja no se eleve y ensobervezca y meuoscabé la RepU'- 
blica. M (GaroilasO) 1'" part., p» 276.) Telle était la con- 
stitution théocratique de l'empire de Incas ; c'était à peu 
près la même politique qui est mise en pratique dans 
les états de l'Union Américaine, où s'est conservé l'es^ 
davage. 

Note 4*7, page 344. 

J'ai traité en détail ce sujet dans ma Relation hiitù-^ 
figue (t. III, p. 703-703 et 713). Raleigh croyait savoir 
qu'il existait au Pérou une ancienne prophétie : « That 



ÉOiÀlBCISSEMENTS ST ADDITIONS. 371 

from IngUterra thoae Ingas shoulde be againe in time 
to c&me reatored and deliuered from the seruitude of 
the àaid Conquerors. I am resolued that if there were 
but a amall anny a foote in Ouiana marching tpwards 
Manoa the chiefe Citie of Inga, he wou!d yield her 
Majesty by composition so many hundred thousand 
pounda yearely, as should both défend ail enemies 
abroad and defray ail expences at home, and that be 
woulde besidea pay a garrison of 3000 or 4000 sol^ 
diers very royally to défend bini against other na- 
tions . The Inca wiU be brought to tribute with great 
gladnas. i> (Raleigh, The diseoverf of the large, tieh 
und beauiifk^l Empire of Guiana performed m 1595 , 
éd. de Sir Robert Sehomburg , 1848, p. 119 et 137.) 
On le voit, c'était un projet de restauration en règle, 
et de nature à concilier les intérêts des deux partis. 
U n'a manqué, hélas I qu'une dynastie à restaurer, qui 
put faife les frais de la guerre. 

Note 4 8 , page 319. 

PHOJET DE COMMUNICATION ENTRE LES DEU^ MEIkS. 

J'ai déjà remarqué, dans VEa>ainen critique de t His- 
toire de la Géographie du Nouveau Continent (t. I, 
p. 349), que longtemps avant sa mort et dix ans après 
l'expédition de Balboa, Colomb connaissait l'existence 
de la mer du Sud et savait de plus qu'elle était voisine 
des cdtes orientales de Yeragua. U fut amené à cette 



372 LE PLATEAU DE CAXÀMARGA. 

découverte , non par des combinaisons hypothétiques 
sur la configuration de T Asie orientale , mais par des 
témoignages précis, recueillis de la bouche des indi- 
gènes, dans le quatrième voyage qu'il accomplit du 
11 mai 1502 au 7 novembre 1504. Ce quatrième voyage 
conduisit Tamiral de la côte de Honduras au Puerto de 
Mosquitos et jusqu'à l'extrémité occidentale de l'isthme 
de Panama. Suivant les récits des indigènes, com- 
mentés par Colomb dans sa Caria rarissima du 7 juil- 
let 1503, l'autre mer (la mer du Sud) se tournait, 
non loin du Rio de Belen , vers les embouchures du 
Gange , de sorte que les terres de YAurea (la Cherso- 
nesus aurea de Ptolémée) étaient dans le même rapport 
de position avec les côtes orientales de Veragua que 
Tortosa, à l'embouchure de TÈbre, avec Fuentarrabia 
en Biscaye, ou Venise avec Pise. Bien que Balboa 
eût, dès le 25 septembre, aperçu la mer du Sud des 
hauteurs de la Sierra de Quarequa, ce ne fut que 
quelques jours plus tard qu'Alonso Martin de don 
Benito ayant découvert un chemin du mont Quarequa 
au golfe de San Miguel , navigua en canot sur la mer 
du Sud (Petr. Martyr, Epist. DXL,p. 296; Joaquin 
Acosta, Compendio hist. del Descubrimiento de la 
Nueva Granada, p. 49). 

Considérant que l'adjonction d'une partie considé- 
rable des côtes occidentales du nouveau continent aux 
Ëtat&-Unis de l'Amérique du nord, et les richesses 
de la Nouvelle^Californie , appelée actuellement Cali- 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 373 

fornie-Supérieure , Vpper California, font sentir plus 
vivement que jamais le besoin de mettre les États 
atlantiques en communication avec la région occiden- 
tale, à travers Tisthme de Panama, je crois devoir faire 
remarquer encore une fois que le chemin le plus court, 
celui que don Alonso Martin de don Benito se fit in- 
diquer par les indigènes, pour se rendre aux rivages 
de la mer du Sud , appartient à la partie orientale de 
l'isthme et conduisait au golfe de Saint-Michel. Nous 
savons que Colomb cherchait un estreehode Tierra firme 
( Vida del Almirante par Don Fernando Colon, c. xc) ; 
et dans les documents officiels que nous possédons des 
années 1505, 1507, surtout de Tannée 1514, il est ques- 
tion de Touverture (abertura) et du passage {passo ) qui 
peuvent conduire immédiatement dans le pays indien 
des épiées. Préoccupé depuis plus de quarante ans des 
moyens d'établir une communication entre les deux 
mers , j'ai toujours conseillé avec la plus grande in- 
stance, dans mes livres aussi bien que dans les diflé- 
rents Mémoires que m'ont demandés, avec une con- 
fiance dont je m'honore, les républiques espagnoles 
de l'Amérique , d'explorer l'isthme hypsométriquement 
dans toute sa longueur, mais surtout près du golfe de 
Darien , à l'endroit où l'isthme se rattache à la terre 
ferme par l'ancienne province de Biruquete , et sur les 
rivages de la mer du Sud, entre l'Atrato et la baie de 
Cupica, au lieu où la chaîne de montagnes qui traverse 
l'isthme s'évanouit presque tout à fait (voyez outre la 

II. 33 



374 U PLATEAU DI CAXAMABCA. 

carte ci'^jointe, la carte de la Colombie insérée dans le 
premier volume de cet ouvrage , la Rêlatiw historique 
du Voyage aux Régions équinoxiales, t. III, p. 117-154, 
et Y Essai politique sur la Nowelle-Espagne, 1. 1, 1825, 
p. 202-248). 

En 1828 et 1829, le général Bolivar fit faire à ma 
prière , par Lloyd et Falmarc , un nivellement exact de 
risthme, entre Panama et l'embouchure du Rio Cbagrès 
(Philosophieal Transactions of the Sotiety of Landon 
for the year 1830, p. 59-68). Depuis, d'autres mesures 
ont été prises par des ingénieurs français très-instruits 
et tràfr*expérimentés. On a mis en avant plusieurs pro- 
jets de canaux et de chemins de fer avec écluses et tun- 
nels , mais toujours dans la direction du méridien , 
entre Portobello et Panama, ou plus à l'ouest encore, 
entre Chagrès et Cruces. On a complètement négligé 
sur les rivages des deux mers les points les plus im- 
portants de l'est et du sud-est. Tant que cette partie 
n'aura pas été étudiée géographiquement par des dé- 
terminations exactes de latitude et de longitude chro- 
nométrîque, qui sont d'ailleurs faciles à prendre ; tant 
qu'elle n'aura pas d'autre part été décrite hypsomé- 
triquement, d'après des mesures barométriques, je 
tiens pour mal fondée et tout à fait prématurée l'opi- 
nion lépétée aujourd'hui sous toutes les formas, qu'il 
n'est pas possible d'établir dans l'isthme un canal océa- 
nique (j'entends un canal qui aurait moins d'éeluses 
que le canal Calédonien), et que l'on n'arrivera Jamais 



ÉCLAIRGISSSMENTS ET ADDITIONS. 375 

à le traverser indifféremment par toutes les saisons , 
avec les mêmes navires qui viennent du Chili et de la 
Californie, de New-Tork et de LiverpooL 

D'après les recherches dont la Direction du Deposito 
hidrografico de Madrid a fait consigner le résultat dans 
ses cartes, dès Tannée 1809, l'Ensémada de Mandinga, 
sur la côte qui fait face aux Antilles, pénètre à une telle 
profondeur dans la direction du sud « qu'elle ne parait 
éloignée du rivage de Focéan Pacifique , à Test de Pa- 
nama^ que de quatre ou cinq milles géographiques de 
quinze au degré. Du côté de Tocéan Pacifique^ Tisthme 
est découpé à peu près de la même façon par le golfb 
de San Miguel ^ qui reçoit le Rio Tuyra avec son af-« 
fluent le Cbuchunque ou Chucunaque. Dans la partie 
supérieure de son cours, le Chuchunque n'est guère 
éloigné non plus de la mer des Antilles, à l'ouest du 
cap Tiburon, que de quatre milles géographiques. De** 
puis plus de vingt ans, je suis consulté sur la ques- 
tion de l'isthme de Panama par des sociétés qui veulent 
consacrer des sommes considérables à la solution de ce 
problème; jamais cependant on n'a suivi le conseil bien 
simple que j'ai donné. Tout ingénieur instruit sait que, 
sous les tropiques, de bonnes mesures barométriques, 
à la condition de tenir compte des variations horaires, 
donnent des résultats certains à 70 ou 80 pieds près, 
sans même qu'il soit nécessaire de les contrôler par 
d'autres observations. Il serait facile d'établir pour 
quelques mois sur les deux mers deux stations baro- 



376 LE PLATEAU DE CAXAMARCA. 

métriques fixes et correspondantes, et de comparer 
souvent les instruments portatifs employés au nivelle- 
ment préliminaire, soit entre eux, soit avec ceux des 
stations fixes. Il faudrait chercher de préférence les 
endroits où les montagnes qui séparent les deux mers 
s'abaissent dans la direction du continent méridional 
jusqu'à n'être plus que des collines. Cette question a 
une telle importance pour le commerce du monde que 
l'on ne peut s'obstiner à l'enfermer toujours dans le 
cercle étroit où on l'a retenue jusqu'ici. Ce n'est que 
par un vaste travail qui embrasserait toute la partie 
orientale de l'isthme et serait également utile pour 
toutes les voies de communication appropriées au pays, 
canaux ou chemins de fer, que l'on pourra résoudre ce 
célèbre problème affirmativement ou négativement; et 
ainsi l'on finira par où, si l'on eût voulu suivre mes 
conseils, on aurait dû commencer. 

Note 49, page 350. 

Voyez dans le Cosmos y t. II, p. 1, le chapitre inti- 
tulé : Moyens propres à répandre F étude de la Nature. 

Note 20, page 353. 

À l'époque de mon expédition , la longitude de Lima 
fut fixée , d'après les observations de Malaspina , à 
ô^ IG^ 53', dans les cartes publiées par le Deposito 



ÉCLAIRCISSEMENTS ET APDITIONS. 377 

hidrografico de Madrid. Le passage de Mercure devant 
le disque du soleil , que j'observai , le 9 novembre 
1802, à Callao de Lima, dans la tour septentiionale 
du Ftierte de San Felipe , me donna pour Callao , par 
les contacts des deux bords , ô** IS*" 16', 5; par le seul 
contact extérieur, 5^ 18°> 18* (79* 34' 30"). Ce résul- 
tat du passage de Mercure a été confirmé par Lartigue, 
Duperrey et le capitaine Fitz-Roy, dans l'expédition 
de VAdventure et du Beagle, Lartigue trouva Callao 
par S"» 17" 58' , Duperrey par ô*" 18"" 16' et Fitz-Roy 
par 5^ IS*" 15". Comme j'ai déterminé la différence de 
longitude entre Callao et le couvent de San Juan de 
Dios à Lima par quatre voyages chronométriques , 
l'observation du passage de Mercure donne pour Lima 
5h ijm 5^. (790 27' 45''). Voyez à ce sujet mon Rect^il 

d'observations astronomiques (t. II, p. 397, 419 et 428), 
et ma Relation historigtie (t. III, p. 592}. 

Postdamjuin 1849. 



FIN. 



•• 



ANALYSE 

DIS MATIÈRES GONTENOES DANS LE SECOND VOLUME 

DES TABLEAUX DE LA NATURE. 



DE LA PHYSIONOMIE DES PLANTES. 

(P. 4-36.) 

Vie partout répandue sur ie penchant des plus hautes monta- 
gnes, dans l'atmosphère et dans TOcéan. Flore souter^ 
raine. Polygastres siliceux, enfermés dans des quartiers de 
glace, près des pôles. Podurelles, Puces des glaciers (De- 
soria glacialis), Gaillionelles. Petits organismes deft météores 
poudreux de TÀtlantique, p. 4-5. — Histoire de la couche 
végétale. Progrès successif de la végétation sur la surface 
nue des rochers. Lichens, Mousses, plantes grasses. Causes 
de la stérilité de certaines contrées, p. 6-4 SI. 

Caractère particulier à chaque zone. Lien rattachant toutes les 
formes animales ou végétales à des types fixes, qui se re- 
nouvellent éternellement* Physionomie de la nature. Analyse 
de rimpression générale que produit sur nous Tensemble 
d^une contrée : contours des montagnes, aspect du ciel, 
forme des nuages ; la couche végétale élément essentiel de 
cette impression. Supériorité à ce point de vue des plantes 
sur les animaux que leur mobilité et leur petitesse dérobent 
le plus souvent à nos regards, p. 43-18. 

Énumération des formes végétales qui déterminent particuliè- 
rement la physionomie de la nature et augmentent ou dimi- 



380 ANALYSE DES MATIÈRES. 

nuent en nombre de l'équateur aux pôles, suivant des lois 

déjà connues, p. 48-22. 
Palmiers, p. 22 61444-457. 
Bananiers, p. 23 et 457-460. 
Malvacées, p. 24 et 460-462. 
Mimosa, p. 25 et 462-465. 

Bruyères, p. 25 et 465-468. 

Cactus, p. 27 et 468-474. 

Orchidées, p. 27 et 472-474. 

Casuarina, p. 26 et 474. 

Ck)nifères, p.28et475-204. 

Pothos et Aroïdées, p. 29 et 204 -204. 

Lianes, p. 29 et 204-207. 

Aloès, p. 30 et 207-240. 

Graminées, p. 34 et 240-246. 

Fougères, p. 34 et 246-222. 

Liliacées, p. 32 et 222-223. 

Saules, p. 32 et 223-226. 

Myrtacées, p. 32 et 226-230. 

Mélastomes, p. 32 et 234 . 

Laurinées, p. 32 et 234. 

Jouissances que font naître la réunion naturelle et le contraste 
de ces formes végétales. Utilité que peut tirer le peintre de 
paysage de Tétude des plantes envisagées d'après leur 
aspect extérieur, p. 32-36 et 234-234. 

ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 

Animaux et végétaux vivant sur les plus hautes montagnes 
des Andes et des Alpes, auprès des neiges éternelles. Insec- 
tes entraînés malgré eux par des courants d'air ascendants. 
Petit Campagnol des Alpes suisses (Hypudaeus nivalis). Hau« 



ANALYSE DES MATIÈBES. 38 1 

3ur à laquelle s'élève dans le Chili le Chinchilla taniger, 
. 37-39. 

idées et Parmélies végétant sur des rochers que n*a pas 
omplétement envahis la neige. Plantes phanérogames éga- 
ées dans les Cordillères au-dessus même de la limite des 
leiges; Saxifraga Boussingaulti trouvé à U800 pieds au* 
lessus de la surface de la mer. Espèces de Culcitium d*Es- 
»eletia, de Ranunculus. Petites Ombellifères semblables à 
tes Mousses, Myrrhis andicola et Fragosa arctioïdes, 
>. 39-40. — Mesure du Chimborazo; étymologie du nom de 
«tte montagne, p. 40-45. 

Jteurs extrêmes auxquelles les hommes sont parvenus jus- 
[u'ici dans les deux continents, sur les Cordillères et THy- 
aalaya, sur le Chimborazo et le Tarhigang, p. 45. 
nre de vie et séjour habituel du Condor, appelé Cuntur dans 
a langue des Incas ; chasse aux palissades, p. 45r50. — 
Jtilité des Gallinazos pour la purification de Tair, dans le 
voisinage des habitations, p. 50-54 . 
mrrection prétendue des Rotifères, d'après les travaux de 
dM. Ehrenberg et Doyère. Spores des plantes cryptogames 
lonservant aussi leur vertu végétative sous la plus haute 
empérature, suivant l'opiuion de M. Payen, p. 51-53. 
^pension ou du moins diminution des fonctions organiques 
iurant le sommeil hivernal, produit par le froid chez des 
inimaux d'un ordre plus élevé, p. 54. — Sommeil d'été 
)roduit sous les tropiques par la sécheresse. Tenrecs, Croco- 
iilea, Tortues et Lepidosirens des contrées orientales de 
'Afrique, p. 55-57. 

len ; fécondation des plantes. Exemple du Coelebogyne, qui 
)roduit en Angleterre des graines parfaites sans aucune 
race d'organes mâles, p. 58-60. 



382 ANALTSI DIS MATIÈRIS. 

Phosphorescence de la mer produite par des eepèces de flam- 
beaux vivants et par les fibres ou les membranes organi- 
ques d'animaux en décomposition. AcaUphes et Jnfasôirel 
lumineux. Influence du système nerveux sur la photpho- 
resoence des animaux, p. 60-69. 

Pentastomes habitant les cellules pulmonaires du Crotale de 
Gumana, p. 69-70, 

Rochers madréporiques. Édifices survivant aux animaux qui 
les ont bâtis; idées nouvelles et plus justes sur ces phéno- 
mènes; récifs des côtes, rochers de coraux formant une 
ceinture autour des îles, atolles ou rochers de coraux en- 
fermant des lagunes. Rochers madréporiques situés au sud 
de Cuba « dans le groupe d'Iles décrit par Colomb sous le 
nom de Jardins du Roi* Bnveloppe vivante et gélatineuse 
des polypiers» Pêche singulière faite au moyen du Rémora 
ou Bcheneis Naucrates, p» 69-82. -<- Profondeur vraisemblable 
des polypiers, p, 8$l-85,-— Parties de fluor et d'acide phospho- 
rique contenues dans les Madrépores et les Âstrées, outre les 
quantités considérables de carbonate de chaux et de magnésie 
dont 86 composent ces polypiers, p. 86-87, -^ Osoillations 
exhaussant et abaissant tout le lit de la mer d'après les con- 
jectures de Darwin, p. 87-88. 

Traditions de la Samothraoe ; irruption de la mer s mers médî- 
terranées. Théorie des écluses de Straton de Lampsaque. 
Mythes de la Lyçtonie et de l'Atlantide, p. 89-94. 

De la précipitation des nuages, p. 95. — Chaleur déga- 
gée de la masse terrestre au moment de sa solidifica- 
tion. Courants d'air chaud versés jadis dans l'atmosphère 
à travers les crevasses temporaires , produites par le dé» 
placement des roches et le soulèvement des contrées , 
p. 95-98. 



ANALYSE DSS MATtSRJSS. 383 

>9seur colossale et antiquité de quelques espèces végétales : 
liamètr^ du Dragonier d'Orotava, 42 pieds; de TAdansonia 
ligitat» ou Baobab, 30 pteda* Caractères gravés sur l'écorce 
i remoBtant au xv* siècle. Calculs d'Adansoa sur Tàge de 
es arbres gigantesques. Baobabs de Sénégambie âgés, sui- 
vant ropinion de ce naturaliste, de. 5400 à 6000 ans, 
), 98-4 06. -^ Calculs fondés sur le nombre des couches con- 
centriques annuelles. Tanus baocata âgé, d'après ce mode 
dévaluation, de 2600 à 3000 ans. Que doit^on croire de 
;atte opinion , exprimée par Michel Montaigne en 4 584 , 
)ue, di^ns la partie tempérée de rhémiaphère septen- 
trional, les anneaux sont plus pressés du côté du nord. 
Exemples d'individus ayant atteint un diamètre de plus de 
20 pieds et une durée de plusieurs siècles, pris dans les 
familles les plus diverses, p. 4 06-4 08. ^^ Diamètre du Schu- 
bertia disticha de Santa Maria del Iule, 38 pieds; du Ficus 
religiosa, ou arbre des Banyans, danà File de Ceylan, 
28 pieds ; du Chêne de Saintes, dans le département de la 
Charente-Inférieure, 27 pieds. Age de ce chêne, calculé 
d'après les anneaux concentriques y 4800 ou 2000 ans ; âge 
de la souche du Rosa oanina d'Hiidesheim, haut de 25 pieds, 
800 ans; longueur du Maorocytis pyrifera, 338 pieds, 
p. 408-444. 

^cherches sur le nombre probable des espèces de plantes 
phanérogames décrites jusqu'à ce jour ou conservées dans 
lea herbiers. Rapports numériques des formes végétales. 
Observations faites jusqu'à ce jour sur la distribution géo- 
graphique des familles. Rapport des grandes divisions entre 
elles. Rapport des cryptogames aux ootylédonées et des 
monocoiylédonéea aux dicotylédonées, sous la zone torride, 
sous la zooe tempéréa et sous la lone gkKsialo. Ëftéments de 



384 ANALYSE DES MAT^ÈHES. 

la botanique arithmétique. Nombre des individus; prédo- 
minance des plantes sociales. Indépendance réciproque des 
différentes formes organiques. Possibilité de conclure ap- 
proximativement du nombre exact des espèces qui compo- 
sent Tune des grandes familles, telles que les Glumacées, les 
Légumineuses et les Composées, au nombre de toutes les pha- 
nérogames, et à celui des espèces dont se composent les au- 
tres familles qui croissent dans les mêmes lieux. Application 
des rapports numériques à la direction des lignes isother- 
mes. Distribution mystérieuse des types primitif. Absence 
des Roses dansThémisphère du sud, et des Calcéolaires dans 
rhémisphère du nord. Disparition de la Bruyère commune 
(Calluna vulgaris) et des Chênes sur le penchant oriental de 
rOural. Minimum de température nécessaire à chaque cycle 
de végétation, p. 444-429. 

Analogie des lois numériques qui règlent la distribution des 
plantes et de celles qui président à la distribution des ani- 
maux. Nombre des phanérogames actuellement cultivées en 
Europe, plus de 35000; nombre des phanérogames décri- 
tes ou non décrites qui sont entrées dans les herbiers , de 
460000 à 242000. Nombre à peine égal des insectes con- 
nus , si Ton embrasse les diverses contrées de la terre. Pré- 
dominance des animaux sur les plantes phanérogames, si 
Ton se borne au contraire à l'Europe, p. 430-435. 

Considérations sur le rapport existant entre le nombre des 
phanérogames connues et celui des phanérogames qui vé- 
gètent vraisemblablement sur toute la surface de la terre , 
p. 436-442. Influence de la pression atmosphérique sur la 
forme et la vie des plantes, p. 443-444. 

Détails particuliers sur les formes végétales déjà éaumérées 
plus haut.— Physionomie des plantes considérée sous trois 



ÀNALTSB DES MATIÈRES. 3S5 

points de vue : la différence absolue des formes, le rap- 
port numérique des familles à la masse des phanérogames , 
leur distribution géographique suivant les latitudes et les 
climats, p. 444-231. Exemples de la plus grande extension 
de Taxe longitudinal dans les plantes arborescentes , em- 
pruntés tous à la partie nord-ouest du nouveau continent : 
Pinus Lambertiana et Pinus Douglasii, 220 à 230 pieds; 
Pinus Strobus, 250 pieds; Séquoia gigantea et Pinus tri- 
gona , 280 à 282 pieds ; Araucaria excelsa des îles Norfolk, 
490 à 240 pieds; Ceroxylon andicola, 480 pieds, p. 489- 
493. Contraste entre ces plantes gigantesques et le Salix 
arctica, qui, rabougri par le froid et par l'élévation des 
lieux où il végète , ne s'éiève pas à plus de deux pouces ; 
contraste plus frappant encore avec une plante phanéro- 
game qui croît au milieu des plaines tropicales, et ne 
dépasse jamais deux lignes , p. 4 93 . 

Fleurs s'échappant de Técorce du Grescentia Gujete ou du Gus- 
tavia augusta et des racines du Cacaoyer. Fleurs gigan- 
tesques du Rafûesia Arnoldi , de TAristolochia cordata , du 
Magnolia , de THelianthus annuus, p. 234-235. 

Caractère du paysage sous les différentes zones, déterminé par 
les formes diverses des végétaux. Différence entre la clas- 
sification des plantes d'après leur physionomie, classifica- 
tion fondée sur les organes dont dépend la conservation de 
l'individu , et la distribution des plantes en familles natu- 
relles d'après les organes reproducteurs dont dépend la 
conservation de respèce , p. 238-243. 



II. 38 



S86 ahaltsb des matières. 

DE LA STRUCTURE ET DU MODE d' ACTION DES VOLCANS DANS 
LES DIFFÉRENTES CONTRÉES DE LA TERRE. 

(P. 247-282.) 

iDÛueRce des voyages dans les r^ons lointaines sur les pro- 
grès de la géologie et sur la généralisation des idées qui s'y 
rattachent. Importance géologique des côtes de la mer Mé- 
diterranée. — Géologie comparée des volcans. Retour pé- 
riodique de certaines révolutions naturelles qui ont leur 
cause dans les entrailles mêmes du corps terrestre. Relation 
entre la hauteur des volcans et celle de leurs cônes de cen- 
dres sur le Piohincha , au pic de Ténériffe et sur le Vésuve. 
Hauteur variable des sommets des volcans. Mesures du 
Vésuve de 4773 à 1 822. Mesures prises par Â. de Humboldt 
et embrassant la période de 4805 à 4822, p. 247^264. 
Description spéciale de l'éruption qui se produisit dans la 
nuit du 23 au 24 octobre 4828. Écroulement du cône de 
cendres haut de 400 pieds. Importance de ces phénomènes 
relativement à tous ceux qui ont été observés en Italie de- 
puis la mort de Pline l'ancien , p. 265-273. 

DifférMice entre les volcans à cratères permanents et ceui 
qui , après avoir ouvert à la lave et aux cendres un passage 
à travers des roches de trachyte, se referment, peut-être 
pour toujours. Importance de ces phénomènes en ce qu'ils 
nous reportent au monde primitif et aux anciennes révolu- 
tions de la terre. Hypothèse du Pyriphlegethon. Les volcans 
considérés comme des sources intermittentes résultant d'une 
communication constante ou passagère entre l'intérieur et 
l'extérieur de noire planète, et de la réaction des matières en 
fusion, qui remplissent l'intérieur du globe, contre l'écorce de 
la terre. Inutilité de cette question souvent répétée : Qu'est-ce 



▲NÀLTSB DES MATIÈRES. 387 

qui brûle dans les volcans? p. 274-Sf78. Causes de la cha- 
leur souterraine : formation successive de la terre , sépara- 
tion de la masse qui se condense en &*arrondissant et du 
fluide gazeux qui TenT^eloppe. Effets et puissance de la cha- 
leur rayonnante qui se faisait jour, dans l'ancien monde, 
à travers les nombreuses crevasses de la terre. Tempé- 
rature atmosphérique indépendante de la latitude géogra- 
phique et de la position relative du soleil. Organismes qui 
n'appartiennent aujourd'hui qu'aux régions tropicales et 
se retrouvent enfouis dans les contrées glacées du nord , 
p. 278-282. 

ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS SCIENTIFIQUES. 

(P. 283-288.) 

Mesures barométriques du Vésuve. Comparaison des deux 
bords du cratère et de la Rocca del Palo , p. 283-288. Élé- 
vation de la température à l'intérieur de la terre : 4 degré 
Réaum. par 4 4 3 pieds. Chaleur du puits artésien des bains 
d'Oeynhausen près de Minden , à la plus grande profondeur 
que l'on ait atteinte jusqu'ici au-dessous de la surface de la 
mer. Idées très-justes émises, dès le iir siècle, par Patri- 
cius, évèque de Pertusa , sur les causes de l'accroissement 
de la chaleur à l'intérieur de la terre, p. 288. 

LA FORCE VITALE OU LE GÉNIE RHODIBN. 
(P. 291-299.) 

ÉCLAIRCISSEMENTS ET ADDITIONS. 

(P. 300-304.) 

Le Génie rhodien^ développement d'une idée physiologique sous 
une forme mythique. Divergence des opinions sur la question 
de savoir si l'on doit admettre ou rejeter l'hypothèse de 



J 



388 ANALYSE DIS MATlÂRfiS. 

forces vitales distinctes , p. 300-304 . IMfficulté de ramener 
d'une manière satisfaisante les phénomènes de la vie à des 
lois physiques et chimiques. Causes de cette dif6culté : com- 
plication des phénomènes , multiplicité des forces agissant 
simultanément, condition de leur activité. Définition des 
substances animées et des substances inanimées. Critérium 
tiré de Tétat chimique des éléments après leur séparation , 
p. 304-304. 

PLATEAU DE CAXAMABGA , ANCIENNE RÉSIDENCE DE l'iNCA 
ATAHUALLPA) ET PREMIÈRE VUE DE LA MER DU SUD DU 
HAUT DE LA CHAINE DES ANDES. 

(P. 307-353.) 

Forêts de Cinchona dans les vallées de Loxa. Première impor- 
tation en Europe de Técorce de Chinchona ; la Comtesse de 
Chinchon, p. 307-340. 

Végétation alpestre des Paramos. — Ruines des anciennes 
routes péruviennes , élevées dans le Paramo de FAssuay 
presque à la hauteur du Mont-Blanc, p. 340-320. Singuliers 
moyens de communication ; le messager nageant, p. 320-322. 

Descente au fleuve des Amazones. Végétation des environs de 
Chamayaet de Tomependa. Buissons roses deBougainvillœa. 
Chaînes de rochers traversant le fleuve des Amazones. 
Pongo de Manseriche large à peine de 450 pieds. Écroule- 
ment de la digue de Rentema qui, pendant plusieurs heures, 
mit à sec le lit du fleuve , p. 322-325. 

Passage à travers les Andes, à l'endroit où cette chaîne de 
montagnes est coupée par Féquateur magnétique. Ammoni- 
tes , Hérissons de mer et Isocardes de la formation crétacée, 
recueillis entre Guambos et Mon tan à 42 000 pieds au- 
dessus de la surface de la mer. Mines d'argent de Chota. As- 



ANALYSB DES MATIÈRES. 389 

pect pittoresque du Cerro de Gualgayoc, qui s'élève comme 
des fortifications. Masse énorme d'argent natif, filiforme dans 
la Pampa de Navar. Or natif, brodé de fils d'argent, dans 
le champ des Coquilles ( Choropampa ] , ainsi appelé à cause 
des nombreuses pétrifications qu'il contient. Éruption de 
minerais d'or et d'argent dans la formation crétacée. Petite 
ville de Micuipampa, habitée par des mineurs, à 3620 mètres 
au-dessus de la surface de la mer, p. 326-332. 

Chemin conduisant de Micuipampa au plateau de Caxamarca, 
à travers le Paramo sauvage de Yanaguanga. — Bains 
chauds de l'Inca. Ruines du palais d'Atahuallpa habitées 
encore par ses misérables descendants. Conversation avec le 
jeune fils du Curaca Astorpilco. Rêves de son imagination. 
Existence incontestable des Jardins d'w dans la vallée de 
Yucay, sous le temple du Soleil à Cuzco, et en beaucoup 
d'autres endroits. Chambre dans laquelle Âtahuallpa subit 
sa captivité; mur sur lequel il traça une marque pour indi- 
quer à quelle hauteur il ferait remplir d'or la chambre, 
comme rançon de sa liberté. Éclaircissements relatifs au 
mode d'exécution qui mit fin à ses jours, le 29 août 4533, et 
aux taches de sang ineffaçables, conservées sur une plaque 
de pierre dans la chapelle de la prison. Ferme confiance 
des indigènes dans le rétablissement de l'empire des Incas, 
p. 332-344. 

Voyage de Caxumarca à la mer du Sud. Passage des Cordil- 
lères à travers les altos de Guangamarca. Espérance sou- 
vent trompée de contempler la mer du Sud du haut de la 
chaîne des Andes et réalisée enfin à une hauteur de 
8800 pieds, p. 344-353. 



390 ANALTSS DIS MATlÈRSft» 

ÉCLAIRCIS6EMJBNTS ET ADDITIONS. 
(P. 354.) 

Origine du nom des Andes ou Anti, p. 364-356. 

Époque à laquelle Técorce du Quinquina fut introduite en 
Europe, p. 356-368. 

Ruines des routes construites par les Incas et des habitations 
fortifiées : Aposentos de Muialo, Fortalexa dd CaRar , Mi- 
GuaycUj p. 358-359. 

Ancienne civilisation des Chibchas ou Muyscas de la Nouvelle 
Grenade, p. 360. — Époque à laquelle commencèrent à 
être cultivées les pommes de terre et les Bananiers, p. 362- 
364. — Étymologie du nom de Gondinamarca, tiré par cor- 
ruption de Gundirumarca, et appliqué à toute la Nouvelle- 
Grenade , dans les premières années qui suivirent rétablis- 
sement du régime républicain, p. 364. 

Liaison chronomélrique de la ville de Quito avec la ville de 
Tomependa, sur les rives du Maranon, et avec Gallao de 
Lima, p. 364. 

Cérémonial déplaisant de la cour des Incas. Captivité et rançon 
inutile d'Atahuallpa, p. 366. 

Doutes philosophiques de Tlnca Huayna Capac sur le gouve^ 
nement du monde par le Soleil. Politique des Incas relati- 
vement à rinstnictlon du peuple, p. 368-370. 

Intervention de TAngleterre offerte par Raleigh, en échange 
d'un tribut annuel, pour la restauration de l'empire des 
Incas, p. 370. — Premier témoignage de Colomb sur l'exis- 
tence de la mer du Sud. La mer du Sud vue pour la pre- 
mière fois par Yasco Nunez de Balboa, le 25 septembre 4643, 
p. 371-372. 

De la possibilité de creuser un canal océanique à travers 



ANALYSE DBS MATIÈRES. 391 

risthme de Panama, avec moins d'écluses que n*en a le 
canal Calédonien. Points dont l'étude a été complètement 
négligée jusqu'à ce jour, p. 372-376. 
Détermination de la longitude de Lima, p. 376. 



FIN DE l'analyse DES MATIÈRES.